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Full text of "Grammaire béarnaise : suivie d'un vocabulaire béarnais-français"

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GRAMMAIRE BÉARNAISE 



PAU. — IMPRIMERIE ADOLPHE VERONESE 



■ Lûoai 



GRAMMAmE BÉARNAISE 



SUIVIE 



D'UN VOCABULAIRE BÉARNAIS-FRANÇAIS 



PAR 

V. LESPY 

Ancien Secrétaire général de la Préfecture de» Basses-Pyrénée» 

Officier de l'Instruction publique 

Membre de la Société pour l'étude des Langues rnmanes 



OUVRAGE QUI A OBTENU UNE MENTION A l'iNSTITUT 
(Académie dei Inscriptions et Belles-Lettrei; 



DEUXIÈME ÉDITION 





PARIS I ^ ^ 

MAISONNEUVE ET Ci«, LIBRAIRES-ÉDITEURS 
25, quai voltaire, 25 

1880 




3417 

IHO' 



AVERTISSEMENT 



La première édition de cette Grammaire parut 
en 1858. Présentée à l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres, elle fut admise à concourir pour le 
prix de linguistique fondé par M. de Volney ; une 
mention particulière lui fut accordée. — Séance 
publique de VInstitut, 1859. 

Un tel suffrage devait m'encourager à mieux 
faire ; c'est à quoi je me suis appliqué en revoyant 
mon travail pour une seconde édition, que je 
publie aujourd'hui « corrigée et considérablement 
augmentée » ; ces mots ne sont pas ici la répé- 
tition d'une formule banale. 

J'ai mis à profit plusieurs publications de textes 
béarnais qui ont été faites dans ces derniers 
temps. Celles que le nom de Paul Raymond 
recommande à la science m'ont été particulière- 
ment fort utiles. L'étude de ces textes a confirmé, 
en grande partie, ce que les Fors de Béarn et 
d'autres documents m'avaient appris sur notre 
dialecte de la langue d'oc. 

Mais le code des anciennes lois béarnaises, 
tel que l'ont édité MM. Mazure et Hatoulet, ne 
présente pas, autant que je l'avais cru d'abord, 
les meilleures garanties d'une transcription rigou- 



— II — 

reusement exacte. Je m'en suis assuré en com- 
parant le texte imprimé avec celui du manuscrit 
conservé aux Archives des Basses- Pyrénées. Cette 
comparaison, jointe aux observations tirées des 
diverses publications plus récentes^ m'a fourni 
des éléments de corrections de détails relatifs à 
Torthographe. 

Dans les textes que j'ai tout dernièrement étu- 
diés, le dialecte béarnais est plus varié que dans 
les Fors; la phrase a des tours plus nombreux 
et plus flexibles ; le vocabulaire est plus abon- 
dant. Il y a eu là pour moi matière à de nou- 
velles explications grammaticales. 

Des maîtres de la philologie romane avaient 
bien voulu, entre temps, s'occuper de la Gram- 
maire béarnaise. Autant que cela m'a été possible, 
pour plus d'une amélioration, j'ai tiré parti de leurs 
observations critiques C'est ainsi, par exemple, que 
dans les premiers chapitres, relatifs à la pho- 
nologie, les consonnes ne sont plus examinées 
comme elles l'avaient été d'abord : elles sont 
étudiées selon leurs analogies, et non dans l'ordre 
de l'alphabet. 

M. Paul Meyer écrivait dans la Bévue critique 
d'histoire et de littérature, 2 juin 1866, que ma 
Grammaire « n'avait pas établi les lois de la pho- 
nologie béarnaise » ; mais il constatait que «j'avais 
fourni d'excellents éléments au moyen desquels il 
est aisé d'établir les lois de cette phonologie ». 

Des deux termes de la critique de M. P. Meyer, 



— III — 



je n'ai retenu que le second, non pour ce qu'il 
peut avoir d'élogieux, mais parce qu'il est plus 
exact que l'autre ; j'ai donc augmenté le nombre 
des éléments qui, au dire du savant romaniste, 
sont d'excellente qualité. 

Depuis la publication de mon premier travail, 
il a été fait des compositions du même genre 
sur d'autres dialectes de la langue d'oc. Il me 
serait peut-être permis de dire que la Gram- 
maire béarnaise n'a pas été complètement inutile 
aux auteurs de ces travaux ; j'aime mieux affirmer 
que dans leurs études j'ai trouvé des indications 
qui m'ont servi beaucoup pour des rapproche- 
ments philologiques. 

Quant à certains faits de linguistique, à certains 
points de règles graphiques et de formation des 
mots, dont il est question depuis quelques années 
dans plus d'un ouvrage, on voudra bien se rappeler, 
en les trouvant reproduits dans cette seconde 
édition de la Grammaire béarnaise, qu'ils étaient 
depuis plus de vingt ans dans la première. A cette 
époque, il n'y avait que le félibre Roumanille^ qui 
eût fait en partie sur le dialecte actuel de la 
Provence (1) ce que j'entrepris en entier sur 
l'idiome du Béarn. 

Après ces explications particulières au présent 
livre, je me borne, 'pour toute considération gé- 
nérale, à répéter ce qui a été si parfaitement écrit 

(1) Dissertation sur l'orthographe provençale ; Avignon, Seguin 
aîné, impr.-libr., <853. — Gramm. béarn., 2^ édit., p. 176. 



IV 



dans Fun des Rapports publiés en 1868 sur Vétat 
des Lettres et les progrès des Sciences en France : 
(( Les derniers débris de dialectes qui ont eu 
un certain éclat au xiie et au xiiie siècle, méri- 
tent à divers égards l'attention dont ils sont 
l'objet depuis quelques années. Si grande que 
puisse être aujourd'hui leur infériorité littéraire, 
ils n'en font pas moins partie de la grande famille 
des langues latines dont ils sont les branches 
extrêmes. A ce titre, ils ont leur valeur propre 
et méritent d'être étudiés pour eux-mêmes. Ils 
peuvent en outre, sur bien des points, compléter 
la connaissance que nous avons des diverses 
langues romanes, en ce qu'ils ont conservé vivante 
la tradition de mots qui ont disparu ailleurs ou 
ne se retrouvent plus que dans les textes anciens ». 

Pau, 30 mai 1880. 

V, Lespy. 



PREMIERE PARTIE 

ORTHOGRAPHE — PRONONCIATION 

I 

L'alphabet béarnais a les mômes lettres que l'alphabet 
français, à l'exception du k et du v. La consonne v figurait 
anciennement dans V écriture du béarnais ; on verra plus loin 
pourquoi on lui a substitué \e b. 

VOYELLES 



1. — On écrit avec deux a, qui se prononcent comme un 
seul a, fort, les mots suivants : 

Aberaa {e fermé), noisette, caa, chien, casteraa, défenseur 
d'un château, doumaa^ demain, graa, grain, hasaa, {h aspir.) 
coq, faisan, humaa (h muette), humain, laa, laine, maa, 
main, paa, pain, plaa, plain, uni, saa, sain. 

2. — A la fin de tous ces mots. Va prend un peu le son 
nasal, qui rappelle la lettre n des primitifs latins. Un peut 
se trouver aussi à la fin de ces vocables : — Casteran, man, 
San ; mais c'est rare. 



C*est ainsi qu^en français on écrivait autrefois chrntian de cJiris- 
tianus : — « Il feut porté sur les fonts, et là baptisé, comme est la 



coustume des bons christians » ; — Rabelais, Garg. -1.8. — On 
lit dans Henri Estienne {Préc. du Lang. fr.) : — La man^ main, 
est françois, mais françois d'une des lisièr-es du pays », (*) 



3. — Carn, chair, du latin carnem , conserve la 
lettre étymologique n, qui n'y est pas plus sensible que dans 
les mots précédents. 



Dans l'ancien français on trouve car et cha7% chair : 

Je ne laissai hui à l'ostel 
Ne pain, ne vin, ne car, ne sel... 
XIII s. Rm. 20586 

« Ils ne mangoient point de pain, et vivoient de char et de let £> ; 
■ Joinville. 

Votre sainctisme char glorieuse 
Fut pendue en croix par Juifs. 
XIV s. Cantiq. des Flag. 



4. — On écrit aussi avec deux a, qui valent seulement 
un a fort : — caar, char, caas, cas. 

b. — a sonne de même, bien qu'il soit seul, à la fm des 
mots suivants : 

Ama, amer, auta (prononcez aouta), autel, cla, clair, 
ca, cher, coûteux. 

6. — a final est encore fort au présent de l'infinitif des 
verbes de la première conjugaison : — Carreya, charrier, 
desplega, déplier. 



(*) Tout ce qui, clans le cours de ce livre, est imprimé en pelits caractè- 
res, se rapporte, en grinde partie, à la philologie comparée plutôt qu'à la 
grammaire béarnaise proprement dite, ou contient soit des explications 
Boit des notes historiques sur les mots cités comme exemples. 



— 3 — 

Dans les Fors de Béarn, cette terminaison de l'infinitif en a est 
suivie de la consonne étymologique r : 

Alienar, aliéner, clamai^ crier, se plaindre, dar^ donner, 
ligar^ lier, negar^ nier, pagar, payer. 

Pagai'^ pî^yer, de pacare^ pacifier. A l'époque où les arrange- 
ments pécuniaires mettaient fin à la guerre, le paiement^ c'était la 
paix. 

L'r ne figurait plus à la fin de ces verbes, dans le béarnais des 
dernières années du xvie siècle. Le traducteur des Psaumes termi- 
nait alors ces infinitifs par deux a : Esperaa. espérer. 



7. — a final est fort dans l'article féminin la, dans les 
adjectifs possessifs ?w«, ta, sa, dans le substantif mar 
(r muette) , mer, et dans car, enta, car, pour. Ve dans 
enta est fermé. 



Il y avait anciennement un a final dont le son était peu sensible ; 
aujourd'hui, il est remplacé par un e. On disait planta, ferra 
plante, terre, en appuyant très-peu sur Va. Ces mots et leurs 
analogues se prononcent encore ainsi dans quelques localités du 
Béarn. Cet a se trouve presque toujours à la fin des mots, dans la 
traduction des Psaumes, de 1583 : — V ombra de ton ala sauta, 
Ps. 63, l'ombre de ton aile sainte, et dans un sonnet, signé I. G., 
qu'Olhagaray a mis en tête de son Histoire de Foix, Béarn et 
Navarre (édit. de 1629, Paris) : ^ 

Pren d'aquet escribaa la pluma tertadera 
Prends de cet écrivain la plume véridique. 

Mais, à l'époque des Fors, a final, dans les noms et dans les ad- 
jectifs, cédait souvent la place à Ve, qui a prévalu de nos jours. Gett? 
se prononce comme un o très-adouci. Il en sera question plus bas. 
Il n'y a donc aucun inconvénient à laisser à ces mots l'orthographe 
moderne, puisqu'ils se terminaient indifféremment autrefois par un 
a ou par un e. — Voir Récits d'Histoire Sainte en béarnais traduits 
sur un manuscrit du xv« s. par V. Lespy et P. Raymond. 



_ 4 — 

8. — Dans les pénultièmes, a est fort quand il est suivi 
d'une syllabe dont le son est peu sensible ; — Pregari 
(e fermé), prière, las pregaris, les prières. 

9. — Les règles qui précèdent étant connues, il est inutile 
de charger Va d'un accent grave ou d'un accent circonflexe, 
ainsi qu'on le fait de nos jours, pour indiquer qu'il est long. 



i: 

AU COMMENCEMENT ET DANS LE CORPS DES MOTS 

10. — E, suivi de m ou de », n'a jamais le son de Ve 
français dans embarras, entier ; on le prononce toujours 
comme dans éminence, énumérer. — Dens, dans, emhadiment, 
envahissement, emoiilument, émolument ; dites : — . déns, 
émbadlmént, émoulumént. 

— Seul, le nom propre Henric fait exception ; on dit dans 
certaines localités Hanric et Hanricoii, petit, cher Henri; 
c'est la prononciation française. 



Telle est aussi dans le gascon d'Agen, la prononciation de ce mot. 
Jasmin a écrit : — « lou buste à'Hanry », le buste d'Henri IV. 



11. — On trouve, en lisant les vieux Fors de Béarn, qu'il 
y a dans notre idiome plus à'e fermés que d'e ouverts. On 
peut donc établir la règle suivante : 

Au commencement et dans le corps des mots, il ne faut 
marquer d'un accent que les e ouverts ; ils prennent l'accent 
grave. 

Cette règle fait rentrer dans l'orthographe ancienne un 
très-grand nombre de mots. 



— 5 — 

12. — Ainsi, tout e non accentué, au commencement et 
dans le corps des mots, sera fermé. 

Il est entendu qu'une lettre se trouve dans le corps d'un 
mot, lorsqu'elle n'est ni la première, ni la dernière : — 
Serpouletj serpolet. 



Notre serpoulet est dans Rabelais, Pant., ni. 50 : — « Serpoule 
qui herpe contre terre ». 



43. — Prononcez, comme s'ils avaient des e fermés, les 
mots : 

Adbersari, adversaire, berdet, vert-de-gris , besc , glu , 
coim sentiment, consentement, document, document, entende, 
réparation, ensemps (p muet), ensemble, escribaa, écrivain, 
per, par, pare?, muraille (torchis), scientamentz {t fm. muet), 
sciemment, temps (p muet), temps, très, trois. 



Berdet, vert-de-gris, verdet dans Rabelais : — « Luci'esse, hos- 
pitalière ; Livie, racleresse de verdet. » 

Paret., muraille ; le mot correspondant français, paroi, a vieilli 
en ce sens : — « Le lieri-e corrompt et ruine la paroi qu'il accole »; 
— Montaitine. 



14;. — Dans les mots suivants, où Ve est ouvert, il faut 
mettre un accent grave : 

Arrestèt, râteau, bèr, verne, (arbre), betèt, veau, castèt, 
château, landrès, chenets, pèt, peau, pichè, mesure de 
cap., 2 litres, trabatès, combles. 



Landrès, chenets, sont les landriers, landiers de Rabelais : — 
Je tumbe près des landriers ; — Pant. ii. 44. » -r- « Panurge meist 



— 6 — 

deux selles d'armes des cheualiers en tel ordre qu'elles servirent de 
landiers, et feirent roustisseur leur prisonnier ; Pant. ii. 26. » — 
On lit dans Henri Estienne [Préc. du Lang. fr.) : — a Ce qu'en 
plusieurs lieux de la France est appelé land^er^ est ici nommé 
chenet. » — Landier subsiste encore dans le Poitou. 



15. — L'accent grave devient inutile, lorsqu'il résulte de 
l'orthographe que r^ est ouvert, comme ddLm guerre, guerre, 
serre, colline, terre, terre. 

i6. — Ve, sans accent, dans le corps des mots, peut avoir 
aussi le son d'un o très-faible : — 1° dans quelques désinen- 
ces verbales, cantabes, tu chantais ; — 2« dans un grand 
nombre d'adverbes de manière, darementz, clairement, de 
clare, clah^e ; — 3« dans des mots juxtaposés, Peyreshlanques 
(nom propre), pierres blanches ; prononcez, en faisant très 
peu sentir Vo : — Cantahos, daromentz, [t muet), Peyros- 
blanqiios. 

17. — Enfin, Ve sans accent, dans le corps des mots, 
peut être doucement fermé : — Bibes, tu vis. 

Ve doucement fermé est celui qui sonne un peu plus que Ve 
muet français, mais beaucoup moins que Vé fermé. 

Il ne figure, dans le corps des mots, qu'à certaines termi- 
naisons verbales. Il en sera question au chapitre des verbes. 

18. — Le première du mot Bearnes, Béarnais, devait avoir 
autrefois le son de Vi; on prononçait Biarnes ; aujourd'hui 
même on entend encore chez nous cette prononciation. 



Dans le dialecte gascon d'Agen, on prononce aussi Biarnes. 
Jasmin nous en offre la preuve écrite. Dans une pièce qui a pour 
titre Lou très de may, Le trois mai, la Baïse de Nérac revendique 
en ces termes l'honneur d'avoir vu naître Henri IV sur ses bords : 



Obe, Biarnes, souy Fa may, et lou Gâbo 
Tant bantariol n'es res que soun payri. 
Pourtant sa glôrio et m'insulte et me brâbo, 
Surtout dunpèy qu'a lou buste d'Hanry. 

Oui, Béarnais, je suis sa mère, et le Gave 
Si vantard n'est rien que son parrain. 
Pourtant sa gloire et m'insulte et me brave, 
Surtout depuis qu'il a la statue d'Henri. 

Il faut le dire, puisque l'occasion s'en présente : la muse de 
Jasmin, dans cette circonstance, pour médire du Gave de Pau et le 
priver de l'honneur qui lui revient, avait oublié qu'elle était gas- 
conne, et qu'elle devait respecter l'histoire et la langue. — Souy sa 
may, je suis sa mère, est une fausseté historique ; lou Gâbo, 
le Gave, est un barbarisme : on dit ici et l'on écrit lou Gahe 
\e doucement fermé) ; dans l'épithète de bantariol, vantard, appli- 
quée au Gave par Jasmin, on ne peut voir qu'une imputation qui 
rappelle ce vers de Molière : 

Vous donnez sottement vos qualités aux autres. 

Ce qui prouve encore que Bearnes devait se prononcer Biarnes, 
c'est que dans le français du xvi" siècle, on écrivait Biart, Biarnois, 
sans doute par imitation de la prononciation locale. On lit dans 
Rabelais, Pant. iv, 30 : — « Une cappe de Biart », une cape de 
Bêarn ; et dans la Satire Ménippée : — « Ils se vantent que, si le 
Biarnois alloit à la messe, jamais leurs espees ne couperoyent 
contre lui, ni les siens. » — « Je vous prie d'y adviser de bonne 
heure, de peur que ce Biarnois ne nous joue quelque tour de son 
métier ». 

Rollin, Traité des Etudes, rappelle que les Latins confondaient 
Ve et Vi dans l'écriture, et apparemment dans la prononciation : 
« Quintilien, dit-il, remarque que de son temps on écrivait hère 
au lieu de heri ; qu'on trouvait dans plusieurs livres sibe et quase 
au lieu de sibi et quasi, et que Tite Live avait ainsi écrit. De là 
vient sans doute que ces lettres se mettent indifféremment dans 
certains cas : — pelvem ou pelvim, navi ou nave ». 

C'est ce qui explique aussi pourquoi, dans les dérivés néo-latins, 
ces deux voyelles se rencontrent si souvent mises l'une pour l'autre. 



— 8 — 

Dans l'idiome béarnais, nous avons : — hehc^ boire, de hihere 
— dinès, deniers, de denarhis — nerjre^ noir, de niger -^ ^jere 
poire, de pirum — plega, plier, de plicare — sec^ sec, de siccus- — 
set, soif, de sitis, etc., etc. 

Nos substantifs digt, {g muet), doigt — didau, (pron. didaou),dé 
à coudre, — misse, messe, viennent des mots latins digitus, 
digitale, missa\ ces mêmes noms, en provençal, ont remplacé par 
un e Vi des primitifs latins : — det, dcdau, messo. — Provence 
nous est resté de la Provincia romaine. Dans pitre, poitrine, le 
provençal a substitué Yi à Ve du primitif latin : 

Lou pitre ie batié! Leur poitrine battait. 

F. Mistral, Mirèio. 

Ve de senior s'est cbangé en i dans l'italien signor, et s'est con- 
servé dans l'espagnol, comme dans le béarnais senhou (pron. 
segnou). En italien, on écrit semplice, simple) ; le latin éci-ivait 
simplex au nominatif, et siniplicis au génitif, et de même cornes, 
comitis, hospes, hospitis, miles, militis, etc. 

Le vieux français avait oville, brebis, de ovicula; l'espagnol 
emploie oveja, et l'ancien provençal ovella. 

On trouve dans les Fors de Béarn : — Los Juratz affermantz, 
les Ju'ats affirmant ; et c'est ainsi qu'en français de même qu'en 
béarnais on dit encore ferme de flrmus. 

En espagnol, on écrivait anciennement criador, créateur, de 
Creator em : 

El criador vos valla con todos los sos sanctos. 
Poème du Cid; 2287. 

Le créateur vous soit en aide, ainsi que tous ses saints. 

Créature, diable, s'écrivaient dans le vieux français criature, 
deahle : 

Li solaus qui raie Le soleil qui rayonne 

Sor chascune criature Sur chaque créature. 

Chans. xiii s. 

On trouve dans Le dit de la Borjoise de Narbonne : 

Compains, dit le deables, sais-tu que tu feras? 



— 9 — 

Froissard écrivait se au lieu de si : — a Se vous boutez en ost et 
que je vous y tiegne, je vous livrerai à Jocelyn. » 

Se pour si est employé encore dans les dialectes languedocien, 
provençal et gascon : 

Ah! soulel de mous èls, se jamay sur toun se 
Yeu podi fourrupa dous poulets a plase ! 

Goudelin. 

Ah ! soleil de mes yeux, si jamais sur ton sein 
Je puis savourer deux baisers à loisir ! 

Noun fau adounc vous estouna II ne faut donc pas vous étonner 

Se nosto lengo tant poulido Si notre langue si pure 

Dins li vilo s'es avilido. Dans les villes s'est corrompue. 
F. Mistral. 

Madamo, bous aymas quand lou poèto canto, 
Ebé ! cantayo plus se pregno bostre manto. 

Jasmin. 

Madame, vous aimez que le poète chante, 

Eh bien ! il ne chanterait plus s'il prenait votre manteau. 

L'espagnol a decii% dire, de dicere — vencer^ vaincre, de vincere. 
En français, promesse vient de promissum^ et lire de légère. 

Nous avons aujourd'hui cérémonie de cœrimonia, — médecin 
de medicus, — lion de leonem, — vêtement de vestimentum ] 
au XVP s., on écrivait ces mots — cerimonie, medicin, leon, vesti- 
ment. Voir : Amyot, Rabelais et Montaigne. 

Rabelais a employé silue de silva^ forêt; Andreu Febrer disait 
dans l'idiome catalan (1428): Tina selva escura, et l'on trouve dans 
Henri Estienne (Préc. du Lang. fr,) : Selve ramee, pour Sylva 
opaca. 



E FINAL. 

19. — e final dans le béarnais est : — 1» ouvert — 2° fermé 
-3** doucement fermé ; — 4** il a le son d un o très- affaibli. 



— 10 - 
1. E FINAL OUVERT. 

20. — Il faut le marquer d'un accent grave : — Darrè 
derrière, esparbè, épervier, herbe, estomac, mestiè, métier, 
état, besoin ; murtè, meurtrier, soidè, plancher, partie 
supérieure de la maison, telè, métier pour la confection de 
la toile. 



Le vieux français avait le mot soulè avec cette forme sollier , 
soliçr : 

De tumbel? rien... Je n'en ay cure, 
Car il grèverait le plancher. 



Cy gist et dort en ce sollier 
Ung pouvre petit escollier. 
Villon. 

« Le feu se prlnt à la paille, et de la paille au lict, et du Hct au 
solierr). — Rabelais, Pant. n, 14. 



2. E FINAL FERMÉ. 

21. — Il est surmonté d'un accent aigu : 
Arré, chose, quelque chose, heré, venin, houridé, levain, 
cabadé, rouleau. 



Cabadé est un rouleau de paille ou de linge, sur lequel on pose 
un objet que l'on porte sur la tête, cap, en béarnais. C'est ce que 
que les Latins appelaient arculus. — Coussinet de porteur; surtout 
le linge, roulé et plié en cercle, que les jeunes femmes plaçaient sur 
le haut de leur tète, comme on le pratique encore dans la campagne 
en Italie, pour soutenir les corbeilles qu'elles portaient dans les 



— 11 — 

Panathénées et autres fêtes. — Anth. Rich; Dict. des antiq. romai- 
nes et grecques. 



22. — e fhial des monosyllabes est le plus souvent fermé; 
il ne faut donc l'accentuer que lorsqu'il est ouvert (accent 
grave) : — De, me, que, de, moi, que; — hè., fais. 



3. E FINAL DOUCEMENT FERMÉ. 



23. — Il ne porte aucun accent : 

Ahesque, évêque, hene, vendre, hente, ventre, biscoiinte, 
vicomte, baume, soc de charrue, butre, vautour, cabestre, 
licou, cade, tomber, cerne, bluter, cese, pois (petit), crede, 
croire, gabe, gave, Ube, livre, membre, membre, ouncle, 
oncle, que plante, qu'il plante, utile, utile. 

Sans être tout à fait muet, cet e final est si peu sensible, 
qu'il forme une rime féminine. Gomment donc a-t-on pu le 
marquer, de nos jours, de l'accent aigu, qui est le signe de 
l'é fermé, produisant une rime masculine? — Dans le béar- 
nais d'Orthez, il est un peu plus fort que dans celui de 
Pau; il sonne comme la voyelle composée eu un peu adoucie. 



Cabestre, Ijcou, de capistrum. Le vieux français avait chevestre, 
où se trouve la racine chef, tête, comme en béarnais cap, tête, dans 
cabestre. De là s'enchevestrer, se mettre le chevestre, le licou, 
comme on le met à une bête de somme. — « Ils s'engluoient, s'en- 
chevestroient et garrotoient euls-mômes » ; Montaigne, Essais, m, 5. 
— Aujourd'hui, s'enchevêtrer s'emploie, au figuré, pour dire s'em- 
barrasser, s'embrouiller. 

En béarnais encahestra lou chibau {])ron, chibaou) signifie enche- 
vêtrer le cheval, incapistrare, mettre un licou au cheval. 



- 12 ~ 

4. E FINAL SONNANT COMME UN DOUX. 

24. — Il n'est jamais accentué. 

Aie, aile, nrressègiie, scie, halestre , arbalète, cadière , 
chaise, cloiiqiie, poule (avec poussins), crabe, chèvre, 
escale, échelle, escure, obscure, esquive, esquère, clochette 
(troupeaux), fidance, caution, galese, truie (qui nourrit), 
madure, mûre, nature, nature, parre, mésange, pale, 
bêche, pelle, pêne, mont, plante, plante (il), saligue, oseraie, 
saulsaye (v. fr.), terre, terre. 

On dit en appuyant sur la pénultième, et en laissant 
tomber faiblement la voix sur o : — Al-o, escal-o, crab-o, 
escur-o, cadièr-o^ etc. 

Dans ces mots et dans les analogues Ve final, sonnant 
comme un o doux, remplace Va peu sensible dont il a été 
question plus haut, à la suite du n° 7. 



Cadière signifie chaise qui vient aussi du lalin cathedra. La 
première forme française a été chayère ou kayère^ d'où, par resser- 
rement, chaire : — « Apportez-moy à ce bout de table une chaire; 
donnez moy que je boive » ; — Rabelais, Pant. m, 35. Chaire., 
par le zézayement, caractère du langage parisien au xvp siècle, est 
devenu chaise. Cette dernière forme n'a pas exclu la forme primitive 
et légitime chaire; nous avons attaché à chacune de ces formes une 
nuance de valeur différente. — Génin ; Lexique de la Lang. de 
Molière. Voici des exemples bien remarquables du zézayement 
dont nous venons de parler : — « Le siizeau.^ sureau, croist plus 
apte au ieu des flustes » ; — Rabelais, Pant. iv. — « En la mesme 
feuille ils ont mis la figure delà divine Infante, couronnée en royne 
de France, comme vous, vous regardant huze a huze (hure à hure), 
l'une l'autre.^ — Sat. Ménippée. 

Cadiero s'emploie aujourd'hui en provençal pour signifier chaire ' 

Noste curât souvent nous lou prècho en cadièro. 
J. Roumanille, Lis Ouh. 

Notre curé souvent nous le prêche en chaire. 



— 13 — 



Pene^ mont, du celtique pen^ sommet. Est-ce de là que Rabelais 
a dit la pinne du nez, la pointe du nez. — Pant. ii. 



25, — Ve final doucement fermé et celui qui sonne 
comme un o peu sensible, s'élident dans la prononciation 
devant les mots commençant par une voyelle ou par une h 
muette : — Libe utile, livre utile, plante amare, plante 
amère, douce halet, douce haleine; dites : — Lib'titile, 
planfamare, douslialet. 

Au lieu de halet, haleine, on se sert de let ; on dit 
prene let, prendre haleine : 

Anem prene let. Allons prendre haleine. 

Navarrot. 



Vo que nous prononçons sans récrire à^la fin des mots, figure 
dans la langue du poète Goudelin (Toulouse) : 

La filho d'un boun artisan La fille d'un bon artisan 

Porto de perlo de tout bèlo, Porte de belles perles. 

De gans a la mode noubèlo Des gants à la mode nouvelle. 

Et de fin aur un gros carcan. Et un gros collier d'or fin. 
Goudelin. 

Les Gascons et les Provençaux écrivent aussi avec un o, peu 
sensible, les finales où le béarnais met un e qui a le même son : 

Bilo de Paou, bilo joicyno et floucado, 
Bilo oun la poèzio es sentido, es aymado 
Oun sembla que lou ten n'a que à'houros de mèl... 

Jasmin. 

Ville de Pau, ville jeune et couronnée de fleurs. 

Ville où la poésie est sentie, est aimée, 

Où il semble que le temps n'a que des heures de miel... 



— 14 — 

Apensamentido e souleto, Pensive et seulette, 

Ah ! n'en avié culi de flour ! Ah ! elle avait cueilli des fleurs ! 

N'avié de touti li coulour Elle en avait de toutes les couleurs 

Uno pleno canesteleto. Une pleine corbeillette. 

J Uoumanille. 

Cet final, d'un son peu sensible, n'existait pas dans le gascon 
du xm« siècle. M. l'abbé F. Ganeto, supérieur du petit séminaire 
d'Auch, a publié dans la Remie d'Aquitaine quelques extraits 
d'une charte auscitaine de cette époque, où l'on trouve les mots 
teri^e, terre, anime, âme, daune, dame, porte, porte. — C'est là 
l'écriture de nos Fors et de tous les textes en vrai béarnais 
que nous avons eu à examiner et à étudier ; c'est encore 
l'écriture du béarnais moderne. Seul, croyons-nous, un jeune 
Oloronnais, qui aurait pu être un excellent ouvrier et qui ne fut 
qu'un médiocre poète, F. Destrade, a écrit, dans ces derniers 
temps, avec un o les mots où, depuis que Va du latin a été délaissé, 
le béarnais a toujours mis un e. Destrade écrivait cadeno, chaîne, 
escolo, école, pairio, patrie. 

L'a existait dans la presque généralité des mots qu'employa, à 
la fin du xvi^ siècle, le traducteur béarnais des Psaumes : 

Labetz, o Diu, sera laiMada Alors, o Dieu, sera louée 

De'toutz pobles ta Maiestat; De tous peuples ta Majesté; 



Labetz, dic-io, sera cantada Alors, dis-je, sera chantée 

De toutz pobles ta Santetat. De tous peuples ta Sainteté. 

Psalme lxvii. 

On peut l'entendre prononcer encore par les pasteurs du 
Béarn. — Il existe aussi dans le dialecte languedocien : 

T'ay vis, en me viran, jout Voumbra d'un bousquet, 
T'ay fay sinne dos fés, e tu m'as ignourada. 

Favre. 

Je t'ai vu, en me tournant, sous l'ombre d'un bosquet, 
Je t'ai fait signe deux fois, et tu m'as méconnue. 

C'est ainsi que les Troubadours écrivaient : 

Blanca com neus e flors à'espina. 
Arn. de Mareuil. 

Blanche comme neige et fleur d'aubépine. 



— 45 - 

De tous nos dialectes néo-latins, le limousin actuel est celui qui 
abuse le plus de Vo. Non-seulement il le met à la fin des mots, à la 
place de l'a primitif : luno, lune, vezino, voisine, ta^ro, terre, 
bouno vito, bonne vie, mais encore il le substitue à l'a au commen- 
cement et dans le corps des mois, opeti, appétit, noturo, nature ; 
il l'emploie aussi très-souvent au lieu de Ve : — reçobus, reçus, 
torriblo^ terrible, etc. etc. L'abus de cette voyelle rend fort étrange 
Y écriture du dialecte limousin, et donne beaucoup de rudesse à la 
prononciation. 

« L'a final, dit M. Honnorat, signe caractéristique du féminin 
dans la langue latine et dans celles qui en sont dérivées directe- 
ment, à cause des diiïérentes inflexions qu'on donne à sa pronon- 
ciation dans divers endroits, a été remplacé par les lettres que l'on 
a cru propres à reproduire cette prononcirtion. Dans la montagne 
et dans une grande partie du Languedoc, où la langue s'est mieux 
conservée, on a maintenu l'a roman et latin, et l'on a écrit musa, 
ama, muse, âme ; sur la rive gauche de la Durance, où l'on pro- 
nonce cet a extrêmement ouvert, on l'a remplacé par un o, muso, 
amo; sur la rive opposée de la même rivière, où il a un son 
plus obscur, on lui a substitué eu, musou, amou ; quelques 
auteurs modernes se sont servis de Ve muet français et ont dit 
muse, ame. Les troubadours n'ont jamais employé Vo pour l'a, pas 
plus que les auteurs de tous nos anciens Statuts et Fors des 
provinces méridionales. » (Notamment les auteurs des Fors de 
Béaryi ; mais ceux-ci, comme nous l'avons vu, ont souvent subs- 
titué Ve à l'a). 

M. Honnorat ajoute : — « Un des auteurs qui s'obstinent à 
substituer un o à l'a final féminin, m'assurait un jour qu'il ne 
pourrait jamais se résoudre à dire musà; — pas plus, lui répondis-je, 
que moi à dire muso. Mais Vo se prononce muet à la fin des mots ; 
mais l'a se prononce de même, ajoutai-je ; et l'on a au moins 
l'avantage de respecter l'étymologie. 

« L'a et Vo qui terminent les mots, quand ils ne portent pas 
l'accent, doivent être prononcés comme des e muets, dont le plus 
ou moins d'ouverture distingue les dialectes. On ne dit pas plus 
la Musà de Petrarcà, que la Mus-o de Petrarc-o\ on doit dire la 
Muse de Pétrarque ; d'ailleurs, écrivez comme il faut, et prononcez 



— 16 — 

comme vous voudrez, ou du moins selon votre dialecte ». — Honn. 
Dictionnaire py^ovençal. 

On voit dans les règles qui précèdent comment il faut écrire et 
prononcer en béarnais les mots que nous éludions ici. 

Obiservalion 

26. — L'e final doucement fermé {libe, livre ; n** 23), et Ve 
final qui sonne comme un o affaibli (aie, aile ; n° 24 j, sont, 
l'un et l'autre, sans accent. — Gomment les distinguer ? 

Poiir éviter toute confusion, il faut remarquer que Ve final, 
doucement fermé, ne se trouve que dans des substantifs du 
genre masculin, dans des adjectifs qui n'ont qu'une termi- 
naison pour les deux genres et dans quelques désinences 
verbales que nous indiquerons en temçs et lieu. 

Partout ailleurs e final, sans accent, a le son d'un o très- 
adouci : 

Armade, armée, baque, vache , balestre, arbalète , bie, 
voie , rue , bime , génisse , bite , vie , biigade , lessive , 
brouste, pousse, jet d'arbre, campane, cloche, carrère, rue, 
carrière, debare, descends, estele, étoile, hèste (h asp.j, fête, 
humane {h mu.), humaine, lance, lance, laudete (laoudete)^ 
alouette, ligue, lie (il), mesple, nèfle, oumbre, ombre, père, 
poire ; pregabe, priait (il) ; prouse, apprivoisée ; sedades, 
lacets, tarabère, tarière, tele, toile, teque, cosse. 

Prononcez : — Armad-o, bugad^o, campan-o, dehor-o, etc. 



Bugade, lessive, de buée (racine celtique) ; dans le centre de la 
France [Glossaire du Gte Jaubert), lessive se dit hugêe, et, dans la 
basse Bretagne, iuga. Le Limousin a hudzado et l'espagnol 
hugada. 

Débuer, dans le vieux français, signifiait lessiver : 

La pluye nous a débuez et lavez. 
Villon. 



— 17 - 

Buées, lessive , se trouve dans Rabelais, Pant. II. XXX : — 
« Matabrune, lauandière de buées. » 

Campane, cloche, de campana. C'est aussi un mot de Rabelais : 
— « Son père auait emporté les campanes de Nostre-Dame 
(Pant. n. 7. 

Laudete, alouette, vient de alaiida qui serait un mot gaulois ; — 
Journal des Savants ; sept. 1859. 

Mesple, nèfle ; on trouve ce mot dans le français du XIIP siècle : 

Quans Elie l'entent, ne le prise une mesple. 
Elle de Suint-Giles. 

Dans plusieurs provinces on dit encore melle. 

Las sedades, les lacets faits avec des crins de cheval ; seta. On 
dit en béarnais : — Eau tour a las sedades, faire un tour aux lacets, 
c.-i'.-d. aller visiter les lacets, faire le tour des lacets, aller voir s'il y a 
des oiseaux pris. Ces mots s'emploient aussi, en parlant de celui 
qui va à la recherche, lorsqu'est venu le moment qu'on appelle 
Vheure du berger, l'heure de l'amant. On a dit plus d'une fois que 
l'amour n'était qu'un piège. C'est bien là ce que signifie la locution 
béarnaise. 

Le mot béarnais tele, toile, s'écrivait telle dans le français de 
Joinville : — « Le feu se prist à telles dont les dras la royne estoient 
couvers ». 



27. — Il n'y a qu'un très-petit nombre d'exceptions à la 
règle donnée sous le n« 26 ; — Âyse, aise, cade, chaque, 
coumerce, commerce, die, jour, hypoiicrite, hypocrite, goarde, 
garde, gardien, ibrouuhe, ivrogne, bien que du genre 
mascuhn, se prononcent comme s'ils étaient terminés 
par un o affaibli ; — frèbe, fièvre, lèbe, lièvre, mielhe, 
meilleure, qui sont du féminin, ont Ve doucement fermé. 
— e final sonne dans l'adverbe hère, beaucoup , comme 
dans le substantif féminin hère, foire ; dites {h asp. dans les 
deux mots hèro, hero. — Mile, mille, se prononce milo. — 
Dans le, employé après un verbe comme pronom complé- 
ment, du genre féminin, la voyelle e sonne encore comme 

2 



— 18 — 

un doux : — darriga-le^ signifiant la déraciner, déraciner 
elle, rime avee gale, gale, rouille, qui se prononce galo : 

Mes de tau sorte b'ère arrounhouse de gale, 
Que jou nou poudi pas, sens gran brut, darriga-le. 

Fondeville ; Pastorale. 

Mais elle (l'épée) était tellement rongée de rouille 
Que je ne pouvais, sans grand bruit, la dégainer (déraciner elle). 

28. — Dans les noms et les adjectifs, Ve final doucement 
fermé et celui qui se prononce comme un o affaibli conser- 
vent au pluriel le même son qu'au singulier, bien qu'ils 
soient suivis de la consonne s (n» 16). — Il en est de même, 
ainsi qu'on le verra plus loin, dans certaines terminaisons 
verbales en es. 

29. — On écrit avec deux e, qui se prononcent comme un 
seul e fermé, les mots suivants : 

Bee, bien, fee, foi, hee (h asp.), foin, mees, mois, pees, 
poids, plee, plein, see, sein, seer, (r muette), soir. 

Dans pèe, pied, les deux e sonnent comme un seul è ou- 
vert ; et dans ree, dos, reins, du latin ren, le premier e est 
fermé, et le second se prononce comme un o doux : — la 
ree, prononcez la réo. 



30. — i, suivi de m, n, ne se prononce pas comme Vi fran- 
çais dans imposer, injure ; il sonne toujours comme dans 
imiter, inerte. — Arrasim, raisin, drin, brin, tint, le teint. — 
Le ( est muet dans ce dernier mot; on trouve lou ti dans 
un vers attribué à Despourrins. — Goudelin (dialecte de 
Toulouse) écrivait « lou tint « . 



~ 49 - 

31. — a, à la fin des mots, ne valent qu'un i fort : 
Besii, voisin, hii, vin, cousu, cousin, fii, fin, lii, lin, 

Martii, Martin, matii, malin, moidii, moulin, ]M?/m, parrain, 
pelegrii, pèlerin. 

32. — Le béarnais double, généralement, h la fin des mots, 
la voyelle qui, dans les primitifs latins, était suivie de n. 
On le voit iciH)our la voyelle i : — bit de vinuni^ vin; on 
a dû le remarquer plus haut à la fin des mots terminés par 
aa et par ee : — paa de pamni, pain (n^ 1), bee de bene, bien 
(n° 29). 



Ces mots et leurs analogues, dans le provençal et le languedocien, 
s'écrivent avec la consonne étymologique : — jm;z, rm, etc, etc. 
— Jasmin, (dial. gascon) écrit pa, bi. — Fondeville s'est servi 
quelquefois en béarnais du mot bin^ vin. 



33. — Les deux il ont leur valeur propre dans su, que je 
sois ; mais le second est très-faible ; au besoin, dans les 
vers, on les contracte en ij. C'est aussi par cette dernière 
lettre que l'on a remplacé quelquefois, même en prose, les 
deux ii qui sont à la fin des mots. 

34. — On écrit avec un i qui sonne fort : — Aci^ ici, 
bouci^ morceau pour la bouche, desi^ désir, medeci, médecin, 
tambourin tambourin, toupi^ pot de terre, pot au feu, 
ittis^ outil, galabi, nom propre d'homme, dont on a fait un 
nom commun pour signifier la pièce de deux sous : — Da 
u galabiy donner un décime. 

Un certain Galabin avait créé dans la vallée d'Aspe une fabrique 
de cette monnaie. On lui attribue le couplet suivant ; il l'aurait fait 



— 20 — 

un jour qu'il revenait d'une ascension périlleuse vers le village 
d'Ayclius ; [Album des Pyrénées, iSAO) : 

Jou-b juri per lous Dius Je jure par les Dieux 

Que James en Aydius Que jamais à Aydius 

Nou hourarey parguie ; Je ne foulerai basse-cour ; 

Lou plus bètcabiroû Le plus beau chevreuil 

Qu'ey petere de pou Y crèverait de peur 

De s'y coupa l'esquie. De s'y rompre l'échiné. 

Bouci, morceau pour la bouche, toujn, pot à mettre au feu. se 
trouvent dans le vieux français ; Rabelais les alftemployés : — Le 
quintal de ces quinqualleries ne vault que cinq houssins de pain » ; 
Pant. II. XXXI ; — « Elle en mangea sexe muiz, deux hussards (246 
pintes) et six tupins (potées) ; » — Garg. 4.3.» 

Dans l'Anjou, le pot s'appelle aussi un « tupin » ; d'où le 
proverbe : — « De bonne terre bon tupin ». 



35. — i final a le son peu sensible dans : 

Bèrmi. ver, hèsti, bête, hici^ vice, himi, branche-d'osier, 
glori^ gloire, graci, grâce, hasti (h asp.j, dégoût, hami 
(h asp.J, faim, homi (h m.j, homme , Un, lys, nohi, 
celle, celui qui se marie , oli, huile, ourdi , ordre, pienti, 
peigne, propi, propre, quiti, quitte, lèrmi, terme, limite. 



Cet i peu sensible provient, dans le plus grand nombre de ces 
mots, de Vi sans accent des primitifs latins. 

Nobi, celle qui se mai'ie, la femme le jour de ses noces ; de 
nubere, nuptum (couvrir, voiler). On sait que, le jour de leurs 
noces, les femmes romaines s'enveloppaient de la tête aux pieds 
dans un grand voile ; de là nubere, voiler, pour signifier marier en 
parlant de la femme. Mais, en béarnais, nobi est des deux genres, 
la nobi, lou nobi ; il se dit aussi bien de celle qui se marie que de 
celui qui prend femme ; c'est qu'en latin, pareillement, nubere a 
été employé (St-Jérôme, Tertullien) pour signifier contracter ma- 
riage en parlant de l'homme. 



— 21 — 

Dans la vallée d'Ossau on disait lo nobi, celui qui va se marier, 
le marié, la noble, celle qui va se marier, la mariée. — Hegist. 
des Délibérât de la communauté de Bielle ; xv** siècle. 

En provençal on dit lou novi et la notio : 

La courouno La couronne 

Qu'a sa novio lou novi douno. Qu'à sa fiancée le fiancé donne. 
J. Roum.mille, 



36. — Vi de quelques terminaisons verbales, et généra- 
lement des mots qui ont plus de deux syllabes, ne se fait pas 
non plus sentir dans la prononciation : 

Armari, armoire, bénéficia bénéfice, bicari, vicaire, cantabi, 
je chantais, ebanyèU , évangile, espaci, espace, exeniplai% 
exemplaire, hourbari, bruit confus, tumultueux, brouhaha; 
malici, malice, miserkordi, miséricorde, memori, mémoire, 
noutari, notaire, plant i , je plante, proiipicl , propice, 
sacîifici, sacrifice, salutari, salutaire, senglumi, espèce de 
cornouiller sanguin; sîlenci, silence. 



Hourbari (bruit confus produit par une foule, tumulte) ; dans 
Olivier Basselin, on trouve Jiouvary pour charivain, son du cor : 

Que j'embousclie le cor, quelque houvary qu'il fasse. 

O 

37. — final est fort dans les mots so, ce , asso^ ceci, 
acOy cela. — On écrit avec deux oo qui se prononcent comme 
un seul : — coo; cœur, soo^ sou, monnaie. 

38. — Au commencement et dans le corps des mots, 
sonne comme Vo français : 

Bosc, bois, borde, grange, broc, épine, coste, côte, esclop, 



— OQ 



sabot, hort (h. asp.), fort, iiiilhcx, maïs, note, note, obre, 
oeuvre, peroque, dépouille de maïs, porte, porte, pot, lèvre, 
baiser, tros, morceau. 
Dans tous ces mots l'accent tonique porte sur Va. 



Borde, grange, dans le français du centre, signifie métairie. M. le 
comte Jaut^ert (Glossaire), fait venir ce mot du tudesque bor, 
signifiant domaine, métairie, forme des champs. N'est-ce pas aussi 
la racine celtique bur, ferme, métairie ? 

Chez les Basques, nos voisins, métayer se dit Bordaria. 

On a dit que co'iue, gUeau, venait de coquere, cuire. Cette 
étymologie se comprendrait si coque signifiait tout aliment qui a été 
soumis à la cuisson. Elle est inadniissiîjle pour le mot qui signifie 
seulement gâteau. Coque est d'origine allemande : — koiiken, 
pâtisserie. Dans le patois de la Flandre on appelle couque un gâtean 
fait de farine délayée avec du lait ; — Dict. de Louis Vermesse. 

Esclop, sabot ; le latin avait sculjjoneœ, chaussure que portaient 
les esclaves à la campagne ; elle avait une épaisse semelle de bois ; 
— Cato. R. R. 

D:ms l'ancien français, sabots se disaient esclos : — « Jehan Chavet 
laissa ses esclos qu'il avoit en ses piez » ; — voir Du Cange. On 
lit aussi dans Rabelais, Pant. irr : — « Les Limosins a belz 
ezclotz — Elle deschaussa un de ses esclos ». 

C'est le mot usité dans le gascon d'Agen : 

Et sous pichous esclots, er soun juste en sargeto. 

Jasmin. 

Et ses petits sabots et son corsage en serge. 

39. — L'o se change en ou, il s'affaiblit, par conséquent, 
dans les mots dérivés, quand la syllabe suivante prend 
l'accent tonique. Ainsi de hordej grange, on fait embourda, 
mettre en grange; 

Broc, embroiicat, percé d'une épine, cibot ciboiitet, petite 
toupie, coque, coîicassè, pâtissier, coste, constat, côte, esclop, 
escloupè, sabotier, hort (h asp.j hourtet, un peu fort, milhoc^ 



— 23 — 

milhouca, champ de maïs, obre, oubrè, ouvrier, note^ notitari, 
notaire, peroque, esperouca^ dépouiller le maïs, porte, pour- 
tau (a-ou) portail, pot, poutou, tendre baiser. 

40. — Au commencement de certains vocables, o devait 
sonner comme la diphthongue au, (on verra plus loin que 
cette diphthongue se prononce a-ou). On trouve très-souvent 
dans les Fors : — Oloron, Ossau, Ossalees, la ville d'Oloron, 
la vallée d'Ossau, lesOssalois : 

« Jo...,notaripublicd'Oioro?i, Je..., notaire public d'Oloron, 
« de manament de Monsen- sur le mandement de Mon- 
« hor Gastoo et deus homis seigneur Gaston et des hom- 
« de Ossau, en lapresenci de mes d'Ossau, en la présence 
« Mossen En Gompanhs, per de Monseigneur En Gom- 
« la gracia de Diu, avesque pans, par la grâce de Dieu, 
<i d'Oloron,.,. aqueste carta évoque d'Oloron,... j'ai trans- 
it translate et mon senhau y crit cette charte et y ai posé 
« pause, m' 11° Lxvii. mon scel. 1267. 

Or nous disons aujourd'hui Aulourou, Aussau, Aussalees. 
Navarrot, le chansonnier populaire de notre temps, écrivait 
dans l'un de ses meilleurs poèmes : — Bielh Aoulourou, salut! 
Vieil Oloron, salut ! Il aurait dû mettre, sinon Oloron^ au 
moins Aulourou. G'est incontestablement la tradition qui 
nous a donné la prononciation que le poète avait notée. An- 
ciennement même, il arrivait quelquefois que la prononcia- 
tion faisait oublier aux copistes l'orthographe usuelle : ainsi, 
nous avons trouvé Aulourou, au heu d'Oloron, une fois dans 
le For de la vallée de Barétons^ et une autre fois dans un 
Registre de 1383, déposé aux Archives des Basses-Pyrénées. 
Ge mot était écrit Oloron en plus d'un endroit dans les 
mêmes documents. 

Il faut donc orthographier ces trois noms propres ainsi 
qu'on le faisait jadis, et prononcer Aulourou, Aussau, 
Aussalees. 



-n - 

41. — Ce qui prouve que la voyelle o sonnait quelquefois 
connme la diphthongue au (a-oii), c'est que, de radicaux 
latins où Vo Tigure, le béarnais a fait des mots qui prennent 
au. Nous avons : 

Aucide, tuer, auheri (i fort), offrir, aulhe brebis, daune, 
maîtresse, dltyaus, jeudi, nau, neuf, pansa, poser, prini 
saum^ premier somme, sauneya, songer. 

Foey-te, aqui ieyo]enaucider. Sauve-toi, ici on veut te tuer. 

Fors de Béarn 

Nous auheri en sacrifici Nous offrir en sacrifice. 

Trad. des Psaumes. 

Mon Qer]\mu Y pause J'y ai posé mon scel. 

For d'Ossac. 

Nou hèy que-t sauneya Je ne fais que rêver de toi. 

DespourrJns. 



Aulhe, brebis, de omcula ; — Vo étymologique se retrouve dans 
la forme oulhe, pron. o-oulhe. 

Baime, maîtresse, de domina. — Les Troubadours écrivaient 
domna. 

Domna dels angels regina, Dame, reine des anges, 

Esperansa dels crezens. Espérance des croyants. 

P. de Corbiac 

A la fm du xiv« siècle, on écrivait done conformément a l'étymo- 
logie, et daune d'après la prononciation : — La done de Balanssun, 
la dame de Balansun ; — La daune de Sales, la dame de Sales ; — 
Dénombrement général des maisons de la vicomte de Béarn, 1385. 

Au commencement du xv° siècle, on écrivait encore done qui 
devait se prononcer daune comme l'indique l'orthographe actuelle, 
qui a été déterminée et s'est fixée par la persistance du son. 

« Las dones qui vieran a las honors », Les dames qui viendront pour 
les honneurs » ; — Honneurs d'Archambaud, 1414. 



42. — Vo étymologique est encore remplacé par au dans 



— So- 
les mots : — Haugmi ( h. muette), cette année, de hoc anno; 
— haunou^ honneur, — audouetaulon^ odeur, qui viennent 
des substantifs latins, honorem, odorem et olorem. 

De richesses me passi, De richesses je me passe, 
jyhaimom, de quahtat. D'honneurs, de quaUtés. 

Despourrins 

Et las mielhes aulous dab lous airs maridades 

Lamolère. 

Les meilleures odeurs parfumant l'air, (mariées avec les airs). 

43. — La joie est la yoye en béarnais, et gauyous signifie 
joyeux. 

Bien que nous ayons hnunoit, on a dit hounore, honore : 

De quauque arrisoulet hounore mas cansous. 

Bordeu. 

De quelque petit sourire honore mes chansons. 

Il faut préférer hmmoiira, honorer ; on trouve ce mot 
dans le Catéchisme béaruais, réimprimé en 1788 : 

— « Assistatz soubent a la sente misse qui hainiore Diu 
infmidamentz » ; — Assistez souvent à la sainte messe qui 
honore Dieu infiniment. 

44. — Les mots béarnais dans lesquels l'o des primitifs 
latins est devenu au, prennent aussi la diphthongue oiï 
(pron. o-ou). Nous avons donc aucide et oiïcide, tuer, de 
occidere, ethaunou,hoi'mou, honneur, de honorem, etc., etc. 

45. — On trouve dans les vieux textes béarnais: — Ohedir, 
obéir, occasion, occasion, offensa, ofTenser, offici, office, 
offerent, offrant, offrande, offrande, obrir, ouvrir. 

On entend prononcer et Ton voit écrire aujourd'hui ces 
mots : — Aubedi, oûbedi, aiicasiou, oiicasiou, auffense, ouffense, 
aubrif oûbri, oubri, ourbi. 



— 26 — 
Et Roland qu'oûbedeix Et Roland obéit. 

V. de Bataille. 

You Vaubedirey Je t' obéirai. 

Despourrins. 

Moussu dise Vauffici Monsieur disait l'office. 

Picot. 

Passe au galop toutz lous oûfflcis 

Navarrot. 

Passe au galop (lis vite) tous les offices. 
Qu'abè serbit lou rey, bingt ans, coum oiifficiè 

Picot. 

Il avait servi le roi, vingt ans, comme officier. 
Voiiffrande du bèt arram d'or (aur). 

V. de Bataille. 

L'offrande d'un beau rameau d'or. 
Eu biengoun tout oiiffii, bite, aryent et couratye 

Vignancour. 

On lui vint tout offrir, vie, argent et courage. 
Enso d'u gran moussu m'auffn d'entra laquay. 

Picot. 

Chez un grand monsieur il m'offrit d'entrer (comme) laquais 
Lou cèu o'oûbreix Le ciel s'ouvre. 

Andichon 

Bièrye, que ^"oubrirèy moun coo. 

V. de Bataille. 

Vierge, je vous ouvrirai mon cœur. 
You bou-n prègui, amigue, oiibritz 

Hourcastremé. 

Je vous en prie, amie, ouvrez. 



— 27 — 

46. — A ne considérer que l'étymologie, il conviendrait 
d'écrire ces mots avec la diphlhongue ou plutôt qu'avec la • 
diphthongue au. 

47. — Mais puisque autrefois on a fait invariablement : 
— Aucide de occidere, saum de somnus, etc, etc, l'analogie 
semble commander de préférer aussi dans les autres mots 
la diphthongue au à la diphthongue ou. 

Il faut donc écrire désormais, conformément à l'habitude 
orthographiqee des vieux textes béarnais : — Aubedi, auca- 
siou, auffense, auffici, auffrande, aubri. 

48. — L'étymologie et l'analogie tout ensemble s'accordent 
pour faire adopter auhri au lieu de ouhri, ouvrir ; en latin 
aperire. — Nous en dirons autant de gauyous et ô.''an7Yttye^ 
joyeux, orage, qu'il faut préférer à goiiyous et oilratye ; ils 
dérivent de gaudiosus et de auraghun^ lat. barb. de aura^ 
vent. — Prononcez : Aoubri, gaouyous, aoiiratye. 



Le patois jurassien a changé aussi Vo en aoii. Des mots latins 
sororem, dolorem^ il a fait scraou, delaou^ que l'on trouve dans le 
couplet suivant d'une chanson dcô montagnes de Saint-Claude. 

Ya cumin ma grand seraou, Vois comme à ma grande sœur, 

On. gli det nom ma gneilleta ; On lui dit nom ma poulette ; 

Ma per ma quin-na delaou, Mais pour moi quelle douleur 

D'etrou tourdz truet piteta ! D'être toujours trop petite ! 

Nous venons de voir que dans plusieurs mots béarnais dérivés du 
latin, on a substitué les deux voyelles au à la voyelle o des primitifs. 
Par un procédé contraire, l'italien a fait oca, oie, de auca, et 
l'espagnol cosa, cause, de causa, — dorado, doré , de deauratus^ 

— 0, ou, de aut^ — oyr, ouir, de audire, — poco^ peu, de paucus, 

— toro, taureau, de taurus. 

Le français emploie aussi Vo à la place de la double voyelle 
étymologique au ; -^ Chose, causa, clore, claudere, etc. 



— 28 — 

On trouve dans Robert Etienne pauvre de pauper ; dans Nicot et 
♦ Cotgrave povre ou pauvre, indifféremment. 

L'au du primitif ne s'était pas transformé en o dans le verbe oser, 
au XVI' siècle. Rabelais écrivait : « — Le sot ne se anse deffendre. » 
On trouve aussi le substantif au7^eille, au lieu de oreille, dans le 
Pantagruel et dans les Essais. Les dames du temps de la Ligue 
disaient : — « Nous en avons les aureilles rompues. » — Sat. 
Ménippêe. 

Aujourd'hui au n'existe plus dans oser, mais il s'est conservé dans 
audace et audacieux ; on écrit aussi trésor et thésauriser. 

On peut trouver chez les Latins la raison de ces deux faits 
contraires ; — o et au permutaient dans plusieurs de leurs vocables. 
Ils écrivaient : 

Alosa, alausa, alose, coda, cauda, queue, codex caudex, registre, 
code, lotus, lautus, lavé. 



49. — Anciennement o se prononçait, généralement, ou, 
en béarnais. Ce qui le prouve, c'est que les mots contrari, 
contraire, logar, louer (une maison) no, non, persone, 
personne, s'écrivent aujourd'hui comme ils se sont toujours 
prononcés : coimtrari, lotiga, non, personne. On pourrait 
multiplier de pareils exemples. L'orthographe ancienne 
était conforme à Tôtymologie de ces mots ; dans l'ortho- 
graphe actuelle, on n'a eu en vue que la prononciation. 

50. — Userait difficile aujourd'hui de faire revenir, pour 
les mots béarnais dans lesquels o se prononçait ou, à Vécri- 
ture des anciens. On s'en tiendra donc pour eux à celle que 
les modernes ont adoptée. 

51. — Autrefois certains mots terminés par la syllabe on, 
par un o, ou par deux o : possession, portio, leoo, possession, 
portion, lion, s'écrivaient indifféremment de l'une ou l'autre 
de ces trois manières ; mais, quelle que fût la finale, elle 
n'avait qu'une seule et même prononciation ; on, o, oo se 



- 29 — 

prononçaient ou, comme l'indique l'orthographe actuelle de 
ces mots : — poiissession., pourtioti, leoxi. 



Il y a dans l'ancien béarnais des mots, où la voyelle o a remplacé 
Vil étymologique : 

Boqiie, bouche, fond:?, fonds, pregond, profond, second, second. 
On écrit aujourd'hui : — Bouque, foundz, pregound, segound. 

En latin ces deux voyelles permutaient : on le voit dans volgus et 
milgiis, le vulgaire, dans voltis et mdtis, vous voulez ; volgus et 
voltis se trouvent même dans des écrits du siècle d'Auguste. 

Un même radical latin, selon les divers emplois du mot, ou dans des 
mots d'espèce différente, prend l'une ou l'autre de ces deux voyelles : 
— Colo, je cultive, cidtus, cultivé, decus, decorls, honneur, ebur, 
eboris, ivoire, homo, homme, humanus, humain, populus, peuple, 
publicus, public, volo, je veux, vult, il veut. 

Ces faits nous donnent la raison de la présence de Vo au lieu de 
Vu, et de celle de Vu à la place de Vo, dans un grand nombre de 
mots appartenant aux idiomes dérivés du latin. 

Nous avons dans nos idiomes méridionaux, nore, noro, bru, de 
nurus, — novio, nobio, nobie, nobi, celle qui se marie, de nupta^ 
participe de nubere. 

Vu tient la place de Vo étymologique dans les mots béarnais, 
iurment de toi^mentum, tourment, budet, boyau, de botellus. 

Turment était usité dans l'ancien français. On lit dans la Vie de 
St-Thomas de Gantorbéry : 

Li cors en est purris, et l'aneme est en turment. 

Dans notz, noix, et dans molher, femme, de nucem et de 
mulierem, c'est Vo qui a été substitué à Vu : 

(( Apres si la molher prumera es morta, pren la segonta » ; Après 
si la première femme est morte , il prend la seconde ; — Fors de 
Béarn. 

L'italien a tiré facolta, faculté, de facultatem, molto, beaucoup, de 
multiim, popolo, peuple, de populus, sospetto, soupçon, de suspeC' 
tum, et om.ero de humérus. H. Estienne disait dans son livre de la 
Prêcellence du langage français : — « Les Italiens ont fait le poète 



— 30 — 

Homère de ce que les Latins nomment humérus^ quand ils veulent 
signifier ce que nous appelons espaule ». 

L'espagnol a boca, lograr, porpola, bouche, gagner, pourpre, de 
bucca, lucrari, purpura. — Porpola, se trouve dans le Poème du 
Cid. 

Des changements analogues se sont opérés dans le passage de 
plus d'un radical du latin au français. Dans la Chanson de Roland, 
on trouve dulor^ dolur, douleur, de dolorem, X)lurer, àeplorare : — 
plurer des oilz, pleurer des yeux. On écrit aujourd'hui douce, 
sommes^ sur, hommes ; anciennement on écrivait « dolce, sûmes, 
sor, humes », de dulcis, sumus, super, homines. 

Abundantm, unda, umbra, undecimus, ont fait abondance, 
onde, ombre, onzième ; mais Rabelais écrivait abundance et unzies- 
me ; et Montaigne : — « Le menton commence à ^'umbrager. » 
Nous avons encore jonc àejuncus, onction de unctionem, orme de 
ulmus ; — ulmcau se trouve dans Rabelais ; — ongle de ungula; 
oncle vient de unculus, aphérèse de avunculus, ortie de urtica, 
noce, anc. nopces de nuptice. 

Vo figure dans bois, bosquet, et Vu dans bûche, débusquer^ 
embûcher ; tous ces mots sont de la même famille ; — rac. allem. 
husch ; — bas lat. boisia. — Boscus, buscus ; Voy. Burguy. 

De la racine pui, lat. podium, viennent l'ancien espagnol pujar, 
le portugais pojar, l'italien poggiare, et. l'ancien français pui, 
mont, et puier, gravir, monter. 

« Le pui en Vêlai, id est podium in Velauno, quia urbs est in 
editissimo loco, "qui lingua Gallorum pui, id est podium, dicitur. » 

Scallger. Not Galliœ. 



r 



52. — u n'a jamais le son de Vu français dans un et 
parfum ; il se prononce toujours comme dans une, humeur. 

Dus, deux, hum {h asp.) fumée, mut, muet, punt {t muet), 
point, junc, jonc. 

Mut, muet ; autrefois, en français on disait aussi mut, au lieu de 



— 31 - 

muet : — « Il conviendroit que le mut feust sourd de sa naissance » ; 
— Rabelais, Pantagruel, m, 19. 



53. — u final est fort : 

Escu^ obscur, madu^ mûr, segii, sûr, w, un. 

54. — On écrit avec deux ii qui n'en valent qu'un fort : 
Ahum, abus, fruut, fruit, juu, joug. 

55. — u ne se fait pas sentir dans les articulations gu, qu, 
suivies d'une voyelle : 

Egiie, yègiie, jument, équitat, équité, esqtiie, échine, 
guerre, guerre, plagiie, plaie, qualitat, qualité, segiiit, suivi. 



Egue, yègue, jument, sont usités dans la partie montagneuse du 
Béarn ; anciennement on disait egoa. 
Dans le français du xm* siècle, on trouve ygue. 

Tel i ot ygue a queue recopee. 
Aimeri de Narbonne. 

On lit dans Rabelais, 1, iv, ch. 13 : — « remonté sur son esgue 
orbe » ; sa jument borgne. 

De esquie, échine, on avait fait le verbe esquirener pour esrener, 
êreinter. Gotgrave dit que ce mot est gascon et le donne à Rabelais, 

Guerre (dans la basse latinité guerra) s'écrivait autrefois goerra, 
goerre que l'on prononçait gouerre : 

No fassias noeyt et dia a las arroquas goerra. 
1. G., Sonnet béarn. 

Ne fasses nuit et jour aux rcrchers la guerre. 

u sonnait ou en béarnais, comme en latin ; c'est l'orthographe 
actuelle qui nous l'indique : 

Coum, comme, denountia, dénoncer, interroumpe, interrompre, 
renountia, renoncer, boulountat, volonté. 



- 'S^ - 

On écrivait autrefois : — cum, denuntiar^ interrumper, renuntiar^ 
voluntat. 

De même en français nous avons course de cursus, four de 
furniis, tour de turris, toux de tussis, outil de utilis. 

La prononciation latine de Vu, qui n'existe plus dans le béarnais, 
ni dans le gascon ni dans le français, s'est conservée en italien, en 
espagnol. 

Le limousin et le languedocien (Toulouse) prononcent ou Vu qui 
est précédé d'un i à la lin des noms dont les primitifs latins sont 
terminés en o, onis, tels que affectio, onis : 

Lou mounde es uno mar oun, coumo jouts de belos. 
L'home sent quado jour qualque bent (Vafflictiu ; 
Mes nostre Rey, coumoul de toute perfectiu, 
Hurous hoste del cèl, trepejo las estelos. 

Goudelin. 

La forme terminative iu, dans des mots analogues, était aussi 
béarnaise, mais rare : donatiu, donation ; — Fors de Bêarn 
Oloron, art. 13). 



56, — Dans le corps et à la fin des mots béarnais, u a 
pris souvent la place des consonnes II, l, qui sont dans les 
primitifs latins après les voyelles a, e, i, o. Ainsi, al, el, il, ol 
des mots latins deviennent en béarnais ait, eu, iu, ou, qui se 
prononcent aou, eou. iou, oou : 

Metau, métal, pau, pal (pieu), Vaiu,'sau, sel, sauta, sauter, 
hèu (h asp.; fiel, mèu, miel, abriu, avril, Mu (h asp.j fil, 
hilhoû (h asp.j filleul, doû, deuil. — L. metallum, palus, etc. 



Le changement de / en u s'est fait, en français dans des cas 
absolument identiques : — mau, cieu, fou, de malum, cœlum, follis, 
se disaient et s'écrivaient en même temps que mal, ciel, fol. 

Rabelais écv'iYSi'd pau de palus, pieu : — « A chascun ung coup de 
pau (pieu) sur les reins. » — Pal est resté dans le langage héral- 
dique, et comme nom d'instrument de supplice. 



- 33 - 

Le mot psalme a été définitivement remplacé par psaume : — 
« Mon frère, le duc d'Anjou, jettoit souvent mes Heures dans le feu, 
et au lieu me donnoit des psalmes et prières huguenotes » ; — Mar- 
guerite de Valois, Mémoires^ ch. 1, 

Nous avons encore autel de altare, faux de falcem, paume àepal- 
ma^ etc., etc. 

M. Génin soutient que l'on disait mau, cieu, fou, même lors- 
qu'on écrivait mal, ciel fol, ( Variations du lang. fr. pag. 55 et 
suiv. Les Manceaux disent encore aujourd'hui de quelqu'un qui est 
souvent malade : — Le ?nau ne l'haït point » ; ( Voc. du Haut-Maine; 
G. R. de M. — M. Ampère avait constaté l'existence de ces deux 
formes corrélatives, disant que les formes al, el, ol étaient plus 
anciennes que les formes au, eu, ou ; ( Hist. de la form. delà lang. 
fr. pag. 232 et suiv.) 

Ainsi, le changement de l en u s'est fait à la fois dans le passage 
des mots latins au béarnais et au français. — M. Ampère a dit en 
parlant des langues : — « La ressemblance démontre la parenté. » 

Il n'est pas hors de propos de constater par des exemples tirés du 
béarnais la justesse des affirmations de MM. Génin et Ampère. 
L'un a soutenu que mal, ciel, fol se prononçaient mait, cieu, fou ; et 
l'autre a dit que les formes al, el, ol étaient plus anciennes que 
celles en au, eu, ou. Tout cela est d'une exactitude parfaite ; des 
mots béarnais nous le montrent avec certitude. Nous avons, dans 
l'arrondissement de Pau, des communes dont les noms sont Auga, 
Beuste, Caubios. Ces noms, au XF et au xiie siècles, c'est-à-dire 
lorsqu'on les retrouve (4) le plus anciennement écrits, étaient, Algar, 
Belste, Calhios. Voilà l'antériorité de al, el, sur au, eu ; et c'est 
incontestablement par la prononciation de Belste, Calhios en Beuste, 
Caubios, qu'a été fixée la manière dont ces mots sont écrits de- 
puis le xiiie siècle ; en d'autres termes, et, pour ne citer qu'un mot, 
c'est la façon dont sonnait Algar qui a fait écrire Auga. 



(1) Paul Raymond, Dictionnaire Topogi aphique des Basses-Pyrénées; 
Paris, impr. imp. 1863. 



34 



57. — Vy a le son de 1'/, au commencement des mots 
devant une consonne, à la fin des mots et entre deux con- 
sonnes : — Ydroo^ Ygoii; aujourd'hui, Idron, Igon, communes 
de l'arr. de Pau ; Momy, nom de village, arr. de Pau ; 
hypoutfiecat, hypothéqué. 

y (y, adverbe) : — ((Si bous y bienetz » , si vous y venez; 
y (et, conjonction) : — c Mourtz y bius 1 » morts et vivants! 
y ( pronom ) : — « Si abantz los y denegue » ; si aupa- 
ravant il les lui dénie). — Fors de Béarn. 



II 

VOYELLES COMPOSÉES ET DIPHTHONGUES 



La plupart des Grammaires n'indiquent pas nettement la 
différence qu'il y a entre une voyelle composée et une 
diphthongue. 

Gomme nous allons nous servir ici de ces deux expres- 
sions, il importe de bien préciser ce que l'une et l'autre 
signifient. 

58. — La voyelle composée est la réunion de deux ou trois 
voyelles qui représentent un son unique ; — ai dans fairey 
ei dans peine, eu dans peur, ou dans vous, eau dans hameau^ 
sont des voyelles composées. 

59. — La diphthongue est une syllabe qui fait entendre 
deux sons différents et simultanés : — ia dans fiacre, iè dans 
bière, io dans fiole^ sont des diphthongues. 

60. — Une diphthongue peut être formée d'une voyelle 
composée et d'une voyelle simple, et réciproquement : 
Oui, Dieu. 

61. — Le béarnais n'a pas les voyelles composées, ai, au 
ei, eu, que l'on entend dans les mots français : — faire, faux, 
peine, feu. 



— 36 — 

C'est à tort que Bitaubé et Navarrot ont dit : 

— Bien entene lous airs gauyous. 
Viens entendre les airs joyeux. 

— Y si peu sous-prefèt ètz noumat maire, ou nou. 

Et si par le sous-préfet vous êtes nommé maire, ou non. 

En bon béarnais, air se dit ayre, et maire, mayre. 

62. — La voyelle composée oi est très-rare dans le 
béarnais ; elle n'a jamais le son qu'elle produit dans les 
mots français bois, loi. On ne l'y rencontre quelquefois que 
dans le substantif coig, cou. On Ty trouve aussi dans Foixs, 
le comté de Foix. Est-il besoin de dire que ce mot n'est 
pas béarnais 9 

63. — i se trouve quelquefois après a, e, {ai, ei) ; et, dans 
ce cas, il est toujours suivi de g, ou de x, ce qui produit 
l'articulation de ch ddiuspanache. On écrit : 

BaiÇy bas, tiaix, il naît, peix, poisson. 

On prononce bach, nach, pech. 



AIT. -EU. — m. 



64. — Au, eu, vu, forment les diphthongues rt-ow, e-oii^ 
i-ou : NadaUy Cèu, Biu, Noël, Ciel, Dieu ; prononcez Nada-ou, 
Cè-oUy Di-ou. 

Le trériia^ ou Vaccent grave, que l'on met aujourd'hui sur 
la seconde des deux voyelles qui composent ces diphthon- 
gues, deviennent complètement inutiles. On ne peut pas se 
méprendre sur la prononciation de Vu après les voyelles 



— 37 — 

a, e, i ; c'est toujours la prononciation que nous venons 
d'indiquer. Le tréma et Vaccent grave n'ont jamais figuré 
dans le vieux béarnais, ni sur mau^ peu, biu, mal, cheveu, 
vif, ni sur aucun de leurs analogues. On les orthographiait 
invariablement, autrefois, ainsi que nous le montrons. 

— Il n'y a que trois exceptions à cette règle : — Aur, or; 
c'est le mot des Fors, il convient de le reprendre ; tapaiic, 
si peu, non plus, et tliesaur, trésor ; prononcez or, tapoc, 
thesor. 

Mais dans certaines localités, tapaiic se prononce selon la 
règle générale, tapaoïic. 



En français, au seizième siècle, on écrivait aussi thcsaur : — 
« Le pape Sixte me donna quinze cens Hures de rente sus son 
domaine et thcsaur ecclésiastique» ; — Rabelais, Panf.u. 17. 



65. — Dans les diphthongues au, eu, m, l'w, qui se pro- 
nonce comme ou, a un son tout particulier, bien moins fort 
que celui de Vu en italien, en espagnol : 



AU 



Aubarde, bât, aube, aube, auque, oie, auta, autel, casau, 
jardin, clau (masc), clou, clau (fém.), clef, caud, chaud, 
caulet, chou, cause, cause, daune, maîtresse, debantau, tablier, 
dextrau, destrau, hache, didau, dé à coudre, hau (h. asp.) 
hêtre, haure (h. asp.), forgeron, laura, labourer, mau, mal, 
malau, malade, mourtau, mortel, nau^ neuf, pèe-descaus, 



— 38 — 

nu-pieds, pourtau, portail, praube, pauvre, ratibe, robe, sau, 
sel, saub, satip, sauf, semmi, cuve, sant, saut, tau, tel, taule, 
table, taure, tau, taureau, tausii, chêne blanc. 



Casau, jardin, de casalis latin ; le jardin est la terre tenant 
à la cate, à la maison habitée, casa. 

Avant d'employer le mot caulet pour signifier chou, on se servait 
en béarnais du mot eau. On le trouve dans le Dénombrement général 
des maisons de la vicomte de Béarn, en 1385 (Inv. Arch. Basses- 
Pyrénées, vi) : — « L'ostau de La Sale y ave caus eipoos au casau »; 
Dans la maison de La Sale il avait des choux et poireaux au jardin. 
La partie du jardin où étaient les choux s'appelait caular : — « Y ave 
troix de eau au caular » ; Il y avait des trognons de choux au carreau 
des choux. 

Cau^ chou, est usité encore aujourd'hui dans l'idiome gascon de 
Bayonne. 

Caulet, chou ; il est employé aussi dans le patois de la Flandre ; 
là, il signifie grand chou bon pour la nourriture des vaches. — On 
trouve ce mot dans le dialecte Picard. 

Rabelais s'en est servi ; le vieux langage français avait eaul. 
Breton : Kaol. 

Caud, chaud. — Tout caud, tout caud ! pron. tout caoud, tout 
caoud ! Ainsi crient, en passant dans les rues, les femmes qui 
vendent des châtaignes qu'elles viennent de faire cuire. — A Lille on 
a le même mot ; la prononciation seule en fait la différence : 

Quand i fait du soleil i fait caitf? tout partout. 

Proverbe. 

Debantau, tablier, de debant, devant. Dans le centre de la 
France on dit un devanteau. 

Rabelais l'a employé : — « Elle mit son deuanteau sus sa tête ». 

Montaigne a écrit {Essais, m, 5) : — « Geulx qui, parmi les ieux, 
refusent les opinions sérieuses, font, dict quelqu'un, comme celuy 
qui craint d'adorer la statue d'un sainct, si elle est sans devantière ». 
Ménage, après avoir cité cette phrase dans son Dict. Etijmologique, 
s'exprime ainsi : — « On appelle proprement devantière cette sorte 



— 39 — 

de grand tablier que les femmes portent à cheval. » — C'est bien là 
le sens du substantif béarnais debantau. 

Dextrau, destrau^ hache dont se servent les charpentiers pour 
équarrir les poutres. — On dit : — V cop de destrau^ un coup de 
hache, et ue henicde [h asp.) cou7n u pic destrau, une fente comme 
l'entaille faite avec une hache. Dans cette expression pic destrau, 
la préposition de est supprimée. 

Laura, labourer, de laborare. Nous avons en béarnais le dicton : 
— Laura dab saiimetes, labourer avec de petites botes de somme, 
de petites ânesses ; il s'emploie pour signifier faire les choses petite- 
ment. Sous le gouvernement de Juillet, un de nos députés montrait 
un jour à quelques-uns de ses électeurs le contrat de mariage de sa 
fille, qni portait la signature du roi Louis-Philippe ; il tenait à leur 
faire voir qu'il était bien en Cour ; mais il avait trop d'esprit pour 
le dire tout net. Se rappelant alors le proverbe béarnais: — Aco, 
dit-il, ney pas laura dab saumetes ; Gela n'est point labourer avec 
de petites bêtes de somme. 

Pèe-descaus, nu-pieds ; déchaussé ; le vieux français avait 
deschaulx : 

Helas, s'ilz sont cassez de gaiges, 
Aller leur fauldra tous deschaulx. 
Villon ; Huit, clvjii 

Tausii, chêne blanc. En Vendée, il y a un chêne que l'on appelle 
toza ; si l'arbre n'est point le même qu'en Béarn, le mot nous semble 
avoir la même racine que le nôtre. 



SU 

Agreu, houx, apèUj appel, bar eu dévidoir, beu, boit (il), 
hrèu, bref, deu, doit (il), eschèu, sureau, hèu (h asp.), fiel, 
lèu, vite, tôt, mèu, miel, nèu, neige, peu, cheveu, ramèu, 
rameau, seu, suif, setibe, forêt, teule, tuile. 



Eschèu, sureau. Dans le Glossaire roman latin du xiv« siècle, 



— 40 — 

publié par M. Em. Gacliet, on trouve sehus pour sambucus, sureau. 
En Normandie, dans l'Isère et dans la Meurthe on dit seu ; le vieux 
français avait « seu, sehu ». 

La rose laisse por l'ortie 

Et l'églantier por lo seu. 

Barbazan; C nt.et Fab. 

Seube, forêt, de silva ; d'où le nom de Lasseube, chef-lieu de 
canton, arrondiss. d'Oloron, au centre d'un pays encore très-boisé. 

Sehe, français, était conservé dans ce nom propre, l'abbaye de 
Eaute-Selve. 



lU 



AbnUySivnlj arriu^ ruisseau, [jm, vif, coiUourUu, cochevis, 
caytiu^ misérable, escnut, écrit, estiii, été, estriu, étrier, 
gentiu, noble, Mu (h asp.), fil, Hure, livre (une), miiit^ menu, 
nabiu, navire, natiu, natif, piula, piauler, siula, siffler, 
tardiu, tardif. 



Estriu, étrier ; dans la Chanson de Roland, estreu ; en espagnol, 
estribo ; Henri IV écrivait estrieu. 

Pm/â5, piauler ; au xvi® siècle on écrivait en français philer. 
Voy. Nicot et Gotgrave. 

M. Du Mège disait au sujet de la diphthongue en m : — H y a 
dans presque tous les dialectes des départements pyrénéens, une 
prononciation bien remarquable par sa singularité, en ce que, 
quoiqu'elle soit bien naturelle, elle ne peut être exactement écrite, 
quelle combinaison que l'on fasse des lettres de l'alphabet. Les ter- 
minaisons des mots, été, Dieu, vif, etc, etc, qui donnent en français 
des sons si différents, n'en ont qu'un dans les idiomes dont nous 
nous occupons, estiu, Diu, biu ; l'alphabet n'est pas assez étendu 
pour que ce son puisse être parfaitement représenté par l'écriture. 
La dernière syllabe de ces mots est une diphthongue, qu'il est aussi 
difficile d'écrire, qu'il est facile de la prononcer. La voyelle i est 



— 41 — 

celle qui y domine le plus ; il est aussi beaucoup de diphthongues, 
au, eu, ou, dans lesquelles dominent les voyelles a, e, o, et qui 
présentent à peu près la même difficulté ». Statis. des Dép. Pyr. 

Cette prononciation qu'avait remarquée M. Du Mège, était 
tout simplement représentée, non seulement dans l'écriture béar- 
naise, mais encore dans toute espèce d'éci-iture romane, par la 
voyelle u, qui avait le son de ou très-adouci. Voir dans les Fors de 
Béarn : — biu, cause, apèu, vif, cause, appel, et dans les poésies 
des Troubadours, publiées par Raynouard : 

Al res no m fai mure. Autre chose ne me fait vivre. 

P. Rogiers. 

Molt m'es greu. Fort m'est grief. 

B. de Ventadour. 

Per sou joy pot malautz sanar . 
C" de Poitiers. 

Par sa joie peut malades guérir. 

Prononcez en affaiblissant le son ou, représenté par u : — Bi ou, 
ca ouse, apè ou ; — vi oure, gre ou, mata outz. 

A des époques plus rapprochées de nous, et de notre temps, à 
Marseille, à Montpellier, dans la Gascogne, en Béarn, on a écrit ces 
mots et leurs analogues, comme ils se prononcent : 

Pregava Diou tout lou jour. Elle priait Dieu tout le jour. 
Fabre. 

Are, tu, te cal bioure, 

As dios heouzos a counsoula. 

Jasmin. 
Maintenant, toi, il te faut vivre, 
Tu as deux veuves à consoler. 

Lou sourelde Vistiou t'o brunit lou visage. 

Peirottes. 
Le soleil de l'été t'a bruni le visage. 

Libertat ! a toun noum, que liouram las batailles. 

F. Destrade. 

Liberté ! à ton nom, nous livrons les batailles. 
Pour les mots où figurent les diphthongues en question, le lan- 



— 42 — 

guedocien, le gascon, le béarnais, le provençal, proprement dit, 
devraient avoir aujourd'hui une orthographe commune ; ils l'avaient 
anciennement. Dans les Chants des Troubadours, dans les Fors de 
Béarn, dans les Récits d'Histoire Sainte en béarnais, dans les 
œuvres de Goudelin, d'Ader et de Bedout, on voit toujours au 
eu, iu. 

Sur quelle autorité meilleure que celle des Troubadours et de 
Goudelin, ont pu s'appuyer l'abbé Favre, Jasmin, Peirottes, pour 
substituer a ou, e ou, i ou, aux formes au, eu, iu, invariablement 
écrites pendant des siècles ? Ils ne sauraient en indiquer aucune 
qui puisse avoir quelque valeur. 

A ceux qui prétendraient qu'il est nécessaire de noter la pronon- 
ciation dans Vécriture pour les lecteui's qui ne sont point familia- 
risés avec nos idiomes, il faut répondre : — En France, en Angle- 
terre, en Espagne, écrit-on pour les étrangers : — Fère, R. PU, 
boueno, au lieu de faire, R. Peel, bueno ?... p]h bien, que l'on fasse 
pour nos dialectes ce que l'on fait pour les langues française, 
anglaise, espagnole ; qu'on écrive les mots ainsi qu'ils doivent être 
écrits, et que l'on indique par des règles comment il faut les 
prononcer. 

Si nous voulons donc écrire encore en vrai roman, débarrassons- 
nous tous de ces diphthongues, a eu, e ou, iou, lourd bagage de 
voyelles rapprochées dont on l'a surchargé sans raison valable, 
bagage inutile qu'ont rejeté de nos jours les poètes provençaux, 
Roumanille, Mistral, Aubanel, tous les Félihres, et qui doit dispa- 
raître de ce que l'on écrira en gascon et en béarnais, devant cette 
règle bien simple : 

au, eu, iu, se prononcent « om, eou, iou; la voix s'élève sur 
a, e, i, et va s'affaiblissant sur ou. 

Qu'il nous soit permis de citer ici ce que Joseph Roumanille nous 
écrivait à ce sujet : 

Avignon, 20 décembre -1858. 

« J'ai vu avec plaisir que vous êtes revenu, pour bien des choses, 
au vieux roman. On a beau faire, il faut en venir là : — au, eu, bu 
sont des formes orthographiques excellentes. Je ne me suis occupé 
de grammaire que pour justifier mes prétendues innovations, dont 



— 43 — 

nos poètes provençaux riaient beaucoup. J'ai mis les rieurs de mon 
côté, et, à cette heure, ceux qui riaient le plus écrivent comme 
moi. » 



OU 



66. — Ou est la seule voyelle composée qui existe en 
béarnais ; elle a le même son qu'en français : 

Bouhou, taupe, boussalou, frelon, caloii, chaleur, carbou, 
charbon, coula, aloze, coiilou, couleur, couroimat, couronné, 
hissou, dard, moiisque, mouche, passerou, moineau, pastou, 
pasteur, presou, prison, soiilj seul, tiitoiij tuteur. 



Hissou est le dard de l'abeille, du serpent. L'expression française 
(au fig-.) : — quelle langue de vipère ! se dit en béarnais : — quin 
hissou ! 



67. — Ou a. un son très-peu sensible à la fin de plusieurs 
mots : 

Anyou, ange, arrafou, raifort, azou, âne, herrou, verrat, 
beiidou, veuf, bolou, bol, coupe, cassou, chêne, clècou, coq, 
coarrou, couard, macou, brutal, manchon, manche, mantou, 
manteau, marrou, mâle, (le bélier), merlou, merle, mielhoii, 
meilleur, pimboti, thym, rèxou, frêne, sapou, crapaud. 

ou final est fort ou faible dans la plupart des mots ci-dessus, 
n°' 66-67, selon qu'il correspond à la syllabe accentuée ou à 
celle qui ne l'était pas dans les primitifs latins. 



Lou clècou , dans quelques localités , à Lucq-de-Béarn , arr. 
d'Oloron, particulièrement, désigne le coq ; on l'appelle sans doute 
ainsi parce qu'il porte la crête, la cleque ; Navarrot a dit ; 



— 44 — 

Que l'aynat de la coade Que l'aîné de la couvée 

Porte lacle(iue et l'esperou. Porte la crête et l'éperon. 

Macou, brutal, prompt à frapper ; maca veut dire meurtrir, et 
macadure, meurtrissure. 

Macasser, employé dans le centre de la France, signifie tour- 
menter, meurtrir : — « Il a le corps tout macassé de douleurs » ; 
Gloss. G'^ Jaubert. Il serait peut-être hasardeux d'assigner une 
même racine à macoii en béarnais, et à macasser dans le fr. du 
Centre. Serait-ce trop de dire qu'elle se trouve aussi dans mahhila, 
le bâton avec lequel les Basques frappent si souvent ? 

Marron, bélier, du lat. marem, le mâle ; on trouve lo mar dans 
le béarnais des Fors : — « Om deu prener xil oulhes et lo mar » ; 
— On doit prendre douze brebis et le bélier. Henri IV écrivait 
marro, pron. marron : — « Nous vous habem escriut de nous 
tremeter sieys marros et dus caas ; » Nous vous avons écrit de nous 
envoyer six béliers et deux chiens ; — Lettre d'Henri IV aux Jurats 
de la vallée d'Ossau, 1585 ; — Arch. Bass.-Pyr. 

On a coutume de dire en Béarn : — « Tout so qui ey a la cour 
qu'ey deu marrou » ; Tout ce qui est à la cour est du bélier. — 
C'est la traduction libre du principe de droit romain : Is pater est 
quem justœ nuptiœ demonstrant. 



otr 



68. — Avec un tréma, ou forme aujourd'hui la diphthon- 
gue qui fait entendre simultanément les deux sons o-ou. 
Ainsi que nous l'avons dit pour les diphthongnes au, eu, in, 
la voyelle u sonne faiblement ou. 



ObserTafion 

69. — Gomme, par un abus de l'orthographe moderne, ou 
voyelle composée et oil diphthongue sont représentées par 



— 45 — 

les mêmes lettres, il a fallu nécessairement, pour les distin- 
guer l'une de l'autre, adopter le tréma, que les anciens 
Béarnais ne connaissaient pas. Ils n'en avaient aucun 
besoin : dans leur orthographe, o sans u sonnait générale- 
ment comme ou {lo, le, art. loti), et les deux lettres ou 
valaient o-ou. La confusion n'était point possible ; elle le 
serait aujourd'hui sans le tréma. 

70. — Exemples de la voyelle composée : — Dotilou, dou- 
leur^ pions, pleurs. 

71. — Exemples de la diphthongue : — Pou, peur, tucoû, 
tertre. 



En Normandie, on désigne sous le nom de touquet le tertre, 
qu'en béarnais nous appelons tucou. 



72. — Voyelles composées 


DiPHTHONGUES. 


Bon., 


bon. 


Boû, 


il veut. 


Cabirou, 


chevron. 


Cabirou, 


chevreuil. 


Cassou, 


chêne. 


Lassoû, 


lacs, lacet, 


Dou, 


don. 


Boû, 


deuil. 


Esquirou, 


grelot. 


Esquirou, 


écureuil. 


Hilhon (h asp.). 


, fils (diminutiO. 


Hilhoû, 


filleul. 


Houne, 


fronde. 


Hou, 


fou. 


Pourii, 


poulain. 


Poûruc, 


peureux. 


Ouliat, 


soupe à l'ail. 


Oûlhe, 


brebis. 


Sou, 


soleil. 


Sou, 


le sol. 


Bayoula, 


emmaillotter . 


Bayou, 


langes. 



Les Provençaux (voir les œuvres de Roumanille et de Mistral, etc,) 
distinguent la diphthongue de la voyelle composée, en marquant 
d'un accent Va de la diphthongue. 



— 46 — 

Les mots béarnais, hilhou, hilhou, viennent l'un et l'autre du 
diminutif fliolus ; le premier, seul, a le sens de ce diminutif latin, 
fils, le cher petit enfant. 

Le substantif oiXlhe^ brebis, ressemble aux substantifs français 
oeille, ouaille. Celui-ci ne s'emploie plus qu'en parlant des Chré- 
tiens par rapport à leurs pasteurs : 

Dans le français du xin° siècle, brebis^ au sens propre, se disait 
oeille, qui ressemble encore davantage au mot béarnais oùlhe : 

Ceanz puez veoir mainte aumaille. 
Et mainte oeille et mainte chievre. 
Le Renart. 

73. ~ On a déjà vu, n** 56, que les diphthongues au, eu, 
iu, ou, provenaient des syllabes latines aly el, il, ol, par le 
changement de l en u. Il faut remarquer encore qu elles 
figurent aussi dans les mots béarnais dérivés de primitifs 
latins, où les voyelles a, e, i, o étaient suivies d'un b ou 
d'un V : 

Clau, clef, haure (h asp.), forgeron, nau, bateau, rauye, 
rage, trau, poutre, deu, il doit, heure {h asp), février, biu, 
vif, liure, livre (une), oûîhe, brebis, paraule, parole, nw, 
ruisseau. 

Prononcez : — Cla-ou, na-ou, de-ou, li-oure, he-ourè, etc ; 
de clavem, navem, débet, libra^ februarius, etc. 



C'est ainsi que le v des Latins se transformait aussi en ou quel- 
quefois chez les Grecs: — Octavius ; grec, Octaouios. 



OA. — OE 



74. — 0«, oe^ se prononcent oua, oue : — Goarda, gar- 
der, goari guérir, encoère, encore, hoerdi, orge ; dites : 
— Gouarda, gouari, encouère. houerdi {h m.) 



— 47 — 

75. — Il ne faut donc plus écrire ou, mais seulement o, 
devant a, e : Boè, bouvier, boeu, bœuf, coexe, (pron. coeche), 
cuisse, goalhard, gaillard, fort, goayre, pas beaucoup, hoey 
(h m.), aujourd'hui, oelh^ œil, oeu, œuf, oeyt, huit, quoand, 
quand, quoate, quatre, troeyte, truite. — Dites : — Boiiè, 
coiieche^ goiiayre, oueyt, quouand, qiiouate, troueyte, etc. 

76. — Cette écriture oa, oe, et cette prononciation oua, 
oue, nous sont indiquées aujourd'hui encore par les noms 
Coarraze, Poey, (communes de l'arrondiss. de Pau). Ces 
noms, on n'a pu les altérer, parce que Ton a eu la main 
forcée par la transmission écrite, constamment la même. La 
prononciation de nos jours est évidemment aussi celle qui 
nous a été transmise, Couarraze, Poney. Si telle est la pro- 
nonciation de ces mots, bien qu'on les écrive Coarraze, 
Poey, il faut donc nécessairement écrire de même leurs 
similaires, coarrou, boeyt, etc., couard, vide, etc., tout en 
les prononçant couarrou, boueyt, etc., etc, 

77. — Il n'y a qu'une seule exception à la règle qui pré- 
cède ; on écrit soue, toue, adjectifs possessifs du genre fémi- 
nin : sienne, tienne. 

Cette exception n'existait pas anciennement ; le masculin 
étant so, to, qui sonnaient sou, ton, on ajoutait un e pour 
former le féminin, et l'on avait soe, toe, qui se prononçaient 
ainsi qu'on les écrit aujourd'hui : — soue, toue. Le masculin 
de ces adjectifs est actuellement pour Vécriture, comme 
pour la prononciation, sou, tou ; c'est ce qui fait que le 
féminin est devenu soue, toue. 



devant a, e, sonnait également ou dans le vieux français : 

Il fu coars, il n'osoit aprochier. 
Girart de Viane. 



— 48 — 

Li plus povres s'en pora bien loer. 
Aimeri de Narbonne. 

on écrivait : — « Assis dessus la roe. — S'il le 
gete en la hoe ». 

On trouve encore au xvp siècle : — « le scay tous les stratage- 
mates ^i proesses des vaillans capitaines. » 

D'où vient l'orthographe moderne : — Couard^ louer, roue, 
houe, prouesses ? Evidemment de la prononciation traditionnelle 
de ces mots. 



Y A. — YE. - IfO. — YU. 

78. — Au commencement des mots, lorsqu'il est suivi 
d'une voyelle, ij forme avec cette voyelle une diphthongue, 
où il a le son d'un i mouillé, pourrait-on dire. C'est le son 
qu'on entend dans le mot « Bayonne ». — C'est y consonne 
des Anglais dans y es ; c'est le son que les Allemands donnent 
au j dans Jude, Jacob ; c'est le son que rend la première 
syllabe dans Y a go et yatagan. 

Prononcez de même les mots béarnais : — Yas, gîte, 
yelous, jaloux, yoc, jeu, yumpa, bercer, balancer, ymic, jonc, 
y us, jus. 



Les Basques ont le substantif « yumpa » qui signifie escarpolette; 
en béarnais : yumpadere. 



79. — Dans ces mots et leurs analogues, y ne doit pas 
être considéré comme voyelle ; car s'il est précédé d'un mot 
finissant par une voyelle, il ne fait pas élider devant lui cette 
voyelle finale. Ainsi l'on dit : — Lou yoc, le jeu, lou yus, le 
jus, et non pas Tî/oc, Vyus, ce qui aurait lieu, si Vy sonnait 
comme un t. 



\ 

— 49 - 

80. —Dans le corps des mots, lorsque notre y est précédé 
d'une consonne, il l'a fait articuler assez fortement, et il 
forme avec la voyelle suivante une diphthongue, où il a en- 
core le son mouillé, dont nous venons de parler : — Minya, 
manger, prononcez : — Minn-ya ; la dernière syllabe sonne 
comme celle qui termine alléluia. 



A Y. - EY. - OY. - OUY. — UY. 

81. — A la fm des mots, ou dans le corps des mots, après 
une voyelle, y n'a jamais le son aigu de Vi : 

— Dans fray, frère, paysaa, paysan, beyre, verre, beroy, 
joli, ploiiye, pluie, il forme avec la voyelle qui le précède une 
diphthongue, dont le son mouillé est celui qu'on entend 
dans les syllabes analogues des mots Blatje, théière, goyave, 
Pouyastruc, ch.-l. de cant. H.-Pyr. 

82. — Entre deux voyelles, y a\e même son : — Ayuda, 
aider, estuya, cacher, embeye, envie. 

Dans ce cas, il forme diphthongue avec la voyelle qui le 
précède : — Ay-ttde, estuy-a, embey-e ; mais, s'il est précédé 
d'une diphthongue, il s'ajoute dans la prononciation à la 
voyelle qui le suit : — Gauyous, joyeux, leuyè, léger ; pro- 
noncez : Gau-yous, leu-yè. 



Ayuda ou adjuda, anciennement ajudar, vient du latin adjuvare, 
aider. Dans le centre de la France, on a ajider, qui se tire, dit 
M. le comte Jaubert, de agere ou de adjuvare. M. le comte Jaubert 
aurait bien fait de s'en tenir à la seconde étymologie. 

Le verbe estuya, cacher, est formé de estut, étui ; mettre dans 
un étui, cacher par conséquent. 

Montaigne l'a employé dfliis le premier sens : — « La science 
paroist et inutile et vicieuse, quand elle est mal estuyée (en mau- 
vais étui) ; — Essais, m, 8. 

4 



— ,50 — 

83. — En béarnais^ on ne trouve aujourd'hui que rare- 
ment ai, ei, oi, oui, ni, substitués à ay, ey, oy, ouy, uy : 

Gay, gai, layrou, larron, may, mère, maysou, maison, 
maylines, matines, pay, père, payère, mesure, traytmf, tra- 
hison, hèyt {h asp.), fait, ley, loi, mêyt, pétrin, pèyre, pierre, 
rey, roi, ieyt, toit, beroy, joli, choyne, petit pain (l"' quai.), 
pouloy, dindon, toye, jeune fille, couya, tondre, tailler les 
cheveux, gouyat, garçon, houy ! {h asp. — Exclamation), 
fuis Iploîiye, pluie, sotiye, suie, Guye, citrouille, puya, monter. 



Mèyt, pétrin, vient peut-être de la racine qui a donné à l'allemand 
le verbe mehren, pétrir. On fait aussi dériver ce mot du grec 
maktra, pétrin. Dans le dict. celto-belge de Tailliard, on trouve 
maie, pétrin ; dans le dialecte breton de Vannes, me ; dans le Haut- 
Maine, mee. — H. Estienne, Nicot, Gotgrave, écrivaient may, w.ect, 
maye. Rabelais a dit : — « La paste dedans la met ; » — Garg. i, 4d . 

Pouloy, dindon ; ce volatile a été nommé en français coq d'Inde, 
et puis dindon, par allusion à sa provenance américaine. Le nom 
qu'il a en béarnais rappelle sa famille, celle des gallinacés ; pouloy 
semble être un augmentatif àt poulet, poulet. 

Couya, tailler les cheveux ; le couyat, le tondu, n'a pas les 
cheveux sur le cou ; il a le cou à nu ; cou, en béarnais, coig, coyth, 
et cot. 

Gouyat signifie garçon, et gouyate, fille : — Z7 hèt gouyat, un 
beau garçon, ue hère gouyate, une belle fille. Du temps de Rabelais, 
on disait aussi en français une belle gouge : — « Grandgousier 
espousa Gargamelle, fille du roi des Parpaillos, une belle gouge.... » 
Nous avons encore en béarnais le mot gouye, fille ; mais, il signifie 
fille de service, famula. M. Bescherelle en a fait un mot français 
(in partibus) dans son dictionnaire : — Gouye, dit-il, servante de 
ferme dans le Lot-et-Garonne. 

Toye, jeune fille, est usité dans les Hautes-Pyrénées, bien plus 
que dans les localités du Béarn. Les Troubadours et les Trouvères 



— si- 
rota gentil fada Fillette une gentille fée 

Vos adastrec, quand fos nada, Vous doua, quand vous naquîtes, 
D'una beutat esmerada. D'une beauté parfaite. 

Marca])ruu. 

L'autrier par un matinet 
Erroie en l'os à Gisnon, 
Trovai de j ouste un boschet 
Touse de bêle façon ; 
Elle avoit le chief blondet. 
Jean de Neuville. 



III 



CONSONNES 



On sait que « les consonnes divisées en groupes naturels 
qui correspondent chacun à une partie de l'appareil vocal (4)», 
sont appelées labiales, palatales, dentales, linguales, laryn- 
gienne. 

LABIALES. 

B. — P. - F. ~ M. 



84. — Le 6 et le t; s'employaient l'un pour l'autre ancien- 
nement. On lit dans la même page des Fors : — Bener et 
vener, vendre, vesii et besU, voisin, vii et bit, vin, probar et 
provar, prouver. 

Que l'on se servît, en écrivant, du b ou du v, la pronon- 
ciation en béarnais devait être la même ; le v sous la plume 
était le b sur les lèvres. Aussi le b a-t-il définitivement 
prévalu : 

Aboucat, avocat, bene, vendre, bertat, vérité, besii, voisin, 
bibe, vivre, pribat, privé. 

Le V ne s'est conservé que dans Vécriture de quelques 

(1) A. Brachet, Dict. Etymologique ; Paris, J. Hctzel. 



— 54 — 

noms propres : Lotivie, Cazenave , Navalhes , Navarrot ; on 
prononce Loubie, Cazenabe, Nabalhes, Nabarroî ; il ne peut se 
trouver aujourd'hui que dans des mots français béarnisès. 



Scaliger a dit en pariant des Gascons qui cliangent comme nous 
le •?; en & : — Felices j^opulos^ quitus vivere est bibere. Il ignorait 
sans doute que les Romains avaient joui du même bonheur. Cette 
substitution s'était faite aussi chez eux ; il fut un temps où les 
Romains écrivaient : — Biginti, bixit, cfc, etc^ au lieu de vigmti, 
vixit ; on trouve amavit pour amablf^ et amabit pour amavit, 
gabata et gavata, écuelle, jatte. 

Les Grecs, en écrivant Phoulbios, Bcitios, notaient évidemment 
la prononciation latine du v dans les noms propres Fulvius, 
Vettius. 

On a prétendu qu'il fallait attribuer la substitution du b au v 
dans la Gascogne, « à la disposition rude et gutturale des anciens 
habitants de cette contrée » ; — Revue d'Aquitaine, ii, 289. C'est une 
erreur grossière. Le b est une labiale aussi douce, bien plus douce 
que le v. L'emploi d'une lettre douce, à la place d'une autre douce, 
ne saurait être l'indice d'une « disposition rude et gutturale. » 

Le poète d'Avignon, Joseph Roumanille, nous écrivait : — « Si 
j'étais poète dans le pays où vivere est bibere, je voudrais qu'en 
Gascogne, comme en Provence, bibere signifiât boire, et vivere, 
vivre. J'écrirais bien et l'on prononcerait comme on voudrait. Ces 
b pour V nous déroutent plus que notre vieux b et notre vieux 
V latins ne déroutent les Gascons. » 

Ainsi, d'après Joseph Roumanille, le provençal mettrait un b dans 
tous les mots où les primitifs latins ont un b ; le provençal se servi- 
rait du V dans tous les mots où le latin employait le v. 

Nous devons faire remarquer que cela n'a pas lieu toujours ; on 
trouve dans le provençal : Doumi de vomere, vomir, cadabre de 
cadaver, cadavre, courbaire d'un substantif provenant de curvare, 
courber. 

Le provençal, dans ces mots, n'a donc pas été fidèle à ce que 
Roumanille appelle son vieux v latin. — En voici d'autres où le 
provençal a substitué le ?; au & latin conservé par le béarnais : 



55 - 



Provençal 


Français 


Béarnais 


La lin 


Ave^ 


avoir, 


Habe, 


habere. 


Betes, 


tu bois, 


Bebes, 


bibis. 


Cantavon, 


ils chantaient. 


Cantaben, 


cantabant. 


Deve, 


devoir, 


Debe, 


debere. 


Escrivan^ 


écrivain, 


Escribaa, 


scribanus (b. l.). 


Fave, 


fève. 


Habe, 


faba. 


Ivèr, 


hiver. 


Hibèr, 


hibernum (tempus) 


3fereviho, 


merveille, 


Merbèlke, 


mirabile. 


ProTo^ 


il prouve. 


Probe, 


probat. 



Serait-ce là ce qui a ins])iré à M. Eug. Baret les lignes suivantes : 
— « Le dialecte provençal actuel me semble beaucoup plus défigu- 
ré, beaucoup plus rapproché du français que la langue vulgaire de 
la Gascogne. J'entends par là tout le pays compris entre la Garonne, 
les Pyrénées et l'Océan, ou ancienne Novempopulanie : province 
jadis complètement romaine, aussi profondément imprégnée de 
latin que la Provence elle-même ; mais qui reléguée depuis dans 
un coin de la France, presque sans communication avec le Nord, a 
conservé la langue romane vulgaire dans un état de pureté que 
j'oserai appeler primitive ; » — Espagne et Provence, etc, Paris, 
Auguste Durand, libr. -éditeur, 1857. 

Telle n'est pas la conclusion que nous voulons tirer du rapproche- 
ment que nous venons de iaire. Il vaut mieux dire, croyons-nous, 
qu'en latin on écrivait et l'on prononçait indistinctement b pour v 
eiv pour b. Berbecem pour vervecem, brebis, est dans Pétrone. On 
trouve dans les inscriptions besica pour vesica ; V Appendix ad 
Prob. signale albeus pour alveus comme une prononciation vulgai- 
re ; on trouve silbam^ piibati^ conserbandis, dans certaines 
chartes du yi*' s. pour silvam, privati, conservandis ; Brachet, 
Bict. Etym. L'empereur Aurélien, parlant d'un de ses généraux 
qui aimait trop le vin, s'exprimait ainsi : — Non natus est ut vivat, 
sed ut bibat. Gomment comprendre qu'il y a là un jeu d'esprit, si 
vivat et bibat ne se prononcent pas de la même manière. Le &, dans 
les mots.de provenance latine où il y avait un r, nous semble donc 
tout aussi latin que le v dans les mots de même provenance qui 
primitivement s'écrivaient avec un b. Si, entre le i- et le &, il y avait 
eu, dans le principe, une différence tranchée, on ne pourrait pas 
expliquer comment l'italien a fait Tevere de Tiberis, Tibre, le pro- 



— 56 — 

vençal fave de faha^ fève, le français berbis^ brebis de tertecem^ 
courber de curvare, et Besançon de V^^on^tow^m. Sur ce point 
étymologique, aucun des dialectes néo-latins ne peut donc s'attri- 
buer un mérite que les autres n'auraient point. 

La confusion du & et du v avait lieu même en français : diavle 
de diabolus et deablts. On écrivait aussi civot et cibot ("échalote) : 

Aulx et civotz qui causent forte haleine. 
Villon; Dali. xi. 

« Vingt et cinq charretées d'aulx, d'oignons et de cibotz » ; — 
Rabelais. 

Nous disons aujourd'hui basquine, corset ou espèce d'habit; 
Rabelais et Ronsard écrivaient vasguine : 

« Au dessus de la chemise vestoyent la belle vasquine » 

Rabelaii ; Garg. i. 56. 

Si nous voyons les nymphes à minuit 
En leur simple vasquine 
Mener un bruit 
Dansans au bord d'une source argentine. 
' . Ronsard ; Egi, i. 

On remarque souvent dans les lettres de Henri IV le b et le v 
mis indifféremment l'un pour l'autre ; il n'avait pu sans doute com- 
plètement se défaire de la prononciation de son pays natal. 11 écri- 
vait le 6 février 1585 à M. de Scorbiac : — « Françoise Bergeron, 
femme du cappitaine Us, de ma comté de Bigorre, a ung procès.... 
pour raison de biens et hérédité de feu Pierre de la Motte...,, en 
son vivant mary de ladite Verger on. » 

A la longue, le v et le b latins ont fini par s'écrire et se pronon- 
cer distinctement, sauf en Espagne, où l'on a persisté à écrire v tout 
en prononçant constamment &. Chez nous, la Provence, le Limousin 
et les pays de langue d'oïl ont donné la préférence au v ; la Gascogne 
et le Béarn ont retenu le b. 

Le dialecte du Languedoc, province intermédiaire entre la Gas- 
cogne et le Béarn d'une part, et la Provence de l'autre, a des carac- 
tères communs avec le gascon et le béarnais, du côté de Toulouse, 
et avec le provençal, du côté de MontpéiSier. Le b figure dans les 
poésies de Goudelin (Toulouse), et le v dans celles de l'abbé 
Favre (Montpellier). 



— 57 - 

85. — &, à la fin des mots, est souvent remplacé par la 
forte^ : Sap {sab de sabe), il sait, saup {sanb), sauf, p (b), vous. 

On dit : — S/-p platz, s'il vous plait, au lieu de s/-b platz 
pour si ^ovs platz. 

86. — Dans plusieurs mots béarnais, le p des primitifs 
latins s'est changé en b : 

Abelhe, abeille, abriUj avril, aleba, estropier, cabe^ contenir, 
cabestre, licou, Camblong (nom propre), cebe, oignon, crabe, 
chèvre, escoiibe, balai, lèbe, lièvre, loiibe, louve, nebont, 
neveu, obre, œuwve, pebe,ipo\\Te, poble^ peuple, pranbe, pau- 
vre, recebe, recevoir. 

Les primitifs latins sont : — « Apicula, aprilis, alam putare? 
capere, capistrum, campus longus, cepa, capra, scopella ?, 
leporem, lupa, nepotem, opus, eris, piperem, populus, pau- 
perem, recipere. » 



Nous avons fait venir aleba, estropier, de alam putare^ couper 
une aile, un membre par conséquent. Aleba signifie, en efTet, ôter 
l'usage d'un membre. Ne dit-on pas de même en français, au figuré, 
il est vrai : — couper à quelqu'un les ailes, l'empêcher d'agir ? — 
Alep^ où se trouve le p étymologique, est le membre mutilé, 
alaputata. Les Fo7\<; et Coutum. de 4552 nous donnent cette défini- 
tion de Valep : — Alep es dit membre podat ^ « alep » signifie membre 
coupé. Podat dérive évidemment de putatus, taillé, coupé. 

Camblong (nom propre) ; on le trouve écrit Camplong dans plu- 
sieurs documents des Archives dép. : dénombrement ; sénéchaussée 
de Morlaas. Dans les anciennes poésies religieuses en langue d'oc, 
publiées par Paul Meyer, (Bibliothèque de l'Ecole des Charles^ 
Juin. -août 1860), on voit abellest pour appellest de appellavisti — 
erumbut pour erumput de erumpere, eruptum. 

Au xm* siècle, en français, on disait Briam au lieu de Priam : 

Paris, le fils au roi Briam 
Girard ce Viane. 

On dit aujourd'hui caboche de caput, cabrer ; — lat. capra — 



— 58 — 

cabri de capriolus ? double, autrefois diible, de duplus ; l'espagnol a 
pueblo, et nous avions anciennement ^^^w?'^^ de populus- : 

Et as Pasques flories a tout son ^9^it&^e alas ^ 
Droit à Jherusaiem. 

Citât, de E. Gacliet. 



87. — P sonne fort h la fin des mots : — Cap^ tête, cop, 
coup, loîip^ loup, plap, tache, serp, serpent. 

88. — Dans le corps de certains mots, le p, forte labiale, 
s'assimile à t, forte dentale, qui le suit : — Dlssatte^ pour 
dissapte, samedi, arrecatta, recatta, p. arrecapta^ recapta, 
recueillir, mettre en lieu sûr, sellante, p. septante, septante, 
setteme, p. septeme, septembre. — On remarque un fait ana- 
logue, en français, dans lo mot recette de recip'Te^ receptum. 

Nous avons plus d'une fois trouYé settante etsetieme écrits 
avec un seul t : setante, seteme ; ce qui est conforme à la 
prononciation de ces mots dans quelques localités. 

De cap, tête, et de sus, sur, s'est formé le mot capsus qui 
est tout ensemble substantif et adverbe : « Anatz cnpsus » , 
aller vers le haut ; — « Une grosse maie per portar la cosne 
e lo capsus de Mossenhor » ; — une grosse malle pour por- 
ter la couette et Voreiller de Monseigneur ; — Rôles de l'armée 
de Gast.-Phœbîis. 

La substitution de t hp a. heu aussi dans ce vocable ; on 
entend dire très-souvent catsiis, adverbe, p. capsus. 



Pour ce mot, on ne saurait expliquer le changement de la forte 
labiale p en la forte dentale /, qu'en admettant une certaine disposi- 
tion de l'organe vocal béarnais à préférer le f au p devant 1'*. Dans 
les écoles primaires de nos villages, lorsque l'on veut faire pronon- 
cer aux enfants le mot exception, où le t produit l'articulation de 
1'^, on les entend dire exceition. 

Nous avons lu dans une déclaration de mariage écrite à Morlaas 



— 59 — 

en 1780 : — Je leur ai donné la hénêdittion nuttiale ; — Lacrampe, 
curé. 



89. — On ne trouve, en béarnais, qu'un petit nombre 
d'exemples de la substitution du f aup final : — Cot^ pour co/), 
coup, fois, du b. 1. colpus; cat p. cap, tête, de capiit. 

Aus simples de Mesplès, la hole banitat, 

Dab l'espade d'Anchot, que-us boulegue lou cat. 

L'ab. ru\oo; Les Nobles de Béarn, 

Aux simples de Mesplès, la folle vanité, 
Avec Fépée d'Anchot, leur fait tourner la tête. 



Le gascon d'Agen remplace généralement par un f, .à la fin des 
morts, le p étymologique ; on trouve dans les poésies de Jasmin : 

— cat^ tôle, cof, coup, fois ; Jouzèt, Joseph, tout, loup, sat, il sait. 

— Ces mots sont en béarnais : cap^ cop, Jusi'.p^ Yauscp^ loup, sap. 



90. — ]) est muet après m dans les mots — camp, champ, 
temps, temps ; prononcez cam, tems ; il ne se fait pas enten- 
dre non plus dans sept ; il s'est changé en m dans semmane, 
semaine, et en y dans caytiu, misérable. 



Le béarnais (Fors) mettait p muet après m dans des mots où rien 
n'indique qu'il doive se trouver : — Dampnadge, dommage, de 
damnum ; fempne, femme, de femina ; feste solempne, fête solen- 
nelle de fesium solemne. Dans sempmayie, semaine, le p est étymo- 
logique : septimana [hsislat.), espace de sept jours. 

De môme, en français, on écrivait dampner de damnare, et 
sepmaine : 

Vecy ma dernière journée, 
Or, suis-je bien âme dampnée. 
Villon; Rej), vi. 



— 60 — 

« Environ six sepmaines se tinst le chastel de Mauvesin » ; — 
Froissard. 

En songe, souhaid et pensée, 
Vous voy chascun jour de sepmaine. 
Ch. d'Orléans. 

Le p étymologique n'a pas été conservé, en béarnais, dans le 
dérivé de computus^ compte ; on écrit counte, comme autrefois en 
français, conte : 

« Ne seriez-vous pas une ingrate, une glorieuse, une outrecuidée, 
si vous ne faisiez conte des justes prières de celui qui ne voit par 
autres yeux que par les vostres. » 

Ane. Th. fr. ; Edit. Janet. VII. p. 137. 

Régnier écrivait contant pour comptant : 

L'envie en est bien moindre, et le gain plus contant. 

Sat. ïiii. 

L'une et l'autre trouva de la sorte son conte. 

La Fontaine. 

La Fontaine, F. m, 8, a mis conte, non-seulement pour le faire 
rimer avec honte dans cette fable, mais parce que, de son temps, dit 
M. Walckenaer, telle était, même en prose, l'orthographe de 
ce mot. 



91. — ps, en béarnais, sont muets à la fin de toustemps, 
toujours ; on dit toustem. Mais loungtemps, longtemps, se 
prononce lountems. 

92. — F s'articule comme en français : — Fans, faux, 
faute, faute, force, force, four sa, forcer, fraude, fraude. 



Le béarnais doublait souvent cette consonne dans le corps des 
mots : — Beneffici, ediffici, usuffruut, bénéfice, édifice, usufruit. 

C'était aussi l'usage en français jusqu'au xvie siècle. On le voit 
fréquemment dans Amyot et dans Montaigne. 



— 61 — 

93. — Anciennement, la consonne /"figurait dans un grand 
nombre de mots béarnais, où elle a été remplacée ensuite 
par h aspirée : 

Far de facere^ faire , faiir de faber, forgeron, fave de faba, 
fève, femne de femina, femme, fèyt de factum, fait, foec de 
focus, feu ; orthographe plus conforme à l'étymologie que 
celle de nos jours : ha^ haure, habe, hemne, hèyt, hoec. Voir 
plus loin ; lettre h. 

94. — Hiii, fil, hiala, filer, hialat, filet pour la pêche ou la 
chasse, hialère^ thie, petite pièce de fer que l'on met au 
bout du fuseau, n'ont pu faire perdre la lettre du primitif 
latin filum à filouze, quenouille ; on dit aussi hialouze. 

— h se trouve dans hort, fort, de fortis, dans hide^ con- 
fiance, de fides ; et Vf s'est conservée dans force, fee, 
force, foi. 

95. — On dit encore foundz de terre, fonds de terre, en 
même temps que lou houndz, le fond, l'un et l'autre venant 
de fundus. Voici d'autres mots où Vf étymologique s'est con- 
servée : — facile, figure, fidèu, de facilis, figura, fidelis, facile, 
figure, fidèle. 

96. — Vf des primitifs latins est complètement disparue 
dans quelques dérivés béarnais : — de « fraga, formica, 
florem, furunculus, fratrem, frigidus, fraxinus, formaticum, 
frumentum », on a fait : Arrague, fraise, arroumigue, fourmi, 
eslou, fleur, eslourotmc, furoncle, ray, frère, red, froid, 
rèxou fproii. rèchou), frêne, roumatye, fromage,, roument, 
froment. 



On remarque dans arrague, fraise, et arroumigue, fourmi, un 
redoublement : (rague) arrague, [roumigué) arroumigue. Il se 
faisait fréquemment en béarnais. Il en sera question à la lettre r. 



— 62 — 

Eslou a deux sens : il signifie, 1® duvet du fruit, poussière fine, 
indice de fraîcheur, qui se trouve sur les fruits, 2« moisissure. 

Quel que soit le sens de ce mot, la racine est la même, fiorem, 
fleur. On a parfaitement défini la moisissure « une espèce de pré 
qui pousse des herbes et des fleurs. » 

Le verbe formé du substantif <?5?om, en a aussi la double significa- 
tion : — eslouri, fleurir, se couvrir d'un frais duvet, et esîouri^ 
moisir : 

Quoand la presque esloureix, 
Lou die et la noeyt que parteix. 

Ce qui signifie : — Quand la pêche est en fleur, le jour et la nuit 
ont égale part (durée). Les Provençaux ont le même proverbe ; 
Armana prouvençau : 

Quand loupesseguié's en flour. Quand le pêcher est en fleur, 
Autant de niue coume de jour. Autant de nuit que de jour. 

On dit aussi en français : « Quand l'abricotier est en fleur, — Le 
jour et la nuit sont d'une teneur (étendue) » ; Gab. Meurier ; xvi* 
siècle. 

« N'habe enta minya que paa eslourit ; » — n'avoir à manger que 
du pain moisi. 

A la formation de eslou venant du lat. florem^ se rattache la forma- 
tion des noms de communes des cant. de Morlaas et Pontacq, arr. de 
Pau, qui sont aujourd'hui Eslourenties-Dabant, Eslourenties-Darrè, 
et qui, dans le xm*^ et le xiv° siècles, étaient Florenthies-Davant^ 
Florenthies-Darrer. — En béarnais, les adverbes « dabant, darrè », 
devant, derrière, s'emploient pour signifier à l'est, à l'ouest. 

Ray, frère. — « Ha serbici a soun ray » ; rendre service à son 
frère; Imitation de J.-C.^ i, 49. — On emploie aussi très-souvent 
la forme primitive fray : 

— « Que los Frays fassen far xx autars petitz, o plus, de fuste, 
contre la paret de la capere de Senta-Catalina » ; que les Frères 
fassent faire vingt autels petits, ou un plus grand nombre, contre le 
mur de la chapelle de Sainte- Catherine ; Honneurs d'Archam- 
baud ; 1414. • 

97. — M se prononce comme n devant les labiales b, p : 



— 63 — 

— Coumhent, couvent, coiimhit, invitation, festin, embia, en- 
voyer,, emplea, empila, remplir, iniponssible, impossible. — 
On écrit aussi coumte, biscotimte, et l'on prononce comité, 
biscomite. 

98. — m et b permutent dans les mots amusa , abusa , 
amuser, bam, mam, voyons, biroun, miroîin, environ. 

Lou qui s'abuse au moulii 
Que eau que courrie peu camii. 

Proverbe. 

Celui qui s'amuse au moulin, doit courir par le chemin (m. 
à m. il faut qu'il coure par le chemin). 

« Mam, gahatz l'abourride » ; voyons, prenez l'élan ; — 
Peyret, Contes béarnais. 



En béarnais, « voyons » se dit heyam ; on entend prononcer biam, 
d'où est venu bam, et par la permutation de & en m : mam. 

Dans la région voisine du Béarn, le nom de localité Armendarits, 
cant. d'Iholdy, s'écrivait Arbendaritz, 4529. 



PALATALES. 

C. —G. — J. — Y. - MH. 

99. — C, à la fin des mots, ou devant une lettre quel- 
conque, à l'exception de e, i, h, produit l'articulation du k 
français : 

Amie, ami, bosc, bois, briac, ivre, broc, épine, loc, Heu, 
j)«c, entaille, p/co^^, petite vérole, p/ec, pli, predic, sermon, 
sac, sac, sec, sec, caritat, charité, coste, côte, crampe, cham- 
bre, clabet, girofle (clou de) escu, obscur, marcat, marché. 



— 64 — 

c avec h a le son de k dans chrestiaa, chrétien, et Christ, J.-G. On 
trouve le premier de ces mots écrit très-souvent sans h. — Avant 
1500, dans tous les textes béarnais, où l'on parle des Gagots, on les 
désigne sous le nom de crestiaas, chrestiaas. 

Pic, entaille, est aussi le nom d'un instrument pointu et d'un 
oiseau, comme en français. Le nom de l'oiseau au bec pointu, qui 
pique dans l'écorce des arbres, peut venir du latin picus, qui a la 
même signification. La racine pic est fort répandue dans les langues 
européennes. — V. Aug. Scheler. A cette racine se rapportent 
l'allemand « picken », piquer, l'anglais « pick », le français « piquer ». 

On a vu plus haut, n-» 65, que pic destrau, en béarnais, signifie 
entaille produite par un coup de hache. Nous avons encore ce pro- 
verbe : — « A cade J9ÎC l'estère »; — à chaque entaille, le copeau ; il se 
dit de celui qui frappe et dont chaque coup a l'effet voulu. Un homme 
a-t-il la parole mordante, incisive, on dit en français qu'il est un 
emporte-pièce ; on lui appliquerait en béarnais le proverbe « a cade 
pic l'estère. » 

TJ pic signifie aussi une piqûre, au sens propre, et le coup de bec 
d'un oiseau ; de là l'expression ha aus picxs, faire aux coups de bec, 
et au figuré, se battre. — N'habe pic ni pelade, n'avoir piqûre, 
entaille, ni cheveux arrachés ; c.à-d. n'avoir aucun mal, rien, pas 
même une égratignure. 

C'est de pic, signifiant piqûre, que vient picote ou pigote, petite 
vérole ; c'était anciennement le nom de la lèpre. D'après Marca, 
Bist. de Béarn, p. 281, « Garsie Guilhem de Salies, qui vivait en 
1058, fut excommunié par l'archevesque et les évesques de la pro- 
vince, et mourut de la lèpre, appelée communément piccote, dit 
l'original. » — Gité par Paul Raymond dans une note du Cartulaire 
de l'abbaye de St-Jean de Sorde. 

Le dialecte gascon remplace par un < le c étymologique latin qui 
se trouve dans les mots béarnais amie, loc, plec, ami, lieu, pli ; on 
trouve dans Jasmin : — amiis, amis, lot, lieu, plets, plis. — Le 
limousin a hèt pounchu, dans J. Foucaud, bec pointu. 

En béarnais le c étymologique a fait place au t dans les mots 
boutz, croûte, lutZy patz, voix, croix, lumière, paix, de vocem, 
crucem, lucem, pacem. M. l'abbé Lamaysouette (trad. de Vlmit. de 
J.-C), écrit ces mots d'une façon plus conforme à l'étymologie ; 
il orthographie boux, croux, lux, pax. Il suit à tort, pour ces vo- 



— 65 — 

cables, une règle qu'il a méconnue sans raison pour beaucoup 
d'autres. Il nous semble qu'il lui serait bien difficile d'indiquer les 
textes béarnais où les mots boux, croux, etc^ ont cette orthographe, 
qui ne concorde nullement avec la prononciation qu'ils ont toujours 
eue dans notre pays. 

Le c étymologique a été remplacé encore dans notre idiome par 
un t, au mot iiste, corbeille, du latin cista, grec kistè. 

On remarque en français la substitution du t au c dans tabatière, 
de tabac. 



100. — Dîmèrcxs, mercredi, et bosc, bois, forêt, n'ont pas 
toujours la consonne c des mots latins d'où ils dérivent, dies 
Mercîirii, boscmn ; on écrit dimèrs, bos : 



Dab cinq aies et cinq os Avec cinq ailes et cinq os (noyaux) 
Nou pot boula tau bos. (La nèfle) ne peut voler vers le bois. 

Bos est usité aussi dans la Provence ; on lit dans F. Mistral, 
Mirèio, vu : 

Coupas, din li bos de rebroundo, Coupez, dans le bois de taillis, 
Chascun voste balau de broundo. Chacun votre fagot de branches. 

C'était au xm« et xiv» siècles, le mot usité en français : 

A l'entrée d'un bos encontra. 
Garin de Montglave. 

Si devenrai ermite en un bos verdoyant. 
Beauduia de Sebourc. 



101. — Q figure aujourd'hui après c à la fin de quelques 
noms propres : Bellocq, Pontacq, Saint-Cricq ; anciennement, 
ces mots étaient bien mieux écrits, tout simplement, Belloc, 
Pontac, Sent-Cric. 

102. — Le groupe de lettres qu remplace c devant les 



— 66 — 

voyelles e^ i : — Abraca, raccourcir, abraqui, je raccourcis ; 
— marca, marquer, la marque^ la marque; — pesca, pê;:her, 
pesque, pêche; — mousque, mouche, moiisquit, moucheron ; 
on retrouve le c du primitif lat. miisca dans mouscalh, chasse- 
mouches. 

403. — G a le son fort du c à la fm des mots suivants : — 
Loung, long, sang, sang, sèg^ suis ; aussi trouve- t-on quel- 
quefois loimque, longue, au lieu de loungue, fém. de loung^ 
et sèc-me, suis-moi. 

104. — g devant «, o, u^ l, r, se prononce comme en 
français : — Garie, poule, goy, joie, gusmèt, peloton de fil, 
glisiej glèise, église, graa, grain. 

105. — En français, pour adoucir le son du g, on le fait 
suivre d'un e devant les voyelles a, o •' — obligeance, bour- 
geois. Gela n'a jamais lieu en béarnais ; on n'écrit point 
barregea, verser, répandre, renverser, passegea, promener ; 
dans ce cas, le g est remplacé par un j : — barreja, passeja. 



Anciennement, dans plusieurs parties du Béarn, g devant e se pro- 
nonçait comme y dans le mot français « bayer ». Les noms de lieux, 
Ger, canton de Pontacq, arrondiss. de Pau, Gère, Geùs, arrondiss. 
d'Oloron, sont écrits en 1270, en 4385, Yer, Yeres, Yeus ; — P. 
Raymond ; Dict. topo g . ; — Gélos, commune près de Pau, a été 
toujours écrit avec g^ et dans tout le voisinage on prononce Yelos ; 
on a écrit Lemhege et Lemheye, nom d'un chef-lieu de canton, 
arrondiss. de Pau ; Lembeye est resté pour l'écriture, et Lemhege 
pour la prononciation la plus commune. 

Dans le nom d'une localité du canton d'Orthez, gi se prononce 
gui: — Saint-Girons ; on dit aujourd'hui Sent-Guirouns . 

Il y a un assez grand nombre de mots dans lesquels le g et l'y 
peuvent être substitués l'un à l'autre ; le g nous paraît avoir eu 
anciennement la préférence : — beuradge, breuvage, gentz, gens. 



— 67 — 

messadge^ message, mounge, moine, moungete^ haricot, passadge^ 
passage, saubadge, sauvage, etc, 

— « Sie sabut las gentz de Bearn quoant pagan per cascun de 
Yargent per anar coeihe lo froment en Bretanhe » ; qu'il soit su 
combien les gens de Béarn paient, par individu, d'argent pour aller 
chercher le froment en Bretagne ; — Dénomb, des maisons de la 
Tic. de Béarn, 1385. 

g ne paraît plus aujourd'hui à la fin de certains mots où il se 
trouvait anciennement : — Aqueg^ celui-là, bag, bas, vallée, casteg, 
château, coteg, couteau, eg, lui ; voy. no 420. — Ce g final se trou- 
vait aussi précédé d'un i : baig, eig ; ce qui devait s'articuler 
comme cA, yi {y mouillé), ou comme ytch, tch ; cela est indiqué par 
la prononciation actuelle : — Aqueyt {OrÛ\Qz), aquetch fvallées 
Aspe etOssau). Ailleurs, notamment dans une grande partie de 
l'arrondissement de Pau, il n'est resté de ce consonnantisme que 
l'articulation du t. Ici même, cependant, en baig, se prononce 
encore en bacli ; mais l'on dit débat (anc. debaig), dessous. 



106. — g est muet dans le substantif digt^ doigt, et dans 
l'adjectif numéral Ungt^ vingt. 

107. — Le g, en béarnais, remplace souvent le c étymolo- 
gique : — Bagay avoir le temps de, hoiirrugiie, verrue, higiie, 
figue, lègue, lieue, ourtigue^ ortie, pigue, pie, plega, plier, 
prega, prier, segu, sûr, sega, scier, moissonner. — Ces mots 
sont en latin : — « Vacare, verruca, ficus, leuca, urtica, pica, 
plicare, precari, securus, secare ». 



On trouve le changement du c latin en g dans le vocabulaire du 
Poème du Cid, xn^ siècle : — lograr de lucrari, bénéficier, loriga 
de lorica, cuirasse, sieglo, siglo de seclum, siècle, eglesia de 
ecclesia, église ; — « .... Mio Gid e su mugier a la eglesia van 
(v. 327) » ;..,. Mon Gid et safemme vont à l'église. Anvers. 2249, on 
trouve eclegia. 

G'est en changeant le c en ^ que l'espagnol emploie encore 
amigo de amicus, ami, fuego de focus, feu, etc, etc. 



-< 68 — 

Le provençal a espigo de spica. épi, lagremo de lacryma, larme ; 

— l'italien troglio de torculum^ pressoir, luogo de locns, lieu, etc ; 
dans le dialecte vénitien on dit miga de mica^ miette. 

Le changement de c en ^ se remarque en français dans les mots 
suivants : — Cigale de cicada^ cigogne de ciconia, cigûe de cicuta ; 
dragon vient de draconem^ église de ecclesia^ gras de crassics, lagune 
de lacuna, langouste de locusta, et, tout en écrivant « second » de 
secundus, on prononce segond. 

Au lieu de gras et d'église, on écrivait autrefois, conformément 
à l'étymologie, cras, ecclise, « crassus, ecclesia » : — « Qui fui cras 
c'un pourciel » ; ^- Gloss. rom. 107. 

« Après auoir bien à poinct desieuné, alloyt à Vecclise » ; — 

— Rabelais ; Garg. i, 21. 

On remarque dans le latin môme de pareils changements ; de 
ercOy donc, et de necotium, affaire, opposé à otium-, loisir, sont 
venus ergo, negotium. 

Digitus. doigt, et dicare, indicare, ont évidemment la même 
racine. On appelait indigitamenta les livres de religion qui conte- 
naient les noms des divinités et des indications sur la manière de 
les honorer ; — Barrault, Syn, lat. 

Du nom propre latin Caïus, les Grecs avaient fait Gaïos ; ils 
notaient ainsi ce qu'ils avaient entendu de la prononciation du c 
parfois adoucie même chez les Romains. 



108. — J et g doux permutent : Bîadje et biadge, voyage ; 

— hajineethagine, fouine. 

109. — Le j latin a été conservé dans beaucoup de mots 
béarnais (Lescar et Oloron) : — Déjà de jam^ déjà ; — jet de 
jncttis, jet ; — joc dejocus, jeu ; — joeti de juvefiis, jeune ; 

— judge de jndicem, juge ; — jimc de juncus, jonc, etc. — 
C'est l'orthographe des meilleurs textes anciens; 

110. — y, qui se prononce comme Vy anglais dans yes, 
comme le j allemand dans Jacob, et comme le gamma du 
grec moderne, remplace souvent, en béarnais, non-seule- 



- 69 - 

ment le g^ comme on l'a vu plus haut , mais encore le j : — 
maridatye, mariage, you, je, au lieu de maridadge, jou. 

Dans notre idiome (Pau), y a pris la place du g latin ; on 
le voit dans : 

Anyèle, anguille, anyou, ange, aryent, argent, hièrye, 
vierge, courreye, courroie, larye, large, payère^ mesure, 
reliyou, religion, yendre, gendre, yentz, gens, you, je, yoiilh, 
genou, yoye, joie. 

En latin: — « Anguilla, angélus, argentum, virginem, 
corrigia, largus, pagella, religionem, gêner, gentem, ego, 
geniculum, gaudium ». 

A Lescar, à Oloron et vers les montagnes, on dit : — 
angèle, aujou, larje, gentz^ jou, joulh, etc, etc. 



Dans le vocabulaire du Poème du Cid. on trouve aussi génie et 
yente, yerno^ gent, gendre : 

El Cid e sus yernos en Valencia son rastados. 

V. 2280. 
Le Cid et ses gendres dans Valence sont restés. 

C'est à la prononciation béarnaise de yentz pour gentz qu'il faut 
certainement attribuer l'une des singularités orthographiques rele- 
vées par M. Jung dans les lettres de Henri IV. Ce prince écrivait 
souvent yens pour gens. 

Dans quelques villes voisines de Paris, on fait de Vy un véritable 
g^ disant 7>io^en pour moyen, pager 'ço\xr payer. M. le Ci® Jaubert 
signale un même emploi de g au lieu de y {Gloss. du Centre) ; il 
cite couteger, s'éméger, piéger, rudéger, pour couteyer, côtoyer^ 
s'étnéyer, s'émoyer, s'inquiéter, pleyer, ployer, rudéyer, rudoyer. 

La même remarque peut s'appliquer, pour quelques cas du 
moins, à la prononciation angevine. — Ch.-L. Livet ; Gram, fr. au 
XVI" siècle. 

On remarque le changement du g en j dans le mot français jardfm, 
que les uns font venir de l'hébreu gadar, et les autres de l'aUe- 
mand garten, gaart. Dans la basse latinité (Du Cange), on disait 
gardinum, gardmus ; c'est encore le gardens anglais : — Botanic 



— 70 — 

gardens^ jardin botanique. Le j a été substitué au g dans jatte et 
jouir^ qui dérivent de gahata^ plat, et de gaudere. 

Gabata, espèce particulière de plat, pour le service de la table, à 
la mode chez les Romains du temps de Martial. — Mart. vu, 48 ; 
XI, 31. — Anth. Ricli ; Bict. des Antiquités rom. et grecq. 



111. — NH^ dans le corps et à la Tin des mots, s'articulent 
de même que les consonnes gn dans le français : a épargne » . 
Les mots que Ton écrit de nos jours : — Bigne, vigne, 
beregne, vendange, Espagne, Espagne, punh poing, etc, etc, 
sont constamment orthographiés, dans les bons textes béar- 
nais, de la manière suivante : — binhe, berenlie, Espanhe, 
punh, etc, etc. — « Estiba a las mountanhes » ; passer l'été 
sur les montagnes. -— Il faut donc conserver cette ortho- 
graphe : 

Anhèt, agneau, aranhe, araignée, banha, baigner, botinhe, 
tumeur, castanhes, châtaignes, coudoimhe, coing, estanh, 
étain, laganhe, chassie, lenhe, bûche, îoenh, loin, prenhe, 
pleine (empreignée). 

Prononcez : — Agnèt, bagna, bougne, castagnes, cou- 
doîigne, etc, etc. 

Nous trouvons dans Raynouard : — luenh, planh, sonh, 
loin, plaint, soin ; ces mots, en béarnais, sont : loenh, planh, 
soenhj où nh se prononcent comme il vient d'être dit. 



Aranhe, araignée de aranea ; c'est, avec une écriture différente, 
le vocable français aux xii« et xm' siècles : « aragne ». La Fontaine 
ayant repris ce mot, n'a pu le remettre en usage : 

Plus malheureuse mille fois 
Que la plus malheureuse aragne. 
F., m, 8. 

Bounhe, bosse, tumeur provenant d'un coup; beule en allemand, 
bunch en anglais, bigne en français : 



— 71 — 

Une foys il se feit une higne. 

Bien m'en souvient, à Testai d'un boucher. 
Villon ; Bail viii. 

De coudounhe, coing, cotoneum malum, on a fait coudoiinhat, 
confiture de coing, qui est cotoniat dans Rabelais : — « Para- 
cheuant leur repast par quelque confiture de cotoniat » ; — 
Garg. 1, 23. 

Laganhe, chassie, du breton lagad, qui signifie œil. — Vieux fr. 
lagaigne, chassie. 

Lenhe^ bûche, de lignum., était écrit en français, xii° et xm" 
siècles, leigne, laigne. — Laignier signifiait alors une charretée 
de bois ; u lenhè, en béarnais, signifie une provision de quatre char- 
retées de bois. 

Pre7îhe, pleine ; empreignée. — En latin prœgnans mulier, 
femme enceinte. 

« A l'agneler verra-t-on lesquels sont ^ram^ » ; proverbe du xv" 
siècle ; on dit en béarnais : « Au part que-s saura qui ey prenhe » ; 
et le latin disait : « Ad partus ovium noscuntur pondéra ventrum. » 

« Les brebis empreignées les premières, les premièi-es aussi 
aignelent-elles ; » — 0. de Serres. 

Les Eaux-Chaudes, dép. des Bass.-Pyr., arr. d'Oloron, cant. de 
Laruns, sont appelées las emjjrenhaderes, c.-à-d. efficaces contre la 
stérilité. 

Dans le vieux français, la finale des mots besoing, loing, soing^ 
témoing, se prononçait probablement gn comme celle des mots béar- 
nais besounh, loenh, soenh, temoenh. C'est là, croyons-nous, ce que 
marque le ^, qui terminait ces mots. M. Génin {Yar du Lang. fr.) 
dit, en parlant de ce ^, qu'il appelle parasite, parce qu'il n'a pu en 
cxphquer l'emploi : — « C'est un des nombreux abus du temps où 
il n'existait point de code pour la grammaire ni pour l'orthographe. » 
Non, ce n'était pas un abus ; la présence du ^ à la fin de ces mots 
indique qu'ils se prononçaient au nord comme au midi de la France. 
Cette prononciation a persisté dans les dérivés besogneux^ éloi- 
gné., soigneux., etc. 



112. — nh ne s'articulent point comme gn dans le mot 
bounhtir, bonheur, on dit bounur. — Menhs^ moins, se pro- 



— 72 — 

nonce mens et menclis. — Quiny quine, quel, quelle, s'écri- 
vaient aussi gî<m/i, qumhe; ce qui explique que, dans certaines 
localités, on prononce encore qiiign homi, quel homme, et 
non quin homi. 

113. — On écrit, comme on les prononce, les mots sui- 
vants : — Assigna j assigner, counsigna, consigner, ignoura, 
ignorer, 

114. — Les deux consonnes gn se mettent et se pronon- 
cent aussi comme dans ignoiira, ignorer, au commencement 
de quelques mots : — gnac^ morsure, bouchée, d'où le verbe 
gnaca, mordre, gnaspa, mâcher, gnaiila, miauler. 

Mey bau u gnac de caa 
Qu'u pot de caperaa. 

Mieux vaut une morsure de chien — Qu'un baiser de 
prêtre ; Proverbes du Pays de Béarn, p. 52. 

gn-aute, un autre. Autrefois on écrivait ung aute. Pour 
l'euphonie, on transposait probablement dans la prononcia- 
tion le g et Vn ; on disait ugn aute ; et, de là, on a fait 
vguaute, gnaute. Indiquons que gn n'appartiennent pas 
au mot aitte ; écrivons ugn-aute ; gn-aute. 

Dans le dialecte parlé par les habitants de la vallée de Gradena 
(nord de l'Italie), un, ancien français img, s'écrit irgn. — Y. Ampère; 
Fo7^m. de la lang. fr. 



DENTALES. 

». — T. - M. 

115. — i) final, après une voyelle, sonne comme la forte / 
Caudj chaud, nid, nid, noud^ nœud, nud, nu, red, froid. 



— 73 - 

Dites : — Cmtt, nit, nout, etc, etc. — On voit que dans ces 
mots le d est étymologique ; lat. : « calidus, nidus, nodus, 
frigidus. » 



Nœud, en béarnais, se dit noud. On le trouve écrit de cette 
manière en français [d muet) ; de là encore aujourd'hui noiie7% 
noueux. 

Elle ^la houlette) a par artifice un million de nouds^ 
Pour mieux tenir la main, tous marquetez de clous. 

Ronsard ; Egl 1. 



d est complètement muet dans les adjectifs crudy cru, lèd, 
laid ; du lat. « crudus » et de « laid », désagréable, odieux; 
rac. germanique. 



Anciennement, en français, on écrivait comme en béarnais, led^ 
lede : — « De rouge matinée — Lede vespree ». A ce vieux proverbe, 
tiré du Ms. de Cambridge, correspond le proverbe très-usité en 
Béarn : — « Aube arrouye, — Bent ou plouye » ; aube rouge, vent 
ou pluie. 

On lit dans Joinville : — « Ledes gents et hideuses sont à 
regarder ». En béarnais : « lèdes gentz ». 



116. — d est muet à la fin des mots, lorsqu'il est précédé 
des consonnes n^ r: 

Arcordj accord, blound, blond, lard, lard, pregotind, 
profond, round, rond, segound, second, sourd, sourd, tard, 
tard, tourd, grive. 



Le d de l'adv. tard est devenu t dans cette expression «Moussu de 
Tart-Arribe », Monsieur d'Arrive-Tard, employée proverbialement 
pour désigner quelqu'un qui a la démarche lente ou qui se fait 



. — 74 — 

attendre, celui qui se remue avec peine, un goutteux. Proverbes du 
Pays de Béarn, p. 67. 



117. — En béarnais, dans le corps des mots, d a remplacé 
le t des primitifs latins tels que : — «acuta, catena, maturus, 
maie apta, moneta, mutare, natare, rota, salutare » ; — 
agude, aiguë, cadene, chaîne, madu, mûr, malaude^ malade, 
mounede, monnaie, muda, changer, nada, nager, rode^ roue, 
sahida^ saluer. 

Ce changement a lieu au féminin de tous les participes 
passés : — Audide, entendue, de audit ; — beniide, vendue, 
de benut ; Ugade, liée, de ligat ; en latin : « audita, vendita, 
ligata » . 



L'espagnol change aussi très-fréquemment le t latin en d : — 
caridad^ charité, emperador^ empereur, pecado^ péché, etc, etc, 
de « caritatem, imperatorem, peccatum ». 



118. — Par la chute du d médial des primitifs latins — - 
(( fmdere, fundere, prendere, pendere, respondere, tenere, 
tondere, vendere », on a en béarnais, — hene, hoime, prene, 
pêne, respoune, tene, toune, hene^ fendre, fondre, prendre, etc. 

119. — T sonne fort à la fm des mots, lorsqu'il est précédé 
d'une voyelle ou diphthongue : — Apagat, apaisé, bountat, 
bonté, broiiqiiet, broche, fosset, et, il, lui, set, soif, ardit, 
liard, bit, vigne, cibot, toupie, dot, dot, escut, écu, sabut, su, 
haut, haut, hèyt, fait, espiut, épieu. 

120. — t fort remplace souvent dans notre idiome // des 
primitifs latms : — Arrestèt, râteau, anhèt, agneau, auzèt, 
oiseau, bèt, beau, budèt, boyau, castèt, château, cerbèt, 
aot, cou, coutèt, couteau, pèt, peau, pourcèt, 



— 75 — 

pourceau. — En latin : — « Rastellum, agnellum, aucellum, 
bellus, botellus, castellum, cerebellum, collum, cultellus, 
pellis, porcellum ». 

A ces mots, il faut ajouter le pronom personnel et (1), il, 
lui, de « ille ». 

Les vieux textes nous montrent la plupart de ces vocables 
terminés par un g : — Beg, cog, eg, casteg, coteg, etc. 

Le g final est-il là plus ancien que le f ? — L'affirmative 
ne pourrait, à notre connaissance, s'appuyer que sur un 
seul exemple. On voit dans le Diciionnaire topographigue des 
Basses-Pyrénées, de Paul Raymond, que le nom d'une com- 
mune du canton de Pau-Est, Assat, s'écrivait Assag, en 
980. Cet exemple unique mis de côté, on peut dire que g et t, 
ou d mis pour t, furent contemporains. On trouve eg, lui» 
dans le For d'Oloroîi, xi^ siècle ; à cette même époque, 
Narcastet {Aner castellum), nom d'une commune du canton 
de Pau-Ouest, était écrit Narcasted. 

Dans le Cartulaire de l'abbaye de Sorde, p . 40, (acte de 
1105-1119), il y a casted, et, aux p. 91, 110, 113, (actes de 
1119-1136, le nom propre Martel, du mot latinisé « Martellus » 
est écrit Martety Marted. 

Il a été dit ci-dessus, n« 105, que l'articulation de ce g 
produisait un consonnantisme où l'on entendait le t. Le 
Cart. de Vabb. de Sorde en fournit la preuve. 11 y a là des 
noms de localités béarnaises écrits comme ils étaient pro- 
noncés. — Betbeder, nom d'un quartier de la commune de 
Sainte-Suzanne, canton d'Orthez, que l'on voit ailleurs très- 
souvent orthographié Begbeder, est écrit dans le Cart. de 
Sorde, p. 155, (acte de 1172), Beit-Beder (2). Dans la pro- 

(1). Il est écrit eth dans la l^e édition de la Gram7naire, pour le dis- 
tinguer d-e et conjonction, où le t est muft. Il convient de substituer à 
celle-ci e, d'un si fréquent usage autrefois, et aujourd'hui même, dans tous 
les idiomes du domaine roman. La conjonction e et le pronom ei" s' écrivant 
ainsi d'une manière difTérente, il n'y a plus de confusion possible, et le 
pronom a l'orthographe qui ha est propre. 

(2) En ce temps là, i après a, e, n'était autre que y mouillé, n» 81 ; on 
le voit dans Bentaio, xii» siècle, Bentayoo en 1385, aujourd'hui Bentayou^ 



— 76 — 

nonciation d'Orthez ce mot est encore aujourd'hui Bèijtbeder. 

Ce qui est là yt mouillé, est ch, tch dans la partie mon- 
tagneuse du Béarn. 

Ainsi, l'ancien pronom eg, il, lui, est prononcé eyt à 
Orthez, etch à Bielle, vallée d'Ossau, et à Accous, vallée 
d'Aspe. D'après M. Luchaire', dans ses excellentes Etudes 
sur les idiomes pyrénéens (1), on dit et àAramitz, vallée de 
Baretous ; ajoutons que Ton entend aussi etch dans cette 
partie du Béarn. — A Pau et dans les environs, comme dans 
beaucoup d'autres localités des trois arpondissements béar- 
nais, c'est le t seul, probablement aussi ancien (2) que le g, 
qui sonne fort à la fm de ce mot et de tous ceux où cette 
consonne est substituée à II des primitifs latins. 



Baigts, nom de commune, canton d'Orthez, était Bads en 1105 
(Cart, de Sord., p. 18), et Baiffs au xme s., Fors de Béarn ; en 
1343, Baffs, et en 1505 Bachs; on prononce aujourd'hui Bayich {yt 
mouillé), et non Batch comme l'indique M. Luchaire dans ses Etu- 
des etc, à la p. 224. 

Cot^ cou, est écrit dans les Fors de Béarn, p. 271, cog, p. 126, 
coig, et p. 95, coch. 

Pèt, peau ; j)et/g de crabe^ peau de chèvre, 1376 ; Rôles de 
l'armée de Gaston-Phœhus^ p. 144 ; aujourd'hui, à Orthez, pèî/f. 



Le t du pronom et, il, lui, a été remplacé par d quelquefois 
dans les Fors. Le traducteur des Psaumes, 1583, n'a employé 
que cette forme ed ; on la trouve tout aussi invariablement 
dans les Eglogues de Fondeville ; Ms. de la fm du xvii'' siècle ; 
Biblioth. de la ville de Pau. 

commune de l'arr. de Pau, cant. de Montaner ; Arripeiroos, 1376, auj. 
Riupeyrous , cant. de Morlaas, arr. de Pau. 

Dans le latin de 1379, ch. de Béarn, E., 2078, on avait Iraduil Beitbeder 
ou \Begbeder, par Puldirum Videra. — C'est le nom propre français 
« Beauvoir». 

(1). Paris, Maisonneuve et GMibr.-cdit. 1879. 

(2) Cf. Paul Meyer, liomania, V, p. 3G9 ; —V. Lespy et P. RaymonJ, 
Récits d'Histoire sainte en béarnais^ u, p. 309. 



— 77 -- 

421.— t final s'efface complètement, lorsqu'il est précédé 
des consonnes ??, r : — Can?, coin, bord, angle, dent, dent, 
froimt, front, luzèrt, lézard, martz, mars, moimt, mont, 'part, 
part, piuit^ point, <mï, teint. 

122. — Bien qu'il vienne après r, le t se fait entendre dans 
hart (h asp.), rempli, gorgé, hort (h asp.\ fort, hort (h m.), 
jardin. 

123. — Il est muet à la fin des mots suivants : — Impost, 
impôt, Sent-Haust [h asp.), Saint-Faust (village), tmitost, 
tantôt ; prononcez : impos, Sent-Haus, tantos ; mais host 
(h. m.), armée, se prononce hos-t. 

124. — t final après n et devant une voyelle ou une h 
muette, sonne dans les mots bingt, vingt, cent, cent, sent, 
saint, et dans quant «, quant à. — Bingt e cinq, cent esctitz, 
Sent-Abity vingt-cinq, cent écus. Saint- Abit (village^, pro- 
noncez bin-t-e-cinq, cen-t-esciitz, etc. 

125. — t, après n, h la fin des noms, des adjectifs, des 
participes présents et des adverbes, est tout à fait muet, 
même lorsqu'il se trouve suivi d'un mot commençant par 
une voyelle ou par une h muette : — Lou pount estret, le 
pont étroit, baient oubré, vaillant ouvrier, disent a totitz, 
disant à tous; pron. ponn estret, balen oiibrè, disen a toutz. 

126. — Gomme t ne se prononce pas, généralement, à la 
fin des mots où il est précédé de n, on a cru de nos jours 
qu'on pouvait le supprimer ; et, en effet, il ne s'y trouve que 
par hasard. Il serait fort difficile à M. l'abbé Lamaysouette 
d'expliquer pourquoi il a écrit sent, saint, de « sanctus », 
avec t, et, sans cette consonne, pniden, prudent, de « pru- 
dentem » ; — Imitation de J.-C, ii, 3. 



— 78 — 

On remarque la môme anomalie dans le provençal. Les Fêlibres 
écrivent cantant^ chantant, front, front, serpent, serpent, et, sans 
le t, estrumen, instrument, mowmen, moment ; voy. Armanaprou^ 
vençau, 1879. 



Ces mots et leurs analogues proviennent de radicaux 
latins finissant par t. Bien qu'il n'ait aucune valeur pho- 
nétique à la lin de nos dérivés, le t doit s y trouver encore 
en béarnais, comme il y figurait presque toujours autrefois, 
à titre de lettre essentiellement étymologique. 

t^ après ?i, n'a été supprimé, Fors de Béarn, que dans son, 
ils sont ; une fois dans pon, le pont, et dans quelques parti- 
cipes présents. Ces exceptions n'infirment nullement la règle 
qui est appliquée dans la très-grande généralité des cas. 



Dans le catalan, les mots tels que ceux dont il est ici question, 
turment, trobant, segurament, tourment, trouvant, sûrement, 
sabent, solament, testament, sachant, seulement, testament, sont 
tous écrits avec le t final ; voy. le poème Gloria d'amor et Gjenesi 
de Scriptura. 



127. — t prend la place de d dans hlat, blé, fountz de 
terre, fonds de terre, reberentz frays, révérends frères, 
quoant, quand. C'est ainsi que ces mots sont écrits dans 
des textes anciens. 

Mais il est mieux d'orthographier, conformément à l'éty- 
mologie, hlad, foundz, reberendz, quoand. 

Ce dernier mot s'écrit quoand ou quand, selon que l'on 
prononce quou and (Pau), ou quand (Oloron). Dans l'un et 
l'autre cas, la consonne finale est complètement muette, 
même devant une voyelle. 

128. — t et d permutent souvent : on dit abandatye 



~ 79 - 

et abantatye, avantage, aute et aude, autre, enta et enda, pour, 
rente et rende, rente, coimte et counde, compte. 



En provençal, on écrit vido de vita, vie, et malauto de m<2?5 
ap^a, une malade ; c'est le contraire en béarnais : bite, malaudé. 

Dans le langage du centre de la France, on dit descende^ tende, 
mondure, perde, vende, au lieu de descente, lente, monture, perte, 
vente ; — G'* Jaubert, Glossaire. 

« Ces deux dentales se substituent perpétuellement l'une à l'autre 
dans la vieille langue française ; on écrivait verd pour vert, muni 
pour mund , le monde ; tart pour tard, grant pour grand, fud 
pour fut, etc, etc » ; — Ampère ; Formation de la lang fr. 

On trouve, dans les poésies de Gh. d'Orléans, « souhaid, sou- 
haidier », souhait, souhaiter, et dans Ronsard, Franc, iv : « meurdre 
et carnage». 

Auxviie siècle encore, La Fontaine écrivait « galant et galand », 
d'où le féminin « galande » : « Vous connaissez la galande que 
c'est » ; Conte ii. 



429. — th s'articulent comme t : genthiu, noble; on trouve 
aussi g entiu ; — thiencut, thier, tenu, tenir ; Fors de Bèarn. 

De même en français, XVF s., on voit th dans « autheur, authorité, 
etc » . — L'intention des principaux chefs n'estoit que d'empiéter 
l'authorité au royaume » ; Sat. Menippée. 



130. — On ne doit employer tt que lorsque ces deux 
lettres se prononcent distinctement : — Arrecatta, pron. 
arrecat-ta, recueillir, mettre en lieu sûr. 

Anciennement on ne doublait pas le t, dans un très-grand 
nombre de mots où l'on met aujourd'hui les deux t^ en 
suivant, sans raison, les règles de l'orthographe française. 

131. — On écrivait : — Arête, Bourdetes (noms de com- 



— 80 — 

munes), Florete, Graciete, Mariete (prénoms de femmes), 
crodzete, petite croix, forquete d'argent^ fourchette d'argent, 
combatera, combattra, etc, etc. 

Ces mots et leurs analogues s'orthographiaient et doivent 
s'orthographier encore avec un seul t : — Praubete, gouyatete, 
mete, coumbate, etc, etc. — Exemples : 

— (( Dus bassins d'argent sobredauratz, lave-mans, esmal- 
hatz au miey, aies et fnlhetes de castanh; — « Deux bassins 
d'argent dorés, lave-mains, émaillés au milieu, ailes et petites 
feuilles de châtaignier ; — Inventaire des 7)ieubles et joyaux 
d'Eléonore de Navarre ; Arch. des Bass.-Pyr. 

— « D'are en la, pays et mays, qui-b boulera aqueres 
hilhoutetes ? » — Dorénavant, pères et mères, qui vous 
voudra ces jeunes filles ; — Sermon du curé de Bideren. 



M. Honiiorat était aussi d'avis qu'il ne fallait point doubler le t en 
provençal : — « Si les Italiens, disait-il, emploient les deux t dans 
casetta, poveretta, c'est qu'ils les prononcent assez distinctement : 
caset-ta, poveret-ta, tandis que nous ne faisons sentir en provençal 
qu'un seul t : caseta paureta. » — Cette raison est aussi bonne pour 
le béarnais que pour le provençal. 

Aujourd'hui, les Provençaux, Roumanille, Mistral, Aubanel, Ans. 
Mathieu, etc, ne doublent point \et: 

Lou bon Dieu 

A mes i font d'aiguë clareto, 

Au front dis aubre a mes d'oumhreto 

Per apara ti couloureto. 

F. Mistral. 



432. — iV, à la fm des mots, après les voyelles a, e, i, ne 
se prononce pas comme dans les mots français « ban, 
bien, fm. > 

Dans les mots béarnais tels que dan, ils donnent ben, 
vends, beromjin, joliet, la finale n sonne de même qu'en 



~- 81 - 

français aux mots « faner, énumérer, ruiner », fan-er, 
éw-umérer, ruiti-er. 

133. — La consonne n est muette dans les substantifs 
carn, chair, corn, corne, hotirn^ four. 

134. — u médiale des radicaux latins disparaît dans les 
dérivés béarnais sans produire toujours le doublement, 
n* 32, de la voyelle restée après qu'est tombée la consonne 
qui la suivait ; on le voit dans lue^ lune, priie, prune, bee 
veine, p/^e, pleine, ue, une ; prononcez (o final doux, n*' 24) : 
lu 0, pru 0, be o, pie o, u o. 

Remarques. — On rencontre la voyelle u doublée dans 
diluus, lundi (« lunae dies » ). — Bee^ bien, de bene, et plee^ 
plein, de plemis, n° 29, sont des monosyllabes ; dans bee, 
veine, et plee, pleine, se trouvent les deux syllabes des mots 
latins vena, plena. 

135. — Dans le corps de plusieurs de nos mots qui ont n 
après la voyelle composée ou, cette consonne disparait 
souvent : Briulounayre, joueur de violon, cansounayre, can- 
soimè, chansonnier, carbounayre, carbounè, charbonnier, 
sounadoUy sonneur ; on dit aussi briuloayre, cansoayre, 
cansoè, carboayre, carboè, soadou ; on emploie indifféremment 
sow?ia,sonner, et soa. On a vu, no,74, comment se pronon- 
cent o«, oe. 

LINGUALES. 

li.— IiH. ~R* 

d3ô. — L, au commencement et dans le corps des mots, 
produit la même articulation qu'en français : — Lauda, 
louer, liga, lier, baie, valoir, calou, chaleur. 

6 



— 82 — 

137. — / s'est changée en Ih dans Iheha, lever, Iheyt, lit, 
mielhou, meilleur, palhe^ paille, etc. — Esleye, signifie élire, 
choisir ; il fait au participe passé eslegit, eslegut et eslheyt : 
— « Los homis d'armes eslheytz » ; Les hommes d'armes 
choisis ; — Rôles de l'arm. de Gast.-Ph., 1376. — Lundi se 
dit diluus et dilhuus. Voir ci-dessous pour la prononciation 
du groupe Ih. 

138. — Il ne produisent jamais l'articulation qu'elles ont 
dans le mot français « famille » . Elles se prononcent tou- 
jours comme dans « parallèle, corollaire. » Les mots tels que 
drolle, droullot, drôle, petit drôle, callat, cailleteau, rebelle, 
rebelle, rolle, ou rollou, rôle, doivent être prononcés drol-le, 
droul-letj rebel-le, rol-le, rol-lou. 

139. — La double l des primitifs latins est l simple dans 
les dérivés béarnais : de c( anguilla, domicella, puella, 
Stella », nous avons anyèle, anguille, damisèle, demoiselle, 
pimcèle, pucelle, estele, étoile. 

Il ne faut qu'une l aux mots : — Femèle, femelle, escudèle, 
écuelle, hole, folle, et à cuyole, cage, habole, fève, hilhole, 
filleule, irole, châtaigne rôtie. 



« Barreyar puncele », renverser, violenter une jeune fille ; Fors 
de Béarn. — « Un gobeu daurat ab caps de damiseles au pee » ; 
une coupe dorée avec têtes de demoiselles au pied ; Inventaire des 
meubles et joyaux de Jean, comte de Foix, 1436. Arch. Bas.-Pyr. 



Seul, le nom d'une commune de la vallée d'Ossau a au- 
jourd'hui la double l : Bielle, de villa. Anciennement, ce 
mot et ses composés étaient toujours écrits avec la consonne 
simple : Biele, Capdeviele, Minbiele, Menviele, Siiberbiele, etc. 

140. — LH se prononcent comme II dans le mot français 



~ 83 - 

«mouillé». Ainsi, miiralhe, en béarnais, est prononcé de 
même que « muraille » en français, et miralh, miroir, sonne 
comme s'il était écrit miraill. 



Un miroitier s'appelait dans Rabelais un « myraillier ». — « Epami- 
nondas, myraillier » ; Pant. ii, 30. 



141. — C'est ainsi que se prononcent, en les écrivant avec 
Ih^ les mots moulha, mouiller, moulhè, femme, coimselh, 
conseil, hilh (h asp.), fils, milh, millet ; en latin : « moUiare, 
(fait de mollis), mulierem, consilium,filius,milium)). On voit 
que Ih des mots béarnais remplace II, li, qui sont dans les 
primitifs. 

Ih, Ihe, à la fm de nos mots, ont remplacé les terminaisons 
latines en iilus, ula, uhim. Exemples : — Abelhe, de apictila, 
abeille, aurelhe, de auricula^ oreille, beucilli, de vincuhmi, lien 
de bois, cabilhe, de clavicula^ cheville, hielh, de vecliis, vieux, 
graulhe de ranuncula, grenouille, hounilh (h asp.) de 
fundibîilum^ entonnoir, troulh de torcuhim, pressoir, yoiilh 
de genicîdum, genou. 



Troulh, pressoir ; en vieux français « treuil », qui se dit encore 
dans quelques provinces. 

Youlh, genou ; dans le Diction, de Robert Estienne « genouil » ; 
Henri IV écrivait ainsi ce mot. 



142. — On trouve souvent dans les textes béarnais nulh, 
nulhe, nul, nulle, exilh, exilha, exil, exiler, malhiir, malheur, 
querelhe, querelha-s, plainte, se plaindre ; mais ces mots se 
prononcent comme s'il n'y avait point h après / ; on dit 
mil^ exil, etc. 



Au lieu de Ih^ le provençal de notre temps emploie h ou i. II 
écrit : Famiho, flho, famille, fille, caiau, travaia., cailloux, tra- 
•vailler,, vieho, mouié, vieille, femme. 



143. — R finale était complètement muette en béarnais. 
Les noms de quelques localités, Bougarber, arr, de Pau, 
cant. de Lescar, Lagor, ch.-l. de cant., arr. d'Orthez, Lescar, 
Montaner^ ch.-l. de cant., arr. de Pau, Mur, arr. d'Orthez, 
cant. de Salies, se • prononcent aujourd'hui, certainement 
parce que telle en a été de tout temps la prononciation : 
Boiigarbè, Lago, Lesca, Montanè, Mu. 

144. — Cette consonne muette figure encore à la fin de 
quelques mots : Entier, entier, mar, mer, par, paire, ser (1), 
soir, sor, sœur. — Cors, corps, se prononce aussi cos. 



Au lieu de sor, on dit aussi serou ; on lit dans la Naïade de la 
fontaine de Bordeu : 

De mas bielhes serous qui-u boulèn captiba. 

Dr Mayniel. 

De mes vieilles sœurs qui le voulaient captiver. 

Le vieux français avait aussi « seror et sereur » : — « Uns fils de 
sa seror » ; Enf. de Godefroi. — « Quand nous menasmes la sereur 
le roy à Haguenoe » ; Joinville. 



145. — f finale étant muette, et la voyelle o, ainsi que 
nous l'avons déjà dit, se prononçant on, on voit comment 
des mots tels que amor, amour, calor, chaleur , flor, fleur, 
pastor, pasteur, sont venus amoii, calou, flou, pastou. 



(1). Ce mot s'écrit ainsi, et non comme il a été indiqué p. 18, n» 29. 



— 85 -^ 

Dans l'ancien fiançais r finale ne se faisait pas entendre ; 
« amour » rimait avec « jaloux » ; le mot « piqueur » est encore 
prononcé « piqueu » en langage de chasse. 



146. — On écrivait sans r : — socos^ secours, coos, cours, 
os, oos, ours ; Fors de Béarn^ Récits d'histoire Sainte ; dans 
VInventaire des meubles et joyaux d'Eléonore de Navarre : 
« sargue bermelhe brodade ab la casse de l'os » ; serge rouge 
où était brodée la chasse de l'ours. Aujourd'hui encore on 
entend secous, cous, ous : 

Dab dus centz cabales anabe cassa Tous. 

G. de Bataille. 

Avec deux cents chevaliers il allait chasser l'ours. 

147. — Les voyelles, a, e, étaient plus souvent que les au- 
tres doublées lorsque r finale muette ne s'écrivait pas ; ainsi 
l'on trouve dans les textes béarnais : — Aiiier, harnais, 
baquerar, vacher, bordaler, fermier, dîner, denier, par, paire, 
murter, meurtrier, et, tout ensemble : — Arnee, baqueraa, 
bordalee, dinee, mnrtee; qui se prononcent comme les noms 
de communes que nous venons de citer. 



C'est en conformité de pareils exemples, sans doute, que le tra- 
ducteur des Psaumes s'était fait une règle de doubler les voyelles 
a, e, i, à la fin des infinitifs d'où Vr était disparue. Difficilement on 
rencontrerait, ailleurs que chez lui, trace de ce fait dans les verbes- 



148. — Les noms et les adjectifs suivants peuvent se trou- 
ver encore écrits avec la voyelle finale double (signe de la 
chute de Vr) ; mais il est d'un usage plus fréquent de les 
orthographier avec la voyelle simple : Ama, amer, auta, 
autel, cla, clair, darrè, dernier, pape, papier, du, dur, escu, 
obscur, segu, sûr. Les deux o persistent dans coo, cœur- 



L'r des primitifs reparaît au féminin des adjectifs : Aniare, 
clare, dure, etc. 

149. — Gomme, anciennement, r à la fm des infinitifs ne 
produisait aucune articulation, il s'est fait que, peu à peu, 
dans l'écriture, on n'a plus mis cette caractérisque ; 11 y a 
quelques exemples de cette disparition, même dans le texte 
des Fors fxiii^ s.), p. 226 : aucide, fode, mete, tuer (éteindre), 
bêcher, mettre, et dans des documents publiés sous ce 
titre, Un Baron béarnais au X\^ siècle : — plora, pleurer, 
disse (dise)^ dire, béni, venir, etc. 

La caractéristique r ne termine aujourd'hui, en béarnais, 
aucun infinitif : — Pesca, pêcher, . planta, planter, cade, 
tomber, preme, presser, audi, entendre, serbi^ servir. 

150. — Dans le corps de quelques mots béarnais, r est 
substituée h l latine .- liri de lilitim, lis, sonrelh de soliculus 
(sol), soleil, rialede rarus, rare, perpere de palpebra, ]}SiUiMre. 



' Au dessus de « Bielle », vallée d'Ossau, se trouve « Bilhères», 
qui devait être une dépendance de « Bielle », la villa Romaine ; 
Bilhères était en -1154 (Marca) Bileles. — En latin t Ulula , petite 
ferme, dépendance de la villa. 



Une substitution inverse a lieu dans les environs d'Orthez, 
il pour r) ; marie, nierlou, de margiila,merula, marne, merle, 
sont malle, mellou; on prononce aussi Mollane, Mallac, Mor- 
lanne, Maslacq, noms de communes, arr. d'Orthez, cant. 
d'Arthez et de Lagor. Le nom actuel de Maslacq s'écrivait 
avec r anciennement : Marslag, xu^ s.; — Marca, Histoire de 
Béarn, p. 402-71. 

M. Ampère a constaté le changement de l en r dans VHist. de la 



— 87 — 

form, de la Lang. fr. : « Z, r, dit-il, passent volontiers de l'une à 
l'autre, scandalum^ esclandre, capitulum, chapitre. » 

Uller de ululai^e est antérieur à « hurler » ; — Paien crient et 
iraient et ullent » ; Fierahras ; — et, dans Rabelais : — « crient et 
ullent comme dyables ». 

La substitution de r à ^ se voit encore dans les mots fr. : orme 
de ulmus, pèlerin, de peregrinus, rossignol de lusciniola ; au xuP 
siècle, on écrivait louszignols » ; Guill. Le Vinier. — « Peregrin » 
au lieu de « pèlerin » se trouve dans Marot et Rabelais. 



451. — Plus fréquemment r tient lieu en béarnais de II 
des mots latins ; — Aberaa de avellana, noisette, bovri de 
bullire, bouillir, garie de gallina, poule, padère de patella, 
poêle, payère de pagella ("Du Gange), mesure, potire de 
pulla, poule, maxère de maxilla, mâchoire, joue, sère de sella, 
selle. — On trouve dans les Récits d'Hist. Sainte en béarnais 
le verbe degorar de decollare, décoller, claberar, clouer, 
dansRaynouard « clavellar ». Notre verbe debara, descendre, 
vient du lat. deballare (?) d'où l'italien a fait « divallare », le 
provençal « devalar », le français « dévaler )>. 

152. — r initiale se double avec un a préfixe : — Arrame 
de ranms, branche, arrat de rato ( v. h. alL), rat, arrauc de 
raiicuSj rauque, arrauyous de rabiosus, enragé, array de 
radius^ rayon, arré de rem^ chose, arrestèt derastellmn, râteau, 
arride de ridere, rire, arrode de rota^ roue. 

Nous avons encore : — Arrabe, rave, arriu^ ruisseau, 
arreda , refroidir, arresca^ rincer, arrepoè, dans Rayn. 
« reproier », proverbe, arrounhe, rouille, arrous, rosée, 
arroiisée, résine, arrouy, rouge. 

Ce redoublement est très-ancien : Cart. de Vabb. deSorde, 
p. 3 (acte de 1010), Arramos, Ramous, nom de commune, 
cant. d'Orthez ; p. 8 (acte de 1105), Arribaute, Rivehaute, 
arr. d'Orthez, cant. de Navarrenx. 

Arceber, recevoir, arcoelher, recueillir, arthier, retenir, — 



Fors de Béarn, Récits d'Hist. Sainte, — sont par syncope pour 
arreceber^ arrecoelher^ arrethier ; en latin « recipere, recolli- 
gere, retinere » . 



Ar béarnais était er en basque. On lit dans un ms., d'une écriture 
du xvie s., donné en 1846 à M. Francisque Michel par un savant 
espagnol, Don Benito Maestro : — En esta lingua huyen lo posible 
de la letra r en el principio de las diciones, por loquoal se dize 
aqui.... Erroma ipor Roma, y otros semejantes sujos, como erregue 
por reffue, que quiere dezir reij » ; Dans cette langue (basque) on 
évite de mettre la lettre r au commencement des mots ; c'est pour 
cela que l'on dit Erroma pour Roma (Rome), erregue pour regue 
signifiant roi. 

On trouve bien en basque ar au lieu de er dans « arribera, 
arrencura », rivière, plainte. Mais nous croyons que le basque, 
comme l'affirme M. Francisque Michel, a emprunté ces deux mots 
au béarnais. —Voir l'édit. des Proverbes basques, de Fr. Michel; 
Paris, Franck, 1847. 

L'espagnol nous montre le même redoublement dans ce proverbe : 
Los hombres perezosos son «rruynadores de sus casas » ; Les 
hommes paresseux ruinent leurs maisons. En provençal, Roumanille 
a dit: « Toun trésor t'arrouinara ». Dans le dialecte de Gênes, « en- 
ragé » se dit arragiôu. En français, au xm^ siècle, « arrastle », 
signifiait bêche, boyau. On lit dans Rabelais, Pant. u, 27 : « Sa fin 
n'estoit de piller ni arrançonner les humains. » 



153. — Presque tous les mots qui ont ^r préfixe étaient 
employés et s'emploient encore sans lui, mais rarement : 
— Arradttz, raditz, racine, arrasim, rasim raisin, arrose, 
rose, rose. 

Certains noms de communes se prononcent aujourd'hui^ 
quelquefois, comme ilsétaient écrits anciennement: Arrebenac 
cant. d'Arudy, arr. d'Oloron, Arriiipeyroiis, cant. deMorlaas, 
arr. de Pau. Mais on n'écrit plus que « Rébénac, Riupeyrous », 
et, le plus souvent, la prononciation est conforme à cette 
écriture de l'administration. 



SIFFLANTES. — CHUINTANTES. 



S. — C. — Z. — X. — IX. — IXS 



154. — S siffle comme en français : Salhi, sortir, s'élancer, 
saiita^ sauter, sede, soie, sinnet, signature, cansou, chanson, 
sopelit, enseveli, siidari, suaire. 

155. — Cette consonne, entre deux voyelles, s'articule 
comme z ; dans le For d'Aspe, art. 3, on trouve plasera, 
plaira, plazer, plaisir ; le nom d'une commune de l'arr. 
d'Oloron, Busieg, en 1385, est aujourd'hui Buziet. 

156. — s chuinte dans serment, sarment, sens, sans, seys, 
six, salibe, salive, sixante, soixante, suc, suc ; on dit cherment, 
chens, cheijs, chalibe, chichante, chue. Les mots siula, siulet, 
siffler, sifflet, sourd, sourd, se prononcent aussi dans beau- 
coup de localités chiula, chiulet, chourd. 

De salibe, serment, suc et sourd, on a fait eschaliba, saliver, 
eschermenta, réunir des sarments en petits fagots, chuca, 
sucer, eschuc, sans suc, sec, -eschuga, essuyer, eschourda, 
assourdir. — Siiau, tranquille, xiv^ et xv^ siècles {Récits 
d'Hist. Sainte ; Un Baron béarnais), est aujourd'hui choau. 
Adieu se dit adichatz ; ancien provençal a Deu siaz ; prov. 
actuel adessias, adissias. 



C'est ainsi qu'en français « sirurgie, capussion », sont devenus 
par l'effet de la prononciation « chirurgie, capuchon». Des mots 
latins cicer, cichoreum, on a fait « chiche (pois), chicorée ». 

ch au lieu de s est de règle dans l'auvergnat et en normand. Le 
patois de la Handre a « chucher, chuçre » au lieu de « sucer, 
sucre », > 



— 90 — 

457. — La sifflante, en béarnais, se fait toujours entendre 
à la fin des mots : — Pedas, morceau d*étoffe pour rapiécer, 
paysaas, paysans, très, trois, dibees, vendredi, brès, berceau, 
pèeSy pieds, esquis, déchirure, pmjriis, parrains, tros, mor- 
ceau, coos, cœurs, htis (li asp.), fuseau, dilhtms, lundi, fans, 
faux (adj.), peus, cheveux, lotis bkis, les vivants, lions, fous, 
bourroulfis, verrous, plaps, taches. Pour l'adv. menhs, moins, 
voy. n° 112. 

158. — s est moins sifflante dans les terminaisons non 
accentuées {e doucement fermé, ou e se prononçant comme 
un doux ; i peu sensible) : — Praubes, pauvres, bienes, tu 
viens, cadenes, chaînes, ligabes, tu liais, auyamis, animaux, 
ciris, cierges. 

159. — s initiale des mots latins, suivie des consonnes 
c, p ou t, s'est changée en es : — Escale de scala, échelle, 
escoubet de scopœ par scopella ?, petit balai, espes de spissus^ 
épais, espic de spica, lavande (épi de), estrangla de stran- 
gulare, étrangler, estoupe de stupa, étoupe. 

Quelquefois, Ve dans l'ancienne écriture ne précédait pas 
la sifflante : — Scribaa, scriiit, stabliment, écrivain, écrit, 
établissement, speciaumentz , spécialement, spozalici, présent 
de noces. S'il y avait, en pareil cas, deux manières d'écrire, 
il n'y avait qu'une seule prononciation, celle qui a persisté : 
— Escribaa, escriut, establiment, especiaumentz, espozalici : 

Ed salh com un espous II sort comme un époux 

De sa crampa espousau. De sa chambre nuptiale. 

Ps. XIX. 



En espagnol aussi es a pris la place de se, sp, st : — « Escala, 
espada, estudio, etc », échelle, épée, étude, etc. 

Autrefois on avait en français « estable, escorpion, especial, 
escandale, escovette ». — « Ghevaucheur d'escovettes », dans Villon, 



— 91 — 

signifie sorcier. On croyait que les sorciers se rendaient au sabbat 
sur un manche à balai. — « Escovettes », balai, est le même mot 
que escoubet en béarnais. 

De l'ancienne écriture des mots français « espine, estudier, 
escole», sont restés « épine, étudier, école ». 

Uécriture et la prononciation d'autrefois se sont conservées dans 
« escalader, espace, espérer, estomac » , en lat. [scala), spatium, 
sperare, stomachus, et l'on emploie « esclandre, espèce , esprit, 
etc. », bien que l'on écrive conformément à l'étymologie « scanda- 
leux, spécial, spirituel, etc. » 

Dans le Haut-Maine (Vocaè. de G. R, de M.), « statue, spectacle», 
se prononcent encore « estatue, espectacle, etc », comme on pro- 
nonce ces mots et leurs analogues dans nos idiomes méridionaux. 
L'ignorance, seule, a pu dire que cette prononciation était particu- 
lière aux Béarnais. — C'est ici , comme ailleurs, une prononciation 
toute latine : on a trouvé les mots spatium, statua^ etc., écrits par 
les Latins mêmes ispatium, estatua, etc. Voy. A. Brachet, Bict. Etym. 



160. — C est sifflant devant les voyelles e, i : — Lance, 
lance, aucide, tuer, ccre, cire, cibade, avoine. 

161. — ç devant les voyelles a, o, u, n'était pas employé 
en béarnais. — Dans nos textes, à part trois ou quatre 
exceptions, les seules que nous ayons rencontrées (i), tous 
les mots qui s'écrivent aujourd'hui avec p,tels que aço, ceci, 
po, ce, coumeiiça, commencer, Y^raw-pow, Jurançon, etc, etc, 
sont invariablement écrits : — Asso^ so, comensa, Juransoo, etc. 

On doit donc remplacer par ss, après une voyelle («sso), 
et par s, après une consoime ou au commencement des 
mots {coumensa, so), le ç dont on se sert actuellement devant 
les voyelles a, o, u (2). 

(1) Dans un document de 1253, Arch. des Bass.-Pyr., E 288.* ayço ; — 
en 1270, Aramiçs, Içor ; aujourd'hui « Aramilz, Issor», vallée de Barétons, 
arr. d'Oloron ; Dict. top. des Bass.-Pyr. 

(2). C'est ce que M. l'abbé Lamaysouette a fait pins d'une fois dans sa 
traduction de \ Imitatioji de J.-C. : — Foursa, abansa, forcer, avancer, 
p. 189 ; pourquoi donc a-t-il écrit dans ce même livre ; — Dougou, dou- 
ceur, p. 186, fayçouj façon, p. 202 ? 



— 92 — 

La cédille ne paraissait non plus ni dans le provençal ni dans le 
vieux français. — Doussor, douceur, cantar proensal, chanter pro- 
vençal ; Rayn., Poés. des Troub. — Au xiil* s., on écrivait 
« Fransois » (Français), et plus tard « forsage n, violence, « forsaire », 
au lieu de forçage, forçat. — Au xvi" s., Rabelais et Montaigne 
font usage de la cédille ; mais on voit qu'ils ne sont pas encore bien 
familiarisés avec ce signe d'un emploi alors récent. Rabelais écrit 
« soubson » ; Montaigne « garson » ; pour éviter la cédille, l'un met 
« commencea, receoivent » ; et l'autre « advanceoit, menacea». 



162. — Z se met pour s, n** 155, dans un assez grand 
nombre de mots béarnais : — Auzèt et ausèt^ oiseau, bezii 
et hesii, voisin, cazau et casmi, jardin, etc. — « Orthez » 
s'écrivait anciennement « Ortes » . 

163. — Dans plusieurs localités du Béarn, notamment 
dans le Vic-Bilh (arv. de Pau, cant. de Lembeye et partie 
des cant. de Morlaas et de Garlin), z est substituée au d 
étymologique : — Beze de videre, voir, beuze de vidiia, veuve, 
creze de credere, croire, lauzete de alaiida, alouette. Le nom 
d'une commune du canton de Lembeye, « Gerderest y> était 
anciennement « Gerzerest ». 



Le grec avait rhodon et le latin 7'osa. Dans le latin, certains ver- 
bes, selon qu'ils étaient employés à tel temps, à tel mode, prenaient 
d ou s qui, dans ce cas, se prononçait comme z : — Ridere, risi, 
videre, visum. 

En provençal on dit «MS'iV pour (2MC?îV, lauzar }^. laudar, rizent 
p. rident^ henezit p. benedit. 



164. — ^, à la suite de t, est plus souvent que 8 la carac- 
téristique du pluriel dans les verbes à la deuxième personne : 
— Arch. des Bass.-Pyr. E. 288 : « nos îazadz dar », 1253, 
que vous nous fassiez donner ; Récits d'Hist. Sainte : « que 



— 93 — 

homis etz vos », xiv^ s., quels hommes êtes-vous? ; Rôles 
de Varm. de Gast.-Ph. : « la temporalitat quethiei^ do nos », 
1376, le pouvoir temporel que vous tenez de nous ; Honneurs 
d'Archambaud: « nos miatz », 1414, nous menez- vous? ; 
Psaumes : « Vietz et contemplatz las mervelhas », 1583, 
venez et contemplez les merveilles ; Arch. des Bass.-Pyr., 
B 3643 : « ïevâtz bien », 1620, vous ferez bien ; Notre Dame 
de Buglose : « Atende^.3 quelou sou debare », 1866, attendez 
que le soleil descende. 

Cette désinence verbale, où z^ s, en sonnant doucement, 
affaiblissent plus ou moins le tj se fait entendre dans le plus 
grand nombre des communes appartenant aux cantons 
(arr. de Pau) de Montaner, de Lembeye, de Garlin, de 
Morlaas et dans une partie du cant. de Nay vers la monta- 
gne. Même prononciation àOrthez, Arthezet Salies. Presque 
partout ailleurs, on n'entend que le t fort. Mais dans l'arr. 
d'Oloron, particulièrement dans les vallées d'Ossau, d'Aspe 
et de Barétons, passim^ la désinence verbale, tz, ts, est pro- 
noncée tch : — pourtatch, portez, au lieu de pourtatz, ou 
simplement s : — Mes aci, venez ici, au lieu de Metz aci. 



De même, dans les Récits d'Hist. Sainte en béarnais^ xiv® s., où 
l'emploi de tz est fréquent, on trouve « fos^ fes, etc. », vous fûtes, 
V0U3 fîtes, pour « fotz, fetz^ etc. » M. Paul Meyer, dans ses remar- 
ques sur le texte de Guillaume de la Barre, a constaté que le ts 
s'y affaiblit aussi en 5 très fréquemment ; Revue de Gascogne, ix, 43. 
Ce fait se produit ailleurs fort souvent ; version en prose de la 
Chanson de la Croisade d'Albigeois : « Si me laissa?^ ; no me 
volga5 laissar », si vous me laissez ; ne me veuillez laisser; 
P. Meyer, Recueil, etc, p. 115 ; et dans les « Récits d'Histoire 
sainte » en provençal : « Si tornar vos en vole^, tornaf^ vos en », si 
vous voulez vous en retourner, retournez vous-en. 

Aujourd'hui le gascon écrit tz, ts : « digafsr-me, pouyre/5 », dites- 
moi, vous pourriez ; le languedocien et le provençal n'ont que s : 
« vesè^, cala^-vous », voyez, taisez-vous, « fasè^, escusa^ », faites, 



— 94 — 

excusez ; le limousin n'emploie ni tz, ni s : <n pensâ-v'entau > , pen- 
sez-vous ainsi ? — M, Luchaire a remarqué pareille suppression 
« par la rapidité de la prononciation » dans le béarnais de Sauve- 
terre, ch.-l. de cant. de l'arr. d'Orthez : « datz-me » se dit là 
«da-me ^, donnez-moi. Voy. Etud. sur les idiomes pyrénéens^ p. 257. 
— Pour plus d'exactitude, il faut dire seulement que le t est là très- 
peu sensible. 



465. — La consonne X, telle qu'elle est articulée dans le 
mot français fixe, se fait entendre dans le nom de lieu béar- 
nais Artix, arr. d'Orthez, et dans Mixe Tpays de^, cant. de 
Saint-Palais, arr. de Mauléon qui confine avec le Béarn. 

Ta trouba mandiantz despuixsrra dinque 1'^, 
N'ey pas besounh d'anafoulha lou bosc de Mixe. 

Navarrot. 

Pourtrouver des mendiants depuis a jusqu'à iT (de toute sorte), 
Pas n'est besoin d'aller fouiller le bois de Mixe. 

Même articulation dans les mots : — Examina, examiner, 
exemple, exemple, exercici^ exercice, exi, sortir, exigenci, exi- 
gence, taxa, taxer. 

466. — Les noms de localités de l'arr. d'Orthez : Berenx, 
cant. de Sahes, Osseux, cant. de Sauveterre, Navarrenx, 
ch.-l. de cant., et, tout à côté, Bererenx, ont été écrits: 
Verencxs, en 4548, Ossents, xiii* s., Ossencx, 4400, Navarrencx, 
4290, Nabarrencxs, 4477, Bererencx, 4385, Bererens, 4642, ce 
qui est indicatif de deux prononciations. On les entend en- 
core aujourd'hui : Berenx, Navarrenx, etc, (x comme dans 
le fr. « fixe »), et Berens, Navarrens, etc. {s sifflante). 



167. — On dit aussi (influence de l'écriture et de la pro- 
nonciation fr. de ex : — A maa dextre, à main droite, expert, 
expert, expîeytj exploit, expausa, exposer, explica^ expliquer; 



— 95 — 

mais on entend plus souvent et l'on écrit comme on pro- 
nonce : destrau, cognée (i), espert, espleyt, espaiisa, esplica; 
et, pareillement : — escouminye^ excommunication, esciisa, 
excuser, espiidi, détester, estene^ étendre, estrege-s^ se re- 
tirer, etc., etc. 



Spleytj p. espleytj au sens d'exploitation, jouissance d'un bien, 
est dans les Fors de Bêarn. p. 199 ; le traducteur des Psaumes a 
donné à ce mot la signification de « accomplissement, réalisation », 
et l'a écrit expleit. 



168. — On remarjme dans les mots ci-dessus que es 
béarnais n'est autre que ex latin ; voici es préfixe de mots 
qui sont de composition toute locale : — Escapita, décapiter, 
estaralaca^ ôter les toiles d'araignée, esglana, faire tomber 
les glands, faire la glandée, eshalliay enlever la crête, ^s/rwf a, 
avoir la jouissance d'un bien, en retirer les fruits. 

169. — X, ix, chuintaient à la fin et dans le corps d'un 
très-grand nombre de mots ; — Medix, même, baxa, baisser, 
caxau, molaire, connexe, connaître, Foiiix (anciennement 
Foix), comté de Foix, Monaix, nom de famille, puix, puis 
(adv.) ; dites : — Medich, bâcha, Fouch, Monach, puch, etc. 
Vi de ix après a, e, ou w, ne se fait pas entendre ; x et ix 
s'employaient indifféremment : coexe, coeixe, cuisse. 

Ainsi, tout en écrivant : — Baxère, vaisselle, bouix, buis, 
broiixe, sorcière, courbaix, corbeau, crexe, croître, hèix, 
faix, fagot, lexiii, eau de lessive, maxère, mâchoire, joue, 
peix, poisson, pèxe, paître, plèix, haie, féa?oîf, frêne, sourdeix, 
pire, pis, taxou, taisson, téxe, tisser, trouix, trognon de 
chou ; on prononçait : — Bachère, boiich, courbach, etc. 

(1). Il a été dit, p. 39, que destrau est la hache du charpentier ; c'est 
aussi la coguée du bûcheron. 



— 96 — 

On le voit bien pour les noms des communes (arr. de Pau) 
Baleix, Baudreix^ Loubix, Mirepeix^ (arr. d'Oloron) Ledeuix, 
Soeix, et, sur les confins du Béarn (H.-Pyr.), Azereix ; tous 
ici disent 5a/èc/i, Baudrèch, Loubich^ Mirepech, Lediich, Soech, 
Azerèch. 

Dans la plupart des vocables qui précèdent, x, ix se 
prononçant c/i, proviennent de a?, se des primitifs latins : — 
Maxère de maxilla, mâchoire, baxère de vascelliim, vaisselle, 
coexe de coxa, caisse, pèxe de pascere, paître, plèix, haie, de 
plexus, entrelacement. — Nèsci, niais, insensé, a conservé 
se étymologiques (lat. nescius). 



Brouxe, sorcière ; hroig, sorcier, est dans un texte béarnais de 
1594, Arch. des Bass.-Pyr., E iSOi ; on écrit aujourd'hui hroux 
ou brouix, pron. hrouch. Le mot hroig rappelle ce qui a été mar- 
qué plus haut, no 63 : — ig chuintaient ; on trouve fréquemment 
dans nos meilleurs textes un même mot écrit de trois manières diffé- 
rentes ; par exemple : baig^ baixs, baxs, bas, en bas ; il n'y avait 
certainement qu'une prononciation ; — celle que nous entendons 
encore : bach. 

Les sorcières, brouxes, (Du Gange, broxœ), sont appelées brujas 
en Espagne, bruesches dans le comté de Foix. — Bien loin de nos 
pays, un mot de radical presque identique a la même signification : 
« La Bulgarie est pleine de légendes de Brodnica (sorcières) »; 
Mélusine, p. 11 ; Paris, Viaut, 1877. 

Maxère, mâchoire, joue ; dans le vieux français « maixelle » : 

... fille à roi, sa main à sa maixelle, 
En sospirant, son doux ami rappelle. 
Audefroy de Bastard. 



Plèix, haie ; le Vocabulaire du Haut-Maine donne aussi 
« plesse », au sens de « clôture en épines, rameaux entrelacés 
pour une clôture », — C'est « plessis », au sens de fortifica- 
tion, dans « Plessis-lès-Tours » ; Indre-et-Loire. 



— 97 — 

Sourdeixy pire, pis ; en basque « sordex », en vieux français 
« sordeis >: avec la même signification ; voy. Poésies cVOihenart^ et, 
dans la Chron. des ducs de Normandie : 

Garde et eschive, ains les veis, 
Qu'uncore ne te facent sordeis. 

« Les Basques, dit M. Francisque Michel ( édit. des Poés. 
d'Oihenart ), n'ont pas pris « sordex » au français ; ils l'ont em- 
prunté à leurs voisins qui l'avaient dans leur langue ; sordei^ sor- 
deier, sordegier, etc ; voy. Lexique roman, V, 26? ». 



170. — Le chuintement que produisent x, ix est aussi 
figuré en béarnais par ch ; n» 156 ; Fors de Béarn : « qui 
casso escorchara », celui qui écorcera chêne; Rôl. de 
Varm. de Gast.-Ph., 1376 : « los chics e los gros », les petits 
et lesgros ; ^o?m. d'Archanibaiid, 1414; «chantres nota- 
bles », chantres distingués ; « crampes e porches », cham- 
bres et porches ; « gros pichers de terre », grosses cruches 
de terre ; Un Baron béarnais, 1500 : « ana a chibal », alla à 
cheval ; Psaumes, 1583 : a chivau fort et leugèe », cheval 
fort et léger ; Arch. comm. de Paw,1584: « las chimineyes », 
les cheminées; Imit. de J.-C, 1872: « chic de fruut », peu 
de fruit. — Cliin, chine, signifient petit, petite ; loti chin, la 
chine, le petit garçon, la petite fille; la forme diminutive 
Chinete est devenue un prénom de femme usité particulière- 
ment à la campagne. 

a Quin », patois de la Flandre, est le même mot que notre chin ; 
M. L. Vermesse a dit que c'était un mot sans signification, adressé 
aux petits enfants, aux jeunes filles ; viens, min quin ; on ne paraît 
plus savoir qu'il signifie petit, puisque souvent on le fait précéder de 
ce qualificatif; viens, mon petit quin ! min hiau p'tit quin \ » 
Voy. Dict. du patois de la Flandre. — Espagnol : « chico », petit. 

171. — Les mots suivants ont la double consonne ch : — 

7 



BovchorJey ampoule aux mains, aux pieds, chapèu^ chapeau, 
charoc^ trace d'eau qu'on a répandue sur le plancher, sur le 
sol, et qui fait comme une tache, charrisclaute, chauve-souris, 
chay, lieu où l'on tient le vin (barriques, tonneaux), empla- 
cement couvert au ras du sol, tenant lieu de cave ; chirat ou 
chirety action de prendre à quelqu'un les cheveux par pin- 
cées, en secouant vivement ; chisclet cri aigu avec sifflement, 
choup, mouillé, trempé, au fig., ivre, chourrot, filet d'eau 
qui sourd, mucha, montrer, trechagues afflictions, traverses. 
De chourrotj filet d'eau, on a fait le verbe chourrouta, 
ruisseler, couler en murmurant ; ces mots ne sont pas sans 
analogie avec le susiirrus latin. — La chourroute est la pluie 
qui bruit en tombant. 



Il y a dans le pays basque et dans le Béarn des noms de ruis- 
seaux provenant évidemment de la même racine que chourrot : — 
Chorrota, Chirrita, ChùHspita, dans l'arr. de Mauléon ; Chourdine, 
dans l'arr. d'Oloron. 



172. — Jésus-Christ, dans les Récits d'Hist. Sainte, est écrit 
avec X: Jesu-Xrist. — Les Gagots sont désignés dans les 
Fors sous le nom de Xristiaas; mais ce mot, n" 99, est le 
plus souvent Chrestiaas, ou, comme on le prononçait, Cres- 
tiaas. 

173. — Le groupe ch, dans les bons textes béarnais, était 
bien moins employé que x, ix. Il ne se trouve, comme fi- 
nale, que très rarement. 

174. — A la fin des mots, s, après a?, ix, n'en modifie nulle- 
ment l'articulation; on écrit indifféremment les adverbes 
medix et medixs, même, despiix, despuix et despuixs, depuis. 

175. — X, xs, à la fin des mots, après c, sonnent comme 



— 99 — 

s; —tous locxs, les lieux, Ions plecxs, les plis, etc, etc, 
pron. locs, plecs. — Voir la formation du pluriel dans les 
substantifs. 



Ce n'est pas en béarnais seulement que a? a le son chuintant. 

«Anxo, Barneix», noms de familles chez les Basques, se pronon- 
noncent « Ancho, Barnèch ». — Même articulation de x en catalan 
et en portugais. 

et Ganonihes (chanoines) d'Auxsy), xm^ s., — « le chapitre d'Aux », 
4545 ; on écrivait ainsi Auxs, Aux, et l'on disait, comme aujourd'hui, 
la ville d'Aiich. 

Du mot espagnol « Ximena », on a fait en France « Ghimène », et 
le verbe « lâcher » s'écrivait autrefois « laxer ». 

... por I mulet d'Espaigne ...pour un mulet d'Espagne 

Laxoit Bordelois. Lâchait le Bordelais. 

Chans., xnie s. 

Du lat. laxare, le vieux français avait formé laxer qui sonnait 
lâcher^ comme le béarnais a tiré maxère, pron. machère, de 
maxilla^ mâchoire. 



LARYNGIENNE. 



H 



Voltaire Récrivait en 1767 : « Je n'aime pas les h aspirées, 
cela fait mal à la poitrine, je suis pour l'euphonie ; on disait 
autrefois .je hésite, et à présent on dit j'hésite ; on est fou 
d'Henri IV, et non plus de Henri IV ». M. Littré, dans son 
Dictionnaire, au dessous de la lettre h, ajoute : « Cette boutade 
de Voltaire n'est qu'un caprice individuel ; l'aspiration est 
un son qui ne mérite aucune condamnation et qui se trouve 
dans les langues les plus harmonieuses » . On ne saurait 
mieux dire pour ce qui concerne le béarnais ; l'aspiration 



— iOO — 

est très-fréquente dans notre idiome, et l'on s'accorde à re- 
connaître qu'il est un de ceux qui plaisent le plus à l'oreille. 

176. — F est aspirée dans ha^ faire, habe, fève, hangiie, 
fange, harie, farine, hardèu, un grand nombre, hart, rempli, 
gorgé, hasti, dégoût, hat, fatalité, hau, hêtre, hnure^ for- 
geron, liée, foin, hene^ fendre, hère, beaucoup, heure, février, 
hlaa, pré, hica, ficher, mettre, hide, confiance, higue^ figue, 
hilh, fils, hiii, hieu, fil, hoey e,îmr, hort^ fort, /iosse, fosse, 
la houney la fronde, houne^ fondre, se répandre, hourada, 
trouer, hourque, fourche, housse ^ houe, hoyau, hus, fuseau, 
hîist, huste, pièce de bois, menu bois ; etc, etc. 



Hardèu, grand nombre, grande quantité ; « U hardèu de 
mounde », une troupe de gens; « u hardèu de causes », une 
grande quantité de choses. — « Farde d'feuilles d'toubac », liasse 
de feuilles de tabac ; L. Vermesse, Dict. du patois de la Flandre. 
— « Harde », troupe ; Nicot et Gotgrave. 

De même racine inconnue sont le vieux fr. « farde », aujourd'hui 
« fardeau » ; provençal et catalan « fardel, fardell », esp. « fardo », 
ital. « fardello ». — Fard, en arabe, signifie vêtement, drap ; le 
portugais a « farda », habit ; ce qui a amené Diez à admettre que 
« du sens de vêtement on ait passé à celui de bagage, et de celui de 
bagage à celui de « fardeau ». M. Littré dit avec raison que, sur ce 
point d'étymOlogie, « toute incertitude n'est pas écartée ». 

Hère, beaucoup ; l'adverbe latin fere avait quelquefois une signi- 
fication analogue dans ïérence ; Animiis fere conturhatus, esprit 
très-troublé ; et dans Ovide : Sentit amans sua damna fere, un 
amant sent bien ses maux. 

Hust, huste, bois coupé, taillé, menu bois ; en vieux 'fr. : a Un 
ceval de fust », Enf de Godefroi/ ; — « closes de treillis de 
fust », Joinville ; « le fust d'une iaueline de la grandeur de cinq 
piedz », Rabelais. 



Vil. — Les mots ci-dessus, n** 176, proviennent de pri- 



— 101 — 

mitifs latins dont la première lettre est f: — Ha de facere, 
faire, hau de fagus, hêtre, hotme de funda, fronde, hilh de 
filiiiSj fils, etc, etc. Anciennement, ces vocables béarnais et 
beaucoup d'autres d'origine analogue, étaient écrits avec 
la lettre étymologique. — D'où est venue Vh qu'ils ont 
aujourd'hui ? 

On sait qu'en espagnol Vf latine a été aussi remplacée 
par h. Primitivement, nos voisins écrivaient facer de facere, 
faire, fierro de ferrum, fer, forno de furnus, four ; ils en ont 
f a\i hacer, hierro, horno. De là, on a prétendu que, dans 
notre idiome, le remplacement de f par /i était le fait de 
l'influence de l'espagnol. 

On lit dans la Revue de V Instruction publique, Paris, 
Hachette, oct. 1862 : « Le pur béarnais est un des rameaux 
extrêmes de la langue d'oc. L'influence de la langue espa- 
gnole s'y fait sentir à chaque mot ; par exemple, pour 
citer deux faits entre mille, parla transformation des /"initia- 
les en h : — hami pour faim, hèx pour faix, hilh pour 
/?/s, et par celle du v en h : — hy pour vin, hente pour 
ventre > ; — F. Baudry. 

Fort longtemps auparavant, 1594, on avait dit : « Higuiero 
d'infierno ne signifie autre chose, en langue castillane, qu'un 
figuier d'enfer : car les Espagnols comme les Gascons tour- 
nent les fen hy hacer, harina, hijo, hogo, higo, faire, farine, 
fils, feu, figue » ; — Sat. Ménippée, Discours de l'impr. etc. 

On peut croire, d'après ce qui est écrit dans la Sat. Mé~ 
nippée, que l'espagnol a subi et non pas exercé l'influence 
dont il est ici question. 

Rien de tout cela ne nous semble exact. — Dans le prin- 
cipe, Vf latine a passé dans l'orthographe de l'espagnol 
comme dans celle du gascon et du béarnais. A cette lettre, 
qui leur était venue d'une origine commune, a été substituée 
ensuite Vh dans l'écriture des trois idiomes. Quel que soit 
celui d'entre eux qui, le premier, ait adopté Vh à la place de 
Vf dd.ïisV écriture y l'/raétéy ^goxir Id. prononciation, si différem- 



— 102 — 

ment traitée dans les idiomes parlés des deux côtés des Pyré- 
nées, qu'il n'est possible d'affirmer avec raison ni que chez 
nous Vh est de provenance espagnole ni qu'en Espagne elle 
est gasconne ou béarnaise : — Vh substituée à Tf latine est 
fortement aspirée dans le béarnais et le gascon ; elle est 
absolument muette dans l'espagnol. Ce fait est pour nous la 
preuve la plus concluante que Vh pour f n'est point venue 
de l'Espagne en Béarn et qu'elle n'est pas allée de la Gasco- 
gne en Espagne.' — Autre raison non moins probante : 
nous avons ici des mots de provenance latine, dans lesquels 
Vh a été substituée à 1'/", et ces mêmes vocables ont encore 
en espagnol Vf des primitifs ; de « figere , focus, fortis, 
infernum » nous avons fait d'abord fica, foec, fort^ infer^ 
(ficher, feu, fort, enfer), puis /?/c«, hoec^ hort, ihèr, et les 
Espagnols ont toujours eu figar, fuego, fuerte^ infierno. 

Dans la première édit. de la Grammaire béarnaise^ il était 
dit, d'après M. Francisque Michel {Hist. des races maudites), 
qu'en Espagne, à partir du xiiT siècle, on avait écrit avec h 
un grand nombre de mots qui s'écrivaient jusqu'alors avec 
1'/ étymologique. Nous savons aujourd'hui que, de notre côté 
des Pyrénées, Vf et Vh figuraient dans l'écriture dès le xii« 
siècle : — Hatze, Fathse (cart. de Bayonne) ; voy. Dict. 
topogr. des Bass.-Pyr., au mot « Haïtzea. » 

En 1385 paraissent dans un document béarnais les mêmes 
mots écrits soit avec Vf soit avec Vh : — Fargoe, Hargoe, 
Fontaas, Hontaas (rad. des noms latins « fabrica, fontana » ); 
voy. Défiombr. des maisons de la Vie. de Béarn. Le nom d'un 
fief, commune de Castagnède, cant. de Sahes, arr. d'Orthez, 
est écrit en 1538 Forn et Horn sur la même ligne ; Dict. 
topogr. des Bass.-Pyr.^ au mot « Hour ». 

S'il y avait en pareil cas deux manières d'écrire, y avait- 
il deux manières de prononcer ? — Evidemment non ; que 
l'on écrivît fou. h, on prononçait h aspirée. 

Ce qui le prouve, c'est la prononciation qui a persisté. 
Pour ne citer que trois noms de communes ayant mêmes ra- 



— 403 - 

dicaux que les mots latins « ficus, ferrum, fagus», ils sont, 
à différentes époques, toujours écrits avec Vf initiale, et ils 
nous sont restés tels qu'une prononciation constante nous 
les a transmis : — Higuères^ arr. de Pau, Herrère, arr. d'Olo- 
ron, Haget-Aubin, arr. d'Orthez. 

478. — Parce que nous venons de dire et par ce qui a été 
indiqué plus haut, n** 96, on voit que Vf latine répugnait (4) 
au béarnais : 

4° /"écrite n'était pas prononcée : — De froment, fray sont 
restés roiiment^ ray ; de cazau franc, domaine franc,, le nom 
de famille « Gazaurang ». 

2' es préfixe remplaçait f : — Eslamey flamme, eslouromic, 
furoncle ; à Aramitz, vall. de Barétons : roungou ; 

3» /"écrite se prononçait h aspirée : — Femne, fllh, femme, 
fils, harie, hèr, farine, fer, qui sont des mots en tout temps 
constamment répétés à cause des personnes qu'ils nomment 
et des choses si usuelles qu'ils désignent, ont dû se dire 
toujours de la même manière avec la prononciation qui est 
aujourd'hui indiquée par l'orthographe : — Hemne, hilk, 
harie, hèr. 

479. — La persistance de l'orthographe par f avec la pro- 
nonciation propre à cette lettre pour un certain nombre de 
mots, no" 92-95, est due à l'influence de phonétiques diffé- 
rentes, résultant de causes diverses ( mélange d'idiomes, 
action administrative ) ; (( cette persistance, dit très-juste- 
ment M. Luchaire (2), s'explique par l'influence du latin et 
de la langue littéraire provençale sur la manière d'écrire des 
notaires et des scribes, laquelle ne représente pas toujours 
la prononciation réelle et populaire, c'est-à-dire primitive ». 



(1) Le béarnais ayant rejeté la labiale aspirée u, n» 84, ne pouvait 
prendre f qui est une labiale plus aspirée. 

(2) Etudes sur les idiomes pyrénéens, p. 208. 



— 104 — 

La substitution de Vh à 1'/" avait eu lieu en latin, dans « fostis et 
hostis^ forreumei horreimi^ fanidum ai hanulum, filiArn et hilum, 
fariolus et hariolus » ; — Ampère et Chanselle. 

L'ancien français avait harouce pour farouche ; et fors^ usité en- 
core au xvn« s., est devenu hors. 



180. — h initiale aspirée des mots latins est muette en 
béarnais : — Hahe {e fermé) de habere, avoir, halet de hali- 
tus^ haleine, heretatye de hereditatem , héritage, hieldeherit 
hier, hièyre de hedera, herre, hoerdi de hordeum, orge, hoey 
de hodie, aujourd'hui, liore de h or a, heure, hort de hortus, 
jardin, host de hostis, armée, houstau de hospitale, maison, 
humaa de hiiînanns^ humain. 

181. Souvent, quelques-uns de ces mots sont écrits sans 
h : — Oerdi, orge, ort, jardin, ost, armée; oustau, maison -- 
ge, ye, hier, gèyre, yèyre, herre. — « Jhesu-Xrist ère ab sons 
disiples en un ort », J.-C. était avec ses disciples dans 
un jardin ; — Récits d'Hist. Sainte. — On trouve dans ce 
même texte paas d'orgii, pains d'orge, et uey, aujourd'hui. 



h muette était employée comme lettre parasite : hon, où, hobe- 
dient, obéissant, hère, elle, hère, était, baronihe, baronnie, toho, 
tour, hohrir, ouvrir. En provençal aussi : hiœlhs, yeux. 



IV 



RECUEIL DE TEXTES 



BEARNAIS ANCIEN. 



Les Fors de Béarn datent du xiiie et du xive siècles ; mais le for 
d'Oloron et celui de Morlaas contiennent quelques articles qui, par 
la forme qu'on leur a laissée, semblent être la reproduction textuelle 
de ce que ces articles étaient à la date de leur origine, xi^ siècle. 

MM. Mazure et Hatoulet en ont, les premiers, fait la remarque en 
ces termes : « Quant à l'importance du for d'Oloron, relativement à 
l'ancien langage roman dont ils présentent un des principaux dia- 
lectes, rappelons que M. Raynouard, dans son ouvrage sur les 
Troubadours, a cité un article du for comme l'un des plus anciens 
textes romans qu'il ait pu rencontrer ». Les traducteurs de nos 
Fors ajoutent, p. 211 : Dans la « reproduction du for d'Oloron faite 
sous le vicomte Roger Rernard, contemporain de Philippe-le-Rel, 
on rapporte d'une manière indirecte les principaux dispositifs de 
l'ancienne concession de GentuUe iv, (1080); à l'art. 16, l'ancien texte 
pur reparaît; Gentulle parle lui-même, à la façon directe, io Sentolh, 
texte précieux comme l'art. 42 du for de Morlaas, jo Gaston^ (1101). 

« De cette explication assez nouvelle que nous venons de donner, 
il sort, entre autres résultats, que la deuxième partie du for d'Olo- 
ron (art. 16-25) paraîtrait être le texte roman du xi* siècle ». 



1. — ffop d'Oloron. 

Art. 46. — Io Sentolh, per la gracia de Diu, vesconte de 
Bearn et conte de Begorra, vulh que aquesta ciutat qui era 



— 406 — 

despoblade, per conselh et adjutori de mons baroos de 
Bearn. a ma lionor et proffieyt de totz moos successors, fosse 
poblade. A laquoau poblation bienco homis de diverses 
partides, et aperatz lorensemps, plago a mi que jo partis, 
tôt pleneramentz ab lor, las leys et los dretz et las 
franquessas. 

Art. 17. — Gonegude causa sie a totz, totz temps, a cort 
et ixetz tote contente, so que jo dey far a lor et egs a mi en 
las causes prumeras, don es assaber que totz los poblantz 
dequeste ciutat en ma maa o de mon beguer debin far dret ; 
et, si augun ab augun, ab maa irade, en las carreras, dentz 
los murs o en lo pont, treyra armes o arma, me doni lxvi 
ss, et, si feriva ad augun, doni dann au plagat ; et, si augun 
baten ad autre, en la maa deu Senhor sera ; atal qui bencut 
sera doo de dann vi ss. 



Art. 16. — Moi Gentulle, par la grâce de Dieu, vicomte de Béarn 
et comte de Bigorre, ai voulu avec le conseil et l'appui de mes 
barons de Béarn, à mon honneur et au profit de tous mes succes- 
seurs, que cette ville, qui était dépeuplée, fût repeuplée. Pour ce 
repeublement, il vint des hommes de divers côtés ; et, eux appelés 
ensemble, il m'a plu que je leur répartisse, tout plénièrement avec 
eux, les droits, les lois et les franchises. 

Art. 47. — Soit chose connue à tous pour toujours, en cour et 
sans contestation, ce que je dois faire à leur égard et eux au mien ; 
en premier lieu, c'est à savoir que tous les habitants de cette ville 
doivent faire droit en ma main ou en celle de mon begué ; et, si 
quelqu'un, de main irritée, dans les rues, dans les murs ou sur le 
pont, tire armes ou arme contre quelque autre, qu'il me donne 
66 sous ; et, s'il blesse quelqu'un, qu'il paie le dommage au blessé, 
et, si quelqu'un en bat une autre, qu'il soit en main du Seigneur, 
et que tel qui sera condamné donne 6 sous de dommage. 



- 107 



"2. — Foi» de I^lorlaa.^. 



Art. 42, — Jo Gaston, vesconte de Bearn, autregi volonte- 
rozamentz et ab bona fe per mi et per tote ma génération, 
per totz temps entro la fii deu segle ; et si nulh autre Senhor 
après mi contredise totes aquestes costumes, que jurin sober 
Santz et quen debin esser credutz sentz far batalha ; et totes 
las autres heretatz qui son dedentz los vostres decxs, si lo 
Senhor y domande nulh res mes sons dretz, que debin esser 
quitatz ab testimonis que fasen dentz los dexs. 

Testimonis : Augee de Miramon, Guilhamot d'Andonhs, 
Guilhem Gassie de Mi ussentz, Bertrand d'Espoey, Bertranet 
son fray, Arnaut de Jasses, Guilhem son fray, Guilhem 
Bertran de Samsoos, Fortz de Pau. Aquegs son testimonis 
et trops d'autres qui recebon la carta de la maa deu Senhor. 

Et jo Talasee, vescontesse, ac fermî ; aqueste carta pausam 
nos totz très sober l'autar de Senta-Fee, prometon a Diu et 
a totz los homis de esta biela que, aixi cum escriut es, per 
nos et per nostre linhadge sie thiencut et observât aixi cum 
es escriut et promes. 



Moi, Gaston, vicomte de Béarn, octroie ceci volontairement et 
avec bonne foi, pour moi et pour toute ma génération, pour tous les 
temps et jusqu'à la fin des siècles; et, si nul autre Seigneur après 
moi contredisait toutes ces coutumes, que l'on jure surles Saints et 
que l'on en soit cru sans faire bataille ; et de tous les autres héri- 
tages qui sont dans vos limites, si le Seigneur y demande rien de 
plus que ses droits, ils doivent être quittes avec témoins qui se 
trouvent dans lesdites limites. 

Témoins : Auger de Miramont, Guilhemot d'Andoins, Guilhaume 
Gassies de Miossens, Bertrand d'Espoey, Bertranet son frère, 
Arnaud de Jasses, Guillaume Bertrand de Samsons, Fort de Pau. 

Et moi ïalèse, vicomtesse, je confirme ; nous posâmes cette 



— 108 — 

charte tous trois sur l'autel de Sainte-Foi (1), promettant à Dieu et à 
tous les hommes de cette communauté que, ainsi qu'est écrit, par 
nous et par notre lignage sera tenu et observé, ainsi qu'est écrit 
et promis. 



3. — Préambule des Fors de Béarn. 



XIII* siècle. 

Aqueltz son los Foos de Bearn, en los quoaus fe mention 
que antiquemens en Bearn no ave Senhor. Et en aqueg 
temps audim laudar ung cavaler en Begorre, et anam lo 
coelher, et fem lo senhor ung an ; e après no los volo 
thier en foos ni en costumes ; et la cort de Bearn se amassa 
lasbetz a Pau, et requeriren lo queus Ihiencos en foos et en 
costumes, eeg no a bolo far, et lasbetz aucigonlo en la cort. 

Item, après homloslauda ung prodom cavaler en Auberni, 
et anan lo coelher, e fen lo senhor dus ans ; et en après eg 
se demostra trop orgulhoos, que no los volo thier en foos 
ni en costumes ; et la cort lasbetz fetz lo aucider au cap 
deu pon deu Saranh a ung escuder, lo quoau lo feri tau 
coop de l'espiut que darrer li trego, e aqueg Senhor ave 
nomi Sentonge. 

Item, en après audim laudar un cavaler en Gatalonhe, lo 
quoau hâve agut de ssa molher dus enfantz en une bentrade ; 
et las gens de Bearn agon conselh enter lor que y treme- 
tossan dus prodomis de la terra, et que domandassen la ung 
de quegs filhs per senhor ; e quant fon la, anan los beder, 
et troban los adromitz, la ung maas barrades e l'autre maas 
ubertes, et biencon s'en ab lo qui ave las maas ubertes (2)- 

(1) Gaston, Talèse et leur fils Gentulle jiirèreîit tons trois sur l'aiitel do 
l'église Sainte-Foi, fondée à Morlaas en Ï079 par Centulle IV. 

(2) Le texte de ces trois extraits des Fors de Béarn a été soigneusement 
revu sur le ms., Arch. des Bass.-Pyr., c. 677 ; notre texte est plus exact 
que celui qui a été publié par MM. Mazurc et Hatoulct : le» traducteurs 



— 109 — 

Ceux-ci sont les Fors de Béarn, en lesquels il est fait mention 
qu'anciennement en Béarn il n'y avait pas de Seigneur. En ce 
temps-là, les Béarnais ouïrent vanter un chevalier de Bigorre, et ils 
allèrent le quérir et le firent Seigneur pendant un an. Mais après, 
il ne voulut pas les tenir en fors et en coutumes ; la cour de Béarn 
s'assembla alors à Pau, et on le requit de les tenir en fors et en 
coutumes ; lui ne le voulut faire, et alors ils l'occirent en la cour. 

Item, après on leur vanta un prud'homme chevalier en Auvergne ; 
ils allèrent le quérir et le firent Seigneur deux ans ; et après, il se 
montra trop orgueilleux et ne voulut les tenir en fors ni en cou- 
tumes ; la cour alors le fit occir au bout du pont du Saranh par un 
écuyer, qui le férit d'un tel coup de l'épieu qu'il lui sortit par le 
dos ; ce Seigneur avait nom Saintonge. 

Item, après cela, on ouït vanter un chevalier en Catalogne, lequel 
avait eu de sa femme deux enfants d'une seule couche ; les gens de 
Béarn eurent conseil entre eux, et ils dépêchèrent deux prud'hommes 
du pays, qui demandassent l'un de ces enfants pour Seigneur ; et 
quand ils furent là, ils allèrent les voir et les trouvèrent endormis, 
l'un les mains fermées, l'autre les mains ouvertes ; et ils s'en re- 
vinrent avec celui qui avait les mains ouvertes. 



La boucherie h Orthcz. 



2 novembre 1270. 

Goneguda causa sie a lots aquez qui aquestes letres 
bederan ne audiran legir e als présents e als abieders que 
nos En Gaston, per la gracia Dieu, vesconte de Bearn e 
senhor de Moncade e de Gasted Bieil, arreconoxem e autreiam 
que nos nos em abiencuz ab los juraz et ab los prohomes 
d'Ortess e id ab nos, que com a Orthess fosse carnicerie en 

des Fors avaient lu : « Fors, audin, anan, fen » ; le ms. porte (voy. ci-des- 
sus n» 3) : Fooi-, audim, anam, fem. Ils ne s'étaient pas rendu compte 
que Foos, en béarnais, était habituel : doublement de la voyelle par suite 
de la suppression de l'r, et que n et m permutaient anciennement. Nous 
bornons là nos remarques à ce sujet. 



— 140 — 

molts logs et fosse meilor en. ij. logs, e plus profeitablee ab 
mes de bens a la biele et a nos, tots bens cossiraz, nos, per 
ben et per honor de la biele, agud cosseill de prohomes, e 
de savis homes, e deu comunal cosseill d'Ortess, autreiam 
e establim e assignam que la carnicerie d'Ortess sie per 
tots temps mes en i log en Borg Bieil e en un autre log en 
Borg Nau, en une maison or los plaira denz les solars(?) ; 
empero en Borg Bieil deu esser per tots temps en la maison 
de Gassever ; e que null temps mes, tant com lo segle 
durara^ a Ortess dengs los degs de la biele no faze nuUs 
hom carn a bener saub en las diites carniceries de Borg Bieil 
e de Borg Nau. 

Empero, si n i ave algun bezin qui salasse porcs o troies, 
que podosse bener los gogs et las aureiles, els pees e las 

esquines, els oms, en aqueds logs or lo plaira — Asso fo 

feit a Pau l'endeman de Marteror ; anno Domini m» gg* lxx». 
— Arch. des Bass.-Pyr. ; E, 373 ; Orthez (1). 



Soit chose connue à tous ceux qui verront cette charte ou l'enten- 
dront lire, aux présents et à venir, que nous En Gaston, par la 
grâce de Dieu, vicomte de Béarn, seigneur de Moncade et de Château- 
Vieux, reconnaissons et octroyons, convenant avec les jurats et 
prud'hommes d'Orthez et eux avec nous, que, la boucherie étant en 
plusieurs endroits à Orthez, il serait mieux qu'elle ne fût qu'en 
deux, et plus profitable et plus avantageux pour la ville et pour 
nous ; tous ces avantages considérés, nous, pour le bien et l'hon- 
neur de la ville, après consultation de prud'hommes, d'hommes 
entendus et du conseil communal d'Orthez, octroyons, établissons 
et réglons qu'il y aura pour toujours désormais à Orthez une bou- 
cherie au Bourg-Vieux et une autre au Bourg-Neuf dans telle 
maison que l'on voudra ; mais, au Bourg-Vieux, ce sera dans la 

(1) Cet extrait est tiré d'un texte original et non d'une copie. La charte 
est assez longue ; elle sera publiée plus tard en entier ; ici, taisons remar- 
quer seulement 2 pour tz : « aquez, abiencuz » ; l'article « als » pour 
« aus ; » le maintien de n « bens » au lieu de « bées » ; « il », « ill » pour 
ttlh» : « Bieil, cosseill » ; la conjonction avec l'article « els ». 



— 111 — 

maison de Gassaber. Qae jamais plus, en aucun temps, personne, 
dans toute l'étendue d'Orthez, ne débite viande autre part que 
dans lesdites boucheries de Bourg- Vieux et de Bourg-Neuf. 

Cependant, s'il y avait quelque bourgeois qui salât porcs ou 
truies, (nous voulons) qu'il puisse vendre où il lui plaira le lard (au 
cou), les oreilles, les pieds, le dos, les lombes.... — Ceci fut fait à 
Pau, le lendemain de la Toussaint, l'an du Seigneur 1270. 



5. — EBgag;cineiit de ne pin» joner. 

16 octobre 1337 

Gonegude cause sie que Per Arnauton de Faurie, de 
Mondran, prometoetautreiaaN'Gassion, senher deClaverie, 
de Lobieng, o au portedor de queste carte, que eg, en tôt lo 
termi de sa bite, no jogera ne jogar no fara a nuljoc en que 
dier se pergue, ni prestera nul dier a joc, xi. per xii., ni en 
nulhe maneyre per gogar ; e se a fase ne lodiit senher de 
Glaverie, ni hom per luys, l'ac pode pravar, qu'en fos tengut 
de dar e de pagar ce. sols de Morlaas la ore que lodiit Per 
Arnauton aure jogat ne lodiit senher de Glaverie l'ac podos 
pravar ab un testimoni o ab. ii. qui lo joc agossen bist. 

E se pagar no-u pode los dits ce. sols la ore que lodiit 
senher de Glaverie l'ag aure pravat ab aqueg o ab aquegs 
qui bist ag auren, que lodiit Per Arnauton fos tiencut de 
sautar deupont depeyre d'Orthesen Gave.... — Asso fo feit 
digaus davant sent Luc, anno Domini u° ccc" xxxvip. — 
Mœurs béarnaises^ p. 3. 



Soit chose connue que Pierre Arnauton de Faurie, de Mondrans, 
contractant avec En Gassion, seigneur de Loubieng, ou avec le por- 
teur du présent contrat, a promis que, de toute sa vie, il ne jouera 
ni ne fera jouer à aucun jeu d'argent, qu'il ne prêtera point de 
deniers pour le jeu, onze pour douze, ni à aucune autre condition; 



— 142 — 

s'il manque à ses engagements et que le dit seigneur de Claverie, 
ou quelqu'un pour lui, puisse en fournir la preuve, Pierre Arnauton 
sera tenu de donner en paiement 200 sous de Morlaas, dès qu'il 
aura été prouvé par un ou deux témoins qu'ils ont vu le jeu. 

Si, la preuve faite sur le dire d'un ou de deux témoins ayant vu 
le jeu, Pierre Arnauton ne paie point 200 sous, il devra sauter du 
pont de pierre d'Orthez dans le Gave.... — Ceci fut fait le jeudi 
avant Saint Luc, l'an du Seigneur 1337. 



6. — RccitM d'Histoii*e i§alBite. 

xiv^ siècle. 

Quant David fo armât, tengo-s trop per enpachat, et ditz : 
« Ostatz tôt asso, que aixi no m poderi ni saberi combate, 
car no n so usât ». — Et desarman lo ; et eg prenco son 
doble [r] et meto y v peyres ardones et limpres... en un riu, 
et prenco son bastoo et une fone plaa malhade, et met [o] 
se son dobler a las costas, et salhi au camp. 

Et quant lo vi lo geguoant menhs presa lo, et ditz : (c Et 
cum caa so jo, que ab pau ni ab barra me bieys 

batalhar ? » — Respono David : « Tu bieys a mi ab armes, 

et jo a tu en lo nom deu~me Senhor Diu ; et dare aus ausetz 
a mynyar de las toes carns uey ». 

Et, suus so, Golias dressa [-s] per vier (1) contra David. — 
Et eg tremeto une peyre ab la fone, et dona lo atau coop sus 
lo front, que l'i trenca ; et antz que lo geguoant se arcordas, 
tira-u aute per lo medixs loc ; entra-u en lo cap, tant que lo 
geguoant se bolo estreger ; pero geta David la tersa peyra et 
meto la y en lo medixs loc, et cado lo geguoant en terra 

(1). « Vier », venir ; trois et quatre lignes plus haut « byeys » tu viens. 
Voilà une preuve bien évidente qu'il n'y avait, dans notre idiome, qu'une 
seule et même prononciation pour le b ou le v : dans l'écriture d'un même 
mot écrit deux fois de suite, on mettait b, v indifféremment l'un pour 
l'autre. Ce qui en a été dit ci-dessus, n» 84, ne saurait donc être infirmé 
parla remarque de M. Paul Meyer, Romania, m, p. A36. 



— 113 — 

mort. Et David ana [a] luy, et trenca lo lo cap ab lo so 
cooteg. — Toni. i, p. 54. 



Quand David fut armé des (armes de Saùl), il se trouva fort em- 
barrassé, et dit ; « Otez-moi tout ceci, avec quoi je ne pourrais ni 
ne saurais combattre , je n'ai pas l'usage de telles armes ». — On 
le désarma ; il prit alors sa besace, où il mit cinq pierres rondes et 
polies, (choisies) dans le torrent ; puis, le bâton à la main, avec une 
fronde bien maillée, et la besace au côté, il s'élança vers le lieu du 
combat. 

A sa vue, le géant, plein de mépris, lui dit : c( Suis-je un chien, 
que tu viennes armé d'un pieu ou d'un bâton pour combattre contre 

moi? » -- David répondit : « Tu viens à moi avec des armes, 

et,, moi, je viens à toi au nom de Dieu, mon Seigneur ; je donnerai 
aujourd'hui de ta chair à manger aux oiseaux ». 

Aussitôt, Goliath se dresse et marche contre David. — Celui-ci lui 
lance une pierre avec sa fronde ; elle l'atteint au front d'un coup si 
violent, qu'elle le lui fend ; et, avant que le géant puisse se remettre, 
David lance une autre pierre, qui, le frappant au même endroit, 
pénètre dans la tête ; le géant veut se retirer, mais David, d'un 
troisième coup de pierre, frappa encore au même endroit, et le 
géant tomba mort par terre. David s'approcha du Philistin, prit son 
épée et lui coupa la tête. 



Estant aqui, un die fo que l'enfant se anabe deportar ab 
d'autes infantz, et abe plaut, et en lo miey de la biele abe un 
lac plee d'aygua, cum en auguns locx n a, quant plan. Et 
l'enfant espia aquere aygua a la ribe, et fe de la fangua que 
y ère xii figures de ausetz, trop beres, et ditz : « Ausetz, jo 
vos mani que boletz et biscatz ». Et los ausetz bolan et 
tengon lor vie. Apres dixs a l'aygua : « Jo t mani que sies 
Clara tantçst ». Et l'aygua fo clara cumuna font vive. 

Et lo die que asso fe, ère dissapte. Et los au tes enfantz 
qui eren ab luy, ag dixon egs cascun a lor pay ; etlos Judeus 
anan a Joseph, et dixon lo : « Joseph, castigue ton filh ; que 

8 



— 114 



no fasa tantes causes ; quebee sabs, tu, quelo dissapte no s 
pertee de far obra ». Et ditz Joseph : a No es negun qu'eu 
podos castigar, sino Diu ». — Tom. îi, p. 36. 



Là (à Nazareth), un jour, l'enfant jouait avec d'autres enfants ; il 
avait plu, et, au milieu de la ville, il y avait une flaque, comme il y 
en a en quelques lieux, quand il a plu. L'enfant regardait cette eau, 
et, sur le bord, prenant de la boue, il en fit douze belles figures 
d'oiseaux : « Oiseaux, dit-il, volez et vivez, je vous le commande ». 
Et les oiseaux volant s'en allèrent. Il dit ensuite à l'eau : « Je veux 
que tu deviennes claire à l'instant ». Et cette eau fut claire comme 
une vive fontaine. 

Le jour où il lit cela était un samedi. Les enfants qui étaient avec 
lui le rapportèrent à leurs pères ; les Juifs vinrent dire à Joseph : 
« Corrige ton fils ; qu'il ne fasse point de telles choses ; tu sais 
bien, toi, qu'il ne nous est point permis de faire œuvre, le samedi». 
Joseph répondit : « Il n'est personne qui puisse le corriger sauf 
Dieu. » 



1. — lieftres de Ga»tfon-Pliœbns. 

20 juillet 1376. 

Aus baroos e genthius de Bearn. 

Bolem et bos mandam que, de diiaus proximar bient en 
VIII jorns, siatz a Morlaas ab totes las gentz d'armes 'que 
aver porratz, plaa aparelhatz, a la nostre honor e a la bostre, 
per anar am nos fore la terre ; e en so no falhiatz, en tant 
quant nostre honor amatz ni porretz menhs far enta nos, e 
en las pênes de cors et de bées. — Lo xx de julh m gcc lxxvi. 
— Rôles de Varmée de Gaston-Phœbiis, p. 8. ' 

l 

Aux barons et nobles de Béarn. 
Nous voulons et vous mandons que, de jeudi prochain en huit 



— 415 — 

jours, vous soyez à Morlaas avec tous les hommes d'armes que 
vous pourrez (avoir), bien équipés, à notre honneur et au vôtre, 
pour aller avec nous hors du pays ; en ce ne faites faute, pour notre 
honneur que vous aimez, vous ne pourriez moins faire, sous peine 
de corps et de biens. — Le 20 juillet 1376. 



4 septembre 4385. 

A nostre amat P. Bernât de Giestas. 

Merebilham nos per que no abetz feite l'eniformation que 
nos vos abein mandat far, ensemps ab maeste P. Deu Ban, 
notari de Garresse, eab Menauton deSsus, sus los articles e 
causes que lo diit Menauton vos deu balhar ; per que volem 
e vos mandam que tantost, viste la letre, totz ensemps la 
fasatz, e que p goardetz que sus [so] no sie vostre la faute. 
Diu sie am vos. — Dades a Beuste , lo iiii jors de 
setemer (m gcg lxxxv). — LeBéarn, sous Gaston-Phœbiis, p. 4. 



A notre aimé P. Bernard de Gestas. 

Nous trouvons étrange que vous n'ayez point fait l'information 
que nous vous avons ordonné de faire, avec maître P. Du Ban, 
notaire de Garresse, et avec Menauton de Sus, au sujet des choses 
indiquées dans les articles que le dit Menauton vous doit remettre; 
c'est pour quoi, nous voulons et vous mandons qu'immédiatement, 
à lettre vue, tous (trois) ensemble vous fassiez cette information; 
gardez-vous que sur ce il n'y ait de votre faute. — Dieu soit avec 
vous. -— Données à Beuste, le 4 septembre (1385). 



8. — Les honneni*» d'Arcbamliaud. 

Mai 4444. 

Arnauton d'Arroscaa parti (a cabag) deu casteg enter 



~ 116 — 

vespres et noeyt, lo dissapte vespre de las honors, ab viii 
servidors a pee, vestitz de nègre, et los capayroos vestitz 
per la dolhe ; et anave tôt graciosement per la carrere, 
parlan belemens ab aquegs qui anaven ab luy. 

Et los qui anaven de pee demandaven a Arnauton : — 
« Arnauton, vos ont nos miatz ?» — Et eg dise que anave 
denunciar a las gens qui eren aqui que, aixi cum Moss. lo 
comte, qui Diu perdon, sole far grans festes et combitz et 
dons et autres honors, que sabossen que eg ère mort, et que 
l'endomaa se fasen las honors, et que lo volosse cascun 
hondrar, et que serquave Madone la comtesse et Moss. lo 
Captau, et totz los autres filhs, per denunciar los ac : et asso 
dise a las gens quitrobave, demandan los ont los trobare.... 

Et aixi ana dequi a Départ, a Sent-Gili et a la rue de 
Sent-Peyre, et après torna au castet, et en après la crampe 
de Madone, lo barat en raiey ; et aqui obrin las fmestres 
qui eren barrades, et parla semblantes paraules que dessus, 
lasquoaus dise que fossen dites a Madone ; et, quant ago 
parlât un pauc, las fenestres fon barrades, et d'aqui enfore 
eg s'en ana.... — Revue d'Aquitaine^ 1860. 



Arnauton d'Arroscaa partit (à cheval) du château entre vêpres et 
nuit, le samedi veille des honneurs (1), avec huit serviteurs à pied, 
vêtus de noir, en grands manteaux de deuil. Il allait gracieusement 
par la rue, s'entretenant avec ceux qui l'accompagnaient. 

Et les personnes qui allaient à pied, lui demandaient : — 
« Arnauton, où nous menez-vous ?» — Et lui disait qu'il allait 
annoncer aux gens, là présents, que Mgr le comte, que Dieu 
pardonne, qui avait coutume de faire fêtes, festins, dons et autres 
magnificences, était mort, et que, le lendemain, avaient lieu les hon- 
neurs, auxquels chacun voudrait bien assister ; qu'il cherchait 
Madame la comtesse et Mgr le Ghaptal, et tous les autres fils du 

(1) Il s'agit d'un service funèbre célébré à Orther en Vhonneur 
d'Archambaud, comte de Foix, souverain de Béarn. De nos jours encore 
haunouSf honneurs, s'emploie en béarnais pour signifier obsèques, service 
funèbre. 



— 147 — 

comte, pour e eur annoncer ; il parlait ainsi aux gens qu'il ren- 
contrait, leur demandant où il trouverait Madame 

Il alla ainsi à Départ, à Saint-Gilles (Ij, à la rue de Saint-Pierre ; 
puis il retourna au château ; il se plaça derrière le fossé, du côté de la 
chambre de Madame, où les fenêtres étaient fermées ; on les ouvrit, 
il répéta les mêmes paroles que ci-dessus, disant qu'on les transmît 
à Madame. Après quelques instants, les fenêtres ayant été fermées, 
il se retira... 



9. — Oél'eiises faite» aux Cas^olii. 

4 août 1471. 

....Que no agossen a tenir bestiars, ni far laboradge, mes 
que agossen a bibre ab lor offici de charpanterie cum anti- 
quementz aven acostumat et se deve far. — Item, que no 
agossen ad anar descaus enter las gens deu loc. — Item, 
que no agossen a entrar en lo molli per moler cum presu- 
miven et attemptavem far, mes lo sag balhassen au molier 
a la porta de la mole per moler. — Item, que agossen a 
domandar l'aumoyne et queste acostumade a cascun hostau 
en reconexence de lor chrestianetat et séparation. 

Item, que, quant anassen obrar per biele, se portassen en 
que beure, affm que no metossen en proe (2) a negun, ni 
begossen on los autres beven. — Item, que no anassen lavar 
a las fontz ni en autre lavader...., ni tant pauc frequentar 
en lavanbugade o baxere ab las autes lavadores. — Mœurs 
béarnaises, p. 44. 

... Il leur était défendu de tenir du bétail, de labourer ; ils devaient 
vivre de leur métier de charpentiers, de coutume ancienne et obli- 
gatoire pour eux. — Item, il leur était interdit d'aller nu-pieds 

(1) « Départ, Saint-Gilles» ; quartier et rue d^Orthez, qui portent encore 
aujourd'hui les mêmes noms. 

(2) Proe (?). 



— 118 — 

parmi les gens de la localité. Item, ils ne devaient pas entrer au 
moulin pour faire moudre (leur grain), comme ils avaient la préten- 
tion et essayaient de le faire ; il fallait qu'ils livrassent le sac au 
meunier à la porte du moulin. — Ils ne pouvaient se dispenser de 
demander l'aumône, de faire la quête accoutumée dans chaque 
maison, à quoi ils étaient tenus comme Gagots et abjects. 

Item, il leur était défendu de boire où le public buvait ; ils 
devaient, quand ils allaient travailler dans le village, porter de quoi 
boire, afm de ne mettre personne en^^eine. — Item, il leur était 
interdit d'aller laver aux fontaines ou autres lavoirs.... et de s'ap- 
procher des laveuses de linge ou de vaisselle. 



10. Remède poup le mal de dentii. 

1480 

Per garir los caxaus, prenetz hun topy nau ho bielh, e 
botatz hy sabia e maiorana e de totas bonas gerbas e mi[ey]a 
pinta de bii roge, e fetz lo fort bori. — E pus que agatz hun 
ardit o dus de pebe, e lo pyelatz. 

E lo tiraratz deu foec, e botaratz lo pebe en lo topy ; e, 
cantlo pebe y sera, botaratz la boqua sus la bapou deu topy, 
e hobriratz la boqua ; — que sofriratz la quale tant com 
posquatz (1). 

E pux preneratz de las gerbas, e las envoloparatz enbosta 
maxera. — Arch. des Dass,-Pijr. E, 359. 



Pour guérir les dents (le mal des grosses dents), prenez un pot 
neuf ou vieux, mettez-y sauge, marjolaine, toutes bonnes herbes et 
demi-pinte de vin rouge ; faites fort bouillir. — Et puis ayez un liard 
ou deux de poivre, et le pilez. 

Vous ôterez du feu le pot, où vous mettrez le poivre, et, quand le 

(1) Au lieu de bapou, il y a dans le ms. « babo », 



— 119 — 

poivre y sera, vous mettrez votre bouche bien ouverte sur la vapeur 
du pot, aussi longtemps que vous pourrez le souffrir. 

Et puis ayant enveloppé les herbes, vous les appliquerez sur 
votre joue. 



11. — Lett9*e delà prlsicesse de VîfaBie. 

Vers 1480. 

Juratz et bones gentz (d'Ossau), maeste Thomaas de 
Girone, nostre ben amat medecii, nos a diit et remostrat 
cum eg a entro au nombre de sept caps de egoas enter las 
maas de auguns sons gasalhans, en lo loc de Bilhere. Si 
bos pregam que, per honor de nos, vulhatz consentir et 
autreyar que tant lasdites egoas cum lo crexs qui daqueras 
salhira, pusquen peyxer, jaser et soyornar en lo Pont Lonc, 
per lo temps et exspasi de detz ans, franquement et quitis. 
Et nos en faratz plaser très agradoble et cause de laquoau 
bos sentiram von grat. Diu sie am vos. — Dades a Pau, 
lo sincq de octobre ; et ab aquet portador que nos fasatz 
resposta de vostre von voler en aqueste part. — Livre Rouge 
d'Ossau, p. 56. 

Magdeleine. 



Jurats et bonnes gens (d'Ossau), maître Thomas de Grironne, notre 
bien aimé médecin, nous a dit qu'il a sept juments chez quelques 
chepteliers du lieu de Bilhère. Nous vous prions de vouloir bien? 
par égard pour nous, consentir à ce que les dites juments et les 
produits qu'elles donneront puissent paître, gîter, séjourner au 
Pont-Long, dix années durant, en toute franchise. Vous nous ferez 
très-agréable plaisir, dont nous vous saurons bon gré. Dieu soit 
avec vous. — Données à Pau le 5 octobre. Veuillez en nous répondant 
par le présent porteur nous faire connaître votre bon vouloir. 

Madeleine. 



— 120 — 

t^» — Un baron béarnais. 

Fin du XV' siècle. 

Ung jorn, Johan de Gasenave, de Goarrase, abe pescat 
ung bequart en lo Gabe ; lo senhor ne fo advertit, lo manda 
prener et capsionar, et, prees et capsionat, lo fe menar a la 
gau de son molii, et ana balhar l'aygue ad aquet, et, de feit, 
sine per la ajuda qui Diu lo dona, fora neguat en ladite gau. 



Un jour, Jean de Gasenave, de Goarraze, avait pris un beccard 
dans le Gave; le seigneur en fut averti, et lit appréhender cet 
homme, qui, par son ordre, fut mené dans le canal du moulin ; le 
seigneur fit lever les écluses, et Jean ne dut qu'à l'aide de Dieu de 
ne pas être noyé. 



Ung jorn, en lo mees demay m un'' xcviii, ledit senhor de 
Goarrase tremeto mandar a Guilhemi de Berdilh que lo anas 
parlar au casteg, qui aixi a fe ; et, quant fo la, ledit senhor 
de Goarrase manda rigorosement audit Guilhemi une pipe 
de bii, qui abe a teberne, no ne benossa punt, mas la sau- 
bassa per luy ; loquoal Guilhemi lo dixo que eg abe com- 
panhoos qui obraben de pienti, et que no abe plus bii que 
aquera pipa, et falhibe que ne tregos l'argent per pagar 
ausditz companhoos, et que no abe remedi d'ont ne aber 
d'autre part, prega audit senhor que no lo fos desplasent; 
loquoal senhor de Goarrase, inconthinent, ab gran rigor, 
prenco et capsiona audit Guilhemi, et, près et capsionat, lo 
meto en une colona aus grilhoos, et aqui lo estrenguo 
talement, que lo fe sclatar la sanc per los ditz, et talement 
lo tracta, que lo conbengo cridar multiplicades begades : 
« Biaffora, la forsa ! » loquoal criit fo audit per tôt lo loc de 



— 121 — 

Goarrase, o mayor partide dequet. — Un Baron béarnais, etc, 
p. 7 et 38. 



Un jour de mai 1498, le seigneur de Goarraze envoya dir« 
à Guillaume de Berdilh de venir lui parler au château ; Guillaume 
obéit ; dès qu'il fut là, le seigneur lui ordonna de ne point vendre le 
vin d'une barrique qu'il avait à débiter ; « je veux que ce vin soit 
pour moi », dit-il ; Guillaume répondit qu'il avait des ouvriers qui 
fabriquaient des peignes, et qu'il ne pouvait les payer qu'avec le 
produit de la vente de son vin, que cette barrique était la seule qu'il 
possédât ; « de grâce, dit-il, qu'il ne vous déplaise point que je la 
débite ». Le seigneur, furieux, fit saisir cet homme ; il fut attaché à 
une colonne, les grillons (1) aux doigts ; ils furent étreints avec tant 
de force que le sang éclata par les extrémités ; le malheureux criait : 
« Biaffore, au secours ! » Ses cris répétés furent entendus de la 
plus grande partie du village de Goarraze. 



13. — Lettre du roi et de la reine de Navarre. 

9 mai 1560. 

A nostres cars et bien amatz los jurats goardes et 
comunautat de Lobier-Juson, — lo Rey et la Régine. 

Cars et bien amatz, per so que nous em en prepaus de 
meter nostre draperie de Nay enter las maas deusmarchans 
de nostre présent pais, affm que aquere sie continuade per 
la commoditat de nostres subjectz, so qui bonnement no 
poyre estar, senhs trouvar lo moyen de haber de la lenhe 
per lo servicy de nostre tinturerie ; qui nos a feyt vos 
escriber la présente, affm que vos ayatz a vender de la 
lenhe de vostre boscq deu Jaup ausditz marchans per lo 

Ancien français « grésillons » instrument de, torture à serrer les pouces. — 
Dans les Griefs des gens de Coarraze contre leur seigneur, Gaston de Foix, 
les grilhoos sont ainsi définis : « lo bola une corde prime ans ditz et l'i 
strenbe», lui mit une corde fine aux doigts pour les itreindre. 



- 122 -- 

servie! de ladite tinturerie, tant solament en pagan (1) 
rasonablement. 

Et nos faratz servici agradable de entreprener de los en 
fournir per certan temps, en pagan ad atal pretz que enter 
nostre advocat genneral et vos sera advisat, auquoal nos 
habem donnât poder de arcordar ab vos, seguyen las ofYres 
que nos habetz feyt de entreprener de nos fournir de ladite 
lenhe.... Pregam lo Creator vos haber en sa saincte garde. 
— De Pau, lo naval de may 1560. — Arch. des Bass.-JPyr. 

Antoine. Jehanne. 



A nos cliers et bien aimés les jurais, gardes et (gens de la) com- 
munauté de Louvie-Juson ; — le Roi et la Reine. 

Chers et bien aimés, nous nous proposons de mettre notre dra- 
perie de Nay entre les mains des marchands de notre pays, pour 
qu'elle soit continuée à l'avantage de nos sujets. Mais cela ne 
pourrait se faire, si l'on ne trouvait le moyen d'avoir du bois pour 
le service de notre teinturerie. Aussi, vous écrivons-nous la pré- 
sente, afin que vous vendiez du bois de votre foret du Jaup (2) aux 
dits marchands pour le service de la dite teinturerie, bien entendu 
à un prix raisonnable. 

Vous nous rendrez agréable service en vous chargeant de leur 
fournir du bois pendant un temps fixé, au prix qui sera convenu 
entre vous et notre avocat général à qui nous avons donné tout 
pouvoir pour traiter conformément aux offres que vous avez faites 
de nous fournir du bois.... Nous prions le Créateur de vour avoir 
en sa sainte garde. — De Pau, Je 9 mai 1560. 

Antoine. Jeanne. 



(1) On remarquera que Vécriture de ces « extraits » de textes anciens 
n'est pas de touts points conforme aux règles établies dans la Grammaire 
béarnaise. Celles-ci ont été formulée* après de multiples observations sur 
ce qui se pratiquait, non quelquefois^ mais le plus souvent. 

(2) Le bois du Jaup, qui ne se trouve pas, croyons-nous, dans le terri- 
toire de la commune de Louvie-Juson, n'est pas indiqué dans le Diction' 
flaire topographicfue des Bass. -Pyrénées, 



— 123 — 



14. 



Psaume xxix. 



Orthez,1583. 



3. La votz de l'Omnipoten 
Dessuus las aigas s'enten ; 
Lo gran Diu hè periglaa. 
Hens las nublas son parlaa 



La voix du Tout puissant 
Sur les eaux s'entend ; 
Le grand Dieu fait tonner, 
Dans les nuées son parler 



4. Retentex d'estrange sorta;' 
La votz deu gran Diu es horta, 
La votz deu Segnoô, quoan crida, 
Es de maiestat ramplida. 



Retentit d'étrange sorte; 
La voix du grand Dieu est forte, 
La voix du Seigneur, quand il crie, 
Est pleine de majesté. 



Là votz deu Segnoô, sens aus, 
Romp los cèdres a la caus, 
Obé medix los qui an 
L'arradiz suus lo Liban, 



La voix du Seigneur,sans autre chose. 
Rompt les cèdres au tronc, 
Oui, même ceux qui ont 
La racine sur le Liban , 



6. Et hè qu'eds sauteriqueian 
• Gom los vetetz qui holeian ; 
Liban et Hermon s'en mautan 
Gom los licornatz qui sautan. 



Et fait qu'ils sautillent 
Gomme les veaux qui folâtrent ; 
Liban et Hermon se meuvent 
Comme faons de licorne qui sautent. 



7. La votz de Diu ietta hoecs, 
Eslamas et eslambrecs ; 
Los desertz ne tremblen toutz, 
Gadez tremola a sa votz. (4) 

Arnaud de Salettes. 



La voix de Dieu jette feux, 
Flammes et éclairs ; 
Les déserts en tremblent tous, 
Kadès tremble à sa voix. 



(1) Pour écrire sa traduction des Psaumes, Arnaud de SaleUes s'était 
fait des règles orthographiques; elles ne sont pas toutes exactes; mais il 
les suit très-rigoureusement, eu qui donne au béarnais des Psaumes une 
régularité relative qui manque complètement aux Eglogues de Fouficville. 

Dans celles-ci, on ne voit que du désordonné. 11 est à désirer que M. 
l'abbé Hidache, qui a pris avec le plus grand soin une copie de ces 
Eglogues, dont le mérite littéraire n'est pas sans valeur, se décide à les 
publier en faisant connaître, avec l'intelligence qu'il a du béarnais et le 
sens critique qui le distingue, tout ce que contient d'erreurs et d'incohô^ 
rence d! écriture le ms. conservé à la Bibliothèque de la ville de Pau. 



— 124 - 
15. -- lettres d'UenrI lY. 

21 février 1580. 

A nostres cars et bien amatz los juratz de nostre balee 
d'Ossau, — lo Rey, Seignor souviran. 

Gars et bien amatz, aqueste es la terce vegade que nous 
vous habem escriut com per los bos et recommandables 
servicys a nous feytz per nostre bien amat lo cappitaine 
Espalongue,,'escuder de nostre escuderie, et afin de lo donnar 
plus grand moien d'accornmodar sa maison de Beyrie, près 
de nostre ville de Lescar, ont nos esperam anar prener 
nostre passetemps, quan seram en nostre pais de Bearn, 
nous lo aurem feyt don deu nombre de sieys cens journades 
de terre, et acquere prener en lo terrador deu Pont Long et 
au plus près de ladite maison de Beyrie; et vous aurem 
pregatz de consentir a so que nostre dit don sortisse son 
effieyt, senhs prejudicy deu dret que vous pretendetz en 
lo dit lerrador, et senhs tirar a conséquence ; a que vous no 
habetz voulut entender, ne menhs far resposte a nostres 
lettres, so que nous trouvam bien estrange. 

Et, per so que desiram d*estar esclarcit quigne es sur so 
vostre voulountat, nous habem voulut far encoeres la pré- 
sente per toutes autres, per vous diser que vous no falhiatz, 
incontinent que l'auratz recebude, de nous advertir de vos- 
tre délibération, afin que, segond acquere, nous siam certio- 
ratz deu désir et affection que portatz a nostre obédience, 
et que nous procediam per ung autre moien a so que nostre 
intention sie accompUde; et no vous la habem feyte a autre 
fin, pregaram lo Creator, cars et bien amatz, vous haber en 
sa goarde. — A Nerac, lo xxj jorn de feurer 1580. — 
Arch. des Bass.-Pyr. 

Henry. 



— 125 — 

A nos chers et bien aimés les jurais de notre vallée d'Ossau, — 
le Roi, Seigneur souverain. 

Celle-ci est la troisième fois que nous vous écrivons que, pour les 
bons et recommandables services à nous rendus par notre bien aimé 
le capitaine Espalungue, écuyer de notre écurie, et afin de lui 
donner plus grand moyen d'accommoder son domaine de Beyrie, 
près de notre ville de Lescar, où nous espérons aller prendre notre 
passetemps, quand nous serons en notre Pays de Béarn, nous lui 
avions fait don de six-cents arpents de terre à prendre sur le terrain 
du Pont-Long et au plus près de son domaine de Beyrie ; nous 
vous avions prié de consentir à ce que notre don sortît son effet, 
sans préjudice du droit que vous prétendez (avoir) sur le dit terrain, 
et sans tirer à conséquence ; à quoi vous n'avez voulu entendre, ni, 
au moins, faire réponse à nos lettres (4), ce que nous trouvons bien 
étrange. 

Et, parce que nous désirons être éclairci (et connaître) quelle est 
sur ce votre volonté, nous avons voulu faire encore la présente pour 
toutes autres, pour vous dire de ne point faillir, incontinent après 
que vous l'aurez reçue, de nous informer de votre délibération, 
afin que, suivant ce qu'elle sera, nous soyons plus assuré du désir et 
affection que vous portez à notre obéissance, et que nous procé- 
dions par un autre moyen à ce que notre intention soit accomplie ; 
et, ne vous ayant fait (cette lettre à autre fin, nous prierons le Créa- 
teur, chers et bien aimés, de vous avoir en sa garde. — A Nérac, 
le 21 février 1580. 

Henry. 



8 avril 1585. 

A nostres cars et bien amatz los juratz de nostre balee 
d'Ossau, — lo Rey Seignor souviran. 
Cars et bien amatz, nous vous habem cy-devant escriut 

(1) C'était la fière indépendance des Ossalois de ce temps-là ; il n'y 
faudrait pas, il est vrai, chercher un modèle de courtoisie. Mais était-il 
jusie qu'Henri IV voulût faire des libéralités à leurs dépens? « Le silence 
des peuples est la leçon des rois ». — Henri IV était bien i^lus béarnais 
que les Ossalois : il se bornait à dire que leur silence lui semblait « bien 
étrange. 



— 126 — 

de nous far haber et tremeter sieys marros et dus caas 
mastins, que nous habem ordenat meter en nostre grange 
et mestayrie de Durance(l), a que vous ne vousetz encores 
sociatz d'obedir. 

Ad aqueste cause nous habem bien voulut far la présente 
recharge per vous diser que vous no falhiatz, incontinent 
après que l'auratz recebude, de nous tremeter losditz marros 
et caas, et los deliurar au filh deu vaquer qui goarde nostre 
bestiar, qui los condusira a nostre dite mestayrie de Du- 
rance. Et atant pregam lo Creator, cars et bien amatz, vous 
tiene en sa goarde. — A Nerac, lo viiie jorn de april 1585. 
— Arch. des Bass.-Pyr. 

Henry. 



A nos chers et bien aimés, les jurais de notre vallée d'Ossau, — 
le Roi Seigneur souverain. 

Chers et bien aimés, nous vous avons ci-devant écrit de nous 
faire avoir et remettre six béliers et deux chiens mâtins que nous 
avons ordonné de mettre dans notre grange et métairie de Durance, 
a quoi vous n'avez eu encore souci d'obéir (2). 

A cette cause, nous avons bien voulu revenir encore à la charge 
par cette lettre, pour vous dire de ne point faillir, incontinent après 
que vous l'aurez reçue, de nous remettre les dits béliers et chiens, 
et de les livrer au fils du vacher qui garde notre bétail, qui les 
conduira à notre métairie de Durance. Nous prions le créateur, 
chers et bien aimés, de vous tenir en sa garde. — A Nérac, le 
8 avril 4585. 

Henry. 



{{) Domaine dans le département de Lot-et-Garonne. 

(2) Henri iv ne pouvait répéter, à l'adresse des Ossalois, ce proverbe : 
Qui lèu da, dus cops da, qui vite donne, deux fois donne. — Que l'on 
vienne nous parler ensuiledu désir toujours empressé, qu'avaient ces bons 
montagnards de « complaire à leur maître ! » On rapporte qu'ils lui 
avaient dit un jour : « Nos cœurs sont à vous » ; bonne 'parole ! Mais, 
d'après ce qui précède, on voit que c'est là peut-être tout ce qu'ils lui 
donneront. 



127 



BEARNAIS MODERNE. 



Les extraits suivants de pièces ou d'ouvrages écrits en 
béarnais moderne sont orthographiés d'après les règles 
contenues dans la première partie de la Grammaire. 

1. — Sonuet. 

« Cette composition se trouve en entier dans la poésie française ; 
elle fait partie des œuvres de Ronsard.... L'auteur du sonnet béar- 
nais a surpassé de beaucoup Ronsard, non seulement par l'élégance 
exquise de l'expression, mais par la facilité et la grâce de l'allure. 
C'est lui qui paraît un original excellent, et Ronsard — j'en demande 
pardon aux mânes du grand poète — un bon traducteur. Il est vrai 
que réellement Ronsard, en écrivant ce sonnet, traduisait, non pas 
l'auteur béarnais, mais un pétrarquiste italien, Pierre Rembo, le 
célèbre cardinal de LéonX.... Le sonnet de Rembo me paraît supé- 
rieur à celui de Ronsard.... Mais les merveilles de l'expression 
restent toujours dans la version béarnaise. Celle-ci a été faite sur 
Ronsard et non sur Rembo. H est évident que Fauteur béarnais a 
voulu montrer la supériorité de son langage sur le français, au point 
de vue bucolique et champêtre. Les expressions qui peignent le 
mieux, — pingourlat, garimhet, sauteriqueya^ arricouquetz^ etc.^ 
— ont été triées avec un art prévoyant et serties d'une main habile 
dans le métal pur et brillant de ce chef-d'œuvre d'orfèvrerie 
poétique » ; — Léonce Couture, Re'cue d'Aquitaine ; Tom. vu. 



Quoand lou printemps, en raube pingourlade, 
Ha hèyt passa l'escousou deus grans redz, 
Lou cabiroii, per boundz e garimbetz, 
Saute riqueye au mieytan de la prade. 

Au bèt esguit de Taube ensafranade, 
Prenent la fresque, au loung deus arribetz, 
Miralha-s ba dehens l'aygue aryentade, 
Puix seu tucoû hè cent arricouquetz... 



— 128 -^ 

Deus caas courrentz cranh chic la clapiteye ; 
Et se tien saub.... Mes, entant qui houleye, 
L'arquebuse lou da loa cop mortau 1 

Atau bibi sens tristesse ni mieye, 
Quoand u bèt oelh m'ana ha, per embeye, 
Au miey deu coo, bère plague leyau. 
Président de Gassion. 



Lorsque le printemps, à la robe diaprée, 
A chassé le froid cuisant, 
Le chevreuil bondit, gambade, 
Sautille au miheu de la prairie. 

Au beau lever de l'aube safranée. 
Prenant le frais le long des ruisseaux, 
Il va se mirer dans l'onde argentée. 
Puis sur le tertre il fait cent cabrioles. 

Il craint peu les aboiements de la meute ; 

Il se croit en sûreté.... Mais, pendant qu'il folâtre. 

Le chasseur le frappe d'un coup mortel ! 

Ainsi je vivais, sans tristesse ni demie (1), 
Quand un bel œil vint me faire, par envie. 
Au milieu du cœur une plaie profonde. 



2. — Le jeune Soldat . 

.... Toutz lous sourdatz, en medixs equipadge 
Au darrè deu serjant, passabem peu biladge. 

(1). « Demie » en béarnais mieye ; j'ai dit ailleurs, par erreur, que 
mieye venait du 1. mica, miette ; voy. Illustrations du Béarti, p. 62 ; c'est 
le féminin de miey, demi. Dans Molière, Sganarelle se plaint d'avoir été, 
« sans respect ni demi », fort.... mal coiffé. 



— 129 — 

Jou caminabi dret coum si houssi esterai. 
Enfin, nous arribem, bèt tros loenh, hens u prat, 
Oun se debè trouba toute nouste milici, 
Dab noustes capitaas, enta ha l'exercici. 
Tantican qui la hum, brabementz jou t'apreng 
A pourta lou mousquet, y plaa tiene lou reng. 
Mes quoand lous capitaas hasèn doubla las files, 
Aco ja sabèn ha lous sourdatz de las biles ; 
Mes per lous deu biladge, edz j'èren tan estros. 
Que de trucxs lous serjantz lous poudaben lous os. 
Enta Fontarabie ens calou (puixs) marcha. 
Peu camii que mingem quauque aucat, y garie ; 
Mes quoand hum la, peu cot nou-ns passabe harie. 
Sinon que paycouletz, mey hortz que lous calhaus. 
Lous sourdatz de biladge ey cadoun toutz malaus : 
Coum habèm coustumat la doussou de la broge, 
Au cot que t'ens gaha coum bère perpitoge, 
D'enguisera taa du lou paa de munition. 
Aquiu que-m lien a jou lagrane traytiou : 
Car lou serjant- major, qui la goarde cambiabe, 
E qui nade brigalhe a jou que non m'aymabe, 
Per so que nàt pintou jou nou bouli paga, 
U matii me digou si-u bouli coumbida : 
Jou qu*eu digouy que nou... Labetz ed t'em querèle, 
E que fem ba pausa lou brèspe en sentinèle 
Au dabant la maysou de nouste coumandant. 

La, de toute la hoeyt 

FoNDEVUiLE ; Pastorale, 



Tous les soldats, en même équipage, 
Derrière le sergent, passaient par le village. 
Je marchais aussi droit que si j'eusse été éclissê. 



— 130 — 

Enfin nous arrivâmes assez loin, dans un pré, 

Où se devait trouver toute notre milice, 

Avec nos capitaines, pour faire l'exercice. 

Dès que nous fûmes là, bravement, moi, j'appris 

A porter le mousquet, à bien tenir le rang. 

Mais quand les capitaines faisaient doubler les files, 

Les soldats des villes savaient bien le faire ; 

Ceux du village étaient si embarrassés 

Que les sergents leur donnaient des coups à leur rompre les os. 

Vers Fontarabie, il nous fallut (ensuite) marcher. 

Par le chemin nous mangeâmes quelque oie, quelque poule. 

Mais quand nous fûmes là, parle gozier il ne nous passa point de farine, 

Nous n'eûmes que des petits-pains, plus durs que les cailloux. 

Les soldats de village tombèrent tous malades : 

Comme nous étions habitués aux douceurs de la broyé, (1) 

Il nous prit à la gorge un mal. 

En avalant le pain si dur de munition. 

C'est là qu'on me joua le fameux tour : 

Car le sergent-major, qui relevait la garde, 

Et qui n'avait pas le moindre brin d'amitié pour moi. 

Parce que je ne lui voulais payer aucune chopine. 

Un matin me demanda si je le voulais inviter : 

Je répondis que non.... Alors il me querelle, 

Et va me mettre, vers le soir, en sentinelle 

Devant la maison de notre commandant. 

Là, de toute la nuit 



(1) Pâte de farine de maïs, noumiupe ordinaire du paysan béarnais. 
On en fait, avec du lait, le repas du soir. — On appelle les habitants de 
Lescar lous broujassès, les mangeurs de broje, comme on dit ailleurs les 
« Normands boulieux, ainsi nommés à cause' des Bas-Normands qui man- 
gent force bouillie ». La tradition rapporte qu'au moment d'aller prendre 
leur repas, les gens de Lescar chantonnaient ces mots : Lèyt e lèyt e 
broje, a culhé plee ! Lait et lait et brofe, à cuiller pleine ! — Ces paroles 
avaient été adaptées à une sonnerie qui, chaque jour, à l'heure de midi, se 
faisait entendre d'un clocheton élevé anciennement au dessus de la sacris- 
tie de la cathédrale. — Dictons du Pays de Béarn, p. 185 ; Pau, L. Ribaut, 
éditeur, 1875. 



— ^31 — 



3. — La brebis perdue. 



De la plus charmante anesquete, 
Pastous, bienetz me counsoula ; 
Tantost pinnabe sus l'herbete, 
Are nou l'èy au cuyalaa. 

Quauque herum saubatye 

Bié de la m'enlheba ; 

Ou dilhèu la boulatye 

Hè ta s'em ha cerca. 



De la plus charmante brebis, 

Pasteurs, venez me consoler ; 

Tantôt elle sautait sur l'herbe, 

Maintenant je ne l'ai plus au parc. 

Quelque bête sauvage 

Vient de me l'enlever ; 

Ou peut-être la folâtre, 

Veut-elle se faire chercher. 



You la-m goardabi sus la prade. 
Pendent la sasou de las flous ; 
You la-m hasi la plus beziade, 
You la-m mynyabi de poutous. 
Caresse, nou-n y ha nade, 
Que n'habousse au courau, 
E, coum la plus aymade, 
A punhatz qu'habè sau. 



Je me la gardais dans la prairie. 
Pendant la saison des fleurs ; 
J'en faisais ma favorite, 
Je la mangeais de baisers. 
De caresse, il n'en est pas. 
Qu'elle ne reçût au parc, 
Et, comme la plus chérie, 
A poignées elle recevait le sel. 



Deu bèt troupèt de mas anesques, 
Aquere b'en ère la flou ; 
Lous qui bedèn sas laas taa fresques, 
Gridaben : « o l'hurous pastou ! » 

Are, you l'èy pergude ! 

Tant mau m'en sabera ; 

Si lèu nou m'ey rendude, 

B'en serey mourt doumaa ! 



Du beau troupeau de mes brebis, 
Celle-là était la fleur ; 
Ceux qui voyaient ses laines si fraîches 
S'écriaient : « ô l'heureux pasteur! » 

Maintenant je l'ai perdue ! 

J en aurai tant de peine ; 

Si elle ne m'est bientôt rendue, 

J'en serai mort demain ! 



Despourrins. 



4. — La Bergère en plenr». 



Bère beryère, tout en plous, 
Atau cantabe sas douions : 
Moun bèt beryè qu'ère arribat 



Une bergère, tout en pleurs, 
Ainsi chantait ses douleurs : 
Mon beau berger était arrivé 



— 132 — 

Per tiene sa proumesse ; Pour tenir sa promesse ; 

U cruel hat qu'eu m'a enlhebat, Un cruel sort me l'a enlevé, 

Diu ! la courte alegresse ! Dieu ! la courte allégresse ! 

Fidèl Pigou, tu qui has audit Fidèle Pigou (1), toi qui as entendu 

So qui tant de cops m'habè dit ; Ce que tant de fois il m'a dit ; 

Tu qui-t plasès au caressa. Toi qui te plaisais à le caresser, 

Per so qui you l'aymabi, Parce que je l'aimais. 

Qui pertout l'anabes trouba, Qui partout l'allais trouver, 

Ayde-m au au ploura... sa-bi ! Aide-moi à le pleurer., ça viens ! 
Despourrins. 



5. — Les As^pois en 1994. 

Pendent u sègle d'aur, desempuixs ta biengude, 
Noustes pays que canten toun Anesque pergiide, 
Lou Malhiirous Pastou, dab la Beryère en plous, 

Y soun Fidèl Pigou, sensible a lurs doulous !... 

Mes u die pourtant, la troumpete guerrière, 
Qu'oûs ditz que l'enemic a passât la frountière ; 
La fanfare autalèu que succède au clari, 
Goum lou cant de Rouget-de-l'Isle, a Despourri. 
Mey pourtant lous Aspees, en courrent à Farmade, 
Que-s broumben de toun pay, y de sa triple espade ; 

Y lous tendres pastous, lous nounchalentz aulhès, 
Que-s Iheben autalèu terribles fusllhès ! (2) 

Aus noumbrous enemicxs, qui, coum lamar pregoune, 
Peus sendès de Lescu, coum peus boscx de FArgoune, 
Bienèn houne sus nous, qu'haboun ta ha rampèu? 
Qu'haboun la Marselhesel.., y qu'haboun u drapèu! 

(1) Pigou, c'est le nom du chien de la bergère. 

(2) Le 18 fructidor, 6,000 Espagnols furent repoussés par 600 de nos mon- 
tagnards (DuGENNE, Bulletin de la Société des Lettres de Pau). 



— 133 — 

Qu'où calou tiene haut, y qu'en haboun la talhe ! 
Pendent bingt-e-cinq ans que dura la batalhe ! 
Ou l'ihèr, ou lou cèu per nous qu'estou pourtat : 
Que defendèm lou sou, Thaunou, la Libertat!! 
Toutz lous Reys qui labetz, ens gausen ha la guerre, 
Que-s bedoun oubligatz de mate joulh a terre. 
Y de toutz aquetz frays, qui s'èren, Diu qni crey, 
Hèytz sourdatz, ou demouns, bèt u que-s bira Rey. 

Navarrot. 



Pendant un siècle d'or, depuis ta venue, (1) 

Nos pères chantèrent la Brebis perdue^ 

Le Malheureux Pasteur avec la Bergère en pleurs, 

Et son Fidèle Pigou, sensible à leurs douleurs ! 

Mais, un jour, la trompette guerrière 

Leur dit que l'ennemi a passé la frontière ; 

La fanfare aussitôt succède au chalumeau. 

Comme le chant de-Rouget-de-l'Isle, à (celui de) Despourrins. 

Cependant les Aspois, en courant à l'armée, 

Se souvinrent de ton père et de sa triple épée ; (2) 

Et les tendres pasteurs, les nonchalants bergers. 

Se dressèrent aussitôt terribles fusiliers ! 

Aux nombreux ennemis, qui, comme la mer profonde. 

Par les sentiers de Lescun, comme par les forêts de l'Argonne, 

Venaient fondre sur nous, qu'eurent-ils pour résister? 

Ils eurent la Marseillaise !... Ils eurent un drapeau ! 



(1) Ta venue. — La venue de Despourrins, ce passage est extrait d'une 
pièce intitulée : — A Despourrins. 

Les mots en italiques rappellent les meilleures compositions Je ce poète, 
dont le Béarn aime tant les chansons. 

(2) Ecusson gravé sur la porte de la maison, où naquit Drspourrins; 
— souvenir d'un vaillant combat que le père du poète d'Accous (vallée 
d'Aspe) avait soutenu < contre trois gentilshommes étrangers. » 

De là, ce vaillant dicton appliqué^ux Aspois : Aspees, cade-u bnu mey 
que ires, Aspois, chacun vaut mieux que trois. — Dictons du Pays de 
Béarn, p. 28. 



- 134 — 

Il fallut le tenir haut, ils en eurent la taille ! 

Pendant vingt-cinq ans dura la bataille ! 

Ou l'enfer, ou le ciel par nous fut porté : 

Nous défendions le sol, l'honneur, la Liberté ! ! 

Tous les rois qui alors osèrent nous faire la guerre, 

Se virent obligés de mettre genou terre. 

Et de tous ces frères, qui s'étaient, grand Dieu, 

Faits soldats, ou démons, il y en eut un qui devint Roi ! (1) 



Margnerite. 



Voici qui « est vif, preste et pimpant. Jasmin, que nous ne gâtons 
« guère, et qui ne nous a pas gâtés, aura beau regarder dans ses 
« œuvres ; il n'en fera jamais sortir une perle aussi mignonne que 
« celle-là.... ))Le Papillon ; Journal des Beaux-Arts-^ Agen, 1853. 

Margalidet, poumpouse e bère, 

Que s'aplegabe deu marcat, 

Quoand la saume, boun-grè, mau-grat, 

Eu s'escape per la carrère. 

Margot de courre... U Moussuret 

Que Testanga peu capulet, 

E qu'eu digou ; — Bee courretz hère ! 

Hèy 1 gouyatete, ètz de Bilhère ? 

— Obio, Moussu, per pe serbi. 

— Bee counexetz dounques Yanete, 
Hilhe de Yan de Poiipe-by ? 

Qu'eu me haratz sus la bouqueté, 
Tant gayhasente et tant resquete, 
Crouchi, peryou, quoate poutous, 
Goum lous qui bau you ha-p a bous. 

— Escusatz-me per la begade, 
Si ditz la drolle, e que hoegou ; 

(1) Bernadotte, roi de Suède, 



— 135 — 

Moussu que soy bèt drin pressade, 
Que p'en demandi plaa perdou ; 
Mes, ta plaa ha, courretz detire 
Ha-us a la saume qui-s retire, 
Qu'arribera permè que y ou. 

Hatoulet. 



La petite Marguerite, pimpante et belle, 

Se retirait du marché. 

Quand son ânesse, bon gré, mal gré. 

S'échappe par la rue. 

Margot de courir... Un petit Monsieur 

L'arrête par le capulet, 

Et lui dit : — Vous courez bien vite ! 

Hé ! jeune fille, êtes-vous de Bilhère ? 

— Oui-da, Monsieur, pour vous servir. 

— Vous connaissez donc Jeannette, 
Fille de Jean de Tette-vin ? 

Vous lui ferez sur sa petite bouche, 
Si charmante et si fraîche. 
Craquer, de ma part, quatre baisers, 
Comme ceux que je vais vous donner. 

— Excusez-moi pour le moment. 
Lui dit la rusée, en s'enfuyant ; 
Monsieur, je suis un peu pressée. 
Je vous en demande bien pardon ; 
Mais, pour bien faire, courez très-vite 
Les donner à mon ânesse qui se retire, 
Elle arrivera avant moi. 



7. — Le paysan d'Oi»»au. 

Quoand deu Bearn, a Pau, cade an, lous deputatz 
Deus très ourdis tienèn autes-cops lous Estatz, 
Enta régla l'impost qui toutz interessabe, 



— 136 — 

Etz qu'èren toutz, a lur tour, coumbidatz 
Enso de Mous de Lous, qui labetz presidabe. 
Auprès d'u gros pastou, députât per Ossau, 
U senhou nabèt hèyt qu'ère segut a taule. 
Ta-s trufa de Taulhè, et que pren la paraule : 

— Moussu lou députât, lou te ditz bit-atau, 
Quoand bouletz debara, lou ser, de la mountanhe, 
Quin siulatz lou troupèt eniau ha rassembla ? 
N'hayatz pas hounte, anem, hètz coum a la campanhe. 

Apres s'esta drin hèyt prega, 
L'Ossalees doucementz que se-b boute a siula. 
— Mes bee siulatz dab plus de force ? 

— Oui, quoand lou troupèt ey hens quauque galihorce, 
Ou que-s trobe fort loenh ; mes que siulam tout dous, 
Quoand las bèstis. Moussu, soun au bèt près de nous. 

E. Picot. 



Quand du Béarn, à Pau, chaque année, les députés. 
Des trois ordres tenaient autrefois les Etats, 
Pour régler l'impôt qui intéressait tout le monde. 
Ils étaient, tour à tour, conviés 
Chez Monsieur de Lons, qui alors présidait. 
A côté d'un beau pasteur député par Ossau, 
Un seigneur de fraîche date était assis à table. 
Pour se moquer du berger, il prend la parole ; 

— Monsieur le député, lui dit-il de cette façon, 
Quand vous voulez descendre, le soir, de la montagne, 
Gomment sifflez-vous le troupeau, pour le rasïsembler ? 
N'ayez pas de honte, allons, faites comme à la campagne. 

Après s'être un peu fait prier, 
L'Ossalois doucement se mit à siffler. 
Mais vous siffl"ez avec plus de force ? 

— Oui, quand le troupeau est dans quelque fondrière. 

Ou qu'il se trouve fort loin ; mais nous sifflons tout doucement, 
Quand les bêtes. Monsieur, sont tout près de nous. 



— 137 — 

8. — Henri IV an chàfean de Coarraze. 

A très lègues de Pau, de cap a las ftiountanhes, 

Après habé seguit gayhasentes campanhes. 

Sus upic, oun lou Gabe en gourgoulhs bamouri, 

Lou castèt de Coarraze aus oelhs que-s bien auffri. 

Aquiu, troben air pur, bonne aygue, bère biste : 

Dabant, tout qu'ey gauyous ; darrè, tout soumbre et triste. 

D'u coustat, non bedetz que blatz, troupètz, maysous ; 

De l'aute, rocxs penentz, precipicis affrous ; 

Mes sie que guinhetz ou lous mountz ou la plane, 

La nature ey pertout riche, poumpouse, grane. 

Qu'ey en aquet endret qu'HENRic hou eslhebat, 

Nou pas en rey flaunhac, mes en brabe sourdat. 

Ta soun repas qu habè drin de lard dab mesture, 

U bèt quilhou de paa, sens cap de mascadure. 

Lou dimenye pourtant, et las hèstes-ennau, 

La qui-ns boulou balha qu'eu metèn au metau. 

N'ey pas tout : deus paysaas que seguibe l'escole ; 

Bestit de courdelhat, dab ue camisole, 

Pèe-descaus, cabiroû, qu'eu lexaben ana, 

E, coum u yoen pourii, nou hase que pinna. 

Baratz et passades, sègues, tout qu'at sautabe, 

E peu soumet deus rocxs, crabot, qu'arpateyabe, 

Esberit coum yamey hasaa de Sent-Marty, 

Fatigue, red, gaumas, eth sabè tout pati. 

Tantost, près d'u terre, soii croutzat d'ue bie, 

Qu'argoeytabe la lèbe au bèt esguit deu die ; 

Tantost, cabbat lous brius, traynabe l'arrousec, 

Ou, ta gaha callotz, courre coum l'èslambrec. 

Soubent dab paysanotz qu'essayabe sas forces ; 

E calé Iheba pees, prene-s a las estorces ? 

Qu'ère coum u bencilh, e goalhard coum u tau 1 

A la perche, au bilhard, coum au pousse-calhau. 



— 138 - 

Ad arré n'ère estros... Lou ser, dens laparguie, 

De toutz souns coumpanhous, fourmatz en coumpanhie, 

Qu'ère lou coumandant, mes toustemps lur amie. 

E. ViGNANCOUR. 



A trois lieues de Pau, vers les montagnes, 

Quand on a parcouru de charmantes campagnes. 

Sur un roc, au pied duquel le Gave en murmurant passe, 

Là, on trouve air pur, eau limpide, belle vue : 

Devant, tout est joyeux ; derrière, tout sombre et triste. 

D'un côté vous ne voyez que blés, troupeaux, maisons ; 

De l'autre, rochers pendants, précipices affreux ; 

Mais, que yous regardiez les monts, ou la plaine, 

La nature est partout riche, belle, grande. 

C'est en ce lieu qu'HENRi fut élevé. 

Non pour être un roi indolent, mais un brave soldat. 

Pour son repas il avait un peu de lard avec de la méture, 

Un beau morceau de pain, sans autre mets. 

Le dimanche pourtant, et les jours de grande fête. 

On lui mettait au pot (celle) la poule qu'il voulut nous donner. 

Ce n'est pas tout : des paysans il suivait l'école ; 

Vêtu de drap grossier, avec une camisole, 

Nu-pieds, tête-nue, on le laissait aller. 

Et, comme un jeune poulain, il ne faisait que sauter. 

Fossés, buissons, haies, il franchissait tout ; 

Et jusqu'au sommet des rochers il gravissait, comme un chevreau; 

Eveillé comme jamais ^ne le fut) coq de Saint-Martin, 

Fatigue, froid, chaleur accablante, il savait tout souffrir. 

Tantôt, près d'un tertre, (au point) ou deux chemins se croisent. 

Il guettait le lièvre au beau lever du jour ; 

Tantôt, à travers les courants, il traînait le filet, 

Ou, pour prendre des cailleteaux, il allait comme l'éclair. 

Souvent avec des petits paysans il essayait ses forces ; 

Fallait-il lever des poids, se prendre à bras le corps? 

Il était (souple) comme un lien de bois, et fort comme un taureau. 



— 139 -. 

Quoi qu'il fît, il n'était pas maladroit... Le soir, dans la coHr, 
De tous ses compagnons,formés en compagnie, 
Il était le commandant, mais toujours leur ami. 



9. — La Chapelle de Betharram. 



Ce morceau de poésie remporta le prix destiné par le programme 
de la Société Archéologique de Béziers, à l'auteur de la meilleure 
pièce de vers patois sur un sujet laissé au choix des concurrents 
(Mai 1839). 

M. AzAïs, membre de cette Société, a traduit en vers français les 
vers de notre poète. 



I 



Quoand lou Gabe, en bramant, ditz adiu a las pênes, 
Y s'abanse, a pinnetz, a trubès boys et pratz, 
Que diseren que cranh de rencountra cadenes 
Seus bordz de mile flous oundratz. 



Au bou temps deus Gastous, ue beroye capère, 
Counsacrade peu pople a la may deu Boun-Diu, 
La qui, toutz ans, de loenh lous Beuraymès (1) apère, 
Qu'ère deya segude au bord deu gran arriu. 
Mes n'ère pas labetz, coum adare, noumade ; 
N'ère pas Betharram ; que-b bouy donne racounta, 
Lous mes amicxs, quin hou la capère estréade 
Deu noum qui tien despuixs en sa. 



(1) Nom donné à ceux qui vont en pèlerinage visiter la ckapçllc de la 
Vierge. En route, ces pèlerins chantent : Bee y-aniram — Ta Betharram ! 
Nous irons à Betharram ! — Dict. du Pays de Béarn^ p. 109. 



— 140 ~ 

II 

Drin au dessus de la capère, 
Ue hilhote deus embirous 
Houleyabe, bibe e leuyère, 

Y qu'empleabe sa tistère 

De las mey fresques de las flous. 

Moun Diu ! la beroye flourete 
Qui-s miralhe hens lou cristau, 
Hens lou cristau d'aquere ayguete, 

Y taa bribente, y taa clarete, 
Qui ba banha lous pèes de Pau ! 

Per la coelhe, ère s'esdebure ; 
Lou pèe que l'eslengue, y que cat. 
Gouyatz î la terrible abenture ! 
Lou Gabe, a l'arrauyouse alure, 
Que la s'emboulegue au cabbat. 

La praubote eslheba souri ame 
A la qui sap noustes doulous : 
Detire cadou bère arrame 
D'auprès deu loc oun Nonste-Dame 
Adyude lous sous serbidous. 

Y, sens s'abusa, la maynade 
Seseix, en l'estrenhent plaa hort, 
La branque peu cèu embiade : 
Per aquet mouyen ey saubade, 

Y doucementz miade au bord. 



— 141 — 

— D'ue fayssou taa merbelhouse 
Puixs qu*ès arringade au trépas, 
Migue, hens la capère oumbrouse 
De ta patroune bienhurouse, 
Bè-t remete de toun esglas. 

Diii de you ! quin es marfandide ! 
Quin trembles de red y de pou ! 
De ta raube blangue, gouhide, 

Y de touns peus, l'ounde limpide, 
En gouteyant, mulhe lou soii. 

« Sens boste ayude, èri pergude, 
Sa ditz ère, Reyne deu cèu ! 
Arres n'a bist quoand souy cadude ; 
Mes bous qui m'habetz entenude, 
M'habetz adyudade autalèu. 

« Bonne may, pertout que-ns demeure 
La tendresse de boste amou ; 
Quoand roullabi cabbat l'escourre, 
Qu'habetz dat ourdi a la cassourre 
Qu'embiesse ue arrame enta you. 

« You p'auffri donne ma bère arrame. 
Que la-b depausi sus l'auta ; 

Y mey, que hèy bot en moun ame 
Qu'assi dabant bous, Nouste Dame 
Gn-aut bèt arram que lusira. 

« Sente Bierye, nou-p eau pas cranhe 
Que m'en desdigue lou me pay : 
Souns moutons pèixin la mountanhe, 
Souns blatz croubexin la campanhe, 
Qu'eu hara counsenti ma may. 



— 142 — 

« E you dab ue ardou nabère, 
En memori de tout asso, 
Tout mees, en aqueste capère, 
Oun boste sent amou m'apère, 
Bierye, que p'oubrirey moun coo ! » 



III 



La capère despuixs estou fort renoumade. 
Au miey deus ex voto de soun riche thesaur, 
Que bin, enter las maas d'ue imatye segrade, 
L'auffrande d'u bèt arram d'aur. 

D'aquiu lou noum deu loc... Soubent, loenh deu hourbari, 
Oum que s'y ba goari de toute passion, 
En retrempant soum ame au pensa salutari 
Deusturmentz qui per nous pati lou Saubadou. 

Gourretzta Betharram, hilhotz de la Navarre, 
Poples de la Gascounhe y deus bordz de l'Adou ; 
La Bierye a Betharram non hou yamey abare 
Deus thesaurs deu dibin amou. 

V. DE Bataille. 



Quand le Gave, quittant les rochers pour les plaines. 
S'élance, en bondissant, dans les bois, dans les prés, 
On dirait qu'il a peur de rencontrer des chaînes 
Dans les touffes de fleurs dont ses bords sont parés. 

Au bon temps des Gastons, une chapelle sainte. 
Qu'à la mère de Dieu bâtirent nos aïeux, 
Ouvrait déjà, non loin du Gave, son enceinte 
Aux nombreux pèlerins accourus en ces lieux. 



— 143 — 

Il n'avait point alors, ce modeste hermitage, 
Le nom de Betharram inscrit sur son fronton. 
Fils du Béarn, je vais, dans votre vieux langage, 
Vous conter d'où lui vient ce nom. 



II 



Près du toit où la Vierge veille, 

Une fille des lieux voisins, 

Vive, leste comme une abeille, 

Allait, remplissant sa corbeille. 

Des fleurs que moissonnaient ses mains. 

ciel ! quelle fleur séduisante, 
Là, se mire au cristal de l'eau ; 
De cette eau pure et transparente. 
Qui, suivant sa rapide pente, 
Baigne en passant les pieds de Pau ! 

Pour la cueillir elle se presse... 
Son pied glisse-.. Jeunes garçons, 
Ombragez vos fronts de tristesse !... 
Le Gave, qui bondit sans cesse. 
L'emporte dans ses tourbillons... 

La pauvrette élève son âme 
Vers Celle qu'émeut le malheur... 
D'auprès des murs où Notre-Dame 
Vient en aide à qui la réclame, 
Soudain tombe un rameau sauveur. 

La jeune fille qui se noie. 
Saisit, en l'étreignant bien fort. 
Ce rameau que le ciel envoie. 
Qui sous son étreinte se ploie 
pt la soutient jusques au bord. 



— 144 — 



Puisqu'une aide surnaturelle 
Te sauve du flot courroucé, 
Petite amie, à la chapelle 
De la Vierge à ta voix fidèle, 
Va réchauffer ton cœur glacé. 

ciel ! que te voilà tremblante ! 
Tes dents craquent sous le frisson ! 
De ta robe blanche, collante, 
L'eau, goutte à goutte ruisselante, 
A tes pieds mouille le gazon , 

« Sans votre aide, j'étais perdue, 
Dit-elle alors. Reine du ciel, 
Ma chute, nul ne l'avait vue ; 
Mais vous, qui m'avez entendue, 
Êtes venue à mon appel. 

« Votre amour, ô douce patronne ! 
Pour nous toujours veille d'en haut : 
Quand l'eau m'entraîne, m'environne, 
Au chêne votre voix ordonne 
De m'envoyer vite un rameau. 

« Vierge ! je vous fais hommage 
De ce rameau qui séchera ; 
Mais, sur mon âme, je m'engage 
A mettre aux pieds de votre image 
Le rameau qui toujours luira. 

« Trouverai-je, ô Vierge divine ! 
Mon père contraire à mon vœu ? 
Ses agneaux paissent la colline. 
Dans les champs sa moisson s'incline... 
Ma mère obtiendra son aveu. 



— 145 — 

« Et moi, dans une ardeur nouvelle, 
En souvenir de ce bonheur, 
Tous les mois, à cette chapelle 
Où votre saint amour m'appelle, 
Je vous ferai don de mon cœur. » 



III 



La chapelle, depuis, fut de tous vénérée. 
Parmi les ex voto de son riche trésor, 
On voit briller, aux mains de l'image sacrée. 
L'offrande d'un beau rameau d'or. 

De là, le nom du lieu.... Loin du bruit de la ville, 
Là, de ses passions se guérit plus d'un cœur, 
Et l'âme s'y retrempe à la pensée utile 
Des tourments que pour nous endura le Sauveur. 

Courez à Bétharram, enfants de la Navarre 
Peuples de la Gascogne et des bords de l'Adour ; 
A Bétharram jamais la Vierge n'est avare 
Des trésors du divin amour. 



10. — Le Pastteiii* niallienreux. 

Voici la plus vantée de nos Causons^ ou plutôt la plus 
aimée, et comme le chant national des Béarnais ; d Mazure, 
Prof, de Philosophie au Coll. Royal de Pau» 

« Quelle vérité dans ces plaintes du Pasteur malheureux ! 
Quel mélange attendrissant de tristesse, d'amertume et 
d'amour î Mais en même temps quelle perfection de style ! 
Je ne voudrais pas descendre dans le détail ; mais comment 
ne pas remarquer la justesse et Timprévu de ces images 
pittoresques, cet orgueil d'une bergère, pour qui la maison 
de son amant n'est plus assez haute d'un étage, ces moutons 

10 



— 146 — 

qui semblent partager la vanité de leur maîtresse l... » 
MoET ; Prof, de Rhét. au Lycée de Pau. 

On a toujours vu ce morceau divisé en couplets de trois 
vers chacun. Plusieurs raisons nous ont déterminé à ne pas 
adopter cette division. Ici, nous nous bornons à dire que la 
musique, lorsqu'on chante ces couplets, fait entendre, d'une 
manière très-sensible, qu'ils doivent être transcrits comme 
nous les présentons. 



La haut sus las mountanhes, 
U pastou malhurous, 
Segut au pèe d'u hau, 
Negat en plous, 

Sounyabe au cambiament 
De sas amous. 



Là haut sur les montagnes. 
Un pasteur malheureux, 
Assis au pied d'un hêtre, 
Noyé de pleurs. 

Songeait au changement 
De ses amours. 



Coo leuyè, coo boulatye, 
Dise l'infourtunat, 

La tendresse e l'amou 
Qui t'èy pourtatz, 

Soun aco tous rebutz 
Qui èy meritatz ! 



Cœur léger, cœur volage, 

Disait l'infortuné, 
La tendresse et l'amour 

Que je t'ai portés. 
Est-ce par là que j'ai mérité 

Tes rebuts ! 



Despuixs qui tu fréquentes 
La yent de counditiou, 

Qu'has près u taa haut bol. 
Que ma maysou 

N'ey prou haute enta tu 
Du cabirou. 



Depuis que tu fréquentes 

La gent de condition, 
Tu as pris un si haut vol, 

Que ma maison 
N'est plus assez haute pour toi 

D'un chevron (étage). 



Tas oûlhes dab las mies 
Nou-s denhen plus mescla ; 
Tous superbes moutons 

Despuixs en sa 
Nou s'aproxen deu mes 

Qu'entaus tuma. 



Tes brebis avec les miennes 
Ne se daignent plus mêler ; 

Tes superbes moutons 

Depuis longtemps 
Ne s'approchent des miens 
Que pour les frapper de la corne. 



— 147 — 



De richesses me passi, 
D'haunous, de qualitat; 
You nou souy qu'u pastou, 

Mes nou-n y ha nat 
Que n'eus surpassi toutz 

En amistat. 



De richesses je me passe, 
D'honneurs, de qualité ; 
Je ne suis qu'un pasteur, 
Mais il n'y en a aucun 
Que je ne surpasse 
En amitié. 



Encoère que sy praube 
Dens moun petit estât, 
Qu'aymi mey moun berret 

Tout espelat. 
Que nou pas lou plus bèt 

Ghapèu bourdat. 



Encore que je sois pauvre 
Dans mon petit état. 

J'aime mieux mon berret 
Tout pelé 

Que le plus beau 
Chapeau bordé. 



Las richesses deu mounde 
Nou hèn que da turment ; 
E lou plus bèt Senhou, 

Dab soun aryent, 
Nou bau pas lou pastou 

Qui biu countent. 



Les richesses du monde 

Ne font que donner des tourments ; 

Et le plus grand Seigneur, 

Avec son argent. 
Ne vaut pas le pasteur 

Qui vit content. 



Adiu, coo de tigresse, 
Pastoure sens amou ! 
Gambia, bee potz cambia 

De serbidou ; 
Yamey nou-n troubaras 

U tau coum you ! 



Adieu, cœur de tigresse. 
Bergère sans amour ! 

Changer, tu peux changer 
De serviteur ; 

Jamais tu n'en trouveras 
Un tel que moi ! 



11.— La Bistanflnfe. 



Navarrot fit cette chanson aux Eaux-Bonnes, après un 

dîner, où il avait était convié par M™^ M Ces couplets, 

oixpétille d'esprit, s'adressaient à l'aimable hôtesse du poète : 



— 148 — 

So qui-m desligue la paraule, 
Qu*ey lou darrè truc deu boussou ; 
Lou me reyaume qu'ey la taule ; 
Lou bii qu'apère la cansou, 
Sustout quand ey de Juransou. 

Cadu qu'ha soun tri, 
Soun refri; 
Mey lou deu me clari : {bis) 

Qu'ey la bistanflute, 

Flûte, flûte, flûte ; 

Bou cop de flabute ! 

Truque tambouri ! 

Quand la noeyt ha tenut sas teles, 
Aus trabatès d'u cèu plaa caut, 
Ta que nou-s truquen las esteles, 
Bee eau qu'eus jogue quauque saut, 
Lou briulounayre de la haut. 
Tout que ba soun tri, 
Peu refri, 
Jou crey, deu me clari : {bis) 
Per la bistanflute, etc. 

Quand lou counscrit ba ta la goerre, 
De pou que he lou pas drin court 
En audint brouni lou tounerre, 
Mars qu'où coundusex a la mourt 
A truques de cops de tambour. 
Tout que ba soun tri, etc. 

Quand baxen ta las arribères 
Las anesquetes, lous moutons, 
Qu'en ban au brut de las esquères, 
Per batalhoîis y peloutous; 
Atau que sèguin lurs pastous. 
Tout que ba soun tri, etc. 



— 149 - 

Las gouyatetes a la danse, 
A menhs d'habe lou coo de hac, 
Ta mielhe segui la cadence, 
Débat lou mouchoèr, au soubac, 
Qu'han Varratet qui-oûs hè tic-tac. 
Tout que ba soun tri, etc. 

Quand jou bey taa bères malaudes, 
Qui parlen de-s lexa mouri ; 
Sens Aygues Redes, Aygues Caudes, 
En cantant, jou las bouy goari, 
a Lexatz-me ha » si-oiis diseri. 
Tout que ba soun tri, etc. 

Lou tambouri pagat d'abance, 
Daune, que da plaa méchant sou. 
Que-b bouleri plaa mete en danse ; 
Mes que m'arranjatz de fayssou 
Que n'èy ni rime ni rasou. 

Que souy trop en tri 
Tau refri 
Deu me prâube clari : 

De la bistanflute. 

Flûte, flûte, flûte ; 

Bou cop de flabute ! 

Truque tambouri ! 



Ce qui me délie la parole (la langue)^ 
C'est le bruit du bouchon (qui saute) ; 
La table est mon royaume ; 
Le vin appelle la chanson, 
Surtout lorsqu'il est de Jurançon. 
Chacun a son train, 
Son refrain. 



— 150 -- 

Mais celui de mon chalumeau ; 

Est la bistanflute, 

Flûte, flûte, flûte ; 
Bon coup de flûte ! (vigoureuse note) 

Tape tambourin ! 

Quand la nuit a tendu ses toiles 
Aux combles d'un ciel bien chaud, 
Pour que les étoiles ne se heurtent point, 
Il faut qu'il leur joue quelque saut (air), 
Le violoniste de la haut. 

Tout va son train, 
Par le refrain. 
Je crois, de mon chalumeau : 

Par la bistan/lute, etc. 

Quand le Conscrit part pour la guerre. 
De peur qu'il fasse le pas un court 
En entendant gronder le tonneri'c, 
Mars le conduit à la mort 
A force de coups de tambour. 
Tout va son train, etc. 

Quand descendent vers la plaine 
Les brebis et les moutons. 
Ils vont au bruit des clochettes. 
Par bataillons, par peletons ; 
Ils suivent ainsi leurs pasteurs, 
etc. 



Les fillettes à la danse, 
A moins d'avoir le cœur de hêtre. 
Pour mieux suivre la cadence, 
Sous leur mouchoir, à l'abri. 
Ont le p^aï rat (le cœur) qui leur fait tic-tac. 
Tout va son train, etc. 



— 151 — 

Quand je vois de si belles malades, 
Qui parlent de se laisser mourir , 
Sans Eaux Froides, sans Eaux Chaudes, 
En chantant, je veux les guérir : 
« Laissez-moi faire, » leur dirais-je. 
Tout va son train, etc. 

Le tambourin payé d'avance, 
Madame, donne un bien mauvais son. 
Je voudrais bien vous mettre en danse ; 
Mais vous me traitez de façon 
Que je n'ai plus rime, ni raison. 
Je suis trop en train 

Pour le refrain 
De mon pauvre chalumeau : 

De la bistanflute, 

Flûte, flûte, tlûte, 
Bon coup de flûte ! (vigoureuse note) 

Tape tambourin ! 



tt. — Les SoiiTCiiirs. 

Lou soubeni qu'ey ue malaudie 

Qui hè lou coo mey triste que la noeyt, ^ 

Hè negreya la bère lutz deu die, 

E tout endret que-u hè parexe boeyt. 

Qu'ey lou berée qui goaste Taygue nete, 

Oun lou sourelh es bienè miralha ; 

Qu'ey lou bent red qui torre la flourete, 

Quoand, au printemps, s'anabe esparpalha. 

Ah! soubenis de case e deu bilatye. 

Que m'arribatz de cap, tout u hardèu ; 

Que bouletz dounc? N'ey pas mey lou boste atye 

De courre atau toutz nudz débat lou cèu ; 



— 152 — 

Anatz droumi débat la terre grise 
Dab toutz lous mourtz qui soun partitz d'aquiu; 
L'hibèr que bien dab Faurey y la bise, 
Anatz droumi sus la haute de Diu. 

Nou bouletz pas?... y que tournatz encoère, 
Birouleyant, dansant autour de you ! 
Quin bèt ahoalh, o troupe haroulère ' 
De que parlatz?... De plasés e d'amou... 
Toutz, u per u, que desfilen adare 
Coum lous sourdatz hèn autour deu drapèu. 
Demouratz dounc, y muchatz-me la care ; 
Que-b bau counta, y sens ploura dilhèu... 

Al. Peyret, Contes béarn. 



Le souvenir est une maladie 

Qui rend le cœur plus triste que la nuit, 

Obscurcit la belle lumière du jour 

Et fait que tout endroit paraît vide. 

C'est le poison qui corrompt l'eau pure 

Où le soleil venait se mirer ; 

C'est le vent froid qui glace la tendre fleur, 

Lorsque, au printemps, elle allait s'épanouir. 

Ah ! souvenirs du foyer et du village, 

"Vous arrivez vers moi, toute une foule; 

Que voulez-vous donc ? ce n'est plus de votre âge 

De courir ainsi tous nus sous le ciel ; 

Allez dormir sous la terre grise 

Avec les morts qui sont partis de là ; 

L'hiver vient avec le vent et la bise. 

Allez dormir sur les genoux de Dieu. 

Vous ne voulez pas ?.. et vous revenez encore. 
Tournant, dansant autour de moi ! 
Quelle belle volée, ô troupe folâtre ! 



- 153 — 

De quoi parlez-vous ?... De plaisirs et d'amour... 
Tous, un à un, ils défilent maintenant 
Comme les soldats font autour du drapeau. 
Restez donc, que je vous voie ; 
Je vais vous conter, et sans pleurer peut-être... 



13. — Le (seig^netir et le cure. 

La seigneurie de Viellenave, commune de l'arrondissement 
d'Orthez, canton de Navarrenx, faisait partie de la baronnie 
de Jasses qui fut créée en 1644. Est-ce de cette localité que vient 
le conte : Le seigneur et le curé? On n'en sait rien. 

Il nous a été dit dans V arrondissement d'Oloron, vers la 
montagne ; on y voit l'emploi de certaines formes de l'article 
particulièrement en usage dans le béarnais des hautes vallées : 
et, le, det, du, at, au, ara, à la, pera, par la ; des finales en a 
faible y sont aussi notées. 

Et senhou de Bièlenaba qu'habè sabut qu'et so caperaa 
bié d'arrecebe cent escutz. Que-u manda at castèt, e, aquiu, 
per miassas, a mau grat, lou he fina aquera souma. 

— Juratz pera fee, si-u dixou, que nou parlaratz james 
d'asso a homi ni hemne det mounde ; sinon, dab jou que 
p'at beyratz. 

— Que juri, respounou et caperaa, de n'habe recous ad 
augu qu'aDiu. 

— A Diu, tant qui-p playra, ditz et senhou ; dab et 
soulet, plus tard, que-m birarey etz ahas, e labetz que m'y 
daratz, bissè, u cop de maa. 

Aco dit, que s'espartin. Et senhou s'en arridè coum u 
Judiu ; mes, bee l'y goardabe bèra et caperaa ! 

Et dimenje après, ara missa de haut die, que se-b boute 
a canta : 

« Mossenh de Bièlenaba m'ha panât cent escutz, e que 



— 454 — 

m'ha hèyt jura pera fee de Jesu-Chrit de nou-n james 
parla a nat homi ni hemne ; que m'en arrencuri doungues 
soulamentz a Jesum Christum, Domimim nostrum. » 

Conte popul. 

Le seigneur de Viellenave avait appris que son curé venait de rece- 
voir cent écus. Il le manda au château, et là, par des menaces, il le 
força de lui remettre cette somme. 

— Jurez par votre foi, lui dit-il, que vous ne parlerez de ceci à 
homme ni femme au monde ; sinon, vous aurez affaire à moi. 

— Je jure, répondit le curé, de n'avoir recours qu'à Dieu. 

— A Dieu, tant qu'il vous plaira, dit le seigneur ; avec lui seul, 
plus tard, je tournerai (j'arrangerai) mes affaires ; et alors vous 
m'aiderez (m. à m.: vous m'y donnerez certainement un coup de 
main). 

Cela dit, ils se séparèrent. Le seigneur riait comme un Juif ; mais, 
que le curé la lui gardait belle ! 

Le dimanche suivant, à la grand messe. Je voilà qui se met à 
chanter : 

« Mon seigneur de Viellenave m'a volé cent écus, et m'a fait jurer 
par la foi de Jésus-Christ de n'en jamais parler à homme ni femme ; 
je m'en plains donc seulement à Jesum Christum, Dominum 
nostrum)-). 



14. — Le Rcuard et le Batelier. 

U die qui lou Renard habè ad ana dela-u Gabe, que 
demanda au Naulè deu ha passa. 

— Pague-m d'abanse, ditz aqueste. 

— N'èy pas nat soo, respoun lou Renard. 

— E doun, hique-t a Taygue, you nou-t bouy passa. 

— Lou mi amie, ditz lou Renard, bèt cop que sèrb de 
gabe quauques bertatz ; si-m passes, que t'en diserèy très. 

— Bère pague ! Nou parles jamey qu'enta menti, 
»— Per Diu ! que-m podes crede hoey. 



— 455 — 

— Abise-t-y, que-t negui, si m'afrountes. 

— Marcat hèyt, respoun lou Renard ; toque maa. 

— Saute aci, ditz lou Naulè, et beyam las très bertatz. 
La nau qu'en ba... Renard que-s boute a dise : 

— La lue n'arraye pas autant coum lou sou ; bahide, aco 
n'ey pas mensounye ? 

— Nou pas nou, ditz lou Naulè. 

E la nau qu'ère deya au miey deu briu. 

— Segounde bertat : l'aygue nou-s semble pas au bii ; en 
èy mentit, brabe Naulè ? 

— Nade brigue, fripou ! Malaye que nou sie tout parié ! 
beberi per aci mantu cop deu blanc ! 

Lou glarè qu'ère labetz tout près ; Renard que p'y saute, 
e, de bèt drin loenh, que-s bire de cap au Naulè tau dise : 

— Aqueste qu'ey la terce bertat ; lou mi amie, escoute 
plaa, goarde-la-t, que nou se-t pergue : Si cadu te pague 
atau, bourse nou-t eau. 

Cont. pop. 



Un jour que le Renard devait aller au delà du Gave, il pria le 
Batelier de lui faire passer l'eau. 

— Paie-moi d'avance, lui dit celui-ci. 

— Je n'ai pas le sou, répond le Renard. 

— Eh bien, mets-toi dans l'eau ; je ne veux pas te faire passer. 

— Mon ami, reprit le Renard, bien des fois il est utile de savoir 
quelques vérités ; si tu me fais passer, je t'en dirai trois. 

— Beau salaire ! Tu ne parles jamais que pour mentir. 

— Par Dieu ! Tu peux m'en croire aujourd'hui. 

— Prends garde, je te noie si tu me trompes. 

— Marché fait, répond le Renard, touche main. 

— Saute ici, dit le Batelier, et voyons (quelles sont) ces trois 
vérités. 

Le bateau filait... Renard se mit à dire : 

— La lune n'éclaire pas autant que le soleil. Certes, ce n'est point 
là un mensonge... 

<— Non, non, dit le batelier, 



— 156 — 

Et le bateau était déjà au milieu du courant. 

— Deuxième vérité : l'eau ne ressemble pas au vin ; ai-je menti, 
brave batelier?... 

— Pas du tout, fripon ! Hélas, que n'est-ce tout pareil ! Je boirais 
ici plus d'un coup du blanc. 

Ils étaient alors tout près de la grève.... Renard y saute, et, d'un 
peu loin, il se tourne vers le Batelier pour lui dire : 

— Voici la troisième vérité ; mon ami, écoute bien, et prends 
garde de te la perdre : Si chacun te paie ainsi, tu n'as pas besoin de 
bourse. (1) 

(1) Sur ce Ihème dft trois vérités dites par raillerie, pour piix d'un 
service rendu, il y a un apologue charmant «la Mésange et le Villageois» 
dans les Récits d'un Ménestrel au xiii« siècle ; Natalis de Wailly , publi- 
cation de la Société de l'histoire de France ; Paris, Renouanl, 1876. 



DEUXIEME PARTIE 

LES ESPÈCES DE MOTS 



L'ARTICLE 



182. — L'ancien article, lo, la, los, las, est aujourd'hui 
lou, la, le, la, lous, las, les : — lou prat, le pré, la flou, la 
fleur, lous cassons, les chênes, las hoelhes, les feuilles. 

Le français n'a qu'une forme au pluriel « les » pour le 
masculin et le féminin ; le béarnais en a deux : lous calhaus, 
les cailloux, las pèyres, les pierres. 

483. — Lou et la s'éhdent devant une voyelle ou h muette : 
Vestiu pour lou estiu, l'été, Vaygue pour la aygue, l'eau , 
l'homi pour lou homi, l'homme, l'herbe pour la herbe, l'herbe. 

184.— L'article mascuUn, lou, lous, se contracte toujours 
non-seulement avec les prépositions a, de, « à, de », mais 
encore avec enta (par aphérèse nta, ta) signifiant « pour, 
dans, chez, sur » . 

Ce même article se contracte souvent avec les prépositions 
sus, sur, per, par, h travers de, dans, à cause de, pour. 



En italien aussi on a la faculté de contracter avec l'article, non 
seulement, comme en français et en espagnol, les prépositions 
«à, de», mais encore les prépositions « sur, dans, par, pour» ; — 
Léon Vaïsse. 



— 158 — 

485. — La contraction de lou, Ions, avec a, de, enta (nta, 
ta) produit : au, ans, entau, entaus (ntau, ntaus, tau, taus); 
— ^ ai* pour a loti, ans pour a lous, entau p. enta lou, entaus^. 
enta lous, etc. Exemples : 

Segut au pèe d'u hau. Assis au pied d'un hêtre. 

Despourrins. 

Lèu que passes aus bras de noustes pastouretes. 

Navarrot. 

Vite tu passas aux (dans les) bras de nos pastourelles. 
Deus pastous adourat coum l'enfant deu miracle. 

Navarrot. 

Des pasteurs adoré comme l'enfant du miracle. 

Quand jou m'en bau entau marcat. Quand je m'en vais au marché. 
Chans. pop. 

Lou sort hurous Le sort heureux 

N'ey pas entaus praubes pastous. N'est pas^owr les pauvres pasteurs. 
Andichou. 

Taus gatyes, tau serbici 
Que reglem tout, e puix qu'entrey en exercici. 

Picot. 

Pour les gages, pour le service, 
Nous réglâmes tout, et puis j'entrai en exercice, 

Que courri tau barbe. Je cours chez le barbier. 

Picot. 

Tatay qui saute tau camii. Bohémien qui saute sur le chemin. 
Navarrot. 



Les articles composés au, aus, au, aux, deu, deus, du, des, 
étaient primitivement dans la langue écrite al, als, del, dels; voy., 
no 56, la diphthongaison en béarnais de l après a, e. Les formes 
au, deu sont tout aussi anciennes ; on les trouve employées dans 



— 159 — 

le Car t. de l'abbaye de Sor de {acte de iilO), p. 454. Le texte de 
1270 publié ci-dessus, p. 109, porte encore als, aux ; c'est, en ce 
temps-là, pour le béarnais, un cas exceptionnel. 

M. Paul Meyer a relevé deu, aus dans des poésies religieuses en 
langue d'ocjtirées d'un ms. latin de 1139 ; (voy. Bibl. de l'Ecole des 
Chartes, juillet-août 1860) ; et il a fait très-justement remarquer que 
M. du Méril avait eu tort de proposer la substitution de als à aus. 



186. — Au lieu de deti, deiis, du, des, on dit communé- 
ment dau, dans, ou doû, doiïs. A Orthez, on emploie cons- 
tamment, dou, doits : — « la cante doti printemps », la 
chanson du prmtemps ; « lou parla dotis grans moussus t, le 
parler des grands messieurs. 



Le gascon de Bayonne a aussi dou, dous : — dou can, du chien ; 
dous moutouns, des moutons. Notre doû est le provençal dou 
[o accentué) : — « Flou dou cèu embaume moun ame » ; Fleur du 
ciel embaume mon âme ; J. Roumanille. — Vieux français dou : 
Que novelles me dites dou chatel Avenant ? 

Floovant. 



187. — La contraction fréquente mais non forcée de l'arti- 
cle masc, lou, lous, avec les prépositions sus, per, produit 
sou, soiis, peu, peus^ qui équivalent à : sus lou, sus lous, per 
lou, per lous. 

Soii coustalat besii you repausi ma biste. 

De Cazaux. 

Sur le coteau voisin je repose ma vue. 
Que-s yetaben sous platz. Ils se jetaient sur les plats. 

Picot. 

Que nou lexetz pas h3i peu caperaa, peu noble 

Las leys ta si-medixs countre lou praube poble. 

Navarrot. 



— 160 — 

Que vous ne laissiez pas faire par le prêtre, /)ar le noble. 
Les lois pour eux-mêmes contre le pauvre peuple. 

Peus houratous que-t bedi. A travers les petits trous je te voyais^ 
Bordeu. 

Peus casaus e peus camps, per ribères, peus pratz. 

Bordeu. 
Dans les jardins et dans les champs, dans les vallées, dans les prés. 

Noeyt e die souspire et ploure 
Peus charmes qui l'han encantat. 

Despourrins. 

Nuit et jour il soupire et pleure 

A cause des charmes qui l'ont enchanté. 

488. — Seu, suoû, sont employés pour sou ; Navarrot a 
écrit : « lou berret suoû constat », le berret sur le côté 
(sur l'oreille) ; — dans le Parterre Gascoun de G. Bedout, on 
trouve (( suoû cap d'un banc » ; sur le bout d'un banc. 

« Seu tiicoû hè cent arricouquetz » ; sur le tertre il fait 
cent cabrioles; — Sonn.^ Gassion. 

189. — Ces articles sont à Orthez (1) : sou, sous, pou, pous. 
Exemples : sou Iheyt, siir le Ut; sous camiis, sur les chemins, 
pou coustat, parle côté; pous gouyatz, parles garçons. — 
Le gascon de Bayonne emploie les mêmes articles; voy. 
Fables causides (Fables choisies) de La Fontaine ; Bayonne, 
Paul Fauvet Duhart, 1776. 



190.— L'article, lou, tous, se contracte avec la préposition 
darrè, derrière : — darrèu pourtau, derrière le portail; 



(1) Quand nous disons Orthez, Nay, Oloron, il doit être entendu que 
nous ne parlons pas seulement du langage propre à ces localités, mais de 
celui d'un certain nombre de communes qui sont plus ou moins rappro- 
chées d' Orthez, de Nay et d' Oloron. 



— 161 — 

darrèus haus, darrèus bouixs, derrière les hêtres, derrière 
les buis; — D'^Mayniel. 

191. — Il y a en béarnais un autre article composé, em- 
ployé moins fréquemment que les autres : eu, eus pour en 
loUy en lous. « — Ensenhes desplegatz en Pont Long », 
Enseignes déployées mi {dans ie) Pont-Long ; Fors de Béarn. 



La contraction eu pour en le se retrouve aussi en français ; la 
remarque en a été faite, croyons-nous, par M. Paul Meyer, Bihl. 
de VEcole des Chartes^ 1860; la note que nous avons sous les yeux 
n'est pas assez précise pour que nous puissions l'affirmer. 

Au xvi^ siècle encore, on disait « es bocages », dans les bocages ; 
Ronsard. On sait que es n'est usité aujourd'hui que dans les locu- 
tions : « es mains » (jurisprudence), bachelier es sciences, docteur 
es lettres. 



192. — En béarnais, l'article Ion, lous, se contracte avec 
le substantif moussu, monsieur : — maussou, mousseu, mous- 
suoiï, monsieur le : 

Yamey noii- mentabèn que mousson chibalié. 

Picot. 

Jamais on ne l'appelait que monsieur le chevalier. 
Mousseu curé que sort deu seminari, 

Peyret. 

Monsieur le curé sort du séminaire. 

Per moussuoû députât, 
Au scruty que passabe a l'unanimitat. 

Navarrot. 

Quant à Monsieur le député. 

Au scrutin il passait à l'unanimité. 

11 



— 162 — 

I 493. — Au lieu de l'article dont nous venons d'indiquer les 
diverses formes, il y en a un autre, presque seul usité, vers la 
montagne et à la montagne. A Nay et dans la partie sud de 
ce canton (arr. de Pau), à Oloron et dans les cantons 
d'Arudy, de Laruns, d'Accous, d'Aramitz (arr. d'Oloron), on 
emploie et (1), le, ère, la, etz^ ères, les. — Le féminin, ère» 
ères, se prononce le plus souvent era, eras. Voir a final, 
ci-dessus, h la suite du n^ 7. Exemples : — Et sou, le 
soleil, era lue, la lune ; etz pastoiis, les pasteurs, eras baques, 
les vaches. 

194. — Et, le, se change en er devant une voyelle ou h 
muette : — er aulhè,.\e berger, er homi, l'homme. A la suite 
d'un mot terminé par une voyelle, l'article féminin est ra : 
— gaha ra crabe, prendre la chèvre; dans ce cas, il se 
trouve réduit à r, quand le mot suivant commence par une 
voyelle : da r aulfie sens era laa, donner la brebis sans la 
laine (proverbe) ; il y a des pasteurs qui oublient que 
« donner et retenir ne vaut » . 

195. — Etz, les, devient es : — es caas, les chiens, es 
boeus, les bœufs. Pour la prononciation de tz, voir ce qui a 
été dit p. 93, au sujet de tz désinence verbale, 2* pers. du 
pluriel. 

196. — Et, etz, le, les, avec les prépositions a, de, forment 
at, atz, aux, det, detz des, — Ex. : at hilh, au fils, atz 
neboutz, aux neveux, det ray, du frère, detz coiisiis, des 
cousins. 

197. — Atz, detz, se prononcent souvent as, des : — as 
neboutz, aux neveux, des besiis, des voisins. 

(1) Et au lieu de eth qui se trouve dans la l^e édit. de la Grammaire ; 
l'explication de ce changement a été donnée plus haut, p. 75 (note) au 
sujet du pronom et; — article et pronom sont de même origine ; latin ille, 
illa; les deux / deviennent en béarnais t, r {et, era)\ voy. n»» 120, 151. 



-.f63 — 

198 — Les formes contractes at, atz (as), aux, det^ detz 
(des), des, sont au féminin : ara, aras, dera, deras (1). Ex. ; 
At putz, au puits, ara hoimt, à la fontaine ; atz ou as caperaas, 
aux curés, aras glèises, aux églises; det courbas (2), du cor- 
beau, dera pigue, de la pie, detz ou des brunis, des nuages, 
deras mountanhes, des montagnes. 

499. — Les prépositions ta (aphérèse de enta), per, se 
contractent aussi avec l'article et, era, ce qui produit : tat, 
tara, pet, pera. Exemples : tat cap, pour la tête, tara came, 
pour la jambe ; pet pays, par le pays, pera nèu, par la neige. 

200. — Comme l'article simple et se change en er devant 
une voyelle ou h muette, n° 194, le même changement a 
lieu en pareil cas pour les articles composés, at, det, etc. — 
Da at parent, ar amie, donner au parent, à l'ami ; pet camii, 
per arriu, par le chemin, par le ruisseau. 

201. — En, ena signifient : dans le, dans la, à le, à la. — 
En hoîistau, dans la maison, ena bile,"* dans la ville ; en digt, 
au doigt, ens pèes, aux pieds. 



ProYerbe» de la inontag^ue. 

Qui bié amigalha-s ^^ Pigou 
Qu'ey u layrou 

Qui vient se faire un ami du Pigou (chien de garde du 
troupeau) est un larron. — Il s'agit du ravisseur qui vise la 
bergère plutôt que les brebis. 

(1) Il semblera peut-être que nous aurions dû écrire d'era, d'eras, et 
de même au masculin d'et, d'eiz : à la contraction qui fait un seul mot de 
la préposition et de l'article, on préférerait Vélision qui laisse l'article sé- 
paré de la préposition. Mais puisque l'on admet at, pour a et, etc., pourquoi 
ne pas admettre det pour de et, elc ? 

(2) Ce mot se prononce de deux manières : courbas, et, comme on l'a 
vu n» 169 : courbaix {ix z=. ch). 



— 464 — 

Qu'en bié atau 
At pastou qui-s lèxe ra cape en houstau. 

Il en vient ainsi (voilà ce qui arrive) au pasteur qui a 
laissé la cape à la maison. — Il mésarrive à celui qui a été 
imprévoyant ; « Prudence est mère de la sûreté ». 

Tatz courbas 
JBr'aulhe poeyride nou pud pas. 

Pour les corbeaux, la brebis pourrie ne pue point. — La 
satisfaction des appétits grossiers. « Les corbeaux vont à la 
charogne » ; Oihenart, Prov, basques. 

Quand ^r'anada coumense pet dityaus, 
Ben-te ras baques et tous braus. 

Quand Tannée commence pur /^ jeudi, vends les vaches et 
tes bouvillons. 

Si ra rose det casau 
Baxe de cap at houstau 
Ara porte ra mourt que hè : gnau ! 

Si la rose du jardin penche vers la maison, à la porte la 
mort (fait entendre) « miaou ! » Elle « miaule » ; il lui faut 
une victime. — Tel est, dans nos montagnes, le langage 
imagé de la superstition. 

Tat loup ^f'anhère. 

Pour le loup la brebis. — A l'adresse de la jeune fille que 
guette le libertin. 

Ta-s harta de lèyt, 
Nou eau espoupa r aulhe. 

Pour se rassasier de lait, il ne faut pas arracher la mamelle 
à la brebis. — Pour vouloir trop tôt être riche « ne tuez pas 
la poule aux œufs d'or ». 



— 165 — 

En mees d'abriu, 
Era baque biu 
Pera sègue ou per arriu 
E si biu, mau biu. 

Au mois d'avril, la vache vit par la (le long de la) haie ou 
par le (le long du) ruisseau, et si elle vit, mal elle vit. 



M. Luchaire, professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux, a 
constaté l'emploi de cet article dans le langage des habitants de la 
montagne depuis le Béarn jusqu'à l'Ariége. (1) 

M. Roque-Ferrier , secrétaii'e de la Société pour l'étude des 
langues romanes, a présenté, l'an dernier, à la réunion des sociétés 
savantes à la Sorbonne ^2), un mémoire très-intéressant, où il dé- 
montre d'une façon irréfutable que notre article et représente l'an- 
cien article el relevé par Raynouard dans les oeuvres des Troubadours 
et contesté par F. Diez dans sa Grammaire des langues rcmanes. 



202. — En béarnais, les articles lou, et, s'emploient pour 
le pronom démonstratif. 

— Lou castèt de Pau, le château de Pau, lou de Coarraze, 
le (celui) de Coarraze. — La terre d'Aspe, la terre d'Aspe, 
la de Barétons, la (celle) de Barétons. — Lous homis d'Oloron, 
les hommes d'Oloron, lous d'Ossau. les (ceux) d'Ossau. ■ — 
Las cansous de Despourrins, les chansons de Despourrins, 
las de Navarrot, les (cellesj de Navarrot. 

— Et bee det pay, le bien du père, et det hilh, le (celui) du 



(1) Etudes sur les idiomes pyrénéens, p. 229. 

(2) Revue des langues romanes, oct. 1879, p. 114. — P. 120: Extrait 
fort curidix d'un mandement écrit par un évêqne de Comminges au 
xviii® siècle, où se trouvent des exemples de et, ère, eiz, ères, le, la, 
les ; ère, ères, y sont avec la préposition de et avec la préposition a. 
M. Roquc-Ferricr écrit dere et a'rea : dans le premier cas, il élide la 
finale de la préposition et dans le second, l'initiale de l'article ; deux choses 
différentes pour le même fait. Ne vaut-il pas mieux admottie, comme nous 
venons de l'indiquer en note, que, dans les deux cas, il y a cantraciion : 
dere, ares. 



— 166 — 

fils. — Eras hilhes der'arribère,\es filles delà vallée, eras dera 
mountanhe, les (celles) de la montagne. 

203. — Nos articles précèdent l'adjectifpossessif suivi d'un 
substantif. — Lou me pay, le mien père, mon père, la mie 
may^ la mienne mère, ma mère. — Et me ray, le mien 
frère, mon frère, erwmie seroii, la mienne sœur, ma sœur. 

204. — En béarnais, l'article lou, suivi d'un infinitif ou 
d'un participe, forme un véritable nom : — Uana, lou tourna, 
l'aller, le retour. On lit dans les Fors : — Lo judyat dat per 
la Senhor, le jugé (le jugement) donné par le Seigneur. 



Même emploi de l'article avec l'infinitif en provençal ; Mistral 
s'exprime ainsi dans Miréio, vm : 

Lou mînja de ma fam sarié ti poutounet. 
Le manger de ma faim serait tes (doux) baisers. 

En citant ce vers, qu'il soit permis de remarquer que Navarrot a 
dit avec plus de sentiment : 

Que biberi, que crey, de-b bede, Je vivrais, je ci'ois, de vous voir, 
Sens paa, nibii.... Sans pain, ni vin.... 

« Le boire, le manger, le plaignant, le pendu », sont des locutions 
couramment employées en français. Rousseau a dit : « Averti par 
le baisser du soleil de l'heure de la retraite ». Henri IV écrivait à 
Bellièvre : « Le différer accroît les défiances » ; à M^e de Gramont : 
« Dieu bénisse mon retour comme il a fait le venir » ; « A Gabrielle ' 
Que je fus affligé hier soir, quand je ne trouvai plus le sujet qui me 
faisait trouver le veiller si doux !» Le 8 juillet 4579, le Béarnais 
dictait, probablement le pied à l'étrier, un billet qui se termine 
ainsi : « Faict au partir de Nérac ». — M. Jung, dans son étude sur 
les Lettres d'Henri /V, a constaté que ce prince avait une préfé- 
rence marquée pour les infinitifs transformés en substantifs. — Habi- 
tude béarnaise, peut-être ? 



167 — 



LE NOM 



205. — Les noms béarnais sont en général du même 
genre que leurs correspondants français : Lou bii, le vin, 
la bit y la vigne ; lou camp^ le champ, la prade, la prairie, 
lou loup, le loup, la paquese, la belette. 

206. — Il n'y a qu*un très-petit nombre d'exceptions ; 
par exemple : Lou cap, la tète, lou detite, la dette, la leyt, le 
lait, lou pot, la lèvre, la sang, le sang, lasau, le sel, la boup, 
le renard, la serp, le serpent, la tache, le clou, las nngles, les 
ongles. 



Pot, lèvre, baiser, ne vient pas, comme on l'a écrit dans la Revue 
d'Aquitaine, m, 179, des mots qui, en grec, signifient boire, bois- 
son, buveur. Il ne se tire pas non plus, ainsi que Raynouard l'a 
affirmé, après d'autres, du latin potare, boire. On lit dans son 
Lexique, IV, p. 617 : — « Potz so ditz, quar potare, d'on ve 
aquel nom, vol dire beure », lèvres sont dites, parce que potare, 
d'où vient ce mot, veut dire boire. » 

Ni les Grecs, ni les Latins, n'ont tiré les mots qui, dans leurs 
langues, signifiaient lèvres, des racines auxquelles appartenaient les 
mots signifiant boire, boisson, buveur ; et les Béarnais, les Gascons, 
tous les peuples du Midi de la France seraient allés savamment 
chercher ces racines pour en faire le mot lèvres ?... Ce n'est })as 
possible. 

Il nous paraît plus simple, plus vrai, de voir dans pot, lèvre, 
baiser, un reste de la vieille langue des Celtes qui ont occupé nos 
contrées avant les Grecs et les Romains : — Pocq, bouche, en 
lang. celt., se trouve avec le même sens dans le gallois poccyn, dans 
le bas-breton pocq, dens l'irlandais pog, et, avec le sens de baiser, 
chez les Basques nos voisins : — Pot eguin, faire un baiser. — Voir 
Dictionnaire de la Langue d'oc d'Honnorat, et le Dict. Trilingue 
de Larramendi. 



— 168 — 

La serp^ le serpent, ce nom a été employé au masculin dans un 
document de 1388 : aucigo lo serp ; il tua le serpent ; — Paul 
Raymond, Enquête sur les serfs du Béarn. 

« Ongle», masculin en français, est dans la Lorraine et dans la 
Champagne, comme ungle en Béarn, du genre féminin. Les Lorrains 
et les Champenois disent eune ingle. La Fontaine fut probablement 
induit en erreur par l'usage de Château-Thierry, sa ville natale, 
lorsqu'il écrivit, Fab. vi, 15 : 

Se rencontrant sous la main de l'oiseau. 
Elle (l'alouette) sent son ongle maline. 

207. — Cap, tête, tache, clou, ont pour synonymes teste 
et clan qui sont, l'un, du genre fém., comme « tête » et 
l'autre du masculin comme a clou ». — Tache signifie par- 
ticulièrement les clous que l'on met aux souliers, aux sabots : 
cinq soos de taches taus esclops, cinq sous de clous pour les 
sabots ; Chans. pop. 

Cap ne signifie pas seulement « tête », au sens propre, 
mais encore : sommet, bout. Au cap deu pic, au sommet du 
pic ; au cap de très dies, au bout de trois jours ; au cap deu 
pouut, au bout du pont; en lat. in capite niolis, au bout de 
la digue ; Quinte Curce. 

Les Espagnols disent : « A cabo de très semanas », au bout de 
trois semaines. 



Cap s'emploie au sens de « bout » (petit morceau, petite 
quantité) : 

U bèt quilhou de paa, sens cap de mascadure. 

E. Vignancour. 

Un beau morceau de pain sans bout d'autre mets. 



En fr., « cap », tête, a été employé par Rabelais ; il est resté dans 
cette locution « de pied en cap ». 



— • 169 — 

208. — Sang est aujourd'hui du masculin dans le béar- 
nais des villes ; on le trouve employé à ce genre dans les 
Fors : « persone de son linhadge e de son sang », personne 
de sa lignée et de son sang ; il est du féminin dans les Récits 
d'Hist. Sainte, dans un Baron béarn., et dans les Psaumes; 
tout récemment M. G. de Bataille écrivait : 

La sang deus infidèus hère cops barreyade 
Le sang des infidèles bien (des) fois répandu. 

209. — Le substantif dot, la dot, était anciennement du 
mascuhn : « lo doble de son dot », le double de sa dot; — 
Mœurs béarn. — Navarrot lui a conservé le genre qu'il avait 
autrefois : 

Deu dot, ta-s marida, qu'han lèu hèyt l'imbentari. 
De la dot, pour semarier, ils ont vite fait l'inventaire. 



En français « dot » a été aussi du genre masculin : « un grand 
dot », Montaigne, n. 8 ; « l'assignat de mon dot en terres », Marg. de 
Valois, ch. vi ; « du tiers du dot qu'il a », Molière, Ec. des Fem. — 
Par décret de Ménage, en 1672, il fallut « dire la dot et non pas le 
dot comme M. de Vaugelas dans sa traduction de Quinte-Gurce ». 



NOMS A DOUBLE TERMINAISON. 

210. — Il y a en béarnais des noms de même racine qui 
ont deux terminaisons ; avec l'une, ils sont du genre masc, 
et, avec l'autre, du genre fém. Il en résulte une différence de 
signification : 

— Banc, banc, banque, banquette, cledat, parc d'un trou- 
peau, clede, claire-voie, barrière d'un champ, cassou, chêne, 
cassourre, jeune chêne, dot, trou, fosse, dote, petit creux, 
roc, rocher, roque, partie de rocher. 



— 170 — 

On voit que les noms du genre fém. banque, clede, 
cassoiirre^ dote, roque, sont de signification « plus restreinte » 
que leurs correspondants du genre masc. banc, cledat, 
cassou, dot, roc. 

211. — Nous avons d'autres substantifs, masc. et fém., 
de même racine et à terminaisons différentes : — Arram, 
rameau, arrame, branche, barrot, bâton, barre, barre, tige 
de bois, cautè, chaudron, cautère, chaudière, hourn, four, 
hournère, fournil, prat, pré, prade, prairie, tistèt, panier, 
tiste, corbeille. 

Pour ceux-ci, contrairement à ce qui vient d'être remar- 
qué, les noms du genre féminin, arrame, barre, cautère, 
hournère, prade, tiste, ont une signification « plus étendue » 
que les noms du g. masc. arram, barrot, cautè, hourn, prat, 
tistèt ; ainsi V arrame est la branche chargée de rameaux, de 
ramilles, la prade a plus d'étendue que lou prat, etc. 



Anciennement, « prée » s'employait en fr. pour « prairie » ; dans 
Fierabras : « l'abat mort en la prée » ; 

A part dans une prée une blanche génisse. 
Ronsard ; Egl. \. 



212. — Les différences de signification indiquées ci-des- 
sus ne sont pas tellement tranchées qu'on ne puisse, dans 
beaucoup de cas, employer, l'un pour l'autre, deux substan- 
tifs à radicaux identiques et à terminaisons dissemblables : 
— Arrame pour arram, arram pour arrame ; roque pour 
roc, roc pour roque, etc. Despourrins a donné à hournère, 
fournil, le sens de hourn, four. 



Nou y-a hournère ni brasè II n'y a ni four ni brasier 

Qui mie taagran çslamade, Qui produise si grandes flammes. 



— 471 — 

Clôt n'a pas toujours le sens de « fosse » ; on dit : « que 
Than hicat au dot » , on l'a mis au trou, dans la fosse ; mais? 
pour signifier que Ton a bien peu d'une chose, le béarnais 
emploie l'expression proverbiale : « nou-n y ha pas tau 
dot deu caxau », il n'y en a pas pour le trou (le creux) de 
la grosse dent. 

213. — Au lieu de ahoundance^ coimsoulatiou, curioiisitat, 
peguesse, abondance, consolation, curiosité, sottise, on se 
sert au masculin de aboundè, coiinsoiilè, curiomè^ peguè ; la 
désinence è semble significative d'augmentation, d'excès : 
« Qu'ey peguè de hica soun ahide dans lous homis », c'est 
sottise (vanité) de mettre sa confiance dans les hommes; 
Imit. de J.-C. 

Lou deheyè, V inquiété sont la continuité de « l'ennui, de 
l'inquiétude » ; Ion debisè, est le verbiage dans le devis, dans 
la conversation. 

214. — Voici d'autres « synonymes » à radicaux identi- 
ques : — Cantadou, cantayre, chanteur, cassadou^ cassayre, 
chasseur, gouhernadou^ goiibernayre, gouverneur, pescadou, 
pescayre, pêcheur, pourtadou, pourtayre, i^orieur, predicadou, 
predicayre, prêcheur, segadou, segayre, moissonneur, soadou, 
soayre, sonneur, yoiigadou, yotigayre, joueur. 

Sans doute, au point de vue de leur origine, la plupart de 
ces mots cantadou et cantayre, pescadou etpescaijre^ etc, sont, 
chacun avec sa double terminaison, deux cas d'un même 
primitif (1) : cantadou^ accent sur ou, venant de l'accusatif 
cantatorem , accent sur o, cantayre accent sur ay venant 
du nominatif cantalor^ accent sur a. 

Mais on sait qu'en béarnais il n'y a pas à faire la distinction 
des cas ; les très-rares exemples que l'on pourrait citer de 

(1) M. Léonce Couture avait bien raison jadis d'afRrmer ce fait, lorsque 
nous discutions sur les suffixes en ator, arius ; Revue d'Aquitaine, 1858, 
t. III, p. 330 et 376, — Voir Revue de i^ascogne, 1871, p. ^52, ' 



— 172 — 

l'emploi de tel nom au nominatif et à l'accusatif, s'y trouvent 
de hasard, peut-on dire ; les cas n'y furent jamais d'habitude, 
de règle. 

Si donc nous appelons « synonymes » les mots tels que 
cantadou et cantayre, pescadou et pescayre, etc, c'est que 
nous considérons ces mots au point de vue de l'usage qui en 
est habituellement fait en béarnais, et non au point de vue 
du rôle qui leur fut attribué dans d'autres dialectes par suite 
de la double forme qu'ils tenaient de leur origine. 

215. — Dans notre idiome, aujourd'hui, la terminaison 
adou signifie simplement l'action, la terminaison ayre est 
relative à l'habitude. Ainsi cassadou, pescadou, chasseur, 
pêcheur, désignent ceux qui chassent, pèchent, à leurs 
moments, dans des circonstances déterminées, et cassayre, 
pescayre, désignent ceux dont le métier, l'occupation habi- 
tuelle, est de chanter, de chasser, de pêcher. — Gomme de 
l'habitude on tombe souvent dans l'abus, la terminaison 
ayre exprime aussi un défaut ; — Predicadoii est le prédica- 
teur, et predicayre, celui qui prêche à tout propos. 

C'est ainsi qu'en français (1) les désinences eur, ard sont 
relatives, la première à l'action, la seconde à l'habitude, à 
l'abus : — Le pleureur est celui qui pleure, le pleurard est 
celui qui a comme la manie de pleurer ; le traîneur est le 
soldat qui reste en arrière de la troupe avec laquelle il doit 
marcher ; le traînard a la mauvaise habitude de traîner. — 
B. Lafaye ; Syji. fr. 

Cependant, en béarnais, la différence de signification entre 
les mots qui finissent par adou et ceux qui sont terminés en 
ayre, n'est pas toujours aussi marquée que celle qui existe, 
en français, entre les mots qui ont les désinences eur et ard. 
L'usage ne tient pas toujours rigoureusement compte de la 

(1) Ce rapprochement n'est fait que pour l'analogie de signification. 



— 173 — 

nuance qui distingue les substantifs en adou de ceux qui sont 
en ayre. On dit en proverbe : 

Cassayre, pescayre, bebedou, yotigadou, 
Nou hèn boune maysou. 

Chasseur, pêcheur, buveur, joueur, ne font bonne maison. 
— En fr., XVI* s. : « Prodigue et grand buveur de vin, font 
rarement four ne moulin » ;— Gab. Meurier. 



Dans le gascon, la forme ayre a généralement prévalu : 

La foulo mudo esperabo La foule muette espérait (entendre) 

Lou prumè cantayre del Rey Le premier chanteur du Roi 
Jasmin. 

Le provençal emploie indifféremment les mots terminés en ayre 
et ceux qui finissent en adou : 

Touti li jour nosti pescaire Tous les jours nos pécheurs 

S'eslargisson que mai.... S'éclaircissent de plus en plus.... 

F. Mistral. 

Li pescadou qu'an cala si jambin. Les pêcheurs qui ont tendu leurs nasses. 
F. Mistral. 



Dans les dictons béarnais, qui sont l'expression de la ma- 
lice populaire, les mots en ayre indiquent des habitudes 
mauvaises, des métiers pour lesquels on raille ceux qui les 
exercent : 

— Patacayres d'Uzos, les gens d'Uzos (cant. de Pau-Ouest) 
ont la main prompte, même sans être dans le cas de légitime 
défense ; — cabestrayres de Boelh , mauvais marchands de 
hcols de Boeil (cant. de Nay-Est, arr. de Pau). 

216. — Pour former le pluriel dans les noms béarnais il 
n'y a qu'à ajouter s au singulier : — Lou hasaa^ lapotire, le 



— 174 — 

coq, la poule, lous hasaas, las poures^ les coqs, les poules; 
lou lèp, la lèbe, le lièvre, la hase, lous lèps, las lèbes, les 
lièvres, les hases. 

217. — Les noms terminés par d^ f, prennent z au plu- 
riel : — Lou nidy lou noud, le nid, le nœud, lous nidz, lous 
noudz^ les nids, les nœuds ; lou dret, lou parent ^ le droit, le 
parent, lous dretz, lous parentz, les droits, les parents. — 
Exemples : 

— « Totz los jurat^ d'Aspe », tous les juratz d'Aspe, Fors 
de Béarn; « Sirbent^ de Israël », serviteurs d'Israël, Récits 
d'Hist. Sainte ; « ayen bassinets e dart^ », qu'ils aient bas- 
sinets et dards, Rôles de Varm. de Gast.-Ph. 

218. — Les noms qui finissent par c forment le pluriel 
par l'addition de x ou de xs : —Lou loc^ l'amie, le lieu, l'ami, 
loits locx ou locxs, lous amicx ou lous amicxs, les Ueux, les 
amis. Exemples : 

— « Es usadge per los.... borcj?s de Bearn », c'est un 
usage par les.... bourgs de Béarn, Fors; « caperaas, reli- 
gioos e clercj; », prêtres, religieux et clercs, Honn. d'Ar- 
chambaud; «per amor d'augus soos amicj?», par amour pour 
quelques siens amis, Mœurs béarnaises; « si son enemica?5 », 
s'ils sont ennemis. Fors de Béarn. 

219* — Les noms terminés au sing. par s, z^ ne changent 
pas au pluriel ; — Boutz, voix, corSy corps, croutz, croix, 
lutz, lumière, niées, mois, notz, noix, ops, besoin, patz, paix, 
pees, poids, perditz, perdrix, prètz, prix, putz, puis, arraditz, 
racine, utis, outil. 



Lapatz, la paix, s'emploie au pluriel : ha las pat z, se réconcilier; 
dans les Fors, far las patz. — C'est comme en latin : pacibus per- 
fectis, Plaute. 



— 175 — 

LES LETTRES Z, X, XS CARACTÉRISTIQUES DU PLURIEL. 

220. — Nous avons dit comment le pluriel se formait autre- 
fois dans nos substantifs. — C'est ainsi qu'il faut le former 
encore de nos jours. Cessons d'appliquer, en écrivant le 
béarnais, les règles faites pour l'orthographe du français. 

Cette Grammaire ne vient pas recommander des principes 
imaginés à plaisir dans le but d'innover. Non ; elle rétablit 
seulement ceux qu'on a méconnus par une imitation irréflé- 
chie ou forcée, et que l'observation fait retrouver sans peine 
dans les meilleurs documents du passé. 

Qu'on ouvre les Fors de Béarn, les Récits d'Histoire Sainte, 
les Rôles de r armée de Gaston-Phœbtis^ les Mœurs béarnaises, 
etc., tout ce qui est antérieur k l'époque, où le français, s'é- 
tablissant dans la France entière, exerça une influence mar- 
quée dans l'orthographe des idiomes provinciaux qui devaient 
bientôt s'humilier,*s' anéantir presque, sous l'empire glorieux 
de ce maître souverain ; — qu'on veuille bien jeter les yeux 
sur les documents que nous indiquons, sur le Nouveau For 
même, qui est de 1552, et l'on se convaincra que nos règles 
sont tout simplement — nous le répétons une fois pour toutes 
— des principes se déduisant des faits. On pourra bien re- 
marquer dans quelques manuscrits des exceptions plus ou 
moins nombreuses ; mais il ne faut voir là que des accidents. 
Ces exceptions n'infirment nullement la loi qui se trouve 
appliquée dans la très-grande majorité des cas. Voir ci- dessus 
(note), p. 122. 

Nous avons cédé à l'usage, lorsqu'il nous a semblé que 
noue pourrions dérouter de vieilles habitudes de prononcia- 
tion, si nous revenions, pour certains mots, à l'ancienne 
orthographe. Ici, rien de pareil n'est à craindre : que l'on 
écrive dretz ou. drets, les droits, locxs ou locs, les lieux, la 
prononciation ne change point pour nous. Mais de ces deux 
manières d'écrire ces mots et leurs analogues, la première 



— 176 — 

est conforme à l'orthographe du vrai béarnais ; l'autre n'est 
qu'une imitation du français, et n'a aucune raison d'être. En 
préférant dretz à drets, locxs à locs, etc., etc., nous rendons 
à toute une catégorie de nos vocables le caractère qu'ils 
avaient, lorsque le béarnais se parlait et s'écrivait tous les 
jours, sons mélange^ dans les affaires publiques et privées. 
La chose est facile à faire ; il ne faut donc pas hésiter : que 
la mauvaise orthographe disparaisse et que la bonne reste. 

Ces questions dérègles graphiques, dont, il y a plus de vingt 
ans, s'étaient occupés J. Roumanille pour le provençal et la 
Grammaire béarnaise pour notre idiome, sont aujourd'hui à 
l'ordre du jour des travaux de la Société pour l'étude des lan- 
gues romanes, à laquelle j^ ai l'honneur d'appartenir. Bans l'un 
des derniers n^' de la Revue que cette Société publie (déc. iS19), 
p. 397, on demande s'il faut reprendre, pour l'orthographe des 
mots de nos dialectes, Ih (abelhe, abeille), nh (castanhes) châ- 
taignes), ç ou s (aço, asso, ceci), t final (moument, cantant, 
soulamentj, h initiale muette (haunou, honneur, houstau, 
maison)... Qu'il nous soit permis de le rappeler : — tout cela est 
depuis plus de vingt ans dans la Grammaire béarnaise. 

Si nous avons mis les substantifs tels que nid, noud, etc., 
nid, nœud, etc., dans la même catégorie, pour la formation 
du pluriel, que les noms terminés par t, c'est à cause de la 
grande affinité qui existe entre ces deux dentales ; elles per- 
mutent souvent — on l'a déjà vu : — Aygues caudes et aygues 
cautes, eaux chaudes ; la rende et la rente, la rente ; la terre 
nos pert, la terre ne se perd ; Fors de Béarn ; — de plus, 
l'une et l'autre consonne sont, ou muettes, ou fortes, dans 
des cas absolument identiques : t et rf muets dans frount,dart. 
port, front, dard, ipori; round, tard, arcord, rond, tard, accord; 
— t et d forts dans troupèt, ardit, troupeau, hard ; red, nid, 
froid, nid. 

Il est donc rationnel que les noms qui ont d et t pour 



— 477 — 

finales au singulier, ne forment point le pluriel de deux ma- 
nières différentes. 

La lettre % en béarnais était, comme en français, une 
sifflante douce, et non pas, comme en espagnol, en italien, 
une double formée de rfs, U. On mettait z après la forte /, 
pour en affaiblir la prononciation. Cela est si vrai, qu'elle 
suivait le t dans une foule de mots, où elle ne peut avoir que 
cette raison d'être : — Gaston, per la graci de Diu.... au 
bayle de Pau,... salutz ; — Fors de Béarn. On la trouve en- 
core, dans la très-grande majorité des cas, après les adverbes 
en ment : — Assabudamentz, notoirement , seguramentz, 
sûrement. Il arrivait souvent qu'elle prévalait sur /, au 
point de le rendre tout à fait muet. Ainsi, dans plusieurs 
localités, — nous Tavons déjà dit, — on prononce encore les 
verbes à la seconde personne du pluriel, où z est aussi la 
marque de ce nombre, de même que si les verbes étaient à 
la seconde personne du singulier. Les vieux Ossalois sem- 
blent dire tu h des personnes que, dans l'état de nos mœurs, 
ils n'ont ni le droit ni la volonté de tutoyer. Ecoutez-les de- 
mander à l'une de ces personnes : — Ètz malau ? êtes-vous 
malade? vous croirez entendre, —Es malau? es-tu malade? 

Pourquoi se servait-on de x comme figurative du pluriel 
pour les noms terminés en c ? Nous ne saurions le dire. 
Nous ne pouvons constater qu'une chose : c'était un fait si 
fréquemment reproduit dans tous les bons manuscrits qu'on 
est forcé d'admettre que c'était la règle; «pour x au pluriel, 
ne se rencontre que par exception : foecs, feux ; voy. Dénom- 
brement des maisons de la Vie. de Béarn. 

Mais on ne disait pas seulement amicx pour amies, locx, 
lieux pour locs ; on écrivait aussi amicxs, locxs. 

La consonne s que vient-elle faire là ? N'est-elle pas sura- 
bondante, puisqu'elle est précédée de Vx, qui est aussi la 
caractéristique du pluriel ? 

La lettre s devait être en béarnais, croyons-nous, la com- 
pagne, pour ainsi dire obligée, de Vx. Les noms propres 

12 



— 178 — 

Foix, Leduix^ Soeix, et, comme nous l'avons déjà dit, les 
adverbes medix, ptiix, même, puis, invariables de leur 
nature, se trouvent pins souvent écrits avec Vs qus sans Vs : 
— Foixs, Leduixs, Soeixs, medixSy piiixs. 

On trouve aussi Vx suivie de Vs dans Auxs (Auch) : « Ma 
daune Sencte Marie d'Auxs » ; ma dame Sainte Marie 
d'Auch ; — Charte auscitaine, xiii'' s. 

C'est des Latins, sans doute, qu'était venue l'habitude de 
mettre Vx et Vs ensemble. On voit ces consonnes réunies, 
sans nécessité apparente pous nous, dans auxsilinm, proxsu- 
mus, uxsor, qui ont été ensuite auxiliiim, proxiniuSy uxor. 



OBSKRVATIONS SUR QUELQUES TERMINAISON DE NOMS. 

221 . — Beaucoup de noms qui finissent aujourd'hui par 
ance^ ence^ comme instance, licence^ avaient aussi, ancienne- 
ment, les terminaisons ancie^ encie, et anci, end. — Imtancie, 
licencie, instanci, licenci. On les prononce encore dans cer- 
taines localités, dans la partie montagneuse du Béarn, par- 
ticuhèrement, avec Ve final qui représente l'a des primitifs. 

— « Si habe maie instanci enter los juratz », s'il y avait 
quelque contestation entre les jurats. Fors de Béarn; 
« ab boluntat et licenci de Per Arnaut » , avec consente- 
ment et permission de Pierre Arnaud, Mœurs béarnaises 
(1385) ; « Si-ns hasèm drin de bioulencie », si nous nous fai- 
sions un peu de violence, Imit, de J.-C. 

222. -- Les substantifs en on, tels que glori, histori, etc., 
se prononcent aujourd'hui glouère, histouère, comme s'ils 
finissaient par oère, et s'écrivent gloire, histoire. M. V. de 
Bataille, dans une belle pièce de vers, intitulée Mourt de 
Roland, mort de Roland, fait rimer un de ces mots avec 
encoère, encore : on voit à la fin de deux vers : — histoire, 
encoère (prononcez histouère j encouère); mais, ensuite, dans 



- 179 ~ 

cette même pièce, M. de Bataille a mieux fait; il s'est très- 
bien servi des mots glori et memori. 

Navarrot, qui écrit presque toujours comme il prononce, 
met histouère et memouère. — Jasmin, dont V écriture est si 
défectueuse, a dit dans ses Souvenirs : 

Tegnoy de la nature uno memotièro huruzo. 
Je tenais de la nature une mémoire heureuse. 

Mieux inspirés une autre fois (ils s'adressaient à Despour- 
rins), Navarrot et Jasmin ont écrit glori, glorio, memori. 

Dans ces changements de glori, histori, memori, d'abord 
en gloère, histoère, memoère, puis en gloire, histoire, mémoire, 
il faut voir un exemple de cette intluence du français sur 
l'orthographe de notre idiome, influence dont nous avons 
parlé plus haut (Observ. sur les lettres z, x, xs, caractéristiques 
du pluriel.) 



Il fut un temps où la syllabe oi dans les mots français se pronon- 
çait oué : 

Les histoeres sont pleines 
De Corines, d'Héleines, 
J. Pelletier. 

On lit aussi au 1. me des Essais de Montaigne : — « Megabyzus 
estant allé veoir Appelles en son ouvroiier (ouvroir, atelier), feut 
longtemps sans mot dire. » 

Si l'on trouve dans les manuscrits béarnais histoère pour histori, 
ce n'est qu'à partir de l'époque où le français pénétra partout. 
Alors l'habitude de la prononciation française fit dénaturer dans 
les idiomes provinciaux, qui s'écrivaient encore, l'orthographe des 
vocables dont les éléments étymologiques étaient les mêmes que 
ceux des mots français. 

On écrit aujourd'hui gloire, histoire, en béarnais, tout en pro- 
nonçant glouère, histouère; c'est une preuve de plus que le français 
domine davantage en France. Ne nous en plaignons point. Puisse 
le français être bien parlé partout, même en Béarn ! Mais que l'on 



- 180 — 

se garde de le laisser pénétrer dans notre vocabulaire, lorsqu'on a 
la prétention de reproduire le langage de nos pères. 



223. — Les substantifs gloère, histoère, memoère^ bictoère, 
sont, en béarnais, du français du xvi* siècle; — gloire, 
histoire, sont, en béarnais, du français de notre temps. Ces 
mots et leurs analogues dans notre idiome étaient et 
doivent être toujours terminés en ori : — glori, histori : 

Hens ton benediit oratori Dans ton saint oratoire 

lo contempli engoera iaglori. Je contemple encore ta gloire. 

Psaumes. 

On voit dans les Fors le mot memorie ; — et glorie dans 
l'inscription que portait le piédestal de la statue de Louis XIV : 

Plasie a Diu que jamey lou marbre etlou metau 
Hasien bibe sa glorie autaa plaa coum a Pau ! 

Plaise à Dieu qu'à jamais le marbre et le métal 
Fassent vivre sa gloire aussi bien qu'à Pau ! 



C'est ainsi qu'on écrivait autrefois en français [Chans. xm* s. ) : 

Le cuens Montfort Le comte de Montfort 

Gonquist la victorie. A remporté la victoire. 

Dans G. Bedout (dialecte d'Auch) on lit aussi glorie, historié, 
memorie. — Goudelin avait la même orthographe ; seulement, Ve 
final, dans son écriture, est remplacé par Vo qui se prononce dou- 
cement. Historio est ausi le mot usité dans le Limousin : 

Quan Vhistorio fuguet countado. Quand l'histoire fut contée. 
J. Foucaud. 

Le provençal a su conserver les formes glori, histori : 

D'aut ! a sa glori Allons ! à sa gloire 

Counten l'histori Contons l'histoire 

En grand respèt. Avec grand respect. 
- F. Mistral. 



— 181 



NOMS DE PKRSONNKS. 

C'est un fait constaté dans les nomenclatures des per- 
sonnes chez tous les peuples : les noms propres sont 
presque tous signiticatifs. Les Grecs avaient Démosthène et 
Eucharis, la force du peuple et la grâce ; chez les Romains, 
Fabius, Lentulus, Pison, rappellent la culture des fèves, des 
lentilles, des pois ; le pied-bot Scaurus est devenu illustre ; 
à Garthage, Didon signifiait aimable, bien-aimée, et Sopho- 
nisbe, qui gardera bien le secret de son mari ; les Basques 
ont Harispe,qui veut dire au milieu des chênes, Ithurralde, 
près de la fontaine, Mendiboure, au sommet de la montagne. 

224. — En Béarn, les noms de personnes provenaient aussi 
de noms communs tels que « maison, jardin, chênes » ; ils 
se tiraient de la situation de la demeure, de la nature du 
sol où elle était ; de quelque quahté, défaut ou difformité ; 
du caractère, du métier, d'un fait, etc. — Exemples : 



Baquè, 


Vacher, 


Lapeyre, 


La pierre, 


Barat, 


Fossé, 


Malecare, 


Mauvaise figure, 


Barbanegre, 


Barbenoire, 


Larrague, 


La fraise, 


Bouix, 


Buis, 


Loustalot, 


La petite maison, 


Broc, 


Epine, 


MaiipeUy 


Mauvais poil. 


Cantagrit, 


Ghante grillon, 


Lesctidé, 


L'écuyer, 


Capdepont, 


Bout du pont, 


Larriu, 


Le ruisseau. 


Casenave, 


Gase neuve, 


Malebirade, 


Mauvais tournant, 


^Cassoulet, 


Petit chêne, 


Mesplès, 


Néfliers, 


Castanh, 


Châtaignier, 


Pelât, 


Pelé, 


Cazalet, 


Petit domaine. 


Perbosc, 


Par bois, 


Crabe, 


Chevrier , 


Pruès, 


Pruniers, 


Darrenotigiiè, Berr\ère noyer , 


Saubat, 


Sauvé, 


Lagèyre, 


Le lierre. 


Tisnè, 


Tisserand, 


Larroqiie, 


La roche, 


Taquet, 


Tertre. 



— 182 — 

PAUTICULE DE DEVANT LES NOMS PROPRES. 

225. — En béarnais, la particule de n'indiquait pas la 
noblesse. Placée devant les noms propres à la suite des 
prénoms, elle exprimait l'origine tout simplement : — 
Pierre de Laplace, Mnrtii de Perbosc, etc, etc ; et, par Veîîet, 
de l'habitude, elle restait toujours devant les noms, quand 
les prénoms étaient supprimés. C'est un usage encore géné- 
ralement répandu dans le pays. Appôlez-vous bourgeoise- 
ment Laplace, et rencontrez sur votre chemin un de nos 
paysans, qui vous connaisse tant soit peu, vous l'entendrez 
dire : Diu bous ayde , înous de Laplace ! Dieu vous aide 
(bonjour), M. de Laplace ! 



Nos établissements thermaux, pendant la belle saison, et la ville 
de Pau, pendant l'hiver, sont depuis longtemps un séjour de prédi- 
lection pour de nombreux visiteurs. Tous, à Pau, comme aux Eaux- 
Bonnes, s'entendent appeler M. du Corbeau, M., de Vernis, etc, etc. 
On a dit que c'était, de la part de nos ouvriers et de nos pâtres, de 
l'adulation et de la servilité. Qu'on se détrompe. De nos jours, on 
n'est chez nous si prodigue de la particule pour tout venant, que 
par l'effet d'une tradition qui date de loin : les Béarnais du temps 
passé donnaient le de à tout le monde indistinctement. 

Les Gascons l'employaient aussi devant tous les noms propres : 

— Tallemant des Réaux raconte qu' « un Gascon l'ayant entendu 
appeler Gédéon chez son père, — c'était son nom de baptême — ne 
l'appelait plus que Monsieur de Gédéon ». 

C'est ainsi qu'en Espagne le de précède les noms même des valets : 

— «J'arrêtai le valet dont on m'avait parlé Il se nommait 

Ambroise de Lamela » ; Lesage, Gil Blas, i, 15 ». Dans cette fière 
nation espagnole, il n'y a pas de plébéien qui ne se croie, comme 
chacun le dit : noble com el rey, y un poco mas, noble comme le 
roi, et un peu plus. 

Pour montrer l'emploi de la particule en Béarn, nous ne citerons 
que l'extrait suivant des Registres de la mairie de Pau 1584 ; il 
s'agit d'un cagot, ramoneur : 



183 — 



Jacmes de Puxeu, cagot, de 
Lezoos, de son bon grat et vo- 
luntat, a prometut, et vers los 
juratz goardes de Pau s es obligat 
de neteyar totes las chimineyes 
de la présent ville et fausborgs 
dequere, dus cops Tan, en cha- 
cune maysou, moyenant la some 
de trente seys francxs, qui losditz 
juratz et goardes lo an prometutz 
pagadors en très pacxs : so es a 
la Gandelor dotze francxs, a la 
Pentacoste autres dotze franxcs, 
et a Sent-Miqueu autres dotze 
franxcs, per compliment de ladite 
some. 



Jacques DE Pucheu, cagot, de 
Lezons, de son bon gré et vouloir, 
a promis, et envers les jurats 
gardes de Pau a contracté l'obli- 
gation de nettoyer toutes les 
cheminées de la présente ville et 
des faubourgs, deux fois l'an, 
dans chaque maison, moyennant 
la somme de trente-six francs, 
que lesditz jurats et gardes ont 
promis de lui payer en trois 
termes : savoir à la Chandeleur 
douze francs, à la Pentecôte 
autres douze francs, et à la Saint- 
Michel autres douze francs, pour 
complément de ladite somme. 



226. - 


Les noms qui 


suivent sont des 


noms propres 


béarnais et français de formation analogue et 


de signification 


identique 


: 






Belloc, 


Beaulieu, 


Laclede, 


Clayes, 


Beulaigiie, 


Boileau, 


Laheus, 


Lafougère, 


Brana, 


Ld bruyère, 


Larrouy , 


Leroux, 


Broca, 


Buisson, 


Laulhè, 


Pasteur, 


Briulé, 


Viollet, 


Lavielle, 


Deville. 


Camps, 


Deschamps, 


Lespade, 


L'espée (de) 


Camy, 


Duchemin, 


Loubet, 


Louvet, 


Caperaa, 


Chapelain, 


Loiistaunau, 


Maisonneuve , 


Carrère, 


Larue, 


Molier, 


Meunier, 


Casaiis, 


Desjardins, 


Noguès, 


Desnoyers, 


Cassou, 


Duchêne, 


Peré, 


Poirier, ^ 


Coumes, 


Combes, 


Potdelebe, 


Becdelièvre, 


Desbaratz, 


Desfossés, 


Beyau, 


Real, 


Duplèix, 


Duplessis, 


Sarralhé, 


Serrurier, 


Haure, 


Favre, 


Susbiele, 


Surville, 


Hourné^ 


Fournier, 


Terrenegre, 


Desnoireslerres. 


Laborde, 


Lagrange, 


Teulè, 


Tuilier. 



184 



QUELQUES NOMS DE LIEUX DU BÉARN. 



227. — Dans la toponymie du Béarn, on remarque une 
catégorie de mots qui, bien plus que tous les autres, ont été 
l'objet de l'attention des visiteurs de notre pays et des écri- 
vains de notre histoire ; je veux parler des noms de lieux 
terminés en os, tels que Athos, Abidos, Siros, Gélos, Lagos, 
etc. « Ce sont des noms grecs, a-t-on dit presque tout d'une 
voix, nous sommes ici en plein pays des Hellènes! » Faut-il 
donc s'étonner que l'on ait pris ensuite notre ville pour une 
autre Athènes, l'aimable cité dont le caractère distinctif fut 
la délicatesse du goût. Il y a beaucoup à rabattre de cela,... 
moins des éloges décernés à la ville de Pau, Dieu nous en 
garde ! que de l'attribution qui a été faite à plusieurs villages 
béarnais de dénominations empruntées à des localités de la 
Grèce. 

On a écrit là-dessus des choses bien singulières. Sur la foi 
de renseignements acceptés, comme ils avaient été recueillis, 
sans le moindre examen critique. Du Mége, dans la Statis- 
tique des départements pyrénéens^ frappé de la concordance 
de certains noms du Béarn avec des noms grecs, n'a vu dans 
ce fait que la translation directe d'une nomenclature hellé- 
nique dans nos contrées. 

Mais, à ne considérer que quelques-uns de ces mots, si l'on 
veut y réfléchir tant soit peu, on sera vite convaincu qu'ils 
ne nous sont point venus de la Grèce. 

On sait que VAthos de l'antiquité est une montagne qui 
s'élève dominant les flots de la mer dont elle est presque 
entourée ; Athos, chez nous, est une infime commune de la 
plaine de Sauveterre. Si des Grecs ont jadis immigré dans 
notre pays, par quelle association d'idées auraient-ils donné 
à une petite localité d'une campagne, en terre ferme, le nom 
de Scyros, île de la mer Egée? L'ancienne ville d'Abydos se 
baignait dans l'Hellespont ; notre village, il est vrai, est situé 



— 185 — 

non loin du Gave ; mais ce torrent, que je sache, n'a jamais 
pu être comparé à ce qui s'appelle aujourd'hui le détroit 
des Dardanelles. On verra bientôt qu' Abidos aurait rappelé 
aux Grecs de nos contrées le souvenir du nageur Léandre. 
Ce souvenir devait leur être bien cher ; ils l'auraient attaché 
au nom de plus d'une localité : Bidos, arrondissement 
d'Oloron, Viodos, arrondissement de Mauléon, Biaudos, dans 
les Landes, et Vidouze dans les Hautes-Pyrénées. Abidos^ 
Bidos^ Viodos, Biaudios, Vidouze ^ ne sont évidemment que le 
même mot sous des formes dont la philologie exphque sans 
peine les différences bien peu marquées. 

Tout près de Pau est Gélos, et, un peu plus loin, Lagos^ 
c'est-à-dire en grec le « rire » et le ce hèvre ». C'est mécon- 
naitre le génie des Ioniens appliqué à la dénomination des 
lieux, que de croire qu'ils n'auraient pas donné d'autres 
noms à ces localités, s'ils avaient voulu exprimer qu'elles 
leur étaient agréables par le site et l'aspect ou par le gibier 
qu'ils y auraient trouvé en abondance. Il faut reconnaître 
aussi, sans médire de ces villages, qu'il y en a de plus gracieux 
que Gélos, et nous devons constater que Lagos n'a jamais 
fourni plus de lièvres que ses voisins. Minerve eût certaine- 
ment renié quiconque aurait pu admettre que là fut le séjour 
préféré de Diane et des Ris. 

Ces mots mis de côté, — ce sont les plus remarquables, 
les plus importants pour les amateurs d'étymologies fantas- 
tiques, — ces mots mis de côté, il ne reste plus rien à 
l'appui de la thèse relative à la toponymie gréco-béarnaise. 
Est-il raisonnable de dire, par exemple, que les noms de 
Bizanos, près de Pau, et de Viodos, dans l'arrondissement 
de Mauléon, viennent des substantifs grecs basanos, biotos ? 
L'un signifie pierre de touche, examen, vérification, et l'autre 
ne s'emploie qu'en poésie, au sens de vie, existence ; ainsi 
Bizanos serait la pierre de touche, et Viodos la vie. Voilà 
dans quelles aberrations l'on tombe (Du Mège, Statist. des 
dép. pyrénéens), lorsque, en fajt d'étymologies, on ne tient 



— 186 — 

compte que de la similitude des lettres et de la consonnance 
des syllabes. 

Du Mège n'est pas le seul qui ait hasardé au sujet de ces 
mots des assertions peu soutenables. 

On a imaginé que Marguerite de Valois, « la dixième des 
Muses», etMarot, le poète qu'elle protégeait, épris d'admi- 
ration pour nos belles contrées, « y avaient répandu ces 
noms harmonieux et antiques ». 

On lit dans un article du Courrier de Pans, 29 janvier 
1859 : — « Nous pensons que la présence d'une colonie 
grecque aurait laissé dans le Béarn d'autres témoignages 
que des noms sonores; les Grecs peuplaient de monu- 
ments les lieux quils occupaient ; ils aimaient surtout à 
laisser sur leurs tombeaux les souvenirs de leur élégante 
ciselure, et cependant, à part quelques mosaïques romaines, 
on ne trouve rien sur notre sol, qui atteste le séjour d'une 
population cultivée, amie des arts, jalouse de perpétuer son 
souvenir par l'inimitable finesse qu'elle apportait dans 
toutes ses créations. D'où viennent donc ces noms hellènes 
qui allient la poésie des souvenirs à la poésie de la nature? 
Nous ne savons, et nous n'oserions pas hasarder une conjec- 
ture ; mais il ne nous semblerait pas impossible que les che- 
valiers béarnais eussent, au retour de la croisade, répandu 
dans le pays où ils venaient suspendre leurs épées les noms 
fameux des localités qu'ils avaient traversées ». 

Cette conjecture et, plus particuHèrement, celle qui la 
précède sont contredites par la chronologie. Les croisades 
datent de 1096, et les noms d' Athos et d' Abidos sont cWé^ 
dans nos annales avant cette époque (Marca, Hist. de Béarn); 
à plus forte raison donc n'y avait-il pas à rappeler ici les 
noms de Marguerite de Valois et de Marot. 

M. Mazure, dans un livre qu'il a écrit sur le Béarn (1), 



(1) Histoire du Béarn et du Pays basque. Pau, E. Vignancour, 1839 
Cet ouvrage se rot^sent beaucoup de la hâte que l'auteur mit à le faire. 



— 187 — 

n'est pas bien assuré de ce que peuvent être nos mots 
d'apparente forme hellénique. 

« Une supposition assez répandue, dit-il, attribue à une 
race grecque une grande part dans l'antique population de 
nos contrées. Cette assertion porte sur des anologies de 
langage entre le grec et plusieurs termes ds notre patois ; 
et principalement sur la forme grecque demeurée dans les 
noms de diverses communes de notre département. Il faut 
se garder ici de toute précipitation. Et d'abord, pour ce qui 
concerne les mots de la langue supposés venus du grec, ces 
mots ne sont pas seulement béarnais ; ils se retrouvent à 
Toulouse, à Montpellier, à Nîmes, ils sont provençaux, et 
tiennent par la racine à cette langue du Midi dont tous nos 
patois sont de simples dialectes. Or, on sait fort bien que la 
langue grecque a fourni un contingent à l'un et à l'autre 
idiome de la France, à celui du midi et à celui du nord, mais 
plutôt au premier, Marseille ayant exercé une influence natu- 
relle tant sur la Narbonnaise que sur la Novempopulanie, et 
sur tout le midi de la Gaule. On peut donc expliquer l'origine 
de quelques mots grecs dans le béarnais sans pour cela éta- 
blir que les Hellènes auraient pris un domicile réel et spécial 
dans nos contrées. Encore les mots venus immédiatement 
du grec dans les dialectes méridionaux sont-ils fort rares. 

« Cependant les affinités gréco-béarnaises acquièrent 
plus de vraisemblance quand on les considère dans un cer- 
tain nombre de villages, dont les noms se terminent en os, et 
dont plusieurs ont une signification réelle dans l'idiome des 
Hellènes. Ce fait est remarquable bien qu'il ait été exagéré. 

« Sur plus de 660 communes (1), dont plus du tiers 
appartient à l'arrondissement de Pau, il y a trente-trois 
noms de localités en os, dont onze pour Pau ; point dans le 
Labourd. Or, de ces trentre-trois noms, je vais citer ceux 



(1) Le département des Basses- Pyrénées n'a que 558 communes ; mais 
plusieurs sont formées de villages réunis ; le chiffro de 6'iO indiquerait 
donc le nombre des villages plutôt que celui dçss communes. 



— 188 - 

qui ont un sens fort réel, géographique ou autrement, en 
grec; ce sont les villages de Gélos, Lagos^ Siros^ Abidos, 
AgnoSf Athos^ Alos, Arnos ; de ces huit noms, deux sont au 
génitif et les autres au nominatif... Il y a là trois noms de 
localités grecques dont la coïncidence est capable de sur- 
prendre, et assez forte pour que le doute que nous énon- 
çons ne soit pas regardé comme une négation formelle... 

« Comme d'ailleurs les anciens n'ont pas manqué d'ob- 
server que les Grecs de Marseille se sont répandus le 
long des côtes de !a mer et dans les contrées qui avoisi- 
nent les montagnes, il plaira à une imagination classique 
de se figurer dans les Basses-Pyrénées une petite Grèce, 
simulata Pergama. Il lui sera loisible de retrouver à Siros 
la patrie du roi Lycomède et les premiers exploits du 
vaillant Achille, et dans Abidos quelque souvenir du bon 
nageur Léandre, qui passait un bras de mer pour joindre 
son amie sur le récif opposé ». 

S'il en doit être ainsi, fallait-il que M. Mazure ajoutât ce 
qui suit : « La finale en os ne serait-elle pas plutôt une 
terminaison basque et ne trouverait-on pas dans ces mots 
la confirmation du système de M. Fauriel sur la première 
population de nos contrées? ». 

On le voit, l'auteur que je viens de citer diminue d'abord 
beaucoup — et il a grandement raison — l'influence du 
grec sur le béarnais. Le peu qu'il y en a est venu de Mar- 
seille, la colonie phocéenne, à travers les pays qui se sont 
appelés Provence, Languedoc, Aquitaine. M. Mazure nous 
est bien connu ; j'ai eu l'honneur, il y a plus de quarante 
ans, d'être son collègue au Lycée de Pau. Quoique philoso- 
phe, il avait une imagination de poète; elle luttait en lui 
avec son esprit critique. C'est ce qui explique comment, 
sans renoncer à retrouver dans les noms de nos villages, 
Abidos, Siros y les souvenirs de la belle Héro et des jeunes 
filles au milieu desquelles Ulysse surprit Achille, M. Mazure 
se tourne aussi vers des réalités plus sérieuses et plus vraies ; 



-. 189 — 

il soupçonne que ces mots et leurs analogues peuvent bien, 
dans la toponymie béarnaise, provenir du basque plutôt 
que du grec. Amicus Plato, sed magis arnica veritas ; bien 
que séduit par Terreur, il n'a pu s'empêcher d'entrevoir la 
vérité, c'est-à-dire l'origine euskarienne des mots qui ont 
pour finale la syllabe os. 

Par les savants travaux de Humboldt et de Fauriel, la 
philologie et l'histoire ont essayé de mettre hors de doute 
que les Ibères avaient précédé les Celtes dans la Gaule 
méridionale. Ampère, dans son Histoire romaine à Rome, 
t. I, p. 99 et suiv., signale leur présence, sous le nom de 
Ligures, au-delà des Alpes, et les fait arriver jusqu'à Rome; 
il s'aventure à dire: « La philologie nous révèle que le 
mot Esqiiiliœ (l'Esquilin) voulait dire demeure des Ligures. 
Dans la langue basque ilia a le sens de ville ; esk est, selon 
M. de Humboldt, le nom national des Ibères de nos jours, 
des Basques ». Ceux-ci, frères des Ligures, occupèrent notre 
pays et les contrées limotrophes. De nombreuses dénomi- 
nations géographiques, dans toute l'étendue du Midi de la 
France, attestent encore aujourd'hui qu'ils y furent établis. 
Pour ne parler que des noms do lieux terminés en os, il y 
en a une liste assez longue à dresser ; je me borne ici aux 
citations suivantes, tirées de la toponymie de trois départe- 
ments ; — Hautes-Pyrénées: Agos-Vidalos, Angos, Banios^ 
Ibos, Nistos, Sinzos, Vieuzos, etc. ; — Landes : Argelos, Banos, 
Biaudos, Encos, Garos, Igos, Vios, etc. ; — Ariége : Alos, Anos, 
Aulos, Biros, Cos, etc. 

Il y a une complète analogie de forme entre ces noms de 
lieux et ceux que l'on rencontre, au nord de l'Espagne, 
parmi les populations euskariennes de la Navarre et du 
Guipuscoa : — Escaroz, Léos, Mendizorrolz , Obanos, Olcos, 
OrdaroSy Oroz, Uros, Ustarroz, Vidangos. 

Dans l'ensemble de la toponymie des Basses-Pyrénées, 
M. Mazure n'a vu que trente-trois mots de cette espèce, et 
il a constaté que le Labourd (arrondissement de Bayonne) 



~ 190 — 

n'en fournissait aucun. On en relève un plus grand nombre 
dans le Dictionnaire topographique des Basses-Pyrénées ; les 
voici distribués par arrondissement ; les trois parties du 
pays basque français (Basse-Navarre, Labourd, Soûle) sont 
représentées dans cette nomenclature; elles sont aujour- 
d'hui comprises dans les arrondissements de Bayonne et 
de Mauléon ; 

Bayonne : Audios, Bar dos, Brindos, Arcangues, (anc. 
Arcangos), Ardangos. 

Mauléon : Alos^ Arros, Béguios, Mandos, Occos, Orçorros, 
Oronos, Siiccos^ Urdos, Viodos. 

Oloron : Abos, Arros, Agnos, Bidos, Estos, Lottrdios, Urdos^ 
Urgos. 

Orthez : Abidos, Arnos, Athos, Aiidéjos, Cabidos, Escos 
Garos, Lichos, Luyos, Mialos, Ordios, Os, Sam^-Dos, (xii» s., 
Sendos)» 

Pau : Abos, Angos, Anos^ Ardos, Argelos^ Arros, Baliros, 
Bizanos, Boiirnos, Bruscos, Buros, Garros, Caubios, Cos, 
Garros, Gélos, Lagos, Uzos, Ylos. 

Biiniis, commune de l'arrondissement de Mauléon, s'écri- 
vait anciennement Bimos; nous ne serions donc pas éloigné 
de croire que les noms des villages basques : Arhansus, 
Barcus, Sorholus ont été pareillement : Arhansos, Barcos, 
Sorholos', Barcus se prononce encore avec Vo, Barkoche. 

Il convient d'ajouter à cette liste celle des mots en ots ou 
otz ; Bayonne: Abots, Accots, Allots, AmotZy Bérandots, 
Berriots ; Mauléon : Amorotz, Ithorotz ; Oloron : Béost ; Pau : 
Urost; ces deux derniers, par transposition de ts, pour Béots 
Urots. 

A la fin de ces mots, t suivi de s ou 2 ne se faisait pas 
toujours entendre; on écrivait : Amoroz au lieu de Amorotz, 
et Orçorros, cité plus haut, au lieu de Horsorrotz. Ces deux 
exemples nous semblent suffire pour démontrer que os et 
ots (otz), sont une même désinence sous deux formes bien 
peu différentes. Aussi rétro uve-t-on, sans le t : Alos, dans 



— 191 — 

la Soûle, Accos (aujourd'hui Accous) et Abos, dans le Béarn ; 
ces mots ne sont autres que ceux qui ont la consonne t dans 
le Labourd : Abots, Accots, Allots. 

Tous ces noms de lieux en os (o^s, otz) ne sont pas d'ori- 
gine romane; ils ne lui appartiennent ni par les radicaux ni 
par la terminaison, à moins que celle-ci — comme M. Ma- 
zure l'a dit avec une certaine hésitation, il est vrai — ne 
soit une forme plurielle espagnole, ou simplement béarnaise 
ou provençale, l'usage dans ces dialectes du Midi étant de 
donner le son de Vo h Ve muet final » . Mais, dans ce cas, 
où pourrait-on trouver ces mots employés au singuher ? 
Le roman n'apparaît en rien dans les éléments de cette 
toponymie. Les syllabes radicales ac, ar, or^ ur, us, bur, 
bir, gar, signifient la hauteur, la plaine, le rocher, la mon- 
tagne, l'eau, la cime, le passage étroit ; de tels radicaux 
ne figurent point, avec la signification qu'ils ont chez nous, 
dans les vocables locaux des idiomes néo-latins. 

Il n'y aurait de réserve à faire que pour le mot Gélos. Il 
entre en composition dans Castetgélos, nom du château de la 
commune de Gastet, cant. d'Arudy, arr. d'Oloron ; c'est 
évidemment le même mot que Casteljaloux, Lot-et-Garonne, 
arr. de Nérac. Nous avons encore Mongelos, commune 
d'Aïnhice, arr. de Mauléon, et Mongeloiis, à Gurs, cant. de 
Navarrenx, arr. d'Orthez. La première partie de chacune 
de ces dénominations composées est latine, castellumj mons\ 
l'autre semble avoir la même origine, zelosus. 

Gélos, nom de la commune près de Pau, est probable- 
ment ce qui reste d'un nom formé comme ceux qui précè- 
dent ; Castet-Gelos, Mongelos ; il peut aussi avoir perdu le 
préfixe ar, qu'on lui trouve ailleurs : — Argelos , cant. de 
Thèze, arr. de Pau, — Argelos, Argelouse, Landes. 

Mais que signifie Gélos dans nos dénominations locales ? Il 
exprime l'idée de guet, de surveillance. Le Castet-gélos était 
le château où l'on se tenait en embuscade, d'où l'on épiait; 
telle fut, en général, la destination des forteresses élevées 



— 192 - 

sur les hauteurs. Ici nous revenons à Veuskara. — Gélos se 
rattache à la racine qui a donné les mots : zelata^ guet, 
embûches, et zelatatu, espionner. D'après M. Van Eys, 
Dictionnaire basque, on pourrait croire que zelatatu dérive 
du latin celare ou du provençal celar ». Mais il n'affirme 
rien. Larramendi est plus explicite, en sens contraire : — 
« Zelar, castellana y latin, son de el Bascuence celatattif 
celatagiiin, cuya primera signification es : asechar, y estar 
observando con cuidado ». Sans être partisan du système 
de Larramendi, qui rapporte presque tout au basque, il 
nous semble que, dans ce cas, il ne se trompe point. Gélos 
apphqué à des localités se comprend très-bien avec le sens 
de a gueC et d'embûches ». 

Nous avons montré que les autres noms cités plus haut 
ne proviennent point du grec; nous venons de dire qu'ils ne 
sont pas romans (1); ils ne peuvent donc être que d'origine 
euskarienne, les Basques, nos voisins d'aujourd'hui, ayant, 
dans les temps reculés, habité la contrée qui est devenu le 
Béarn. 

Je me garderais bien d'affirmer avec Fauriel, Histoire de la 
Gaule méridionale, ii, que le suffixe os signifie « l'intégrité, 
la salubrité, la sécurité » : « Arnos, arno-osy pays du bon 
vin, Béguios, begui-os, belle vue, vue entière, Buros, buro-os^ 
bonne cime, Bidos, bide-os, bon chemin, chemin sûr, Urost, 
ur-os, bonne eau, eau salubre ». Cette interprétation me 
semble défectueuse ; — l'adjectif a bon » est on en langue 
basque. Mais je ne sais quel sens il faut donner à la dési- 
nence os. N'y a-t-il pas dans toutes les langues des choses 
que la philologie n'a pas encore expliquées et qui resteront 
peut-être toujours inexplicables. 

(l) On en peut trouver quelques-uns avec la forme ossium; elle leur 
fui donnée par les clercs latinisant au me yen-âge, qui avaient fait de Coar- 
raze (canton de Nay) cauda rasa, de Viellepinte (canton de Montaner), 
Villa Picta, et du nom de h vallée d'Ossau, Ursi Salttts. — Voir dans le 
Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, un article de 
M. Luchairc sur « l'étymologie du nom d'Ossau » t. m, p. 66. 



— 193 - 

Je dirai seulement que cette syllabe n'est point la termi- 
naison primitive de ces mots. Si l'on y eût fait attention, on 
aurait évité toutes les erreurs qui ont été écrites à ce sujet. 
05, suffixe, est une réduction de oce (quelquefois oche^ oitcé). 
Le fait est pour nous certain : il est attesté par la manière 
dont les Basques prononcent aujourd'hui des noms de lieux 
dont il est ici question ; ils ne disent pas : Alos^ Bardos, 
Viodos, Barcus, Briscous (anc. Briscos)^ mais ils articulent 
encore comme ils écrivent, parce qu'ils ont toujours ainsi 
prononce : Aloce, Bardoce^ BUdoce^ Barkoche, Beskoitce; 
Begidos est Behauce^ et Siiccos^ Sokuece. 

A la prononciation oce^ qui peut être plus ou moins chuin- 
tante en basque, se rattachent les formes de la toponymie 
béarnaise : Osse, Biirosse^ Borce, Gay rosse. Ces mêmes mots 
d'origine euskarienne — les radicaux os, bur, gayr (gar) en 
sont la preuve — ces mêmes mots, servant chez nous à 
désigner d'autres localités plus ou moins voisines de celles- 
là, se retrouvent sous la forme réduite : Os, Buros, Garos, 
(anc. Gayros). 

Primitivement, o et u permutaient ; on écrivait Camu, 
Camo, noms de communes, et l'o, oomme Vu, en Béarn 
particulièrement, se prononçait ou, ce qui a donné Camou (1); 
de là, les noms actuels des villages : Ousse, ^Mendousse, 
Tadousse, qui sont écrits dans les vieux textes : Osse, 
Mendosse, Tadosse. 

Ve final de la terminaison oce (osse, ousse) était peu sen- 
sible; l'accent portait sur la pénultième o (ou). Le son de 
Ve ne se faisant pas ^entendre, os (ous) a été substitué à la 
désinence oce (osse, ousse) ; — Accos, Angos, Baratos, 
Bastarros,' Bedos, Briscos, formes anciennes, sont devenus 
Accous, Angous, IBaretous, Bastarrous, Bedous, Briscous; 
— Angos est encore aujourd'hui le nom d'une,^ commune 

(1) La persistance de l'écriture a fait que nous avons encore aujourd'hui 
Camu en Béarn, sans que l'on prononce Camou; et Camou est, de notre 
temps, l'écriture officielle du Camu des^ Basques. 

13 



— 194 — 

béarnaise, la forme Angous a prévalu pour désigner une 
autre de nos localités. 

Les noms de deux villages de l'arrondissement de Pau 
s'écrivaient : Lezos^ Los; on prononce encore aujourd'hui, 
en béarnais, Lezous, Lous ; le français les a transformés en 
« Lezons, Lons » . 

Les finales os {ots^ otz), osse (ousse), ous, ows, ne sont donc, 
pour ainsi dire, que des variétés de l'ancienne terminaison 
ace qui est encore aujourd'hui représentée chez les Basques 
par l'écriture des noms de lieux : Aloce, Arroce, Bardoce, 
Bildoce^ etc., (Alos, Arros, Bardos, Bidos^ etc.) 

Ces variétés se sont produites, comme nous l'avons déjà 
dit pour d'autres changements, sous l'influence de phoné- 
tiques différentes résultant de causes diverses (mélange de 
races et d'idiomes). Avec le temps, par le fait de l'action 
administrative, les textes où figuraient les noms de lieux 
se sont multipliés ; l'écriture a reproduit les différentes pro- 
nonciations des vocables toponymiques, et c'est ainsi qu'ont 
été fixées les formes orthographiques qu'ils ont aujourd'hui. 
Les dissemblances que l'on remarque dans les syllabes 
finales ne peuvent s'exphquer, si l'on n'a recours à Veuskara; 
n'est-ce pas une preuve de plus qu'il faut, comme nous 
l'avons fait, attribuer cette origine à la portion de la topo- 
nymie béarnaise dont il a été ici question. (1) 



NOMS JUXTAPOSÉS. 

228. — - L'idiome béarnais possède plusieurs de ces noms 
qui sont très-expressifs et d'une grande originalité; on ne 
peut les traduire que par des circonlocutions qui en affai- 
blissent le sens : 



(1) Voy. Luchaire,[Iw origines linguistiques de l'Aquitaine, p. 56 ; Pau, 
imp. Veronese, 1877. 



— 195 — 

Argoeyle-camiis ; celui qui dresse des embûches, qui guette 
sur les chemins; arré-boum, écho, m. à m. arrière-son; 
boum, syllabe imitative; arré-dalh, regain; m. à m. arrière- 
fauchage, arrière-coupe. 



Dalh {Lexi. de Raynouard), faux, coupe. On trouve aussi dans 
Rabelais : — « La mort auecques son dail Teust faulché » ; Pant.-, 
Prol. du 1. IV. En béarnais dalha signifie faucher ; — lous dalhès, 
les faucheurs. Pourquoi donc M. du Mège fait-il venir arrê-dalh, 
regain, de radailla qui est, dit-il, le râteau avec lequel, dans le 
pays basque, on ramasse le regain. 



Arré'hilh, petit-fils, m. à m. ârvière-rils; arré-pay-gran^ bis- 
aïeul, m. à m. arrière-père grand; bau-chic^ vaut peu, un 
aurien; bente-boeyty vide quant au ventre, un affamé; 
Bernat-pudent, Bernard-puant, la punaise des bois, insecte 
de couleur verte qui exhale une odeur infecte ; terme de 
mépris à l'adresse des importants, des insupportables. 



On dit de même en français : un puant. Dans le Dictionnaire de 
la langue verte, on trouve ces expressions : — « Puant, fat ; le 
peuple fait peut-être allusion aux odeurs de musc et de patchouli 
qu'exhalent les vêtements des élégants ; — Puer au nez, déplaire, 
ennuyer ; le peuple dit cela à propos des choses et des gens qui 
souvent puent le moins. » 



Bouhe-brac, souffle-court, qui a l'haleine courte, un 
essoufflé; brame-paa, crie-pain; celui qui crie, brame, pour 
avoir du pain. 



Un domaine près de Pontacq, arrond. de Pau, porte le nom de 
Brame-paa. On lit dans le Gloss. de M. le comte Jaubert ; — 



t 



— 196 — 

c Brame-pain, qui crie la faim, où il n'y a pas de quoi manger ; 
nom d'un domaine près Fougues (Nièvre) ; — localité auprès de 
Marseille ; — Lez-Aubigny (Cher). » 



Camaligue (jambe lien); jarretière. Ce mot a conservé 
dans cama Va par lequel se terminaient anciennement les 
mots féminins qui finissent aujourd'hui par un e; — au figuré, 
ha la camaligue, faire la jarretière, c'est faire le croc-en- 
jambe à quelqu'un pour le renverser. 

Camii-naii, chemin neuf; grande route. — Les grandes 
voies de communication ne sont pas anciennes en Béarn : 
elles datent du xviii« siècle. Elles furent l'œuvre de Mégret 
d'Etigny, intendant de la généralité d'Auch, dont le Béarn 
faisait partie. 

Cap-birat, tourné qudint k la tête; un écervelé; cap-haix, 
bas quant à la tête, un homme en-dessous ; cap-pelat, pelé 
quant à la tête, un chauve. 



C'est d'une façon analogue que le français a formé patte-pelu, 
poilu quand à la patte, dans La Fontaine. 



Desbroiimbe-larè, oublie-foyer ; ce qui fait tout oublier, 
même le foyer. 

Hart-de-bade, nain, rabougri, un avorton ; celui qui est 
rassasié de croître, qui ne peut plus croître ; hèste-ennau, 
fête annuelle. 



Nous avions cru (l""* édit.) qu'il fallait dire hèste-en-naii, fête en 
neuf; grande fête que l'on célèbre vêtu de ses plus beaux habits, 
en habits neufs. Le jour de Pâques notamment, dans les campagnes 
surtout, les Béarnais sont vêtus de neuf. 

A cette explication nous préférons celle que nous a fournie M. 
L. Couture dans le Bulletin de la province ecclésiastique d'Auch , 



— 197 — 

t. m, p 94 : — « Hèste-en-nau peut bien être une altération de 
heste-annau, fête annuelle, qui se trouve dans V Automne de J. G. 
d'Astros (1643) : 

Moun Diu, lou boun oli, Mon Dieu, la bonne huile (le vin), 

Arregausi jou que m'en boli Je veux m'en régaler 

Aumenses cade heste annau! Au moins à chaque fête annuelle! 

L'expression de fête annuelle pour solennelle est encore aujour- 
d'hui consacrée par la la liturgie dans plusieurs diocèses de France. 



Hè-t em enla^ un mets-toi de côté ; une poussée, un soufflet ; 
hore-biraty hors-tourné, une tête à l'envers; leque-t Voeilk^ 
lèche-toi l'œil, une impossibilité, une décevance ; may-de- 
poupe, mère de mamelle, mère nourricière; minye-quoand- 
nlias, mange quand tu en as, celui qui n'a pas toujours de 
quoi manger; nioulii-d'esconte-plouye^ moulin d'écoute pluie, 
moulin qui ne peut moudre faute d'eau; on y écoute s'il 
tombe de la pluie, afm de profiter, pour le mettre en mou- 
vement, de la première qui tombe. 



- Dans le département de l'Indre (voir le supplément du Glossaire 
du Centre)^ il y a un moulin-de-courte-pluie ; il existe évidemment 
une analogie entre ces deux dénominations ; il nous semble que 
l'une n'est qu'une altération de l'autre. Le difficile est de savoir à 
laquelle des deux il faut donner la priorité. 

En français l'expression suivante s'applique à l'homme : — « C'est 
un écoute-pluie », pour signifier un homme faible, indécis; — Le 
Roux de Lincy, Proverbes, i. 115. 



Mus-prim, museau, mine pincée; qui fait la petite bou- 
che, qui a les lèvres pincées; un dédaigneux, une dédai- 
gneuse. 

La Fontaine a dit, Psyché, ii : — a Elle fit pourtant la petite 



— 198 — 

bouche devant Psyché ». — t Cette locution, d'un usage général, 
et qui se dit également des hommes et des femmes, est une méta- 
phore empruntée, soit d'une personne qui, pour paraître délicate et 
discrète, affecte de manger peu, soit d'une femme qui, afin de se 
donner un air réservé, resserre les coins de sa bouche et la fait 
ainsi paraître plus petite. Cette dernière opinion, qui est celle de 
l'abbé Féraud, Dict. crit. de la lang. fr.^ me paraît la plus vrai- 
semblable » ; Th. Lorain, Yocdb. pour les œuvres de La Fontaine. 
— Cette explication peut être donnée aussi pour le sens de mus 
prim en béarnais. 



MuS'Sec, museau, mine sèche; qui parle peu, a la parole 
sèche, est peu affable ; pause-V y-tout- dous^ Sainte Nitouche ; 
celui qui pose tout doucement, un hypocrite, comme dans 
Molière : 

Je tâte votre habit, l'étoffe en est moelleuse. 

Ploure-miques pleurard, pleurnicheur; qui pleure pour 
la moindre chose; pot-eschuc, sec quant à la lèvre, altéré; 
il a plus souvent le sens de mus-sec. 



Pot-eschuc, sec quant à la 'lèvre, hente-hoeyt ^ vide quant au 
ventre, cap-pelat, pelé quant à la tête, rappellent, pour la forme, les 
héllénismes si fréquents dans la poésie latine : 

Glacialis hyems canos hirsuta capillos 

Ovide. 

L'hiver aux cheveux blancs hérissés sur sa tête. 

Hirsuta capillos^ hérissé quant aux cheveux, ou bien habens 
capillos hirsutes, ayant les cheveux hérissés. 

Poupe-bii, qui tette le vin, celui qui aime à boire ; pousse - 
calhau pousse-caillou ; jeu par lequel les jeunes Béarnais 
s'exercent dans nos villages à qui jettera le plus loin une 



— 199 — 

grosse pierre; rape-tout ou rapa-tout, filet qui prend tout; 
rey-petit, oiseau, le roitelet ; sarre-i'ardit^ serre-liard, un 
avare ou pince-maille ; le serre-denier et le serre-miette, dans 
H. Estienne; Préc. de la lang. fr.» 

Sère-birat, tourné quant à la sellé ; un détraqué ; saute- 
la hr ouste y saute-branche; un homme léger, sans consis- 
tance ; c'est le saute-ruisseau de nos villes. 

Suque-biij suce-vin; insecte qui fait beaucoup de mal à la 
vigne; mais il est bien moins dévastateur que Voïdium et le 
phylloxéra; tire-peu, iire-cheweu; ha au tire-peu, m. à m. 
faire au tire-cheveu, se prendre aux cheveux ; tripe-hart, 
farci quant à la panse, un ventru ; iruque-taulè, désœuvré, 
flâneur; celui qui, n'ayant rien à faire, ou ne voulant rien 
faire, s'amuse à frapper truca sur les tables. On dit en 
français dans le même sens -.^battre l'estrade. Dans l'idiome 
bayonnais truque-taulè signifie tapageur ; truque-youlhs 
frappe-genoux ; celui qui est cagneux. 

Talaraque, altération de telaraque, toile d'araignée, du 
latin tela, toile, aranea, araignée. Aujourd'hui, par le dépla- 
cement des lettres l, r, nous avons taralaque, au lieu de 
talaraque, qui a été aussi, comme nous venons de le dire, 
substitué à telaraque. 



Ce mot, en berrichon, est arantèle. Les deux éléments dont il se 
compose, ne sont point placés dans le même ordre qu'en béarnais ; 
berrichon : aranea^ tela ; béarnais : tela, aranea. Voici, au sujet 
à'arantèle, ce qu'a publié M. Littré dans le Journal des Savants : 
— « Nous n'avons pas, en français, ou plutôt nous n'avons plus» 
pour désigner la toile de l'araignée, un mot unique. Le berrichon 
dit arantèle et irantèle {aranea, tela), il a même un verbe aranteler 
pour : enlever les toiles d'araignée. » — Nous avons aussi en béar- 
nais le verbe estaralaca, formé du substantif taralaque. — M. 
Littré ajoute que arantèle èid^ii usité dans le xvp siècle ; M. le 
comte Jaubert cite ce passage de J, du FouiUoux ; <;( Telles manières 



— 200 — 

de gens y seraient souventes fois trompez, car incessamment les 
arantelles tombent du ciel et ne sont point filées des araignées. » 
Le patois rouchi dit arnitoile^ et le wallon, arencret^ introduisant 
au lieu de toile^ le mot cret^ qui veut dire pli^ et qui paraît venir 
d'une racine germanique. Arantèle et arnitoile est un composé 
bien fait et heureux, qu'il est dommage qu'on ait laissé perdre. On 
remarquera l'étendue du pays qu'il occupe, puisqu'on le trouve 
depuis le Berry jusqu'au bord de la Meuse. » 

Nous devons dire qu'il occupe une étendue de pays plus grande 
que ne l'a cru M. Littré. Le Limousin a le mot rantello : — « No 
rat/no que fai so rantello » ; une araignée qui fait sa toile ; 
J. Foucaud. ' 

Rantello^ en limousin, et taralaque pour telaraque, en béarnais, 
ne sont autres que le berrichon arantèle et le rouchi arnitoile. 
L'espagnol dit aussi telerana. 



229. — Tous les noms juxtaposés, en béarnais, sont du 
genre masculin, à l'exception de camaligue, hèste-ennau, 
may-de-poupe, taralaque. 

230. — On en forme facilement le pluriel, si l'on se rend 
compte de la vraie relation des mots réunis. Ainsi dans 
hart'de-bade , Tavorton, le nain, l'adjectif hart seul est 
variable : hartz-de-bade, avortons, nains; dans may-de-poupe, 
nourrice, may, mère, prend la marque du pluriel : mays-de- 
poupe. On dit la camaligiie, la jarretière, et las camaligues, 
les jarretières {ligue est substantif en béarnais) ; taralaque, 
plur. taralaqnes. 

231. — Quelques-uns de nos mots juxtaposés s'emploient 
comme adjectifs : — Lliomi beiite-boeyt, l'homme affamé ; 
aquestes bente-boeytz^ ces affamés. 

232. — Plusieurs sont invariables, notamment ceux qui 
sont formés d'une proposition entière ; comme en français 
les je ne sais quoi, les venez-y voir. 



— 201 — 

Bee-m semble de bede, lime semble bien voir, 

Y'at gauseri crede, Je l'oserai croire, 

Bèt you HOU sèy que. Un beau je ne sais quoi. 

Noël. 

« En français je ne sais quoi, est également une sorte de subs- 
tantif qui a des relatifs comme un substantif ordinaire. On trouve 
dans Pascal, Disc, sur les passions : — « La cause en est un 
je ne sais quoi, et les effets en sont effroyables. Ce je ne sais quoi, 
si peu de chose qu'on ne saurait le reconnaître, remue toute la 
terre. » Fénelon a dit aussi : — « Il sput je ne sais quoi de divin 
qui rétonne et qui l'accable. » 

233. — Beaucoup de noms propres béarnais sont formés 
de mots juxtaposés, on les écrit sans trait d'union : — 
Castelnau, Ghâteauneuf, Belloc, Beaulieu, Casenave, Case- 
neuve, Pedelahorde, Pierre de la grange, Riupeyrous, ruis- 
ruisseau pierreux, nom d'un village, canton de Morlaas, 
arrondissement de Pau. 



DÉNOMINATIONS. 

234. — Le béarnais abonde en expressions figurées, qui 
lui sont propres, noms simples ou juxtaposés. 

Bahurlè. — Un individu que l'on qualifie en français de 
« hurluberlu » . 

Barlic-barloc. — Le bavard qui « bat la breloque ». Dans 
une chanson populaire d'Ossau : 

Bos-te cara, barlic-barloc, Veux-tu te taire, barlic-barloc. 

Qu'has la bouque coum u esclop. Tu as la bouche comme un sabot. 

Batalh d'esquire. — Battant de clochette. L'individu qui 
n'a que des mots, des mots, et peu ou pas de sens. 



— 202 — 

Bente de totipi. — Ventre de pot. Le « ventru » de Bé- 
ranger ; abdomen protubérant, toujours avide de copieuses 
réfections. 

Béroy callat. — Joli cailleteau ; comme on dit en fr. 
« beau merle » ou « joli moineau ». L'individu que Ton 
désigne ainsi n'est pas moins désagréable au moral qu'au 
physique. 

Berret de boeu. — Béret de bœuf. La coiffure d'un « Sga- 
narelle ». Cette expression est dans les Egl. de Fondeville. 

Bielh Boudigou. — Vieil avare. Se dit très-fréquemment à 
Oloron. Dans le Dénombrement des maisons de la Vicomte de 
Béarn, p. 33, on trouve qu'il y avait dans cette ville, en 1385, 
Vostau de Bodrigo ; lo molii d'Arodrigo ; la maison, le moulin 
de Rodrigue. Ce Rodrigue ne pouvait être qu'un Juif 
venu d'Espagne à Oloron. La façon dont il s'y enrichit 
dut valoir à son nom le mauvais sens qui s'attache, en 
français, à l'expression « vieux Juif ». 

Boussalou. — Frelon. L'individu grondeur, celui qui grom- 
melle toujours. 

Canabère. — Roseau. Personne longue et mince ; « une 
perche ». Autre emploi méthaphorique du mot « roseau» 
dans la langue de Pascal — qu'on me pardonne ce rappro- 
chement : — « l'homme, roseau pensant ». 

Cap bouharoc. — Un ignorant, une tête vide. Voir Chansons 
de Navarrot, p. 107. Au sens propre bouharoc se dit du fruit 
que le ver a vidé. 

Cap de coucure. — S'emploie au même sens que la déno- 
mination qui précède. On appelle coticureSy en béarnais, des 
boules qui pendent aux branches du chêne. 

Cap de courbas. — Tête de corbeau. Un individu demau- 
yaise mine, 



— 203 — 

Aquiu que l'has, cap de courbas, La voilà, tête de corbeau, 
Si la truques, que m'at pagaras ! Si tu la bats, tu me le paieras. 
Chans. pop. d'Ossau. 

Cardinal. — Chardonneret. Appliquée à une personne, 
cette dénomination a le même sens qu en français celle de 
«fine mouche ». 

Care de ladre. — Face de ladre. En 1384, Guillaume 
d*Araux eut à répondre devant la justice de cette insulte 
qu'il avait adressée à Gaillard de Gazaux. Arch. des Basses- 
P2/r.,E,1594. 

Care d'hoste. — Visage d'hôte. Au sens de bon accueil ; 
l'expression est vieille, et la chose existe toujours en Béarn, 
où viennent tant de visiteurs, à Pau, et dans les stations 
thermales. On dit aussi caresse d'hoste, caresse d'hôte. 

Casse-mousques. — Chasse-mouches! Dénomination par 
laquelle, à l'époque des troubles religieux, les huguenots 
désignaient les catholiques ; allusion aux mouvements du 
bras pour faire des signes de croix. 

Quoand bedin que nous autz.... 

hèm lous sinnes de croutz, 
Edz nous nomem labetz casse-mousques a toutz. 

Fondeville ; Egl. m, ms. 
Lorsqu'ils (les huguenots) voient que nous (les catholiques) faisons 
des signes de croix, ils nous traitent nous tous de chasse-mouches. 

Caxau de giiit. — Tête de canard ; à l'adresse d'un 
menteur. 

Bos-te cara, caxau de guit ! Veux-tu te taire, tête de canard ! 

De so qui bas dit bee n'has mentit. En ce que tu as dit, tu as bien menti. 

Cette chanson populaire d'Ossau, que nous avons plus d'une fois 
citée, est une chanson de noce, où chacun des invités dit son mot, 
couplet le plus souvent peu délicat, à ^'adresse des jeunes époux p| 
de leurs compagnons, 



— 204 — 

Caxau de mule. — Tête de mule. Insulte à l'adresse des 
Gagots ; Francisque Michel , Histoire des races maudites. 

Au sens propre, caxau signifie molaire ; au figuré, on 
l'emploie pour désigner toute chose grosse. En voici un 
exemple aussi singulier que ceux qui p récèdent : la plus 
forte des tours qui faisaient anciennement partie des fortifi- 
cations de la ville de Lescar, s'appelait lou caxau de Lescar. 
Voir Dictons du Pays de Béarn, p. 185. 

Cemitèri de capous. — Cimetière de chapons. Abdomen 
proéminent de curé. Cette dénomination date probablement 
de l'époque superstitieuse où avait cours le proverbe 
suivant : 

Brouxes e lou-garous Sorciers et loups-garous 

Aus curés hèn mynya capous. Aux curés font manger (des) chapons. 

Citron. — Citron. L'homme d'humeur inquiète, aigre dans 
se? propos. Voici ce que j'ai entendu à Oloron : Un proprié- 
taire interdisait l'avant-pas de sa maison à une femme de la 
campagne, qui s'y était installée pour vendre des légumes ; 
blessée delà vivacité de ses paroles, elle lui dit : Quin citrou! 
Si cadètz at Gabe^ bee seré tout Umounade ! Quel citron (vous 
êtes) î Si vous tombiez dans le Gave, il serait tout limonade! 
— (La ville se trouve au confluent des torrents d'Aspe et 
d'Ossau, qui forment le Gave d'Oloron). — On dit en fr. 
d'un individu colère, peu sociable : « Il n'est que sel et 
vinaigre ». 

Creste-înousquit. ~ Châtre-moucheron. L'avorton suffi- 
sant, un bout d'homme qui se donne l'air de savoir et de 
pouvoir tout faire. 

Cuque. — Femme qui se tient cachée et vit en sauvage. 
Cuque est le nom béarnais de la blatte, l'insecte plat et 
noirâtre des recoins obscurs des maisons. — En esp. * cuca » 
signifie « chenille » et mala cuca, méchant homme. 



— 205 — 

Curolis. — Un avare. Il racle et récure pour avoir le plus 
possible, pour ne laisser rien perdre. 

Escarlambat.. — On appelait de ce nom, pendant les 
troubles religieux du Béarn, xvi*^ s., les gens qui tenaient 
à deux partis à la fois. Il signifie qu'ils avaient une jambe 
(un pied) dans chacun des deux camps. Dans V Histoire des 
troubles religieux, par le P. Mirasson, Barnabite, p. 83, on 
trouve le mot escarlambat ainsi annoté : « On dit en Béarn 
escamarlat pour désigner un homme qui élargit les jambes 
en marchant ». — Aujourd'hui, en provençal « un escam- 
barla » est, en politique, un «juste-milieu». Un des person- 
nages que Roumanille a mis en scène dans Fau ï ana, p. 14, 
s'exprime ainsi : « m'an di que siéu un escambarla»... ni 
rato ni aucèu », ils m'ont dit que je suis un juste-milieu..., 
ni rat ni oiseau. 

Escarre-sac. — Mot à mot : récure-sac. Ue dernier né, le 
fruit de la vieillesse. On l'appelle aussi escarre-nid ; c'est le 
« culpot » comme on dit ailleurs. — « Le dernier œuf éclos 
produit le culpot^ toujours plus pesant et moins gaillard que 
les autres poussins. Dans toutes les nichées, et notamment 
chez les pies, il y a un « culpot*... Dans la famille humaine, 
le dernier-nô, le Benjamin des grandes villes, prend souvent 
lui-même le nom de « culpot». On ledit toujours plus court 
et plus trapu que ses aînés » ; Bulletin de la Société litt. etc, 
des Deux-Sèvres (1874), p. 117. 

Esquirole. — Jeune personne qui se fait remarquer par sa 
fierté. — Ce mot est, au sens propre, « le nom de la vache 
qui porte la sonnette, esquire ; c'est ordinairement une belle 
génisse qui est à la tète du troupeau, quand il est en 
marche » ; E. Gordier, Etud. sur le dialecte du Lavedan 

Galipaut. — Glouton, goinfre ; « lous galipauts qu'han 
sentit toun cibet », les goinfres ont senti ton civet ; Peyret, 
Contes béarnais. — Dans les Fables en bers ^ascow/is, Bayonne 
4776, p. 238, « goulifaut ». En Normandie, on dit : « Soûle- 



— 206 — 

toi, Galiagal». A Lisieux, un « galigast » est une réjouis- 
sance désordonnée... a Galiagal » est un ancêtre de t galifre », 
riboteur, et autres galapias » ; La Friqiiassée crotestyllonnée, 
page 96. 

Gnirgou-gnargou. — Baragouinage, formé par l'addition à 
la fin de chaque mot d'une syllabe convenue entre les per- 
sonnes qui parlent le gnirgou-gnargou. Ce qu'on appelle en 
français in partibus « le javanais ». 

Guilhem-pesquè. — Guillaume-pécheur ; un individu qui a 
les jambes grêles et longues comme les pattes d'un échas- 
sier, le martin-pêcheur, le héron. En gascon, ce Bernat- 
pescayre » ; en fr. populaire « un faucheux», le phalangiurriy 
l'araignée à longues pattes. 

Guiraute d'Arrigue-peu. — Giraude d' Arrache-cheveu. Une 
mégère. Notre expression date du xiv* siècle ; on la trouve 
dans le Dénombr. des mais, de la Vie. de Béarn, 1385. 

Hucou. — S'emploie comme le mot français « sauvage » à 
l'adresse d'un homme insociable. Dans les Proverbes du Pays 
de Béarn^ voy. : Becut. 

Lengue de perrec. — Langue de haillon. Une mauvaise 
langue qui esperreque, déchire. 

Uos binatè. — C'est ainsi que les buveurs appellent le 
cartilage thyroïde « la pomme d'Adam », qu'ils humectent 
souvent plus qu'il ne faut. — Binatè adj. de bit, vin. 

Lou Guilhem.\ — Dans La Fontaine, c'est «messer Gaster » : 



Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas. 

Fab. m, 2. 



On trouve emplea lou Guilhem^ remplir le Guillaume (le 
ventre) dans la chanson d'Athos ; voy. Dictons du Pays de 
Béarn, p. 40 : 



— 207 — ^ 

Lous Apostous Les Apôtres 

Nou-habèn pas maysou, N'avaient point de maison, 

E que s'aplicaben Et ils s'appliquaient 

A ha autement A faire autrement 

Sens pourta besace Sans porter besace 

Ni emplea lou Guilhem. Ni remplir le Guillaume. 

Lou Ranquinot. — On ne sait d'où vient cette dénomina- 
tion par laquelle on désigne l'individu que l'on charivarise 
pour avoir convolé ; Picot, Las abenUires de BertoumiUy les 
aventures de Barthélémy, conte béarnais ; Poésies béarnaises^ 
II, p. 80 ; Pau, Vignancour, 1860. 

Messe de sequère. — Messe de sécheresse ; on l'appelle 
aussi misse secadere, messe qui doit faire sécher ; celle que 
de pauvres esprits superstitieux faisaient dire dans une 
mauvaise intention qu'ils s'étaient bien gardés de commu- 
niquer à qui que ce fût ; ils en attendaient que Dieu fît 
sécher, dépérir, la personne ou les récoltes de leur ennemi. 

Mynye-mousques. — Mange-mouches. Un individu nourri 
d'un tel mets ne peut avoir que « les os et la peau ». 

Nas de piquepout. — Expression employée au sens de 
« belle trogne » ; visage empourpré et embubeletté , dit 
Alfred Delvau, comme le sont presque tous les visages 
d'ivrognes ; le goinfre Saint-Amand chantait : 

Il faut être Jean Logne 
Pour n'aimer pas le vin ; 
Pour moi, dès le matin, 
J'enlumine ma trogne 
De ce jus divin. 

On appelle ^fgwepow^, en Béarn,un vin d'une- qualité très- 
inférieure. 

Nas de touhaquère. — Nez de tabatière ; nez de fort 
volume ; un priseur qui bourre son nez de tabî^c. 



— 208 — 

Paacoque. — Boulanger. Dans Raynouard, Lexique, iv, 
p. 106 : « Pancogola >, ciiiseur de pain. 

Pamparre. — Femme chargée d'atours voyants. A Bayonne, 
a pampe » signifie poupée ; Fah. en bers gascouns, p. 226. 

Peberme. — Personne dont les paroles sont assaisonnées 
de pebe, poivre. 

Pecal de subercèii. — Péché contre le ix^ commandement 
de Dieu ; Sermon du curé de Bideren, p. 8. Le substantif 
subercèu signifie voûte du ciel et ciel de lit. 

Pele-trouix. — Pèle-trognons. — Un misérable. Expres- 
sion employée en 1385 ; Dén. des mais, de la Vie de Béarn. 
— a Trou », au lieu de « trognon » est dans Rabelais, 1. v, 
ch. 17 : «unggros trou de chou )). 

Pescade. — On appelle ainsi une personne qui a eu des 
scrofules ; elle en porte au cou la marque, comme le poisson 
celle de l'hameçon avec lequel il a été péché . 

Peu agneri. — Poil d'agneau. L'individu qui a les cheveux 
frisés. En fr. « des cheveux frisés à la chien ». 

Peu de milhoc. — Un « poil roux ». On lit dans une lettre 
du maréchal Bosquet à sa mère, t. ii, p. 220 (publication de 
la Société des Bibliophiles du Béarn) : « Tu ne t'es jamais 
vantée d'avoir eu un enfant à cheveux cendrés ; on me disait 
que j'avais du peu de milhoc ». — Ces mots, au sens propre, 
signifient les styles fihformes, qui, réunis à l'extrémité de 
l'épi de maïs, milhoc, pendent comme une barbe de couleur 
blonde tournant au roux. 

Pigat. — Le petit de la pie. — Métaphoriquement : un 
mauvais sujet Au fém. pigate, fille ou femme méprisable. 

Piguet-braquet. — Dénomination peu flatteuse, usitée à 
Oloron, pour désigner les Espagnols. Piguet serait-il une 
variante de pigat qui précède? Peut-être faut-il voir dans 
braquet quelque chose du sens du mot fr. « braque » appli- 



— 209 — 

que à un homme qui court de côté et d'autre, comme un 
chien de chasse ». 

foulard. — Gros poulet. Un niais, ou celui qui se montre 
ridicule en voulant se donner une grâce qu'il ne saurait 
avoir. On l'appelle aussi pouloy, dindon. 

Pouqiiete. — Jeune fille dans le langage des montagnards 
d'Aspe et d'Ossau. 

Qui-qui-ri-qui. — Onomatopée ; le petit coq « à la voix 
perçante », comme dit La Fontaine. 

Serènes de sont. — Les porcs. Sont, en béarnais, est la 
loge où l'on enferme ces animaux; ils y font entendre une 
musique, un chant qui leur a valu le nom de sirènes, méta- 
phore analogue à celle qui a fait appeler les ânes des « ros- 
signols d'Arcadie ». 



On trouve ce sout », en français, dans l'un des Proverbes com- 
muns du xve siècle : « pourceau gras rompt la sout ». Le Roux de 
Lincy, après avoir cité ce proverbe, dit que « sout ». est le toit qui 
recouvre le pourceau. Dans Rabelais, Glossaire^ ce mot est écrit 
« soute », et on lui donne aussi pour signification «toit à porc. » 
La « soue » dans le Haut-Maine est l'étable aux porcs. : 

Le fils du roi passa ; 
Il m'a tant regardée 
Dans la soue aux cochons. 
Chans. du H.-Maine. 

« En français, on en a fait « souille » pour dire la bauge du san- 
glier » ; Vocab. du Haut-Maine ; G. R. de M. 



Toîipi-pottdat. — Pot cassé. Au sens du fr. « vieux meu- 
ble », dénomination populaire appliquée méchamment à un 
vieillard, à une personne impotente, inutile. — Psaume 
xxxiii, 13 : Factus siim tanquam vas perditum; ce qu'Arnaud 
de Salettes a traduit ainsi : lo soy topii podat, 

14 



~ 210 — 

Trachamand. — Un tracassier ; celui qui invente des 
« cancans » et rapporte de malins propos pour brouiller les 
gens les uns avec les autres. — Altération évidente du mot 
et du sens de «trucheman x», dont le radical est conservé 
dans truche, synonyme béarnais de trachamande, femme 
tracassière. 

Tripou. — Diminutif de tripe, boudin. — Un petit homme 
qui est tout replet. 

Tros d'arré. — m. à m. : morceau de rien. Expression du 
mépris le plus insultant, comme cet autre : tros d'escoubas- 
sou, morceau de balayure. 

Yan-crouquet. — Jean qui croque. Dans les contes que 
l'on dit aux enfants, c'est le nom que l'on donne à un per- 
sonnage méchant, cruel : « croque-mitaine ». — C'était 
aussi la dénomination par laquelle on désignait le bourreau. 

Ya7ie de Minye-plaa. — Jeanne de mange bien. Une gail- 
larde de bon appétit ; Peyret, Cont. béarn. 

Yan l'auqiiè. — Jean gardeur d'oies. Un désœuvré, un 
musard. Dans les Prov. recueillis en Armagnac par J.-F. 
Bladé, « médecin de las aucos », médecin des oies, est un 
empirique ignorant. 

Yan Vaysit. — Jean l'aisé. L'indolent ou « Monsieur sans- 
gêne » ; l'ami des œuvres faites. 

Yan-lire. — Un candide, un niais. Au heu de liri, on 
dit aussi lèri. Les provençaux donnent le nom de « lan 
l'amèlo », l'amande, à l'imbécile. Dans la Basse-Bretagne, 
le niais est appelé « Jean-Pieu » et l'imbécile « Jean Bouillie ». 

Yan tr angle. — Un dégingandé. Les mots trangou ou 
trangiiet, en béarnais, signifient l'espèce de danse qu'on 
appelle aussi branle. 

D'où vient qu'avec le nom de « Jean » on forme tant de dénomi- 



— 211 — 

nations qui sont des termes de raillerie, de mépris, d'insulte ? Il y 
en a en français, en provençal, en gascon, etc. M. Sauvé en a cité 
plusieurs dans son recueil de Proverbes et Dictons de la Basse- 
Bretagne, p. 83 : Jean-Panais^ Jean bête, Jean-Sec^ .l'avare, Jean- 
large-gorge, le grand buveur, Jean-les-bonbons , l'engeôleur, 
Jean-fil-et-laine, l'hypocrite, etc. — M.^^ Deshoulières, au sujet du 
grand nombre de « Jean etc. » qui s'emploient en français, s'expri- 
mait ainsi : 

Jean? que dire sur Jean? c'est un terrible nom 
Que jamais n'accompagne une épithète honnête : 
Jean des Vignes, Jean Lorgne... Où vais-je? Trouvez bon 
Qu'en si beau chemin je m'arrête. 



L'ADJECTIF 

ADJECTIFS QUALIFICATIFS. 

235. — Les adjectifs dont la finale est e ou i n'ont qu'une 
terminaison pour les deux genres : — Amigahle, amiable, 
be7itable, qui est de vente, rasounable, raisonnable, hnuneste, 
honnête, agradable, agréable, Umpre, i^oli, luisant; comi^ran, 
contraire, necessari, nécessaire, ourdinari. ordinaire, propi, 
propre, proiipici, propice, quiti quitte, salutari, salutaire. 

Dans ces adjectifs Ye final est doucement fermé, n^ 23, et 
Vi se fait peu sentir dans la prononciation, n** 35. 



236. — Les adjectifs terminés par les voyelles fortes : a, 
aa, é, è, ee, ii, u, ou, par les dipthongues au, iu, ou, ay, ey, oy, 
n'ont pas au féminin la même terminaison qu'au masculin : 
Ama, amer, cla, clair, plaa, plain, saa, sain, font au féminin 
amare, clare, plane, sane; 

Masc. : — bertadé, véritable, sancé, entier, intact, haroulè, 
folâtre, lampoeijnè, lambin, plee, plein, besii, voisin, fii, fin,. 



— 242 — 

escu, obscur, segii, sûr, bou, bon ; — Fém. : hertadere, san- 
cere, haroulère, lampoeynère, plene, besie^ fine, esciire, segure, 
bonne; 

Masc. : nau, neuf, ttirdiu, tardif, natiu, natif de, hou, fou, 
gay,gsi, miey, demi, beroy, joli;— Fém.: nabe, tardibe, 
natibe, hole, gaye, mieye, beroye. 

Rappelons que, dans ces adjectifs, Ve final du féminin 
sonne comme un o très-adouci. 

237. — A ne considérer ces adjectifs qu'au point de vue 
des lettres, prises comme a signes matériels », on voit qu'ils 
forment le fém. en ajoutant au masc. les terminaisons ne, 
re, be, le, e; ces terminaisons font disparaître quelquefois la 
dernière lettre du masculin. 



Mais si l'on remonte à l'étymologie, on s'aperçoit que le féminin 
de la plupart de ces adjectifs n'est autre que le fém. des primitifs 
latins, avec le changement de Va final de ceux-ci en e : sane, fém, 
de saa, sain, en lat. sana, saine ; segure^ en latin secura, sûre, etc. 
Anciennement, on le sait, le béarnais avait aussi sana, segura, etc., 
qui sont encore aujourd'hui prononcés avec affaiblissement de Va 
dans certaine partie du Béarn. 

De nativa, fém. de nativus, natif, et de vicina, fém. de viciniis, 
voisin, sont venus dans notre idiome, natibe, besie, par le change- 
mant de v en b et par la chute de n. 



238. — Il y a en béarnais un certain nombre d'adjectifs 
en au qui n'ont qu'une terminaison pour les deux genres ; 
tels sont : — For generau, for générsil, coustiime gêner au, cou- 
tume générale; temps finau, temps final, fii finau, fin finale; 
cop mourtau, coup mortel, pêne mourtau, peine mortelle; 
doo nuptiau, présent de noce, misse nupliau, messe nuptiale; 
artigle principau, article principal, cause principau, cause 
principale; senhou seglau, seigneur séculier, senhourie 



— 213 — 

slsglau, seigneurie séculière; potidé spirituau, pouvoir spiri- 
tuel, cour spirituau, cour spirituelle ; herelè unibersau, héri- 
tier universel, heretère unibersau, héritière universelle; 
serbidoii leyau, serviteur loyal, plague leyau, plaie majeure. 



Plague leyau, plaie majeure; celui qui l'a faite tombe sous le 
coup de la loi, ley] de là, l'adj. leyau. Notre For définit ainsi la 
plague leyau : « La plague pregone de la payere de une once es 
leyau», la plaie profonde de la mesure d'une once est majeure. 
Qu'était cette mesure d'une once? — « Un digt es une once », dit 
le For, un doigt est une once. — Plague leyau, plaie profonde, 
n'appartenait pas exclusivement à la langue légale; voy. le dernier 
vers du Sonnet, p. 128. 



239. — Ces adjectifs en aUy comme la plupart de ceux qui 
sont terminés en e, doucement fermé, dérivent d'adjectifs 
latins, qui avaient au fém. la même terminaison qu'au mas- 
culin : — generau de generalis comme aymable de amabilis ; 
c'est ce qui explique, dans le béarnais, la terminaison 
unique pour les deux genres. 

De generalis, nuptialis, secularis, etc., le béarnais ne pre- 
nait que le radical, changeant en au les syllabes al, ar ; de 
là, generau, nuptiau, seglau, etc. 



On trouve dans le vieux français des adj. analogues à ceux-là; il; 
sont uniformes au masc. et au fém.: — « Sainte-Marie, roïiK» 
virginal », Agolant Bekker ; « Reine naturaus (de toute la nature) >, 
Poés. du roi de Nav.; « royaulx Vierge, corps Marie », Cant. '.e$ 
Flag. XIV e s. 

On disait en fr. reine naturaus, lettres royaux, comme en 
béarnais cause principau, plagues leyaus ; identité d'origine et de 
forme : naturaus, royaux, adj. fém. fr. français, du lat. naturalis, 
regalis; — principau, leyaus, adj. fém. béarnais, de principalis, 
legalis. 



— 214 — 

240. — Au lieu de la terminaison au^ les adjectifs dont 
il est ici question avaient aussi quelquefois les terminaisons 
al et ar. Exemples tirés des Fors : — pecunie dotal, argent 
dotal, senhorie seglai\ seigneurie séculière ; même avec ces 
formes, ils n'avaient qu'une terminaison pour les deux 
genres : — créatures rationals, créatures raisonnables, cortz 
particulars, cours particulières; a misse nuptial», messe 
nuptiale; document de 1488, Arch. des Bass.-Pyr. 

241. — Plus tard, xvp s. la terminaison du féminin fut 
distincte de celle du masculin. Aussi le traducteur des 
Psaumes écrit-il : « lo dret camii de Vimmortala vita », le 
droit chemin de la vie immortelle; « pêne corporale », peine 
corporelle , se trouve dans les Eglogues de Fondeville , 
ms., fin du xvip siècle. 

On lit dans la Compilation d'auguns priviledges deu Pays de 
Bearn : Com la vite sie un flux perpétuai et une rivere 
laquoale on ne descen james dues begades », comme la 
vie est un flux perpétuel, une rivière que l'on ne descend 
jamais deux fois (1) ; il y a encore dans le même recueil : 
taie convocation, principales marques. 



Dans la phrase que nous venons de citer, les mots dues begades 
signifient «deux fois». Rabelais a employé le mot « veguade » : 
« le m'en voys boyre encores quelque veguade » ; Garg. i, 16 ; c'est- 
à-dire : Je yais boire quelque fois (coup) de plus, et non, « quelque 
rasade », comme l'a interprêté le Bibliophile L. Jacob. 



242. — Aujourd'hui on francise les adjectifs béarnais, tels 
que generau, immourtau, etc.; ils ont, pour les deux genres, 

(1) On dit en catalan : « Vassen lo temps en forma d'aygua corrent, les 
ones de laquoal piisque son passades no seran james tornades altra voila »>; 
Le temps s'écoule comme une eau courante, dont les flots une fois passés 
ne reviendront jamais plus ; Cambouliu, Litt. Cat, 



~ 215 — 

les terminaisons analogues à celles des adjectifs français : 
gênerai, générale; immourtèl, immourtèle; passe encore pour 
al, aie; mais èl, èlel N'est-ii pas absurde de faire ainsi 
perdre au béarnais le caractère qui lui est propre en l'affu- 
blant de ce qui ne lui appartient pas? 



Le provençal s'est bien gardé d'adopter naturel, naturèle. Rou- 
manille dit : — « Es forço naturau d'avé pou d'uno pèsto», il est 
naturel (force naturelle) d'avoir peur d'une peste; il emploie pour 
finau le féminin en alo : o Veici la fin finalo», voici la fin finale; 
Armana prouv., 4856. 



243. — Principau, au masculin, et leyau, au féminin, sont 
encore usités dans ces locutions : artigle principau, article 
principal, aha principau {aha est du masc. en béarnais), 
affaire principale, plague leyau, plaie majeure ; on dit aussi : 
pecat mourtaUj péché mortel, pêne moiirtau, peine mortelle, 
anet nouhiau, anneau de mariage, sègue nouUau, ronce 
d'épousailles. 



Lorsqu'une noce se rend à l'église, il est d'usage dans les campa- 
gnes du Béarn que des jeunes gens, s'étant postés à un détour du 
chemin, tendent en travers une ceinture rouge ou un long ruban. 
Le cortège s'arrête devant celte barrière, et il ne lui est permis de 
passer outre, que lorsque chacun a donné quelques pièces d'argent 
en retour des fleurs qui lui ont été offertes. Cet usage porte le nom 
de la sègue, la r«nce, parce que, dans le principe, c'était avec une 
ronce que l'on interceptait le passage de la noce. Il date de fort loin, 
et fut cause jadis de graves désordres. En 1488, les Etats de Béarn 
en firent l'objet d'une plainte adressée à leur souveraine, Catherine, 
reine de Navarre. L'interdiction de la sègue fut prononcée. Gela 
n'empêcha point que cet usage ne fût repris ensuite; il se pratique 
encore aujourd'hui, — Voir Dictons du Pays de Béarn, p. 61, et 
rintroduction du volume intitulé : Chansons et airs populaires du 
Béarn, publié par M F. Rivarèss. 



— 216 — 

Mais on n'appelle maintenant sègue-noubiau que la ronce la plus 
épineuse qui hérisse les haies et les taillis. 



244. — Tau, quoau, tel, quel, sont employés presque 
toujours, même aujourd'hui, avec leur terminaison unique 
pour les deux genres : quoau maynatge^ quel petit garçon, 
qiioau maynade, quelle petite fille. L'usage fréquent que 
l'on fait de ces adjectifs a empêché qu'on ne les dépouillât 
de leur forme originelle : 

— « Tau la nouste resoulutiou, tau lou nouste proufieyt », 
telle notre résolution, tel notre profit ; Imit. de J.-C. 

Praubetas, vous vous damnatz Pauvrettes, vous vous damnez 
Ubertamen[t], Ouvertement, 

Si tau camy nou lexatz Si tel chemin vous ne laissez 

Tout promptamen[t]. Tout promptement. 

Chans. xvie s. (1). 

Nou mancabi, nat ser, de trouba-m a tau hèste. 

Picot. 

Je ne manquais, aucun soir, de me trouver à telle fête. 

245. — Les adjectifs béarnais terminés par les consonnes 
b, d, l, Ih, m, 71, r, s, forment le féminin en ajoutant au mas- 
culin un e (anc. a), qui a le son d'un o doux : 

Masc. : — Saub, sauf, herd^ vert, pregound, profond, cruel, 
cruel, bermelh, vermeil, rouge, bielh, vieux, prim, mince, 
gran, grand, joen, jeune, berouym, joliet, entier, entier, 
embeyous, envieux, amistous, aimant, aboundous, abondant, 
bergounhous , honteux, laganhous, chassieux, pouderous, 
puissant, prous, apprivoisé, sabrons, savoureux, yelous, 
jaloux ; 

(1) Cette chanson pourrait être intitulée ; Las très hilhas e lo monge. 
Les trois filles et le moine. Les filles décident le moine à se faire protes- 
tant. Voir le Bulletin de l'Hist. du protestantisme, 1868, et le journal 
V Indépendant des Basses-Pyrénées, 11 nov. de la même année. 



— 217 — 

Fém. : — Saube^ herde, cruèle, bermelhe, prime, grane, 
entière, herouyine, amistouse, etc. 

Bos dansa, berowjine? Veux-tu danser joliette? 

Pas dab tu, laganhous. Pas avec toi, chassieux. 

— « Qui pren ab sac perditz vermelha », qui prend perdrix 
rouge avec sac; Fors de Béarn. 

Nos paysans donnent à leurs bœufs des noms selon la 
couleur du pelage de ces animaux : — Bermelh est un de 
ces noms. 



En général, nos adjectifs en ous ont pour correspondants, en 
français, des adj. en eux ; ceux-ci aux xii« et xiii^ siècles, se termi- 
naient aussi en ous : 4 Ogier fu vertuous et poissant », Otinel ; 
« chevaliers corajow* et hardis», Elie de St-Giles. On lit dans 
VHistoire littéraire, tom. xxin : 

Li jalous Le jaloux 

Envions Envieux 

De corrous De courroux 

Morra ; Mourra ; 

Et li dous Et le doux 

Sav^ourous Savoureux 

Amourous Amoureux 

M'aura M'aura. 

L'anglais a conservé cette forme de notre vieille langue; on chante 
dans le God save the King : i>>3 

Send him glorious, Qu'il soit glorieux, 

Happy and victorious Heureux et victorieux. 



246. — Les adjectifs suivants doublent la consonne s avant 
Ve : — Espes, épais, estros, maladroit, dons, doux, gras, gras, 
gros, gros, fans, faux, roiis, roux ; au féminin : - 
estrosse, doiisse, grasse, grosse, fausse, rousse. 



- 218 — 

Espes, épais, espesse^ épaisse ; c'est l'ancienne orthographe 
française : « Je me tâte au plus espez du mal » ; Montaigne, 
Essais^ II) 37 ; 

Ces rois hideux en longue barbe espesse. 
Ronsard ; Franc, iv. 



247. — Des adjectifs terminés par la consonne i, les uns 
forment le féminin en ajoutant un e au masculin, les autres 
en changeant le ^ en 6^ avant Ve : 

— Baient, vaillant, actif, laborieux, bribent, rapide (eau), 
estibent, sensible aux chaleurs de l'été, yent ou yens, gentil, 
beau, puxant, puissant, sant, saint, segret, secret, boeyl^yide, 
miut, menu; au fém. : — balente, bribente, segrete^ boeyte, 
miude, etc ; 

— Agmiit, avide, affamé, agut, aigu, aiisart, audacieux, 
besiaty gâté (enfant), cabourrnt, entêté, dessensat, dessensiat, 
insensé, esbagat, désœuvré, esberit, vif, gai, escarrabelhat^ 
éveillé, estigglat^ étincelant, lengassut, qui a longue langue, 
pelut, poilu, segrat, sagrat, sacré ; au fém. : Aganide, agude, 
ausarde, esberide, lengassude, escarrabelhade^ pelude, etc. 



Rabelais s'est servi de « escarrabillat », de bonne humeur, gai, 
réjoui, en train de se divertir. On lit aussi dans Montaigne, Essais, 
I, 35 : « le ne scais qui demandoit à un de nos gueux, qu'il voyait 
en chemise en plein hyver aussi scarbillat que tel qui se tient 
emmitonné dans les martes iusques aux aureilles, comme il pouvoit 
avoir patience ». — « Pelue », poilue, est dans Ronsard, Egl. i : 

L'autre enflé de courroux, d'une dent bien aiguë. 
Mord ce dieu ravisseur par la cm^se peine. 

248. — Les adjectifs, terminés au masculin par c, chan- 
gent cette consonne au fén)inin, les uns en que, les autres 
ep Que {ez:io doux) ; 



— 219 — 

Antic, ancien, arrauc, rauque, terme, pointilleux, 6oM/mroc, 
véreux, dourcc^ précoce, es^wrrèc, glissant, flaimhac, flatteur, 
fresc, frais, loungarèc^ lambin, mèc, bègue, rehouhièc^ qui fait 
au rebours, revéche ; au fém. : — Antique, arrauque, 
doiirèqiie, flaunhaqiie, fresque, rebouhièqiie, etc. 

— Amie, ami, briac, ivre, desastruc, desestruc, maladroit, 
eschuc, sec, pèc, sot, niais, poûrtic, peureux ; au fém. : — 
amigtie, briagiiej desastrugtie, pègue, etc ; 

a Done, es vostre aquest enfant ? — Amigue, jo lo 
enfantey » ; Dame, cet enfant est à vous ? — Amie, je l'ai 
enfanté ; Récits d'Histoire Sainte, ii, p. 30. 

Mie, migiie s'emploient comme appellatifs beaucoup plus 
souvent que amie, amigiie : — viens, ami ; sa-bi, mie. 

« Antique » et d'autres adjectifs analogues n'ont plus aujourd'hui, 
en français, qu'une forme pour les deux genres ; ils en avaient 
deux autrefois comme en béarnais « an tic, antique », etc. On lit 
dans Rabelais : — « Le roy saige et pacifie Salomon » ; Ordon- 
nance mirificque ». Quelquefois même le féminin était en gue, 
comme dans notre idiome, amic^ aniigue : — « Tout cela marchait 
en moult belle ordonnance catholigue, apostoligue et romaine » ; 
Satire Ménippée. — Les deux formes, ic, masc, ique, fém., sont 
restées dans public, publique. 

Fresc, fresque, frais, fraîche ; Montaigne écrivait aussi ce mot 
avec un «? : « Le visage frez ; le vin f^es ; voy. Essais^ m, 9. — 
« Elle se monstrera belle et frésche. — Ancien Théâ. fr, Edit. 
Jeannet, vu, p. 262. 



Nos adjectifs blanc, eslenc, loung, blanc, glissant, long, 
font au féminin blangiie , eslengue, loungne, et blanque, 
eslenqiie, lounque. 

249. — Les adjectifs suivent, pour la formation du pluriel, 
les mêmes règles que les substantifs, 



— 220 — 

REMARQUES SUR QUELQUES ADJECTIFS. 

250. — Cruel, fidèl, cruel, fidèle. — Ces adjectifs sont aussi 
cnidèu, fidèu, régulièrement formés des adjectifs latins 
crudelis, fidelis^ par la suppression de la finale is, et par le 
changement de el en eu, n° 56. 



Fidèl PigoUjtu qui as audit... Fidèle Pigou, toi qui as entendu.. 
Despourrins. 

Pigou, fidèu Pigou qu'argoeyte. Pigou, fidèle Pigou fait le guet. 
Peyret. 

Deffen-la deus leoos crudèus. Défends-la des lions cruels. 

Psaumes. 



251. — Bou, botme, bon, bonne. — On emploie boun, au 
masculin, dans cette locution : — Lou boun Diu^ le bon Dieu : 

— « Praubes tant qui lou boun Diu boulhe, mes la baxère 
nete » ; Pauvres tant que le bon Dieu voudra, mais la vais- 
selle nette. Ce proverbe est en français : « Quelque pauvreté 
qu'il ait, il tient sa vaisselle nette » ; — Bovilli, xvi« s. 

Boun se met devant une voyelle ; — « Que soun de boun 
estoc », ils sont de bonne ligne d'extraction ; L'abbé Puyoo, 
Sat. sur les Nobles de Béarn. 

252. — Gran, grane, grand, grande. — Il vient du latin 
grandis, masculin et féminin. Aussi peut-il n'avoir qu'une 
terminaison pour les deux genres : 

E deu gran Rey qui tant t'ha desirade 
Labetz sera ta gran beutat amada, 

Psaumes 

Et du grand Roi qui tant t'a désirée 
Alors ta grande beauté sera aimée. 



— 224 - 
Que Ihebéii deu larè la ^rari pèyre moulière. 

Peyret. 

Levèrent du foyer la grande pierre meulière. 

Gresles.. plus^r<2Mejqifarrebotz{l). Grêles.... plus grosses que cailloux. 
FondeviUe, Egl. ms. 

On dit may-grane, et le plus souvent, par syncope, mayrane, 
grand mère. 



Dans le eastillan, grand, était pareillement uniforme pour les 
deux genres ; 

Ganaredes grand prez e grand valor. 
Poèine du Ciel. 

Vous acquerrez grand prix et grande estime. 

Le marquis de Santillane écrivait : — a Ausias Marc es gran 
trovador », Ausias March est un grand poète ; 

Sempre te serviré Toujours je te servirai 

Con gran raçon. Avec grande raison. 

En provençal, grand s'emploie aussi au féminin comme au 
masculin : 

Umble escoulan dou grand Oumèro. Humble écolier du grand Homère. 
F. Mistral; Mir. 

Vènon i'adurre uno grand bano. 
F. Mistral ; Mir. 

Elles viennent lui apporter une grande corne. 

De même, autrefois, en français : « Un aultre |escuyer d'escuyrie 
sur un grant destrier portoit une grant espee » ; Al. Ghartier. 



(1) h'arrebo{ est un caillou dont on se sert pour garnir les vides entre 
les grosses pièi'res des murs, qui sont « de quoairie per deffore e per 
dpffenlz d'arrebot », de grosse pierre extérieurement et de petite pierre 
par dedans (1389); — « peyre de talh arrebot, fuste, per enaicar » 

il446), pierre de taille, cailloux, bois, jour faire les arceaux; Arch. des 
iass.'Pyr. 



-- 222 — 

Quand dueil me prent, grant joye me demaine ; 
Par grant plaisir je deviens langoreux. 

Ch. d'Orléans : Bail. cxxv. 

Qui ne sait la chanson que Molière a immortalisée en la plaçant 
dans son Misanthrope. 

Si le roi m'avait donné 
Paris, sa grand ville... 

De cet ancien usage, sont restées dans la langue française quel- 
ques expressions : grand mère ^ grand tante ^ grand chambre., 
grand messe., grand rue. 

« Les grammairiens, dit M. Ampère, prétendent que dans ces 
locutions Ve muet est élidé, et ils placent une apostrophe après 
grand ; il n'en faut point, car il n'y a rien d'élidé. L'ancienne 
langue rend raison de cette infraction à la loi, d'après laquelle 
l'adjectif s'accorde avec le substantif ; elle en rend raison par une 
autre loi fondée sur l'étymologie. M. Raynouard qui a mis en 
lumière le fait du désaccord de ces adjectifs avec leurs substantifs, 
ne paraît pas en avoir connu la raison ». 



253. — Lengassut^ lengassiide, qui a de la langue ; — 
« Diu, quine hemne lengassude ! » Dieu, quelle femme à 
longue langue ! 



C'est le linguax des Latins. Il manque en français, depuis qu'on a 
laissé dans l'oubli le languagier, languagière, de Villon et de 
Montaigne, le langard de Marot et de Régnier : 

On tient belles languagier es., 
Genevoises, Veniciennes. 
Villon ; Bail. xu. 

On lit dans les Essais, m, 5, de Montaigne : — « Un homme 
languagier comme je suis. » 

L'autre fut un langard révélant les secrets. 
Régnier: Sat.xiv. 



— 223 - 

254. — Mail , maie, mauvais, mauvaise ; méchant, mé- 
chante. On trouve cet adjectif, aumascuHn, dans les noms 
propres Maucap, mauvaise tête, Maupeu, mauvais poil, et 
dans ce vers d'un Psaume : 

L'Eternau L'Etemel 

Terriblemeneradebengutmaw. Etait terriblement irrité. 

Les Fors disent, au féminin, « maie administration i^, mau- 
vaise administratton ; et les Psaumes : « lengoa mala », 
méchante langue. — On dit aujourd'hui : « înale intention », 
mauvaise intention ; 

Entre... y nou hes maie cave. Entre... et ne fais pas mauvais visage. 
Peyret. 

Mau s'employait en français ; Villon, dans sa Bail, xn, écrit : 

L'ung vault l'aultre, c'est à mau chat mau rat. 

Il s'est conservé dans Mauvoisin, Maupertuis, et maie se voit 
dans Rabelais : « Si par maie fortune advenoit » ; Garg., i, 46. — 
« Je ne voudrois pour rien du monde entrer en vostre maie 
grâce » ; Ane. Théâ. fr. Edit. Jannet, vn. 



255. — Plee, plene, plein, pleine. — Le masculin plen a 
été employé quelquefois; plena, fém., est dans les Fors: 
« en plena cort en lo castet de Pau », en pleine cour dans le 
château de Pau. 



On écrivait pareillement plene en français : a plene de fleurs, 
plene de fruicts, plene de toutes délices » ; Rabelais, Garg, 1, 8. 



Plene, pleine, est peu usité aujourd'hui ; c'est plee qui le 
remplace. La prononciation, seule, distingue le féminin du 
masculin ;p/é'e, au masc. se prononce |)/é?, et, au iém.^plé-O' 



— 224 — 

Cet adjectif, dans le béarnais d'Orthez, estpley, pleye. La 
finale en ee est là généralement en ey : arré ou arrée, chose, 
hée, foin, rée, dos, tabee, aussi, sont à Orthez : arrey, héy, 
reye^ tabey ; la bee, la veine, la begne (benh'e) ; rée, dos, se 
prononce reye et renhe. La prononciation ey au lieu de ee est 
ancienne : 

— « Son cos e sos beisy> (1337), son corps et ses biens; 
Mœurs béarnaises, p. 4. « Tonegs pleys », tonneaux pleins, 
« arques pleyes », caisses (coffres) pleines (1385) ; Dénombr. 
général des maisons de la Vie. de Béarn. 

256. — Pregound, pregounde, profond, profonde. — On 
emploie plus fréquemment pregoun, pregoune : — « U barat 
pregoun », un fossé profond ; « la mar pregoune », la mer pro- 
fonde; voy. ci- dessus, p. 132. 

L'expression proverbiale qu'en ha de pregoun, il en a de 
profond, signifie « il est riche ». — C'est le sens du français 
populaire : « il a le sac. » ou « il en a dans la profonde (la 
poche) ; » — Proverbes du Pays de Béarn, p. 59. 

257. — Sant, santé, saint, sainte. — « Lous santz eban- 
yèlis », les saints évangiles. Le c du primitif sanctus, a, 
était conservé : — « Lo caperaa de Sancta Maria », le curé 
de Sainte-Marie. 

Pour les dénominations on se sert presque toujours de 
sont, sente : — a Sent-Laurentz y> , Saint-Laurent ; « Sent- 
Bisentz de SaUes », Saint- Vincent de Salies ; « 5m^^-Groutz 
d'Oloroni», Sainte-Croix d'Oloron. 

Dans les Bécits d'Histoire Sainte, on trouve sant et sent 
indifféremment employés : sent Matheu, sant March, sent 
Pee, sant Johan. — « Digaus davant sent Luc (1337), jeudi 
avant Saint-Luc; Mœurs béarnaises, p. 4. 

— « Per Diu e per aques santz de Diu et de mossen sent 
Antoni, juri. ... », par Dieu et par ces saints de Dieu et de 



— 225 — 

« monseigneur » saint Antoine, je jure. . . . (1429); Mœurs 
béarnaises^ p. 34. 

Prenctz, prenetz los condèes (i) Prenez chapelets et rosaires 

Tant solamen[t], Tant seulement, 

E pregatz Diu e los sans Et priez Dieu et les saints 

Devotamen[t]. Dévotement. 
Chans. xvi« s. 

Arnaud de Salettes, Psaumes^ écrit sant, santa, et Fonde- 
ville, Egl., ms, sant, sanct, et saïngt qui est tout à fait con- 
traire à la prononciation béarnaise; sainct, est l'ancienne 
orthographe française, dont on trouve un exemple tout aussi 
fautif, en béarnais, dans l'un des textes reproduits ci-dessus, 
page 122. 

On lit dans une « charte auscitaine » du xm" s. : « ma daune 
Sencte Marie ; ma dame Sainte Marie ; « lo camin de Sent Jacme », 
le chemin de Saint-Jacques. 

De même, dans le gascon de Jasmin comme dans le béarnais de 
M. V. de Bataille : 

Baci lou chan qu'on entendèt 
Un dimècres mati bèillo de Sent-Jousèt. 

Jasmin. 

Voici le chant qu'on entendit 

Un mercredi matin, veille de Saint-Joseph. 

Sente Bierye, nou-p eau pas cranhe 
Que m'en desdigue lou me pay. 
V. de Bataille. 

Sainte Vierge, vous n'avez pas à craindre 
Que mon père soit contraire à mon vœu. 

(1) Le mot condèes explique parfaitement ce que sont « les chapelets et 
les rosaires », des objets de dévotion avec lesquels on compte des « avé » 
et des «pater». Fondeville dans la première de ses Egl, ms, a le même 
mot eontès (t. p. d. n» 128): « chapelets, rousaris y contés » dit-il ; après, 
les deux premiers mots, « contés » fait pléonasme et n'est là que pour la 
rime avec bénites, bénitiers, qui termine le vers précédent. 

15 



— 226 — 

258. — Yelous, yeloiise, jaloux, jalouse. On entend pro- 
noncer aussi yaloîis, yalouse. La première forme est préfé- 
rable comme plus étymologique : latin , zelolypus d'où 
zelosus, b. lat. ; Titalien a a geloso ». 

259. — Les adjectifs béarnais significatifs de la race, de 
l'espèce (animaux), étaient terminés en ii ; (lat. inus) : — 
aulhli, de brebis, crabii, de chèvre : bestiar aiilhii, bétail de 
la race ovine, crestou crabii, produit de la chèvre; Arch. 
comm. de Bescat, canton d'Arudy, arr. d'Oloron. 



ADJECTIFS VERBAUX. 

260. — Ils sont formés d'un élément verbal et du suffixe 
dé. Ce suffixe signifie qu'il y a obligation de faire l'action 
marquée par le verbe, ou qu'elle est sur le point d'être faite, 
qu'il est opportun de la faire ; tels sont pagadé de paga, 
payer, berenhadé de berenha, vendanger, desbesadé de desbesa, 
sevrer, maridadé de marida, marier, segadé de segct^ scier, 
moissonner, etc. 

Cent escntz pagadés, cent écus qui doivent être payés, que 
l'on est obligé de payer; ley pagadere, amende qu'il faut 
payer; 

La binhe berenhadere, le vignoble qui peut être vendangé, 
qui doit être vendangé; 

U maynatye desbesadé^ un enfant que l'on doit sevrer, 
qu'il est temps de sevrer; 

La hilhe maridadere, la fille en âge d'être mariée ; on dit 
aussi casadere, comme en espagnol casadera ; 

Blat segadé, blé qu'il faut scier, dont on va faire la 
récolte. Au fig. : u bielh segadé est une expression qui tra- 
duit parfaitement ce vers de La Fontaine : 

Un vieillard près d'aller où la mort l'appelait. 



— 227 — 

Le suffixe dé était anciennement der : — ii sols morlaas 
pagaders, deux sous de Morlaas qui devaient être payés, 
i3m,Arch, B.'Pyr. E. 1917; 

On employait indifféremment der et dor : — marcx d'ar- 
gent paguedors e Ihevadors, marcs d'argent qui doivent être 
payés et qu'il faut recouvrer, 1452, Mœurs béarnaises^ p. 42. 

La capera de Nostre-Dama fasedore enpres la glisie nabera, 
la chapelle de Notre-Dame qui est à faire (à construire) 
près de l'église nouvellement bâtie , 1519. — Arch. Bass- 
Pyr. E, 1468. 

Mais, dans les adj. abieder, abenidor, les suffixes, der, dor, 
n'expriment que le futur : — Conegiida causa sic... aïs présents 
e als abieders, soit chose connue... aux présents et à venir, 
1270, charte d'Orthez, ci-dessus, p. 109; trop grau salud es 
abenidore, un très-grand salut doit avenir, xiV s., Récits 
d'Hist. Sainte (1). 

Pour la signification, abieder, abcnidor différent depagader, 
pagador, autant qu'en latin le participe actif en turiis^ a, uni, 
diffère du participe passif en dus, a, uni; ici, tout ensemble 
idée de futur et d'obligation ou d'opportunité ; là, idée seule 
de futur. 

Le gascon emploie aussi, au même sens que le béarnais, 
des mots en dé comme berenhadé, maridadé. M. J. Daste, 
dans un Essai sur les caractères de la langue gascoîine, rattache 
le suffixe dé, anciennement der, dor, au latin torius, toria; 
voy. Revue de Gascogne, xii, p. 549. 

M. Paul Meyer, Romania, m, p. 424, ajoute que le suffixe 
latin torius, toria], donne partout ailleurs en langue d'oc 
dor, doira ; 

« En béarnais, dit-il, les adjectifs verbaux en dor, doira, 
du provençal (2) sont en der, der a. Dans la coutume de 



(1) Le texte publié, t. i, p. 74, porte abenidor; mais une note, p. 220, 
indique que, dans le ms, il y a abenidore, au fém., se rapportant à « salud » 
qui était anciennement de ce genre. 

(2) «J'emploie ici provençal dans un sens très-large » ; note de M. Meyer. 



— 228 — 

Sarraguzan (Gers) je lis sabedera causa (i)... où les dialectes 
voisins du nord et de l'est auraient dit sabedoira... Je ferai 
remarquer en passant que la môme assimilation de orius à 
arius a lieu en espagnol, comme le montrent des formes 
telles que casadero, duradero, hacedero^ etc. Selon Diez 
{Gram. 3" éd., ii, 355), dero viendrait en ce cas de duero. 
Je ne sais ce que vaut cette explication pour l'espagnol, 
mais je la crois diffficilement admissible pour les dialectes 
du sud-ouest de la langue d'oc, où la forme ei\ era, apparaît 
très-anciennement, sans qu'aucun intermédiaire la rattache 
à la forme or, oira ». 

Des noms béarnais sont aussi terminés en dé, anc. der, 
dor : — Labadé, lavoir, douladere, doloire, pourtaderes, 
espèce de civière, tenedé, lieu où Ton tend le linge. Dans 
ces noms, dé représente le suffixe latin dont il est ici ques- 
tion ; lavatorium (2), dolatoria, portatoria, tentorium. 

Mais, dans nos adjectifs verbaux, dé, anc. deVy dor, est 
loin d'avoir la même signification que torius, toria, suffixe 
latin : — Vendemiatorius, par exemple, signifie « relatif à la 
vendange », et notre berenhadé veut dire « qui doit être ou 
qui va être vendangé » ; en latin cœna adventoria signifie 
le repas que l'on donne pour une bienvenue ; en béarnais, 
sahid abenidore est le salut qui doit arriver ; 

Cette remarque n'a pas encore été faite, croyons-nous ; 
n'y aurait-il pas lieu de tenir compte d'une si grande diffé- 
rence de signification, avant de se prononcer définitivement, 
au sujet de nos adjectifs verbaux, sur l'assimilation complète 
de dé, dere, au suffixe latin loriiis, toria ? 



(1) « Bladé, Coutumes municipales du département du hers^ p. 9». 

(2) I3ans les Récits d'Histoire i:ainte en béarnais, t. ii, p. 58 ." « labatori 
de Siloe»), piscine de Siloë ; lavador dans Marcabrun ; P. Meyer^ Recueil 
p. 74. — Fors* de Béarn, xiu« s., a abeurader o labadem, abreuvoir ou 
lavoir ; — « per lotz locxs et per los aveurndors acostumalz », par tous les 
lieux et par les abreuvoirs accoutumés, 1277 ; Archives d'Ossau, AA 1, f» 2. 



— 229 — 



ADJECTIFS PRIS SUBSTANTIVEMENT. 

261. — Certains adjectifs, précédés de l'article ou de u, ue^ 
un, une, sont de véritables substantifs : — Varna, l'amer, 
l'amertume, loti bray, le vrai, loti briu, le rapide, le courant, 
lou doitSy le doux, loufaus, le faux, lou maii, le mal, u lam- 
poeijnè, un lambin, tte lengassude^ une bavarde. — « L'escti 
de la noeyt », l'obscur (l'obscurité) de la nuit ; en latin, suh 
obscurum noctis. 



Plus lo mau que lo bee-t hè gay Plus le mal que le bien te réjouit 
Et lo faus que lo vray. Et le faux que le vrai. 

Psaumes. 



Tantost, cabbat lotis brius, traynabe l'arrousec. 

E. Vignancour. 

Tantôt, à travers les cowroTi^s, il traînait le filet. 

On trouve dans les Fors, article 165, l'adjectif pris subs- 
tantivement sans être précédé de l'article : « Fer aquetz 
santz, ver ditz », par ces saints, il dit vrai. 

262. — Certains noms peuvent être considérés comme de 
véritables adjectifs : — Pastou^ pastoure, berger, bergère, 
rey, rèyne {anc. regine),ro\, reine, tisnè, tisnère, tisserand, 
tisserande. — Montaigne a employé le mot « tisserande ». 



« Pasteur », en français, n'a plus le féminin que l'on trouve dans 
les poésies des xm^ et xive siècles : 

Lez un pin verdoiant 
Trovai l'autrier chantant 
Pastore et son pastor. 
J. Bodel. 



— 230 — 

La pastoure à blons cheveux 
Estoit de moy énamourée. 

Froissart. 



Il n'en est resté que le diminutif pa^^our^Z/e, jeune bergère. 



ADJECTIFS PRIS ADVERBIALEMENT. 



263. — Il y a en béarnais des adjectifs qui sont employés 
comme adverbes : — Beroy, joli, joliment, court, court, 
brusquement, subitement, dous, doux, doucement, haut, 
haut (adv.), nahèt, nouveau, nouvellement, récemment, 
naii, de neuf, segu, sûr, sûrement, etc. 

Y ta raube, au printemps, peu boun Diu pingourlade, 
Deboscx, de camps, de pratz taa heroy pigalhade. 

Navarrot. 

Et ta robe, au printemps, par le bon Dieu diaprée, 
De bois, de champs, de prés, si joliment marquetée. 

Que-s birabe tout court enta baysa l'auta. 

Navarrot. 

Il se tournait tout subitement pour baiser l'autel. 

La lue que s'abanse tout dons 

E que luseix au miey de las esteles. 

Peyret. 

La lune s'avance tout doucement 
Et luit au milieu des étoiles. 

Qu'où calou tiene haut, y qu'en haboun la talhe. 

Navarrot. 

Il fallut le tenir haut, et ils en eurent la taille. 



— 231 — 

Auprès d'u gros pastou, députât per Ossau, 
U senhou nabèt hèyt qu'ère segut a taule. 

Picot. 

Auprès d'un beau pasteur, député par Ossau, 
Un seigneur nouveau fait était assis à table. 

Toutz floucatz, nau bestitz, lou berret sus l'aurelhe, 
Debant, lous thalamès, (i) cadu dab sa boutelhe, 
Hazèn bebe la yent qui bedèn seu camy. 

Picot. 

Tous avec des bouquets, vêtus de neuf, le béret sur l'oreille. 
Devant (la porte) les garçons de noce, chacun avec sa bouteille, 
Faisaient boire les gens qui passaient sur le chemin. 



C'est ainsi que s'emploient en français court-vêtu, nouveau-né : 

Légère et court-vêtue elle allait à grands pas. 

La Fontaine. 

Dès le temps nouveau-né, quand la Toute-Puissance 
D'un mot forma le ciel, l'air, la terre et les Ilots. 

Boileau. 

L'usage de l'adjectif à la place de l'adverbe est tout latin ; canere 
indoctum^ chanter (grossièrement) ; ridere décorum^ rire (gracieux) 
gracieusement. En béarnais , nous disons : — canta lèd , arride 
beroy, chanter laid^ rive, joli. 



DEGRÉS DE QUALIFICATION. 

264. — Le béarnais a quatre adjectifs qui, seuls, sans le 
secours d'aucun mot, expriment une comparaison. Ce sont 
maye, autrefois mayor, plus grand, supérieur, mendre , 

{i)Thalamè, ^nrçon de noce ; en lat. thnlatnuSylxvé du grec, signifie ou 
pluriel (( mariage, hymen» ; il n'y a pas lieu de dire pour le mot béar- 
nais; Gj^œco fonte cadit.,. C'est le latin, et non le grec, qui nous l'a donné. 



— 232 — 

anciennement menor, moindre, plus petit, mielhe (melhor^ 
mielhor), meilleur, pire, piri, pire, plus mauvais. 

— « Mielhor judyament » , meilleur jugement , Fors de 
Béarn ; « la menor deu partir et la mayor alheytar » , la plus 
jeune (des sœurs) doit faire le partage, et l'aînée choisir ; 
Fors de Béarn; « lo mayoo abe nom Joël », l'aîné avait nom 
Joël, Hist. Sainte ; « maye bounhur de da que de recebe^, 
plus grand bonheur de donner que de recevoir, Imit. de J.-C. 

...austes mousques j-a qui hèn de majes maus. 

Fondeville, Egl. ms. 

Il y a d'autres mouches qui font de plus grands maux, 

Inferior, aujourd'hui inferiou^ se trouve dans la réimpres- 
sion des Fors et Coût., 1552 : « Lo Senhor contrenhera los 
inferiors far justici aus qui se complanheran » , le Seigneur 
contraindra les inférieurs (ses vassaux) à faire justice à ceux 
qui se plaindront. 

265. — Maye, mendre, pire ou piri sont des deux genres ; 
mielhoii est du masculin, et mielhe du féminin. — C'est à 
tort, croyons-nous, que l'on fait mielhe des deux genres : 
mielhe tros, mielhe part, meilleur morceau, meilleure part. 

— (( Lou fray 7naye que la sor », le frère plus grand que 
la sœur ; « la sor maye que lou fray », la sœur plus grande 
que le frère. 

— « Lou mau mendre que la pou », le mal moindre que 
la peur; « ue perle mendre qu'u graa de milh », une perle 
plus petite qu'un grain de mil. 

— Lou remèdi piri que lou mau », le remède pire que le 
mal ; « la ^iou. piri que lou mau », la peur pire que le mal. 

— « Prenetz mielhou camii » , prenez meilleur chemin, 
« cercatz mielhe aucasiou », cherchez meilleure occasion. 

Lou cèu pe de mielhe pasture ! 

Despourrins. 

Que le ciel vous donne meilleure pâture. 



— 233 — 

Fondeville et Navarrot ont employé piri, pire y comme 
adverbes : 

Pensant ha moun proufieyt, piri jou que hari. 

Fondeville. 

Comptant faire mon profit, pis je ferais. 
Jamey nou pot ha pire. Jamais il ne peut faire pis. 

Navarrot 

266. — On ne trouve, en béarnais, que très-peu d'adjec- 
tifs qui, par une inflexion particuUère, représentent le 
superlatif à la manière du latin, de l'italien et de l'espagnol : 

— « Filh de VAltisrne » , fils du Très-Haut ; Récits d'His- 
toire Sainte^ tom, ii, p. 4. 

Minin ou menin, très-petit, n'est employé que dans ces 
locutions : digt minin, le petit doigt, ii minin, un tout petit 
enfant. — Causes minimes, choses, affaires minimes. 

Moun plasé qu'ey extrême. Mon plaisir est extrême. 

Hourcistremé 

« Diu... l'oubrè suprême qui n'ha lexat arré sens ourdi 
dens la soue créature % Dieu... l'artisan suprême qui n'a 
rien laissé de déréglé dans son oeuvre ; huit, de J.-C. 

261 . — On représente les degrés de qualification par des 
adverbes que l'on place devant l'adjectif. 

268. — Pour marquer le comparatif d'égalité, on met 
autant, autaa devant l'adjectif; autant àewoiii une voyelle 
ou h muette, autaa devant une consonne ou h aspirée : — 
« La hilhe autant aymable que la may », la fille aussi aima- 
ble que la mère; « lou parpalhoû autaa beroy que la flou », 
le papillon aussi joli que la fleur. 

269. — Mes, mey, du lat. magis, et plus, plus, mis devant 



— 234 — 

l'adjectif, expriment le comparatif de supériorité : — « mes 
leuyè que l'auzèt y>, plus léger que l'oiseau. 

Lou cabiroii, qui-ey lou rey de las serres, 
N'ère pas Ihèu mey leste que nous autz. 

Peyret. 

L'isard, qui est le roi des montagnes. 
N'était pas peut-être plus leste que nous. 

Et io serey trop plus blanc que la nèu. 

Psaumes. 

Et je serai beaucoup plus blanc que la neige. 

270. — Le comparatif d'infériorité est représenté par 
menhs, mens, moins : — « Lou paysaa d'Ossau mens pèc que 
nou semble », le paysan d'Ossau moins niais qu'il ne semble. 



Aussi, dit-on de l'Ossalois : nha de groussiè que la pelhe, il n'a 
de grossier que le vêtement ; il est même fort matois, s'il faut en 
croire cet autre proverbe : « Tatz pleytz nade gent hau coum era 
d'Ossau », pour les procès aucune gent ne vaut comme celle 
d'Ossau. 



271. — Le mot que, que, sert à joindre les deux termes 
de la comparaison. Mais, après un comparatif d'égalité, on 
remplace souvent que par coum, comme :- 

Si lou ramatye , Si le ramage 

Ey autaa fii coum lou plumatye. Est aussi beau comme le plumage. 
Hourcastremô. 

Au mounde nou y-ha nat pastou Au monde il n'y a aucun pasteur 

Taa malhurous coum you ! Aussi malheureux comme moi ! 

Despourrins. 

On pourrait tout aussi bien dire : — « Autaa fii que lou 
plumatye» ; « taa malhurous que you ». 



— 235 — 

Le provençal et le limousin unissent aussi avec coume, coumo, 
les deux termes de la comparaison : 

De l'agnèu la lano es blanqueto 
Autant coume lou la que teto. 
J. Iloumanille : Ouh. 

De l'agneau la laine est blanchette 
Autant comme le lait qu'il tette. 

Vous que sei pilier de guèro Vous qui êtes un pilier de guerre, 
Tan volien coumo lou rey. Aussi vaillant comme le roi. 
F. Richard. 

En espagnol, en catalan, on disait de cette même façon : 

Las lorigas tan b lanças como el sol. 
Poème du Ciel. 

Les cuirasses aussi brillantes comme le soleil. 

— « Quai dona ha al mon que déjà esser tan dolenta corn yo », 
Quelle femme au monde peut être aussi affligée comme m.oi; Ramon 
Muntaner; Chron. 

De môme en français, comme a suppléé que jusqu'à la fin du 
xviie siècle : 

Aussi contrefez com un bugles. Aussi contrefait comme un bœuf. 
Les deux Bordeors ; xuie s. 

Ki, entre tute ta gent, est sifidel cume David. 

Rois. 

« Aussi honni come le chrestien qui renoie (renie) Dieu et sa 
mère » ; Joinville. 

Je U trouve aussi fin comme elle. 
Marot. 

« Pour moy, je ne me lasserois jamais de combattre pour une 
si juste cause comme est la nostre » ; Henri iv, Miss. 

Tant qu'a duré la guerre, on m'a vu constamment 
Aussi bon citoyen comme fidèle amant. 
Corneille. 

Exclue de la langue des lettrés, cette construction grammaticale 



— 235 — 

n'a pu être bannie du langage populaire, où l'on dit encore : — « Je 

suis autant comme lui ». 



272. — Lorsque les deux termes de la comparaison sont 
joints par coiim, comme, au lieu de mettre autant, aiitaa, 
aussi, devant l'adjectif, on peut se servir de tau medix 
(mot à mot : tel même) : 

Tau medix tendre coum Y aurons. Aussi tendre comme la rosée. 

Despourrins. 

273. — Tau, tel, marque la comparaison; il est suivi de 
coîim : — Tau conm et, tel comme lui ; 

Yamey nou-n troubaras Jamais tu n'en trouveras 

U tau coum you. Un tel comme moi. 

Despourrins. 



Dans l'ancien provençal, en espagnol, en français, com, cum, se 
construisaient aussi avec tal : 

No cre que tais dolor sia 
Corn qui part amie d'amia. 
Bertr. de Lamanon. 

Ne croyez pas qu'il soit douleur telle 

Comme celle de l'ami qu'on sépare de son amie. 

Gon tel cum esto se vencen Moros. 
Poème du Cid. 

Avec tel comme celui-ci se vainquent les Mores. 

J'ai amiete, 

Sadete, 

Blondete, 
Taie com je voloie. 

LeCh. deSt'Gilles. 

— a II leur est grief perdre un tel pigeon comme Vincent » ; 
Larivey ; Les Jaloux, se, n. 



— 237 — 

On lit dans les Pensées de Pascal : — « Vous voulez vous guérir 
de l'infidélité, et vous en demandez les remèdas? Apprenez-les de 
ceux qui ont été tels comme vous » . 



274. — Pour former le superlatif absolu, on met, en béar- 
nais, devant l'adjectif les adverbes bien, fort, hère,plaa. 

L'oelh bien esberit. Uœ\\ bien éveillé. 

Picot. 

A la votz de ma pregari, A la voix de ma prière, 

Fort atentiu ed es estât. Fort attentif il a été. 

Psaumes. 

Lou fruut hère madit. Le fruit très-mûr; m. à m. beaucoup mûr. 

Dus hazaas qu'èren fort amicxs^ 

Ue poule arriba... talèu que hen aus picx. 

Hatoulet. 

Deux coqs vivaient en paix, une poule survint, 
Et voilà la guerre allumée. 

La Fontaine. 

Mot à mot : — Deux coqs étaient fort amis; une poule, 
arriva... Aussitôt ils se piquèrent (ils se donnèrent des coups 
de bec). 

En u casau plee d'arbes, de flouretes, 
Que rencounlrey u cop plaa bère flou. 

Peyret. 

Dans un jardin plein d'arbres, de fleurettes, 
Je rencontrai une fois une bien belle fleur. 

On trouve dans les Psaumes le superlatif absolu exprimé 
par très, très, devant l'adjectif : 

Rey, qui asforsa tres-reàonhiaiàà, Roi, qui as force très-redoutée, 
Ginta dessus ta coexe ton espada. Ceins au-dessus de ta cuisse ton épée. 
Arn. de Salettes. 



— 238 — 

On n'a jamais dit en béarnais très amie, très bèt, très-ami, 
très-beau. Des superlatifs ainsi formés, on n'en pourrait 
rencontrer que dans le style des protocoles et dans les 
cahiers des Etats rédigés, à partir de la seconde moitié du 
xvi** siècle, par des hommes plus ou moins habitués à parler 
français, comme devait l'être Arn. de Salettes, le traduc- 
teur des Psaumes, (1583). 

275. — Le superlatif n'étant qu'un comparatif étendu à 
toutes les choses semblables, il faut, pour l'exprimer, placer 
l'article devant les comparatifs de supériorité et d'infériorité : 

Comparatifs de supérior. et d'inférior. Superlatifs relatifs. 

Lou maye Le plus grand 
Loti inielhou Le meilleur 
Lotis plus fidèls Les plus fidèles 
La mey hère La plus belle 
Menhshurotises Moins heureuses Las menhs tiurouses Les moins heureuses 

— « Lo mes baient homi », Thomme valant le plus (le 
plus considérable) ; Fors de Béarn. 

Lo plus beroy thesau. Le plus joli trésor. 

Sonn. 1. G. 

Lous mielhoiis heretès et lous riches esterles. 

Fondeville. 

Les meilleurs héritiers et les riches cadets. 

Deu mey chin dinqu'au maye. Du plus petit jusqu'au plus grand. 
Hatoulet. 

Dab fripons de semblable estère, 
Nou dise arré qu'ey lou mey court. 

Hourcastremé. 

Avec de tels fripons (des fripons de ce bois), 
Ne rien dire est le plus court. 



Maye 


Plus grand 


Mielhou 


Meilleur 


Plus fidèls 


Plus fidèles 


Mey hère 


Plus belle 



— 239 — 

Mes au ha las mendres gausialhes 
You nou-m gausi pas hasarda. 

Picot. 

Mais à lui faire les moindres caresses 
Je n'ose pas me hasarder. 

276. — On exprime encore le superlatif relatif, en mettant 
devant l'adjectif, moun, toun, soim, etc., le mien, le tien, le 
sien, etc. : — Moiin plus gran amie, lou me plus gran amie, 
mon plus grand ami ; le mien plus grand ami ; toun mey fidèl 
serhidou, lou ton mey fidèl serbidou, ton plus fidèle serviteur, 
le tien plus fidèle serviteur ; sa menhs hère anesque, la soue 
menhs hère anesque, sa moins belle brebis, la sienne moins 
belle brebis. 



AUGMENTATIFS. — DIMINUTIFS. 

277. — A la classe des comparatifs et des superlatifs se 
rattachent les augmentatifs et les diminutifs. 

278. — On sait que l'on comprend sous cette dénomina- 
tion les mots qui, à l'aide de désinences particulières, ajoutent 
à l'idée principale, exprimée par l'adjectif, les idées accessoi- 
res de grandeur ou de petitesse, de difformité ou de mignar- 
dise, de mépris ou d'attachement. Ces désinences représen- 
tent une infinité de nuances de signification qui ne peuvent 
être souvent bien déterminées que par le sens de la phrase 
entière. 

279. — Les augmentatifs se terminent en as pour le mas- 
culin, asse pour le féminin; les désinences diminutives sont, 
pour le masculin, ou, et, et, in, et pour le féminin, ote, ele, 
ine. — Ou, ot, prennent au féminin la même terminaison, ote. 



— 240 — 

280. — Les augmentatifs, les diminutifs surtout, sont 
d'un usage très-fréquent en béarnais. En voici quelques 
exemples ; de leur diverses significations, nous indiquerons 
seulement celles qu'ils ont dans la généralité des cas : 

Amic, ami ; augmentatif amigas ; diminutifs amigoii, amigot, 
amiguet^ amiguin. 

Aymable, aimable; augm. aymablas; dim. aymablou, 
aymablot, aymablet, aymablin ; 

Beroy, joli ; augm. berotiyas ; dim. berouyou, berouyot^ 
berouyet, beroiiyin ; 

BiELH, vieux; augm. bielhas; dim. bielhou, bielhot, bielhet, 
bielhin ; 

Brabe, bon ; augm. braboulas ; dim. braboulou, braboulot, 
braboulet, braboulin ; 

Charmant, charmant ; aug. charmantas; dim. charmantou, 
charmantoty charmantet^ charmaniin ; 

Fresc, frais; augm. frescas ; dim. frescou, frescot, fresquet, 
fresquin ; 

Gran, grand ; augmentatif p'frtwfls ; dim. granou, granot, 
granet, granin ; 

Petit, petit ; 3.ugm. petitas ; dim, petitou, petitot, petitet, 
petitin ; 

YoEN, jeune; augmentatif yoenas; diminutifs .yomow, 
yoeno t, yoenet, yoenin, 

281. — Presque tous nos adjectifs peuvent avoir ainsi 
des augmentatifs et des diminutifs. 

282. — La terminaison as marque l'augmentation dans le 
mauvais ; elle ravale le sens de l'adjectif: 

L'homme que l'on qualifie d' aymablas est désagréablement 
aymable, aimable ; il a une amabilité qui le rend ridicule, ou 
qui fatigue ; il s'efforce d'être aimable, son amabiUté devient 
grossière ; La Fontaine a dit : 



— 241 — 

Ne forçons point notre talent, 
Nous ne ferions rien avec grâce. 

Le braboîilas est très-bon, brahe ; mais d'une bonté qui fait 
mieux juger de son cœur que de son esprit. 

Le berouyas est joli, beroy ; mais ses agréments n'ont rien 
de délicat ; il est joufflu, rubicond, etc. 



Telle n'est pas toujours la signification de cette désinence aug- 
mentative dans le provençal : 

Mai, G bellasso IlsLU. mai taluque, Mais, ô la plus belle.plusje te contemple, 
Au mai , pecaire ! m'emberluque ! Plus, hélas ! je m'éblouis ! 
F. Mistral. 



283. — Quelquefois, à l'idée d'augmentation se rattache, 
en béarnais, celle de commisération : — Qîiin praiibas ! de 
praube ; quel malheureux ! se dit d'un homme très-malheu- 
reux que l'on plaint. Mais, si l'on remplace la désinence as 
par ilhas, on raille presque, au lieu de plaindre. 

Henri IV, dit-on, demandant des nouvelles d'un de ses 
amis que la fortune semblait se complaire à maltraiter de 
plus d'une façon, s'exprimait ainsi : — E d'Andonhs^ ey 
tostemps praubilhas ? C'était demander en riant si d'Andoins, 
le mari de Gorisande, était encore malheureux, très- 
malheureux. 

284. — On peut doubler aussi la terminaison as avec l'in- 
terposition de la consonne s : granas, qui est grand, trop 
grand, mal fait ; granas-s-as {granassas) ; c'est plus que 
l'excès exprimé par la première désinence augmentative. 

285. — De pareils mots ne se rencontrent guère dans nos 
auteurs. Difficilement, ' ils auraient trouvé place dans les 
sujets qu'ils ont affectionnés. Nous ne voyons presque 

16 



— 242 — 

partout que douces émotions, tendres sentiments, idées 
riantes, images gracieuses.... La malice, le dédain, quand 
ils s'y montrent, se traduisent plutôt par le diminutif que 
par V augmentatif. 

286. — Il a été déjà dit que les désinences diminutives 
ou, ot, et, in, sont au féminin ote, ete, ine. 

— Avec les ^deux premières, on peut exprimer le 
dédain, la pitié : — Lou charmantou est celui dont on ne 
prise guère le charme; on s'apitoie sur le praubou, \epraubot 
de praube, pauvre. 

287. — Les objets que l'on qualifie avec les diminutifs en 
et, ele, plaisent ; on les aime : 

Quoand bey touns charmantz oelhetz, 
E taa berouyetz, 
E taa graciousetz... 

Despourrins . 
Quand je vois tes yeux charmants, 
Et si jolis. 
Et si gracieux... 

Navarrot, à la vue du portrait de son oncle, chante ce 
couplet : 

Quoand p'ha bist tant esberidet, 
Tant escricadet, 
Taa plaa frisadet, 
Labetz lou praube d'et, 
S'en hauré hèyt, ta-b bede biu, 
Tout so qui-oû lexetz, bous, par Diu ! 

Quand il vous a vu si vivement éveillé, 

Si joliment propret, 

Si gentiment frisé. 

Alors le pauvre (neveu) 

Aurait donné, pour vous voir en vie, 

Tout ce que vous lui laissâtes, vous, par Dieu ! 



~ 243 — 

Les adverbes que nous avons joints aux adjectifs français, 
n'expriment point tout ce qu'il y a de délicat dans la simple 
désinence des diminutifs béarnais esberidet, escricadet, etc. 

288. — Mais, dans l'exemple suivant, cette désinence 
n'a plus la même signification : 

You bau mouri, praubete, Je vais mourir, pauvrette, 
Si lèu nou m'ey rendut ! S'il ne m'est vite rendu ! 

Julien. 

Ainsi que nous l'avons déjà dit, le sens précis de ces dési- 
nences se trouve plutôt dans l'ensemble de la phrase que 
dans ces désinences elles-mêmes. 

289. — Les diminutifs en in, ine, expriment la plus vive 
tendresse : 

Berouyine, charmantine, Jolie, charmante, 

Beroiiyine^ lou me sou ! Belle, mon soleil ! 

Despourrins. 

On ne peut traduire qu'imparfaitement ce que signifient 
nos trois adjectifs. A quelle joUe petite pastourelle, charmante 
bien-aimée, devait s'adresser le berger de Despourrins ! 



Pourquoi a-t-il ajouté lou me sou ! mon soleil ! «. Despourrins n'a 
pas toujours dans ses chants la simplicité pastorale ; il ne nous 
présente pas des personnages naturels, il nous montre des bergers 
de convention.... Au lieu de ne voir que la nature vraie qu'il avait 
près de lui, il regardait souvent la nature artificielle de son siècle. 
Le temps approchait des bergères à paniers dans les salons, et déjà 
notre poète faisait parler ses bergers comme on parlait dans les 
salons » ; — Les Illustrations du Bêarn. Despourrins est bien 
plus simple et bien plus vrai, lorsqu'il chante : 

Malaye ! quoand te by. Maudit le jour où je te vis. 

Trop charmante hrunete, Trop charmante brunette., 

Goelhe de ta manete Cueillir de ta menotte 

La flou deu roumany ! La fleur du romarin ! 



— 244 — 

290. — Il existe dans notre idiome un assez grand nombre 
d'adjectifs où le suffixe assè^ pour le masculin, assère pour le 
féminin, joint à un élément nominal ou verbal, est comme 
augmentatif, puisqu'il exprime l'babitude excessive, la réité- 
ration de l'action, la manifestation trop fréquente d'un 
défaut : 

— Cridassè, celui qui a le défaut de crier souvent ; toiicassè, 
qui touche à tout; hemnassè, tvoj^ assidu auprès des fenjmes; 
arrabassè, cebassè, qui mange beaucoup de raves, d'oignons, 
ou cultive ces plantes en plus grande quantité que tout 
autre ; pintassè, qui pinte souvent, qui vide plus d'une pinte; 
p loiirassè, celui qui pleure à tout propos, etc : 

— Patacassès de Casteraa ; d'après ce dicton, les gens de 
Gastera, cant. de Montaner, arr. de Pau, auraient été des 
querelleurs, allant d'habitude dans le voisinage susciter des 
bagarres pour se battre ; en béarnais, l'expression ha ans 
patacx signifie faire aux coups (1). 

— Airabassès d'Assat ; ce dicton signifie qu'à Assat, cant. 
de Pau-Est, on avait le même appétit que dans beaucoup 
de communes de l'Auvergne : « Li meilleurs mangeurs de 
rabes sont en Auvergne ; Le Roux de Lincy, Proverbes. — 
a Rave », dans notre idiome, se dit arrabe. 



Certains mots français terminés en assier expriment aussi l'accu, 
mulation de la qualité, un défaut, l'excès de l'habitude ; tels sont : 
« Ecrivassier, paperassier, tracassier », 

Ces terminaisons, assè^ en béarnais, assier^ en français, ne sont 
pas, pour la signification, sans analogie avec le suffixe ax de certains 
adjectifs latins. M. Barrault, dans ses Synonymes latins, s'exprime 
ainsi : « ax, ajouté à un radical verbal, désigne un penchant, le plus 
souvent trop fort, à faire l'action marquée par le verbe, quelquefois 
même la passion, ou une habitude qui va jusqu'à la manie, en un 
mot, presque toujours un défaut » . 

(1) Pat'icassè est plus expressif, au mauvais sens, que patacayre; ci- 
dessus, p. 173. 



^ 245 — 

291. — De même que les adjectifs, les substantifs béarnais 
expriment, par des modifications particulières de la termi- 
naison, des idées de grandeur ou de petitesse^ d'affection ou 
de mépris, ce qui a de l'attrait ou ce qui en est dépoui'vu. 

292. — Les augmentatifs sont en m pour les noms du 
genre masculin, et en asse pour ceux du genre féminin : 

— Castèt, château, casier as, un grand, un lourd château ; 
chibau, cheval, chibalas, un grand vilain cheval ; gouyat, 
garçon, goiiyatas, garçon aux manières grossières. 

— Maa, main, manasse, grosse main ; plouije, pluie, 
plouyasse^ grande pluie ; taule, table, taulasse, table de pro- 
portions incommodes. 



C'est ainsi qu'en provençal, on fait misirnlas, impétueux mistral, 
de mistral, vent du sud ; moustras, gros vilain monstre : (i mistralas 
desengranaire », l'impétueux mistral qui égrène (les épis). 

E tu, moustras, comte lis ounço, 
Lis ounço de sang vieu qu'espiron de ta car. 

F. Mistral. 

Et toi, monstre hideux, compte les onces. 
Les onces de sang vif qui jaillissent de ta chair ! 

Mais cette désinence n'est pas toujours péjorative en provençal : 

léu me farai l'erbo flourido Je me ferai, moi, l'herbe fleurie 
E m'escoundrai dinsli ^rac?«y. Et me cacherai dans les^re'5 vastes. 
F. Mistral. 

Lou 5o?^^(^m5 dardaio ferme. Le ^rancZ soleil darde avec force. 
F. Mistral. 

«k Coutelas », en français, est un augmentatif de cette espèce. 



293. — Les formes dimiimtives dans les substantifs 
béarnais sont en ou, ot, et, in, pour les noms du genre 
masculin, en ote, ete^ ine, pour les' noms du genre féminin : 



- 246 — 

— Anhèt^ anherou, anherot^ anheret, miherin, agneau ; 
arbe, arboulou^ arboiilot, arboulel, arboulin, arbre ; auzèt, 
auzeroUj auzerot, auzeret, auzerin, oiseau ; bras, brassou, 
brassot, brasset, brassin^ bras ; oelh, oelhou^ oelhot, oelhet^ 
oelhin, œil ; pèe, pederou, pederol, pederet, pederin, pied. 

Botique, boucote, bouqueté^ bouquine^ bouche ; came^ camote, 
camete^ camine, jambe; gouyate^ gouyatote, gouyatete, gouya- 
tine, fille; hemne, hemnote, hemnete, heinnine^ femme ; maa, 
manote^ manete, manine, main ; paUoure^ pastourote, pastou- 
rete, pastonrine, bergère. 

294. — De ces désinences diminutives, ou^ ot, ote, sont 
les seules qui expriment quelquefois la pitii}, ou une idée 
défavorable ; ot ne signifie bien souvent que la petitesse : 
barrique^ barrique, barricot, un baril ; paa, pain, paycot, un 
petit pain ; paysan^ paysan, paysanot, petit paysan ; crabe^ 
chèvre, crabot^ chevreau ; mais hilhot, hilhou, diminutifs de 
hilh, fils, sont des termes de tendresse. 



Le français du xm* siècle avait aussi la désinence dirainutive en 
ote ; Hue de St-Quentin, s'adressant à une jeune bergère, chantait : 

Ne soies folle, Cabrote, 

Ne vous riiez 
Mais devenez m'amioie. 

Çahrote signifie-t-il ici jeune fille gardant les chèvres ? — chèvre, 
en béarnais crahe^ et crahot^ chevreau ; — amiote, dans notre idiome, 
se dit amigote. 

Il y a dans Rabelais de pareilles désinences : — Angelot^ archerot, 
petit ange, petit archer, et civot, échalotte, qui est évidemment le 
diminutif de cive^ oignon, employé dans le Roman de la Rose. 
Villon a dit ; Gr. Test. XLU : 

Moi, pauvre mercerot (petit mercier) de Renés. 

Filhot, qui est le hilhot béarnais, se trouve dans Rabelais. Marot 



— 247 — 

qui l'a employé aussi lui a donné le sens de valet, d'esclave. C'est 
ainsi qu'en latin puerulus signifiait petit enfant et jeune esclave. 



295. — Nous avons quelques diminutifs en it et en at : — 
Moiisque, mouche, mousquit, moucheron ; peix, poisson ; 
pesquit, petit poisson ; calle^ caille, callat, cailleteau. 

296. — Les terminaisons diminutives, en béarnais, dési- 
gnent ordinairement, ainsi que l'a dit Navarrot. a les grâces 
en miniature et l^.s beautés en raccourci » ; voilà de la 
malice; il faut ajouter qu'ils désignent encore les objets que 
Ton trouve jolis, et ceux que l'on affectionne le plus. 

297. — En français, le mot « cotte » a pour diminutif 
« cotillon », et pour superdiminutif, « cotillonnet ». Beau- 
coup de noms béarnais peuvent avoir aussi des superdimi- 
nutifs : — Paa^ pain, paycot, petit pain, paycotitet, plus petit 
pain; peyre, pierre, peyrete, petite pierre, peyrontete,peyrou-' 
tine, plus petite pierre ; caa^ chien, canliot, petit chien, 
canhoutet, canhoutin^ plus petit chien. 

298. — Dans les prénoms béarnais il y a aussi des diminu- 
tifs: Bertranou, de Bertrand; Ysabeline, d'IsaheWe \ Yncoulin, 
de Jacques ; Yanou, Yanin, de Jean ; Yanete^ Yanine, 
Yanote, de Jeanne ; Mariete^ MariDuiine, de Marie ; Mar- 
galidet^ Margalidete, de Marguerite, Michelou^ de Michel, 
Poiilin, de Paul, etc. 

299. — Ces diminutifs expriment la familiarité, la tendresse; 
ils ne sont point dépréciatifs comme en français les « Jacquot, 
Jeannot, Pierrot, Goton, Jeanneton », ils dénotent la gen- 
tillesse qu'ont (n Paulin, Juliette, Marceline ». 

300. — C'est de l'emploi des diminutifs que notre idiome 
tire en partie la grâce et la déUcatesse qu'il a : 



— 248 — 

Ent'oun bas pastourete ? Où vas-tu pastourelle ? 

Hè-t drin en sa ; Viens un peu de ce côté ; 

En aqueste prade te Dans cette (jolie) prairie 

Nat loup nou y-ha ; Il n'y a point de loup ; 

Rebire tas oulhetes^ Fais retourner tes (petites) hreijis. 

Tire-las deu brouca ; Retire-les du buisson ; 

You t'amassi flouretes, Je cueille pour toi de (jolies) fleurs. 
Sa-bi m'ayda. Viens m'aider. 

De Mesplès. 

E cantarèy ta manote pouiide, 

Lous tous brassons ou lou tou pederot, 

Aquere came, amicxs, tant esberide, 

Quoand houleyam amasse seu pradot, 

Ou quoand peu bosc, proumpte coum Vauzerot, 

S'en ba cerca Vanesquete esbarride ? 

Sophie. 

Ghanterai-je ta (petite) main délicate, 

Tes (jolis) bras, ton pied [miffnon), 

Cette jambe, amis, si légère, 

Quand nous folâtrons ensemble dans la prairie. 

Ou quand à travers le bois, vive comme l'oiseau, 

Elle va chercher sa (chère) brebis égarée ? 

De roussinhoiilet , diminutif de roussinhol, rossignol, 
Navarrot a fait un adjectif charmant : 

Perdou, perdou, si ma musete. Pardon, pardon, si ma musette 
De tu n'ey digne, gran Bizentz ! N'est pas digne de toi, grand Vincent! 
N'èypasla houiz roussinhoiilete... Je n'ai pas la voix rossignolette. 

Dans les vers de Despourrins que nous avons déjà cités : 

Quoand bey touns charmantz oelhetz^ 
E taa berouyetZj 
E taa graciousetz.., 

Il nous semble trouver la grâce des diminutifs de Catulle : 



— 249 -^ 

... miselle passer, 
Tua nunc opéra, mese puella? 
Flendo turgiduli rubent ocelli ! 

C'est à cause de toi, pauvre petit moineau, que les yeux gonflés 
de mon amie sont à présent rouges de larmes. 

Nous avons essayé de traduire en béarnais ces vers du 
poète latin : 

Ah ! praubou 
Passerou, 
Are, pramou de tu, de ma pastoure 
Qui ploure, 
Soun esladetz , 
E rouyes lous oelhetz ! 

Ils ont été aussi traduits par le « Félibre de Bello-Visto » 
dans VArmana prouvençau de 1859 : 

Ai ! quet malur !. Passerounet ^ pecaire ! 

Pèr te ploura, ma migo a sis uioun, 

Que n'en soun rouge e gounflejon bèn proun ? 

Rien n'est expressif ou gracieux comme ces augmentatifs et ces 
diminutifs, qui, par l'addition d'une seule syllabe, qualifient aussitôt 
un objet, avec énergie, avec délicatesse, et secondent en quelque 
sorte la rapidité de la pensée » ; — Bouillet. 

« Il y avait à SoUier, en Provence, un couvent de capucins ; et, 
quoique ce fût un ordre mendiant, et peut-être même à cause de 
cela, il paraît que les moines pouvaient se donner, de temps en 
temps, le plaisir, bien innocent sans doute, de prendre une tasse de 
café au lait à déjeuner. Un matin qu'un des Pères se rendait au ré- 
fectoire dans cette intention, il entre dans la cuisine et voit une 
grande êcuelle de café au lait écumant. Aussitôt, grossissant sa voix, 
il dit d'un air à demi fâché : — Per qui es aquelo escudelasso, 
pour qui est cette grande écuelle ? Le cuisinier répond : — Es per 
bous^ elle est pour vous. — Ah ! dit le moine avec une joie con- 
centrée et en baissant la voix : — Es per iéu aquelo escudeleto, 
elle est pour moi cette toute petite écuelle / Il y a entre la significa- 



— 250 — 

tion de l'augmentatifESCUDELASSoet celle du diminutif escudeleto, 
une finesse et une malignité qui ne peuvent être bien comprises que 
par ceux qui entendent parfaitement les langues italienne et proven- 
çale » ; — Cabrié, Les Ti^ouhadours modernes. 



D OU VIENNENT QUELQUES DIMINUTIFS FRANÇAIS. 

301. — On lit dans les Synonymes fr . de M. Lafaye, doyen 
de la Faculté des Lettres d'Aix .- — « La désinence française 
et pour le masculin, ette pour le féminin, de etto des Italiens, 
est diminutive dans les deux langues ». 

Ainsi pauvret viendrait de poveretto, livret de Ubretto, etc. 
M. Lafaye se trompe sur l'origine de cette désinence ; dans 
la généralité des cas, elle n'est point en français de pro- 
venance italienne. C'est du latin qu'elle a passé, en même 
temps, dans la langue de l'Italie et dans celle que l'on parlait 
au sud et au nord de la Loire. Par exemple, cadet vient de 
capitettum, comme œillet a été formé de ocellus. G est parti- 
culièrement la forme latine ellns, avec ses genres différents, 
qui a donné naissance à la forme diminutive et. 

Dans l'étude des langues, comme dans tout autre, ce sont 
les comparaisons qui permettent d'établir sûrement des prin- 
cipes. Dans le Béarn, où l'on parle un dialecte de langue 
romane, on trouve en nombre assez considérable — nous 
l'avons déjà montré — des mots en et d'origine latine pro- 
venant de primitifs en ellus., elliim : anhèt de agnellus, agneau, 
ramete de ramelhis, petite branche, pradet de pratelliim, 
petite prairie, bouxèt de husielliis^ boisseau, etc. (voy. n» 120). 
De tels exemples autorisent à soutenir que la désinence et^ 
dans une catégorie de mots français, doit être considérée 
comme la transformation de ellus des Latins ; elle en expri- 
me parfaitement le sens ; on le voit bien dans — œillet de 
ocellus, — poignet de pugilliis pour pugellus^ — signet de 
sigillum pour sigellum^ — bouchette debticcellaj — tablette de 



— 251 — 

tabella ; on remarque la même concordance de dérivation 
entre fourchette et fiircilla, — chevrette et capella, — chaînette 
et catella. 

Dans le domaine du français même, en dehors des diminu- 
tifs, el est devenu et ; on disait jadis Capeî au lieu de Capet; 
on trouve dans une ballade de Villon : 

Se fusse des hoirs Hue Çapel 
On ne m'eust parmy ce drapel. 

Les mots cet, cette, étaient anciennement cel, celle ; on 
disait cel homme, celle femme, au lieu de cet homme, cette 
femme. Joinville écrit : « Ne le dites à nullui celle semaine » 
(cette semaine). 

Les langues se forment par voie de dérivation et par voie 
d'imitation : 

4» La forme diminutive et dérive directement du latin 
ettum dans cadet de capitettum; cette forme et dérive de ellus 
dans les mots que nous venons de citer : œillet de ocelkis, 
houchette de buccella, etc. 

2® Ayant ces mots pour exemples, on a fait, par voie 
d'imitation, jardinet de jardin, maisonnette de maison, etc. 

Telle est, à notre sens, l'origine des formes diminutives 
et, et te, en français. 

Cette opinion, que nous avions émise dans le Bulletin dj 
la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau, 1872, n'agréa 
pas à M. Paul Meyer, professeur au Collège de France (1).-^ 
« Capitettum, dit-il, est fictif; cadet n'en vient pas. Ce mot, 
entré dans le français au xvi* siècle, est le béarnais ou le 
gascon capdet, le provençal capdel; l'étymologie est donc 
capitellum >> . 

Soit... N*opposons pas à M. Paul Meyer le mot valet de 
vassalettus, diminutif de vassalis, qui se trouve dans le Dict. 



(1) Romonia, m, p. 316, 437. — Revue des Sociétés savantes, \ui, sept, 
oct. 1874, p. 207. 



— 252 — 

Etym. de M. A. Brachet (1). Vassalettns serait pour M. Paul 
Meyer (et non sans raison) tout aussi hypothétique que 
capitettum. 

Mais, restent beaucoup d'autres mots de cette espèce, dont 
les primitifs ne sont pas du domaine de la fiction. Pour n'en 
citer que trois, œillet^ boiichette, rouget, sont en latin ocellus, 
buccella, riibellus; ces mots sont en béarnais oelliet, bouqueté, 
rouyet. M. Paul Meyer admet que ces mots, dans notre 
idiome, proviennent de leurs correspondants latins par la 
subtitution de ^ à II. Nous avons donc, en béarnais, la dési- 
nence dininutive et formée de la désinence diminutive latine 
ellus, ellum; eh bien! ce qui est incontesté pour le béarnais 
ne serait pas admissible pour le français, lorsque l'on 
retrouve en français le même procédé de formation qu'en 
béarnais? Il y aurait dans les faits, ici et là, identité absolue 
et il n'y aurait pas, ici et là, identité d'origine? 

Bien qu'il nous en coûte de ne pas être sur ce point d'ac- 
cord avec M. Paul Meyer, dont le savoir en philologie 
romane a droit à tant de déférence, nous persistons à dire, 
nous fondant sur les exemples cités plus haut, que la termi- 
naison diminutive e!, dans une catégorie de mots français, 
est une transformation de la désinence latine en ellus : — 
Ocellus, buccella, rubellus, etc., ont donné œillet, bouchette, 
rouget, etc.; sur ce modèle ont été formés par analogie 
bâtonnet, blondet, jolict, etc. 

ADJECTIFS DÉÏEF-.MINATIFS. 

1° Adjectifs démonstratifs. 

302. — Les adjectifs démonstratifs béarnais sont pour le 
masculin : — Aqueste, aquet, acet, ce, cet; pour le féminin; 
— aqueste, aquere, acere. — Aquet, anc. aqueg, n° 105. 

(1) A. Brachet : «du latin du moyen-âge vassalettus » . — A. Scheler : 
« valet, qui est pour vasuelet, dim. de vassal n. 



— 253 — 

303. — Aqueste s'écrit au féminin de la même manière 
qu'au masculin ; mais la prononciation est différente. Ve 
final d'aqiieste masculin est doucement fermé, et celui di aqueste 
féminin se prononce comme o doux. — Aqueste casau, ce 
jardin, aqueste maysou, cette maison. 

304. — Aqueste montre les objets qui sont tout près; — 
aquet, ceux qui sont assez près; — acet désigne ceux qui 
sont plus éloignés; si vous dites : — Aqueste libe, ce livre, 
vous le touchez, vous tenez le livre ; aquet libe, ce livre, 
vous le prenez, vous le montrez pour qu'un autre le prenne, 
il est à sa portée ; acet libe, ce livre, il n'est pas sous la main, 
il faut aller le chercher. 

2" Adjectifs possessifs. 

305. — Les adjectifs possessifs sont pour le singulier : — 
Moun, toun, soun, ma, ta, sa, nouste, boste, lur, mon, ton, 
son, ma, ta, sa, notre, votre, leur; et pour le pluriel: — 
Moiins, touns, souns, mas, tas, sas, noustes, bostes, lurs, mes, 
tes, ses, nos, vos leurs. 

En français, mes, tes, ses, sont des deux genres ; on voit 
qu'en béarnais nous avons mouns, touns, souns pour le mas- 
culin, et mas, tas, sas pour le féminin. 

306. — Devant une voyelle ou une h muette, on met 
aujourd'hui moun, toun, soun pour ma, ta, sa: — Moun 
arme, mon arme, toun anesque, ta brebis, soun esquère, sa 
clochette, pour ma arme, ta anesque, sa esquère. Au pluriel 
on dit mas armes, tas anesques, sas esquères. 



Anciennement on mettait ma, ta, sa, devant les noms féminins, 
quelle qu'en fût la lettre initiale : — « Salut de sa anime », salut 
de *on âme; Hommages de Béarn, 1391-98. 



— 254 — 

De même, dans le vieux français, on écrivait, mais avec l'élision, 
m* amie, mon amie ; 

J'aime mieux m'amie 
gué! 

Gué!* on est à peu près certain aujourd'hui qu'il faut écrire 
Au gué! — Voir, à ce sujet, une lettre de M. Paul de Musset; dans 
le journal Le Courrier âe Vaugelas, Paris, 1878. La fin de cette 
lettre a pour nous un intérêt particulier : « On ne trouve' rien qui 
puisse déterminer auquel des trois Henri s'applique le couplet de 
la chanson du Misanthrope ; je ne vois aucune raison de croire que 
ce soit le roi Henri ii, plutôt que Henri m ou Henri iv ». 



307 — Nouste, boste, lur, sont des deux genres ; — Nouste 
pay, notre père, nouste may, notre mère, etc. 



I. — Au lieu de moun, toun, soun, mon, ton, son, on 
peut employer, n<» 203, lou me, lou ton, lou sou, le mien, le 
tien, le sien; et au pluriel, lous mes, lous tous, lous sous: 

Moun pay, ou lou me pay, mon père, touns amicxs, ou 
lous tous amicxs, tes amis, etc. 

309. — Quand les adjectifs possessifs lou me, lou tou, lou 
sou doivent être précédés des prépositions a, de, etc.. on se 
sert des articles composés au, deu, etc. : — Au mepay, à mon 
père, deu sou hilh, de son fils, etc., pour a lou me pay, de 
lou sou hilh, etc. 

310. — On remplace aussi ma, ta, sa, ma, ta, sa, par 
la mie, la toue, la soue, la mienne, la tienne, la sienne; et 
au pluriel, las mies, las loues, las soues. 

Ma sor, ou la mie sor, ma. sœur; ta may, ou la toue may, 
ta mère; sas maas, ou las soues maas, ses mains. 
Dans quelques localités, on dit la sou, la tou, au lieu de 



— 255 — 

la soue, la loue : — La sou familhe, la sienne, sa famille ; — 
la tou hite, la tienne, ta vie : 

Gadu dab hère mouh, y dab la sou h3.nère, 

G. de Bataille. 
Chacun avec beaucoup de monde, et avec la sienne [sa] bannière, 

311. — Enfin, au lieu de nouste, boste, lur, notre, votre, 
leur, qui sont des deux genres, on peut employer, pour le 
masculin, lou nouste, lou boste, lou lou ; et, pour le féminin, 
anouste, la boste, la loue, le notre, la notre, etc., etc.: 

Boste pay, boste may, ou lou boste pay, la boste may, votre 
père, votre mère ; kir hilh, lur hilhe, ou lou lou hilh, la loue 
hilhe, leur fils, leur fille. 

Ces adjectifs font au pluriel tous noustes, las noustes; tous 
bostes, las bostes; tous lous, las loues. 



Ces derniers mots n'avaient pas cette forme anciennement ; on se 
servait de lor, lors, pour les deux genres. On disait : — « Los lors 
delictes », leurs délits ; « las lors pregaris », leu7's prières ; et 
dans les Fors de Béarn : — « Deben prometer per las lors fées », 
ils doivent promettre sur leur foi. 

On remarque dans cette phrase l'emploi de /"^e* pluriel de /*e^, foi. 
Ce substantif s'employait aussi, au pluriel, en espagnol : 

Con grand jura meted y las fées amos. 
Poème du Cid. 

Avec grand serment engagez à cela tous deux votre foi. 

312. — Voici quelques exemples de l'emploi des adjectifs 
possessifs : 

Ta lengue, nouste may, badude a la mountanhe, 
Que nous platz, qu'ha l'eslou d'ue berde campanhe, 
Qu'ayme las flous, lou sou, lou cèu blu plaa stellat, 
Y lou Gabe, oun cent cops soun frount s'ey miralhat. 

Navarrot. 



— 256 — 

Ta langue, notre mère, née sur la montagne, 
Nous plaît, elle a la fraîcheur d'une verte campagne. 
Elle aime les fleurs, le soleil, le ciel bleu bien étoile. 
Et le Gave^ où cent fois son front s'est miré. 

,Ta lengue, dans le premier vers, signifie la langue béarnaise ; 
Navarrot s'adresse à Despourrins. 

Nous avons traduit eslou par fraîcheur ; le mot béarnais signifie 
ce qui est effiorescent. — Voir n» 96. 

Gessatz hoste ramatye, Cessez votre ramage, 

Aymables auzerous ; Aimables petits oiseaux, 

Quitatz hoey lou bouscatye. Quittez aujourd'hui le bocage, 

Temoenh de mas amousî Témoin de mes amours ! 

Julien. 

Lou loung d'aquere ayguete, Le long de ce (petit) ruisseau, 

Pastous deu bourdalat. Pasteurs du hameau, 

E m'hauretz bist, soulete, Auriez-vous vu, seulette, 

Per catsus ou cabbat, Vers le haut, ou vers le bas, 

La mey bère anesquete La plus belle agnelette 

De tout lou me cledat? De tout mon parc? 
Sophie- 

Qu'èm praubes lous pastous, 
Y tounutz autaa ras que lous noustes moutons. 

Navarrot. 

Nous sommes pauvres (nous) les pasteurs. 
Et tondus aussi ras que nos moutons. 

Toque la manete. Donne ta menotte. 

Charmante brunete, Charmante brunette, 

Toque la manete Donne ta menotte. 

A toun serbidou. A ton serviteur. 

Despourrins, 

313. — Me, mie, mien, mienne, tou^ toue, tien, tienne, 
sou, soue, sien, sienne, nouste, hoste, notre, votre, s'emploient 



— 257 - 

après le verbe substantif, conformément à la construction 
latine : — Hic liber est meus. 

Dans les Récits d'Histoire Sainte (jugement de Salomon), 
l'une des femmes qui se disputaient l'enfant s'exprime ainsi : 
— « Me es lo viu, to es lo mort », m. à m. : le vivant est 
mien, et le mort tien. 

On dit aujourd'hui : — Asso qu'ey me, ceci est mien, ceci 
est à moi; — joii soy tout boste, je suis tout votre, je suis 
tout à vous. 



On trouve cette façon de parler usitée aussi en français : 

Vostre je suis et non plus mien. 
Villon. 

Je voulus être sien, j'entrai dans sa maison. 

Malherbe. 

Goras lui dit : la pièce est de mon cru. 
Leclerc répond : elle est mienne et non votre. 



314. — Dans certaines localités, notamment dans plusieurs 
de celles où l'article, Ion, la, est remplacé par et, era, on dit 
to pay, ton père, to may, ta mère, so pay, son père, so may, 
sa mère. 



Dans le dial. limousin to est pareillement employé au fém. to 
fenne, ta femme ; mo et so se mettent au lieu de ma Qi sa \ — mo 
terro, ma terre, so vito, sa vie. 



3<> Adjectifs numéraux. 

315. — Les adjectifs numéraux cardinaux sont, de un à 
neuf : U, dus, très, quoate, cinq, seys^ sept, oeyt, nau ; de dix 
à vingt : — Dètz, ounze, doutze, tretze, quatourze, quinze, 

17 



— 258 — 

sedze, dèiz-e-sèpt, dètz-e-oeyt, dètz-e-nau ; de vingt à trente : 
— IJingt, bingt-ii ou biugt-e-u^ bingt-e-dus, bingt-e-trcs, etc. 

B'en y habè de Morlaas II y en avait de Moiiaas, 

Ue doutzenede Crestiaas, Une douzaine de Gagots, 

De Bizanos dètz ou doutze, De Bizanos dix ou douze, 

E dus de Pau que hèn quatourze, El deux de Pau qui font quatorze, 

Quoate de Juransou, Quatre de Jurançon, 

Au secours deu Gagoutou. Au secours du Gagotin. 

Chnns. pop. 

316. — La conjonction e ne se place ainsi dètz-e-sèpt, dans 
les adjectifs numéraux cardinaux que de dix-sept à dix-neuf, 
et de vingt à trente. 

317. — On dit trente-u^ trente-un, trente-dus, trente- 
très, trente-quoate, etc. 

318. — e final, dans les adjectifs numéraux cardinaux qui 
expriment les dizaines, se prononce comme un o doux. 

319. — Quarante, quarante, cinquante, quelquefois cin- 
quoante, cinquante, sixante, soixante, septante, soixante-dix, 
oeytante, quatre-vingts, nabante, quatre-vingt-dix. 



On entend souvent prononcer crante, au lieu de quarante : 

D'Arcencam de Bournos la raoulhè qu'ère bère ; 
Toutu qu'habè crante ans, mey n'ai hauren pas dit. 

Teyre*. 

D'Arcencam de Bournos la femme était belle ; 

Tout de même elle avait quarante ans, mais on ne l'aurait pas dit. 



320. — Pour les centaines, nous avons cent, cent, dus-centz, 
deux-cents, tres-centz, trois-cents, etc, etc. 



- 259 — 

321. — Le t de dm-centz, deux-cents, etc, s'efface dans 
la prononciation ; on n'entend que z, toujours devant ;une 
voyelle, et presque toujours devant une consonne : — Dus- 
centz arhes, deux-cents arbres, dus-centz cassons, deux-cents 
chênes ; prononcez dus-cen-s arbes, dus-cen-s cassons. 

322. — On voit que cent, cent, précédé d'un adjectif 
numéral qui le multiplie, prend z caractéristique du pluriel. 
Il la conserve, même lorsqu'il est suivi d'un autre adjectif 
numéral : — Tres-centz homis, trois-cents hommes, très- 
centz-bingt homis, trois-cent-vingt hommes. 

Bingt, vingt, suit la même règle, lorsqu'au lieu de oeytante, 
nabante^ on dit quoate-bingtz, quatre-vingts, quoate-bingtz- 
dètz, quatre-vingt-dix ; prononcez quoate-bins^ quoate- 
biïi'S-dètz. 

323. — Mile, mille, adjectif numéral, est toujours inva- 
riable : — Mile escutz, mille écus, très mile Hures, trois mille 
livres. Mais il s'emploie souvent comme nom et prend la 
marque du pluriel : — Qu'ha miles, il a beaucoup d'argent ; 
quoantz de miles coste aquere maysou ? Combien de milliers 
de francs coûte cette maison ? 



Mille, dans les Récits d'Hist. Sainte, est écrit miu et mi lie : 
« Saûl n'a mort miu, et David x viilie », Saûl en a tué mille, et 
David dix-mille. — Miu du lat. mille, comme mèu, miel, de melle. 



324. — Tous les adjectifs numéraux cardinaux sont des 
deux genres, à l'exception de w, un, et de é?ws, deux : — 
— U auzèt, un oiseau, ue garie, une poule ; dus moutons, 
deux moutons, dues oûlhes, deux brebis. 

325. — De dètz, dix, on fait dètzene, une dizaine, de 



— 260 — 

doutze, doutzene, une douzaine ; anc. dodzene, dosene ; voy. 
Rôles de Varm. de G.-Ph., p. 442-143. 

Bingtene.trentene, quarantene, etc, etc, centene ^\\ngtaine^ 
trentaine, quarantaine, etc, etc, centaine, se forment de 
bingt, trente, quarante, etc, etc, cent. 

326. — Les adjectifs numéraux ordinaux sont : — Unième 
et prumè, dusième et segowid, troisième et tresiéme, quatrième 
cinquième, etc. — Au lieu deprumè, on dit aussi permè. 

327. — Unième, dusième et tresième, ne s'emploient que 
précédés d'un adjectif numéral cardinal : — Trente-unième^ 
trente-dusième, trente-tresième, 

328. — On forme les adjectifs numéraux ordinaux des 
adjectifs numéraux cardinaux en ajoutant ième, ou en chan- 
geant e final en ième : — Seys, six, seysième, sixième, ounze, 
onze, ounzième, onzième ; mais de quoate, quatre, on fait 
quatrième ; de cinq, cinq, cinquième ; de nau, neuf, nauhième. 

329. — Ces adjectifs numéraux ordinaux sont uniformes 
pour les deux genres, à l'exception de prumè, segound, qui 
font au féminin prumère, segounde. 

330. — Ve final de tous ces adjectifs se prononce comme 
un doux au masculin de même qu'au féminin. 

331. -- Seysième, ounzième, etc, sixième, onzième, etc, 
sont des formes françaises héarnisées. Ces adjectifs étaient 
anciennement terminés en au ou al : — cinquau, cinqual, 
fém. cinquabe, cinquième ; Enquête sur les serfs du Béarn, 
1387 ; Un Baron béarn. au xv^ s. On trouve dans d'autres 
textes sixal ou cheisal, sixième, septal, oeytal, naual, dexiaï 
ou detzal, doutzal, tredzal, quinzal, sedzial, seixième ; Arch. 
comm. de Bescat, cant. d'Arudy, arr. d'Oloron. — Tresau, 



— 261 — 

quoataUj troisième, quatrième, sont dans les Fables en bers 
gascouns, Bayonne, 1776. 

332. — Troisième ne se disait pas anciennement (on a déjà 
vu que la voyelle composée oi n'existait pas en béarnais). 
On trouve dans les Fors : Lo tertz^ ters, le troisième, la 
tercie, terce, la troisième ; la guoarte, la quatrième, la quinte^ 
la cinquième, la septabe^ la septième, nona, neuvième. — 
Ces mots ne sont presque plus usités aujourd'hui. 



En français, on disait pareillement le <^>r.ç, le qnart^ au lieu de le 
troisième, le quatrième : — « Le tiers \o\xv après ce qu'il fut venu » ; 
Froissard. « Ils déposoient l'enfant entre les mains de quatre ; le 
plus sage lui apprenoit la religion ; le second à estre tousiours 
véritable, le tiers à se rendre maître des cupiditez, le quart à ne 
rien craindre » ; Montaigne. 

Un quart voleur survient qui les accorda net. 

La Fontaine. 

L'adjectif tiers est resté dans (c la noblesse, le clergé et le tiers- 
Etat ; » tierce, qi^arte, dans le vocabulaire de la médecine : — fièvre 
tierce, fièvre quarte. On dit encore tierce personne, tierce partie, 
en main tierce. 



333. — Lorsqu'il n'était question que de deux personnes 
ou de deux choses, on disait le plus souvent en béarnais, 
Vung, Vautre, au lieu de loxi prumè, lou segound ; c'était 
l'usage latin : unus, aller. Nous n'avons rencontré, dans les 
Fors, qu'un exemple de prumè et segound, employés dans 
ce cas : — Art. 276. « Apres, si la molher prumer a es morta, 
pren la segonta », après, si la première femme est morte, et 
qu'il en prenne une seconde. Dans segonta, \e t a été substitué 
au dj ce qui se faisait souvent en béarnais^ ainsi que nous 
l'avons déjà dit, 



— 262 - 

ADJECTIFS INDÉFINIS. 

334. — Les adjectifs indéfinis sont : — Aiite^ autre, cade, 
chaque, mantu^ maint, medix^ même, nat^ aucun, nidh^ nul, 
quauque, ou quoauqiie, quelque, quoantz, combien, sengles, 
chacun un, tout^ tout, tau, tel. 

335. — Tau et ceux qui finissent par e sont uniformes pour 
lés deux genres : — Quauqiie turment, quelque tourment ; 
qiiauque pêne, quelque peine ; 

Cade oelhete Chaque brebiette 

Soun esquirete. Sa clochette, 

Cade moutou Chaque mouton 

Soun esquirou. Sa sonnette. 

Prov. 

On n'a pas oublié qu'il faut prononcer comme un e douce- 
ment fermé, Ve final des adjectifs qui n'ont qu'une terminaison 
pour les deux genres; et que, dans cade, par exception 
(n" 27), il a le son d'un o doux au masculin de même 
qu'au féminin : — cade dio, cade noeyt (chaque jour, chaque 
nuit) ; prononc. cado die, cado noeyt. — On trouve dans les 
textes anciens cada die, cada noeyt, cada un. 

336. — Le féminin des adjectifs indéfinis terminés par une 
consonne, se forme d'après la règle général^î, en ajoutant 
un e au masculin ; Nulli, nulhe, tout, foute, quoantz, quoan- 
tes (pluriel de quoant, quoante, inusités). — Quoantz pas, 
combien de pas, quoanles lègues, combien de lieues ; 

— « Sie sabut quantz ostaus laus ha en Bearn ; — Soit su 
combien de maisons abandonnées il y a en Béarn; Dénombre- 
ment général des maisons de la Vie. de Béarn. 



Quoantz, quoantes {du. latin quanti, quantœ, erm^loyés ^ouv qKot) 



— 263 — 

ne peuvent se traduire, en français, par un adjectif correspondant, 
depuis qu'on n'a plus le pluriel de quant, usité autrefois : 

Trouver tout le monde et la somme, 
Quanz polces i a de main d'omme, 
Quantz pies, quanz pas et quantes lues. 

Ou quantes nulles estendus, 

Ou quantes journées y a ; 

« Trouver tout le nombre et la somme, — Combien il y a de pouces 
de main d'homme, — Combien de pieds, combien de pas, combien 
de lieues, — Il y a ou il n'y a point, — Ou combien de journées )>•; 

M. Ampère, qui a cité cet exemple, ajoute : — « On trouve une 
trace des mots quanz, quantes, dans l'expression peu élégante et 
vieillie dont se servent encore quelques personnes : — Toutes et 
quantes fois » ; — Hist. de la for m. de la lang. fr. 



337. — Sengles du latin singuli, œ, a, chacun un, un à un, 
est des deux genres : — « Que digoun sengles moutz, sengles 
paraules», ils dirent chacun un mot, chacun une parole; 
— « A bos cometem e mandam que, transportan bos per 
nostre terre de Bearn diligentementz, exceguiatz e metatz 
ad excequtioo totes e sengles las causes dejus escriutes, de 
punt en punt »; A vous commettons et mandons que, vous 
transportant par notre terre de Béarn diligemment, vous 
suiviez et mettiez à exécution toutes et une à une les choses 
ci-dessous écrites, de point en point ; Rôles de l'armée de 
Gaston-Phœhus. 

338. — Aute, s'écrivait aussi autre, auste : — « Parlem sus 
austes ^uncts y> , parlons sur d'autres points; Fondeville. Egl., 
ms. Il est souvent précédé de l'article élidé V : Uaute cant, 
Vaute cansou, l'autre chant, l'autre chanson ; ou bien, on 
met devant lui ugn ou gn, pour u, ue, un, une, n" 114 : — 
Ugn-aute homi, ugm-aute hemne, un autre homme, une 
autre femme ; gn-aute homi, gn-aute hemne. On se sert aussi 
deaut : — L'aut cop, l'autre fois; gn-aut cop, une autre fois. 



— 264 — 

339. — Medix, même, qui, très-fréquemment, comme on 
Ta déjà dit, s'écrit aussi medixs, fait au féminin medixe : 

— « Loquoau segrament faze... per mondar si medixe », 
lequel serment elle faisait... pour justifier soi-même; Mœurs 
béarnaises, p. 12. 

340. — Nat, aucun, « est le mot latin natus qui a pris, 
par l'ellipse de la négation et par l'usage, une latitude de 
signification tout à fait singulière. A cette question : — 
Combien d'hommes y a-t-il dans cette maison ? Le gascon 
qui répond : — Nat, fait cette ellipse : — Nou pas nat home, 
(pas un homme); en latin : — Non uUns natus homo, ou, 
plus simplement, natus nemo. Les Latins en effet, par une 
sorte de pléonasme, employaient le participe nalus dans les 
phrases de ce genre. J'en donnerai pour exemple un vers 
de Plante. Theuropides, revenant d'un long voyage, s'étonne 
que sa maison soit fermée, et que personne ne lui réponde, 
et ne vienne lui ouvrir la porte. Apercevant sur la place 
Tranion, l'un de ses esclaves, il lui fait ce reproche : 

Foris ambulatis : natus nemo in sedibus servat... 

Ce qui peut se traduire littéralement en gascon : Bous 
proumenatz dehoro, et nat home nou goardo dens la 
maysoun)>; — Léonce Couture, Revue d'Aquitaine, i, 469. 

Le vers suivant du Poème du Cid et la note qui l'accom- 
pagne, édit. Damas-Hinard, confirment l'opinion de M. 
Couture : 

Que a mio Cid Ruy Diaz que nadi nol'diessen posada. 
Que à mon Gid Ruy Diaz personne ne lui donnât asile ; 

Ce qui est ainsi annoté : « Nous avons été amené à penser 
que, dans le principe, le mot nadi avait dû être le pluriel 
d'un substantif latin altéré: nati, les hommes nés ». 

La note de M. Damas-Hinard serait plus exacte, si le mot 
« substantif » était remplacé par le mot a participe». 



— 265 — 

Dans le français du xme et du xve siècles, homme ne était employé 
dans le même sens que notre nat homi : 

Laissons ceste cité, Diex la puist craventer! 
Que ja ne sera prise par home qui soit nés 
Gui de Bourgogne . 

Car alors n'étoit homme né 
Qui tout le sien ne m'eust donné. 
Villon. 



341. — L'adjectif qualificatif hèt, hère, beau, belle, est 
adjectif indéfini dans plusieurs locutions très-usitées ; il a 
le sens de « certain, certaine, un, une j> : — A bètz cops, 
certaines fois, bèt die, un jour, bère noeyt, une nuit ; — 
« bèt die qui habè plabut », tm jour qu'il avait plu. 

A l'abescat anan ha grand festii ; 
La regine, en un loc, dab l'abesque y lous majes. 
Las filhes, en bèt aut^ dab escudès y pages 

Fondeville, Egl. vi, ms. 

— k l'évêché on alla faire grand festin ; La reine (était à table), 
d'un côté, avec l'évêque et les plus grands (personnages), — D'un 
autre (côté), les demoiselles (d'honneur) avec les écuyers et les 
pages. 

342. — Le béarnais a d'autres adjectifs indéfinis, dont 
quelques-uns sont aujourd'hui moins usités que les précé- 
dents : — Augun, quelque, casctm, chaque, degiin, aucun, 
negun, nul, trops, plusieurs. 

Arnaud de Salettes écrivait cascuu, conformément à la 
règle du doublement de la voyelle par suite de la disparition 
de n finale ; aujourd'hui on écrit cascii, aiigu, etc., au féminin 
cascue, augiie, etc., anciennement cascune, augune: 

En casçune sasoo. En chaque saison. 



— 266 ~ 

343. — Negun est le 7iec umis des latins : pas un ; le bas- 
breton a necun. 

344. — Trops, comme sengles, ne s'emploie qu'au pluriel; 
il fait tropes, autrefois tropas, au féminin : — Una o tropas 
filhas, une ou plusieurs filles ; Fors de Béarn ; on disait 
également: Tropes autres partides^ beaucoup d'autres, plu- 
sieurs autres parties. Il pouvait être suivi de la préposition 
de. Exemple : 

— c( Aquegs son testimonis, et trops f/' autres qui recebon 
la carta de la maa deu Senhor ; » Ceux-là sont témoins, et 
beaucoup d'autres qui reçurent la charte de la main du 
Seigneur ; Fors de Béarn. 



LE PRONOM 

PRONOMS PERSONNELS. 

Pronoms de la première personne. 

345. — Les pronoms de la première personne sont, pour 
le singulier, you,jou, autrefois /o, î/o, jo, je,m^, anciennement 
m^, me, moi, et, pour le pluriel, 7ious, en vieux béarnais 
nos, nous. 

346. — You s'emploie comme sujet ; il précède le verbe : 
You nou souy pas malau, you nou souy pas poiiruc. 

Cazalet. 

Je ne suis pas malade, je ne suis pas peureux. 

347. — Il peut se trouver après le verbe, particulièrement 
dans les propositions exclamatives : — Que bey you! Que 
vois-je ! 

348. — En béarnais, comme en latin, le pronom sujet est 



— 267 — 

ordinairement sous-entendu. On ne l'exprime que lorsqu'il 
y a, dans la phrase, deux verbes dont le sens est opposé, 
ou quand la phrase signifie quelque chose de vif, d'inten- 
tionnel. 

349. — You sert aussi de complément. Exemples : — Diu 
de you ! Dieu de moi, (mon Dieu !), ey ta you ? est-ce pour 
moi ? fiètz per you, faites pour moi ; parla de you parler de 
moi; 

Qu'habetz dat ourdi a la cassoure 
Qu'embiesse ue arrame enta you. 

V. de Bataille. 

Au chêne votre voix ordonne 
De m'envoyer vite un rameau 

Le pronom espagnol yo est pareillement employé dans les deux 
rôles {sujet et complément) : — « Todos contra yo, yo contra todos »; 
tous contre moi seul, moi seul contre tous. 

350. — Lorsque le pronom béarnais you est complément, 
il fait souvent pléonasme : 

Aquiu que-m hen a you la grane traytiou. 

Fondeville. 

Là on me joua à moi le fameux tour ; 
Mot à mot : On 7ne fit à moi la grande trahison. 

351. — Autrefois you n'était jamais complément. Au lieu 
de a you, de you, per you, on disait a mi, de mi, per mi. 

De même en espagnol : — Defienda me Dios de my ; — Que Dieu 

me défende de moi-même.. 

352. — Me est toujours complément, soit direct, soit indi. 
rect ; il précède le verbe : 



— 268 ■- 

La pou me pren 
Quoand enteni taa gran tapatye. 

Noëls. 

La peur me prend 
Quand j'entends si grand tapage. 

Quoantes larmes me costen aquetz adius ! 

Chans. popul. 

Combien de larmes me coûtent ces adieux î 

353. — Me ne peut précéder qu'un verbe commençant 
par une consonne ; il s'élide devant une voyelle ou une h 
muette ; Vapostrophe est le signe de VéUsion : 

Aquet mestiè m'agrade ; aquet a moun hilh eau. 

Fondeville. 

Ce métier m'agrée ; c'est celui qu'il faut à mon fils. 

Mes bous, qui M'habetz entenude , 
iW'habetz adyudade autalèu. 

V. de Bataille. 

Mais vous qui m'avez entendue, 
Vous m'avez aidée aussitôt. 

354. — Souvent, devant un verbe qui commence par une 
consonne, il y a suppression, pure et simple, de 1'^ ; — m, 
qui reste, s'unit alors dans la prononciation au mot qui pré- 
cède; c'est ordinairement un monosyllabe terminé par une 
voyelle simple on composée ; le pronom est enclitique. 

On sait que les enclitiques sont des mots qui, s'appuyant 
sur le mot précédent, semblent ne faire qu'un avec lui. 

You-M bau Iheba, 
Mes t'en pouyras mau trouba. 

Noëls. 

Je vais me lever, 
Mais tu t'en pourras mal trouver. 



— 269 — 
You la-xM goardabi sus la prade. 

Despourrins. 

Je me la gardais dans la prairie. 

355. — Il faut donc écrire : — So qui-u desligue, ce qui 
me délie, et so qui u'estaque, ce qui m'attache ; aco nou-m 
platz^ Nou M'agradCj cela ne me plaît, ne m'agrée. 



Ces mots nou-m, devant une consonne, nou m\ devant une voyelle 
(ne me), sont écrits de quatre manières différentes, toutes fautives, 
dans le second volume des Poésies Béarnaises publié par M- 
Vignancour en 1860 : — NciCm (p. 272) ; nou-m' (p. 342) ; n'oum 
(p. 356) ; noum' (p. 208). N'est-ce point là une preuve évidente que 
l'on ne s'est fait ou que l'on n'a voulu suivre, de notre temps, au- 
cune règle pour l'orthographe du béarnais. 



356. — Anciennement, on confondait les deux mots dans 
l'écriture, iom, youm, je me, lam, la me, nom, noiim, ne me, 
comme ils doivent être confondus dans la prononciation. 

Quoand iom souveng Quand je me souviens 

De tu, moun Diu. . . De toi, mon Dieu. . . 

Psaumes. 

Poil nom hè nada segoutida. Peur ne me fait aucune secousse. 

Psaumes. 

Mais une telle union serait aujourd'hui d'un grand em- 
barras. Elle a fait commettre, on vient de le voir, des fautes 
nombreuses à ceux qui, dans ces derniers temps, ont écrit 
du béarnais. Nous avons donc, pour plus de clarté, adopté 
le irait- d'union qui sépare les mots tout en les joignant. 
Raynouard, dans la transcription des textes romans, a 
séparé les mots sans employer le trait-d' union. 

Voici des exemples tirés de l'un des volumes de 
Raynouard ; Poésies des Troubadours : 



— 270 — 

« Que M dara so que pus M'es car». 
(Une dame) qui me donnera ce qui plus m'est cher. 
« Tôt aisso die per una dona que M fai languir » . 
Tout cela je dis pour une dame qui me fait languir. 
Que M'a autreiat e promes. Qu'elle m'a octroyé et promis. 

357. — Au lieu de me ou de m' élidé, on trouve quelquefois 
em. Exemples : 

Aco hère em desplatz. Gela me déplaît beaucoup. 

Fondeville. 

Lou Gahe, qui descend taa rede, Le Gave^ qui descend si rapide, 
Qu'amenhsde graas sus lou sablât A moins de grains sur le sable 
Que de chagris em bas hèyt bede. Que tu ne m'as coûté de chagrins. 
Hatoulet. 

On peut dire : Quoantes larmes me costen aquetz adius, ou 
quoantes larmes em costen aquetz adius ! Combien de larmes 
me coûtent ces adieux ! 

Ou dilhèu la boulatye Ou peut-être la volage 

Hè ta se-m (ou s'em) ha cerca. Fait pour se faire chercher par moi. 

Despourrins. 

358. — Dans tous ces exemples, me, m, em, se trouvent 
devant le verbe ; ils se mettent aussi après lui. 

359. — Me, m, s'unissent toujours par un trait- d'union 
au verbe qui les précède, quelle que soit la lettre par laquelle 
le mot suivant commence : — Adyudatz-UE, Senhou ! Aidez- 
moi, Seigneur ! ; 

Tire-M de caytibè. Tire-moi d'embarras. 

Lamolère. 

Nou mancabi, nat ser, de trouba-M a tau hèste. 

Picot. 

Je ne manquais, aucun soir, de me trouver à pareille fête. 



— 271 — 

360. — On se sert de me^ si le verbe est terminé par une 
consonne, et de m après une voyelle : — Adyudatz-ME^ 
trouba-'M. 

On dira donc : — Datz-^m lou libe, donnez-moi le livre, et 
da-M lou libe, donne-mo2 le livre. 

361. — Si le mot qui suit me commence par une voyelle, 
Ve s'élide, dans la prononciation, sinon dans récriture, mais 
sans se détacher du verbe qui précède : — Datz-M' aquet libe 
ou datz-^iE aquet libe^ donnez-mot ce livre. On écrit sans 
aucun changement : — Da-^i aquet libe, donne -moi ce 
livre. 

362. — Me, w, ne se placent après le verbe, que lorsque ce 
verbe est à l'impératif ou k l'infinitif. 

363. — Em se met aussi après un verbe h l'impératif ; il 
est toujours précédé d'un autre pronom : Lèxe-t em dise, 
laisse-mo/ te dire ; remarquez que les deux pronoms ne se 
présentent pas dans le même ordre qu'en français. 

Dans ce cas, le pronom em est souvent explétif, — On 
sait que les explétifs « sont des mots qui, dans le discours, 
donnent quelquefois plus de force et d'énergie à l'expression ; 
mais qui, n'entrant point rigoureusement dans la construc- 
tion de la phrase, pourraient être supprimés sans que la 
phrase cessât pour cela d'être claire et correcte ». On dit en 
béarnais : — Hè-t em en la, mets-toi pour moi de côté ; tire-t 
EM d'aquiu, ôte-toi pour moi de là ; on dirait tout aussi bien, 
mais avec moins d'énergie : — Hé-t en la, mets-toi de côté, 
tire-t d'aquiu, ôte-toi de là. 

Mg, moi sont explétifs dans ces vers de La Fontaine ; Fables, vi, 18 : 
Prends ton pic, et me romps ce caillou qui te nuit ; 
Comble-woi cette ornière. 

364. — Nous est sujet : — « Dehem-nous adoura nouste 



— 272 — 

SenheJesus-Christ? — Obio, nous lou debem adoura, per 
so qu'es Diu » ; Devons-nous adorer notre Seigneur J.-G. ? 
— Oui certainement, nous devons l'adorer, parce qu'il est 
Dieu ; Catéchisme béarnais (1788). — Diocèse d'Oloron. 

365. — Il s'emploie comme complément, soit direct, soit 
indirect. 

Poudem pensa so qui mey nous agrade. 

Bordeu. 

Nous pouvons penser ce qui nous fait le plus de plaisir. 

« Lou Hilh de Diu nous ha saubatz » ; le Fils de Dieu nous 
a sauvés ; Caléch. béarn. 

Diu deu bee nous hara. Dieu du bien nous fera. 

Psau7nes. 

Lous turmentz qui per nous pati lou Saubadou. 

V. de Bataille. 

Les tourments que pour nous souffrit le Sauveur, 

Lous noumbrous enemicxs qui, coum la mar pregoune, 
Bien en houne sus nous 

Navarrot. 

Les nombreux ennemis qui, comme la mer profonde, 
Venaient fondre sur nous 



366. — Lorsque nous est complément, placé devant le 
verbe, il subit de curieuses transformations. Les deux lettres 
intermédiaires, ou, disparaissent ; la première et la dernière 
lettre, rapprochées, ns, s'unissent avec un trait-d'union au 
mot qui les précède ; celui-ci, le plus souvent, est un 
monosyllabe : 

gran Diu, ixx-ns has esprabatz ! 

Psaumes. 

grand Dieu, tu nous a éprouvés ! 



— 273 — 

Bertat trop adourable, 
Tournatz, bietz dissipa lou trouble qui-NS accable ' 

L'abbé Puyoo. 

Vérité trop adorable, 
Revenez, venez dissiper le trouble qui nous accable ! 

Mes quoand hum la, peu cot nou-NS passabe harie. 

Fondeville. 
Mais quand nous fûmes là, par le gozier il ne nous passa point de farine 

367. — S'il n'y a point de monosyllabe sur lequel ns puis- 
sent s'appuyer, on les fait précéder de e, et le pronom pluriel, 
de la première personne devient ens : 

Atau coum la rose nabère 
Ens attire, embaumant l'ayre de tout coustat. 

V. de Bataille. 

Gomme la rose nouvelle 
Nous attire, embaumant l'air de tout côté. 

Toutz lousreysquilabetz ens gausen ha la guerre. 

Navarrot. 

Tous les rois qui alors osèrent nous faire la guerre. 

368. — Nom complément d'un verbe à Timpératif, se 
change en se ; le trait-d'union le rattache au verbe qui le 
précède : 

Abansem-SE, courrem biste. Avançons-not^s, courons vite. 

Noëls. 



En provençal, le pronom nous se transforme aussi en se, dans le 
même cas : 

Despachen-5^, Gatouno, Dépechons-nous, Gaton, 

Mete-me ma courouno. Mets-moi ma couronne. 

J. Roumanille. 

18 



— 274 «• 

369. — On élide s<? dans la' prononciation, sinon dans 
récriture, lorsque le mot suivant commence par une voyelle : 

Hens lou sarre-cap Dans le serre-tête 

Anem-SK estuya lou cap. Allons-?i«ws cacher la tête. 

Navarrot. 

On pourrait écrire : — « Hens lou sarre-cap — Anem- 
s'estuya lou cap ». 

Mais Fondeville a conservé nous après un impératif ; 
contracté avec en, en, ce pronom s'est changé en nou-n : 

Anem-NOU-N a l'oustau. Allons-iioî«s-ewà lamaison. 

370. — Enfin, nous, complément d'un verbe à Tinfinitif, 
peut être représenté par la dernière lettre seule, s, qui se 
met après le verbe : 

Que bouloum amassa-s. Nous voulûmes nous unir. 

Picot. 

Il est plus correct de mettre NS. On lit dans Fondeville : 
— Dabant que separa-yis, avant de nous séparer. 



Pronoms de la deuxième personne. 



371. — Les pronoms de la seconde personne sont, pour le 
singuher, tu, te, tu, toi ; et, pour le pluriel, bous, vous, 
anciennement vos, bos. 

372. — Tu s emploie comme sujet : 

Despuix qui tu fréquentes Depuis que tu fréquentes 
La yent de counditiou. La gent de condition. 

Despourrins. 



— 275 — 

Bos-TU qu'hayam per u maynatye 
Lou sort hurous ? 

Noe7s. 

Yeux-tu que nous ayons par un enfant 
Le sort heureux? 

373. — Précédé d'une préposition, il sert de complément 
indirect : — Pren ta tu, prends pour toi ; il fâii pléonasme : 
— a Si-T dau A TU so qui demandes », si je te donne à toi 
ce que tu demandes. 

374. — Te est toujours complément, soit direct, soit indi- 
rect : il s'élide devant une voyelle. 

E toustemps te bedent, de plus en plus T'aymabi. 

Bordeu. 

Et toujours te voyant, de plus en plus je f aimais. 
En despieyt de so qui T'èy dit. En dépit de ce que je Vai dit. 

Lamolère. 

375. — Te peut être représenté" par t seul , devant un 
verbe qui commence par une consonne ; t s'unit au mot 
qui le précède, c'est ordinairement un monosyllabe : 

. . Ao-t benediserey . . . Je te bénirai 

Touta ma vita, et ma pregari, Toute ma vie, et ma prière, 

En ton nom, o Diu salutari, En ton nom, ô Dieu sauveur, 

A maas iuntades io-^ harey. A mains jointes je te ferai. 

Psaumes. 

Si de you tu nou-T meschides Si de moi tu ne te méfies 

lionnecase. 

Si-T platz de turmenta-m encoère. 

Lamolère. 

S'il te plaît de me tourmenter encore. 



— 276 — 

376. — Il faut écrire : — Si-T respoun, s'il te répond ; et 
si T'escriîi, s'il décrit. On voit que, devant un verbe qui 

commence par une voyelle, t se détache du monosyllabe 
qui le précède. 

377. — Et remplace te^ f : — Prègue que Diu et de so 
qui demandes, prie que Dieu te donne ce que tu demandes. 

378. — Après un verbe à l'impératif, on met toujours te, t, 
qui restent joints au verbe, quelle que soit la lettre par 
laquelle commence le mot suivant. 

Te suit un impératif terminé par une consonne ; il s'élide 
devant une voyelle : — Tien-TE plaa, tiens-^oi bien, 
tien-T' aquiu^ ou tien-TE aquiu ; l'élision se fait dans la 
prononciation. 

T se place après un impératif terminé par une voyelle : 
Trobe-T biste aquiu, trouve-toi vite là, trobe-T aquiu biste 
trouve-toi là vite. 

— « Gahe-t aco, boute-f y sau » ; m. à m. : empoigne-^oï 
ça, mets-fy du sel. Cette expression proverbiale est em- 
ployée comme celle-ci ^n français : « Attrape-toi cela », à 
l'adresse de quelqu'un que l'on vient de châtier, ou à qui 
il est arrivé quelque chose par sa faute. ; Proverbes du Pays 
de Béarn, p. 46. 

Desb elhe-t^hèredroumilhouse. Eveille-toi, belle dormeuse. 

A. Julien. 

Ayde-t, boun homi, e Diu que t'aydara. 

E. V. 

Aide-/o/', bon homme, et Dieu t'aidera. 
Tourue-t a qui nou-t da. Rends coup à qui ne t'en donne; 

Dicton. 

Littéralement : — Tourne-toi à qui ne te donne ; amuse- 
ment d'enfants qui.se donnent des tapes. 



— 277 — 

Ces locutions deshelhe-t^ éveille-fo?:, ayde-t, aide-^o/, tourne-t^ 
tourne-fot, se trouvent écrites de trois manières différentes : des- 
heillot (p. 158), aydet (p. 220), tournent (p. 240), dans le second 
volume des Poésies Béarnaises publié par M. E. Yignancour, Pau, 
1860. Ce sont des verbes réguliers, employés au même temps, à la 
même personne, suivis du même pronom qui, dans ces trois cas, 
joue le même rôle (complément c^îVec^); et cependant verbes et 
pronom sont écrits de trois manières différentes. Qu'on ne dise 
point que ce sont là des fautes d'impression ; de pareilles irrégula- 
rités reparaissent trop souvent dans ce volume et dans beaucoup 
d'autres, pour qu'on n'y voie pas l'oubli de ce que doit être 
VéaHture du béarnais. 



379. — On trouve t après un verbe à Tinfinitif : — Que 
bomj entene-T, je veux ^'entendre, que boulé prega-T, il 
voulait te prier. 

380. — Bous, vous, s'emploie comme sujet : — Diseiz-bous, 
dites-vous. 

Bous qu'oii tounetz trop ras. Vous le tondez trop ras. 

Navarrot. 

384. — Il sert de complément : — SI bous platz, r/m/c, s il 
vous plaît, ami. 

Diu BOUS ayde ! Dieu vous aide ! Dans cet exemple, il est 
complément direct, et dans Tautre, complément indirect. 

Le voici avec une préposition : — « Que disetz ? — Tout 
bee de bous » ; — Que dites-vous ? — Tout bien de vous. 

Muse de Despourrins, trop loungtemps escounude 
Nou pouix arré sens bous, bietz a la mie ayude ! 

E. Vignancour. 

Muse de Despourrins, trop longtemps cachée, 
Je ne puis rien sans vous, venez à mon aide ! 

Comme dans nous, il y a quelquefois dans bous syncope 



— 278 — 

des deux voyelles intermédiaires ou, et l'on se sert de bs : — 
Si-BS disi, si je vous disais. 

Los bées qu'en mon indigensa 
Ed m'ha hèytz, io-bs volh raconta. 

Pscmmes. 

Le bien qu'en mon indigence 
Il m'a fait, je vous veux raconter. 

De bous contracté avec le pronom en, résulte bou-n : 

You BOU-N pregui, amigue, oubritz. 

Hourcastremé. 

Je vous en prie, amie, ouvrez. 

Anciennement bos, en formaient un seul mot bon : — « Nos 
faram devers vos en manière que bon thieratz a content »; 
nous agirons envers vous de manière que vous en soyez 
content; Rôles de Varm. de G.-Ph. 

382. — Bous est plus souvent représenté par l'initiale 
seule, b. Cette labiabe douce, avons -nous déjà dit, cède 
souvent la place à la forte p. Ainsi le pronom pluriel de la 
seconde personne (complément) est b, p : — b devant une 
lettre douce, ou une liquide, p devant une forte; — b,p, 
s'unissent par un trait-d'union au monosyllabe qui précède : 

Que-B bouleri plaa mete en danse. 

Navarrot. 

Je voudrais bien vous mettre en danse. 

Sente Bierye, nou-p eau pas cranhe 
Que m'en desdigue lou me pay. 

V. de B.'itiille. 

Sainte Vierge, il ne vous faut point craindre 
Que mon père me contredise. 

383. — Devant une voyelle, p s'emploie toujours pour b ; 



— 279 — 

1 se détache alors du monosyllabe qui précède et s'appuie 
sur le mot suivant dont on le sépare par une apostrophe : 

You p'auffri dounc ma bère arrame, 
Que la-B depausi sus Tauta. 

V. de Bataille. 

Je vous offre donc mon beau rameau. 
Je vous le dépose sur l'autel. 

Si p'arribe u malhur, nou-B lexetz pas abate. 

Anony. 

S'il vous arrive un malheur, ne vous laissez pas abattre. 
Mes arres, coum aci, yamey nou /)'aymara. 

E. Vignaiicour. 

Mais personne, comme ici, jamais ne vous aimera. 
E lou counte, la fee ! jou nou p'acaberey. 

Fondeville. 

Et le conte, ma foi ! je ne vous achèverai point. 



Dans ces deux vers, p. 24 et 360 du second volume des Poésies 
Béarnaises^ la négation et le pronom ne vous sont écrits n'oub^ 
n'oup. L'une et l'autre de ces deux formes signifient également ne 
•cous; elles sont, l'une et l'autn»., suivies d'un verbe qui commence 
par la même voyelle. Pourquoi donc ne pas mettre l'une ou l'autre 
dans les deux cas? Mais, il y a plus: dans n'oub et n'oup (ne 
vous), la négation est bien exprimée par n\ Mais les formes oub, 
oup, ne sont pas béarnaises. 



384. — Entre deux mots, dont l'un finit par une consonne 
ou par une diphthongue, et dont l'autre (le verbe) com- 
mence par une consonne, p se change ordinairement en pe, 
ou en ep^ eb : — « Quinze pourtatz? » Comment vous portez- 
vous? 



— 280 — 
..Coump^ hèn atau drin part a l'ourdinari. 

Navarrot. 

Comme on vous fait ainsi un peu de part à l'ordinaire. 
Diu pe goarde de mau ! Dieu vous garde de mal ! 

On dirait aussi : Diu eb goarde (ou bous goarde) de mau ! 

385. — Pe, complément, se met avec un trait-d'union 
après un verbe à l'impératif : — « CdY3.iz-po », taisez-vous. 

Gounfessatz-j96. . . Pregatz la Bierye immaculade. 

V de Bataille. 

Confessez-t^oi^s. . . Priez la Vierge immaculée. 

Il peut y avoir élision, si le mot suivant commence par 
une voyelle, sans que le pronom se détache de l'impératif : 
— Coun fessât z-PE a Diu, coun fessât z-p' a Diu, confessez- 
vous à Dieu. 

386. — Après un infinitif, c'est le p qui tient la place de 
bous, complément : — Que bieni trouba-p, je viens vous 
trouver. 

Mais B remplace p, si le mot suivant commence par une 
douce, ou par une liquide : — Que bienerey trouba-B biste, je 
viendrai vous trouver vite; que bienerey trouba-B lèu, je 
vindrai vous trouver bientôt. 

Il reste, dans tous les cas, attaché à l'infinitif. — Il y a des 
localités, où le changement de b, be, en p, pe, est moins 
fréquent que dans le béarnais de Pau. 

387. — Les pronoms de la première et de la deuxième 
personne sont des deux genres; en béarnais, de même 
qu'en français, à la seconde personne, au lieu du singulier 
tUy on dit par politesse bous. 

Voici les formes diverses que prennent, dans des cas 



— 281 — 

identiques, les pronoms de la première et de la seconde 
personne : 



SINGULIER. 

You, me, m\ m, em. 
Tu, te, t\ t, et. 



PLURIEL. 

Nous, ns, eus, se^ s. 
Bous, bs,b, p,p\ eb,ep, pe. 



388. — Arnaud de Salettes, avant d'écrire sa traduction 
des Psaumes, s'était parfaitement rendu compte de quelques 
transformations de nos pronoms. Voici comment il s'explique 
à ce sujet, en tête de son ouvrage, dans un « avertissement » 
adressé au « Lecteur ». Nous avons traduit son texte, afin 
que l'on voie en quoi notre orthographe sur ce point diffère 
de la sienne. Nous supprimons V apostrophe dont il se sert ; 
elle est sans signification, attendu qu'il la marque là où 
il n'y a point de lettre élidée. "^otre trait-d' union a l'avantage 
de séparer les mots sans les disjoindre, ce qui fait que l'on 
se rend mieux compte de chacun des deux mots unis. — Les 
règles qui suivent s'appliquent non-seulement aux pronoms 
de la première et de la deuxième personne, mais encore à 
ceux de la troisième, dont il sera question ci-après. 



ADVERTISSEMENT AVERTISSEMENT 

Amie Lectoo, d'autan que Ami Lecteur, comme l'écri- 

l'escritura et prononciatoo ture et la prononciation de 

de la lengoa bernesa es en la langue béarnaise est sur 

plusors endretz differenta de plusieurs points différente de 

la francesa, io ey pensât que la française, j'ai pensé que 

mon debee era det' balhaa mon devoir était de te don- 

quoauque adressa ad aquera, ner quelque facilité , afin 

affii que en legèn los Psalmes qu'en lisant les Psaumes que 

que iof presenti, ou los can- je te présente, ou les chan- 

tan, tu no t'y peques. . . . tant, tu ne te trompes point 



— 282 



La lengoa bernesa liga en 
unmotaucunsmonosyllabas, 
en ostan lettra ou lettras deu 
commensamen, deu mieyou 
de la fii deusditz motz. Los 
Grammatics aperan aquera 
figura a aferesa ». Et, per 
t'ostaa depena, iot' metti per 
ordi toutz aquetz deusquoaus 
iom' soy souvengut : 



Abs, au loc de dise en dus 
motz a bous ; abs diit? en 
frances : vous a-t-il dit ? Car 
lo b es au loc de Vv conso- 
nanta. 

Beil (be-lo) ; lo frances 
ditz : va lui. Dans (da nous), 
donne-nous ; ioou {io lo), je 
lui ; entreus {enter los) entre 
les ; eidroous (entro aus)y 
jusqu'aux. 

lobs {io bous), je vous; 
noous (no los), ne les; nobs 
(no bous), ne vous ; sibs {si 
bous), s'il vous ; sins{sinoiis), 
s'il nous ; quiu {qui lo), qui 
luy ; noou (no lo), ne luy; 
nous (no nous) ne nous; qiiebs 
[que boiis), que vous ; suou 
{suus lo), sur le ; tuns (tu 



La langue béarnaise réunit 
en un mot deux monosylla- 
bes, par la suppression d'une 
lettre ou de lettres du com- 
mencement, du milieu ou de 
la fm des dits mots. Les 
Grammairiens appellent cet- 
te figure c( aphérèse » (1). 
Et, pour te tirer de peine, je 
te {io-t) mets par ordre tous 
ceux dont je me (io-m) suis 
souvenu. 

A-bs au lieu de dire en 
deux mots a bous ; a-bs diit ? 
en français : vous a-t-il dit ? 
car le b est pour le v con- 
sonne. 

Be-u (b(-lo); le français 
dit : va lui. Da-ns (da-nous), 
donne -nous ; io-iï (io-lo), je 
lui ; entre- us {enter los], en- 
tre les ; entro-us (entro ans) 
jusqu'aux. 

lo-bs {io bous), je vous; 
no-iïs (no los), ne les ; no-bs 
(no bous), ne vous ; si-bs (si 
bous), s'il vous; si-ns (si 
nous) , s'il nous; qui-u {qui lo), 
qui luy ; nù-ii {no lo), ne luy; 
7io-ns {no novs), ne nous; 
que-bs {que bous), que vous; 
suoil (siius-lo), sur le ; tu-ns 



(1) L' « îiphérèse » esl le retranchement, d'une syllabe ou d'une lettre 
au couimencement d'un mot ; Arnaud de Salettes confond sous ce nom ce 
qu'on appelle la « syncope » et « l'apocope ». 



- 283 — 



nous), tu nous ; siu (si lo), si 
luy. 

Los pronoms tabee mono- 
syllabas te, se perdin la dar- 
rera lettra et se prononcian 
ab lo mot précèdent, si tau 
mot s'acaba per vocala, com 
iof, per dise io te, et en 
frances : je te ; ensegnaf ? 
per dise ensegna-te ?e,\\ fran- 
ces: t'enseigne-t-il ? ; nos\ 
per dise no se, ne se. 

Nous et bous parelhamen 
perdin las duas lettras deu 
miey, quoan seguin un mot 
finit en vocala, et son ligatz 
suus la fii ab lo mot qui va 
daban, com ensegnans, per 
dise ensegna nous, enseigne 
nous ; ensegnahs ? per dise 
ensegna-bous't vous ensei- 
gne-t-il ? 

Nous disem tabee enscgnau, 
en un mot, per dise ensegna- 
lo ; en frances : enseigne-le; 
etensegnaus, \}QV ensegna los. 

Nous ligam tabee la vocala 
y ab lo mot qui va daban sis' 
termina en vocala, et non 
fem ordinarimen qu'una 
syllaba, com ioy volh anaa, 
per dise io y volh anaa, et 
en frances : j'y veux aller; 



(tu nous) ; tu nous ; si-n (si lo), 
si luy. 

De même les pronoms 
monosyllabes te, se perdent 
la dernière lettre et se pro- 
noncent avec le mot précé- 
dent, si ce mot se termine 
par une voyelle, comme io-t, 
pour dire io-le, et en français : 
je te ; ensenhe-tl pour dire 
ensenhe-te ? en français : t'en- 
seigne-t-il ? ; no-s, pour dire 
no se, ne se. 

Nous et bous pareillement 
perdent les deux lettres du 
milieu, quand ils suivent un 
mot terminé par une voyelle, 
et sont unis avec le mot qui 
est devant, comme ewse?i/ie-ws 
pour dire ensenhe nous, en- 
seigne-nous ; ensenhe-bs ? 
pour dire ensenhe-bous'^ vous 
enseigne-t-il ? 

Nous disons aussi en- 
serihe-u, en un mot pour dire 
ensenhe-lo ; en français : en- 
seigne-le ; et ensenhe-us, pour 
ensenhe los 

Nous unissons de même 
la voyelle y au mot qui est 
devant s'Use termine par une 
voyelle, et nous n'en faisons 
ordinairement qu'une sylla- 
be, comme io-y volh ana, 
et en français : j'y veux aller; 



— 284 — 

quey, per dise que y, anay per que-y ^ pour dire que y, ana-y 
ana y, en frances : y aller. pour ana ?/, en français : y 
— (Psalmes, Orthez,1583). aller. 

Pronoms de la troisième personne. 

389. — Le pronom et, ère (latin ille, illa), il elle, au 
pluriel etz^ ères, ils, elles, s'emploie comme sujet : — Et se 
tien saiib, il se croit en sûreté, etz èren toutz coumbidatz, 
ils étaient tous conviés ; — ère s'esdebure, elle se dépêche, 
atitalèu ères arriben, aussitôt elles arrivent. — Voir ci-dessus 
eg, eyt, etch, p. 75, 76. 

390. — Précédé d'une préposition, ce pronom est com- 
plément indirect : — Habetz besoimh d'et ? avez-vous besoin 
de lui ? prega per ère, prier pour elle. 

391. — On trouve dans la charte d'Orthez, 1270, id, eux, 
sujet ; dans d'autres anciens textes, luy, liiys, des deux 
genres, au singulier, et lor, des deux genres, au pluriel, 
qui, précédés d'une préposition, sont compléments indirects. 
Exemples : 

— « Nos nos em abiencuz ab los juraz et ab los prohomes 
d'Ortess e id ab nos », nous avons fait convention avec les 
juralz et prud'hommes d'Orthez et eux avec nous. 

— « Bienco a luyVà serbenta de l'ostau», la servante de la 
maison vint à lui (à saint Pierre) ; Récits d'Hist. Sainte. 

— « Dones e damiseles qui [s]eran après luy deven estar 
totes nègres «, dames et demoiselles qui se tiendront auprès 
d^elle (la comtesse de Foix) doivent être toutes vêtues de 
noir ; Honn. d'Archambaud, 1414. 

— a Paga a luys serte quantitat », lui paya (au trésorier) 
certaine somme ; — « lettre... a luys autreyade », lettre 
à elle (Esmène) octroyée ; Enquête sur les serfs du Béarn, iSSl. 



— 285 — 

— « Judyara ab lor dreytureramentz », il jugera avec eux 
selon le droit; Fors de Béarn. 

— « Digatzlos que sera ab lor », dites-leur qu'Usera avec 
eux ; Récits d'Histoire Sainte. 



Dans d'autres dialectes, lor est complément indirect sans être 
précédé d'une préposition : « Pois que lor ac lavât los pés », après 
qu'il leur eut lavé les pieds ; 5. Jean xiii, 12 ; P. Meyer, Rec. d'anc. 
textes, Ife part, p, 34. Gela n'a jamais lieu en béarnais ; lor compl. 
ind. est toujours précédé d'une préposition. M. Paul Meyer, dans le 
même Recueil, a reproduit un passage des Fors de Béarn^ où il a 
écrit,p.l82, 1.3: « lor autreyasse», leur octroyât. C'est une erreur: 
l'édition de MM. Mazure et Hatoulet, où M. Paul Meyer a pris ce 
passage, porte, conformément au ms. que nous avons r«vu : « los 
autreyasse ». 



Le pronom ^c, sujet (le même que id indiqué ci-dessus), 
est dans un acte gascon de 1297 : ce Totz devers que ic lo 
deguossan far », tous devoirs qu'ils lui dussent faire, 
M. L. Couture l'a ainsi annoté : ic ou it^ nominatif pluriel, 
eux, ils. Voy. Revue de Gascogne, xix, p. 170. 

Notre liiys se rapproche de lieys, qui est dans Elias de 
Barjols, cité par Raynouard, Lex. iv, p. 276 .- « A lieys o 
deuria grazir », à elle cela devrait plaire ; et de leis dans 
cette ce pastourelle » d'un troubadour : 

Ves leis vau per la planissa. Vers elleie vais par la plaine. 

Lor a été employé comme sujet : dans cette proposition 
participe, Fors de Béarn^ p. 216 : « aperatz lor ensemps », 
eux appelés ensemble ; et suivi du verbe au mode indicatif : 
a dixon que lor eren présents quant las femnes fon brus- 
lades », ils dirent qu'ils étaient présents quand les femmes 
furent brûlées (1536) ; Sorcières dans le Béarn, p. 55. 

Il est sujet d'un verbe sous-entendu dans cette phrase: 



— 286 — 

« lo (baroo) de Goarrasse no se meto en lo Iheyt, ni lor tant 
pauc », le baron de Coarraze ne se mit point au lit, ni eux 
non plus; Un Baron béarnais au xv« s., p. 85. 

392. — On employait H complément ind., lui, leur : « Era... 
domanaba que son dot li fos constituit », elle demandait que 
sa dot hd fût constituée ; Fors de Béarn ; <l meto li de 
sobrenom Gezar », lui mit (donna) le surnom de César ; 
« no li trencaretz hos », vous ne lui briserez pas les os ; 
« l'estelle li ère aparescude », l'étoile leur était apparue ; 
Bécits d'Hist. Sainte, t. i, p. 128 ; t. ii, p. 150, p. 16 ; au lieu 
de li, leur, on trouve dans le même texte avec le même 
verbe « los ère aparescude », leur était apparue, « los 
aparesco », leur apparut, t. ii, p. 18. 

Li signifie lui et leur dans les Basses-Alpes, dans les Bouches- 
du-Rhône, etc. ; Rev. des lang. rom., 1878, t. vi, p. 249. 

393. — Les pronoms compléments i ou y, li, lui, is, leur, 
sont encore usités : 

La ley qu'at boii, e que p'î/ eau susmete. 

Peyret. 

La loi le veut, et il faut vous y soumettre. 

— «Pourtatz... so prumère raube, ye hicatz la-i/ », portez... 
sa première robe et mettez-la lui ; « so pay... que i he dus 
potz », son père lui fit deux baisers ; « hicatz li u anet en 
digt » , meiiez-lui un anneau au doigt ; « que is he et par- 
tadge det so bee » , il leur fit le partage de son bien . 

Ces exemples sont tirés des versions de la parabole de 
V Enfant prodigue, en béarnais d'Accous et d'Aramitz (1), 
publiées par M. Luchaire, Etud. sur les idiomes pyrénéens, 
p. 283 et suivantes. 

(1) Vallées d'Aspe et de Baretous, arrondissement d'Oloron. 



— 287 — 

394. — Dans l'une de ces versions (Accous) , eis est employé 
comme sujet : « E eis que hen grane hèste », et ils firent 
grande fête. 



Is, en limousin, est complément et sujet ; voy. J. Foucaud, Fables, 
p. il8, 121 ; Limoges, Th. Marmignon, lib., 1849 : 

Tan piéï per is. Tant pis pour eux. 

Is sount a piàu, is sount a plumo. 
Ils sont à poil, ils sont à plume. 



395. — En béarnais, le pronom /, i/, ne signifie pas seu- 
lement à lui, à elle; mais aussi à eux, à elles ; — a Que m'y 
estaqui », je m'attache à lui, à elle ; « mey oum bed lous 
amicxs, mey oum s>'ij estaque », plus on voit les amis, plus 
on s'attache à eux ; « nou p't/ hidetz pas », ne vous fiez pas 
à lui, à eux, à elles. 

396. — Il peut tenir lieu d'un nom de chose : — « prèse 
t'î/ », applique-toi à cela, — En ce sens, il est aussi complé- 
ment direct : — « nou sabin aco, que-us y diseram », ils ne 
savent cela, nous leur dirons cela. 

397. — Le pronom y, complément indirect, à eux, à elles, 
a du être si par metathèse pour is, dont il vient d'être ques- 
tion : « is he et partadge det so bee », (le père) leur fit le 
partage de son bien. Pareille metathèse se voit dans d'autres 
pronoms : me, em, me; te, et, te; se, es, se. On pourrait donc 
dire : « Jhesu, a taule ab souns dissiples, prencou deu paa, 
lou benediscou, e lou is parti », Jésus, à table avec ses 
disciples, prit du pain, le bénit, et le leur partagea ; dans 
cette phrase, is devenant si, on aurait « lou si parti » . Si 
joint à lou par la rapidité de la prononciation, lou si, il est 
arrivé que, dans l'écriture, s détachée de ce pronom a été 
jointe à lou, et l'on a eu lous i (lous y). 



— 288 — 

Cette explication nous semble admissible : — 1° parce 
que is, pronom, à eux, à elles, existe en béarnais, 2° parce 
que si pour is résulte d'un fait complètement analogue à 
celui qui est reconnu, sans contestation aucune, dans em pour 
me, et pour te, es pour se. 

Il y aurait donc à écrire lo sy au lieu de los y (los hy) qui 
se trouvent dans les phrases suivantes des Récits d'Histoire 
Sainte, ii, p. 60,64, 66 : « cum (Judas) lo sy liuras », com- 
ment Judas le leur livrerait ; « prenco deu paa, et benedisco 
lo, et après lo sy parti », (Jésus) prit du pain, le bénit, et 
le leur partagea ; « prenco l'iap ab lo vii et benedisco lo et 
de lo sy S), il prit la coupe, bénit le vin et le leur donna (1). 

M. Ghabaneau explique autrement /os ?/ ; R. des lang.rom., 
1879, t. II, p. 80. Il dit que « dans les Récits d'Histoire Sainte 
en béarnais , où cette locution se rencontre plusieurs fois, 
los se contracte toujours avec un lo précédent » ; ainsi « de 
los hy », le leur donna, cité plus haut, serait d'après 
M. Ghabaneau, pour « de lo los hy »; lo los se contracte- 
raient en lois, d'où los. — Dans ce cas, y serait explétif. 

Sans méconnaître ce que doit avoir de valeur aux yeux 
des romanistes l'opinion de M. Ghabaneau sur le fait gram- 
matical qui est ici indiqué, nous croyons devoir maintenir, 
ne serait-ce qu'à titre de renseignement, ce que nous avons 
dit pour expliquer ce fait; notre explication semblera peut- 
être moins compliquée que celle de notre savant collègue 
de la Société pour Vétude des langues romanes. 



M. Ghabaneau a c( relevé quelques exemples anciens de los t, tels 
que celui-ci de 1265 (Monségur) : quih^ m fare tort, qui leur 
ferait tort; le suivant est de La Réole (1293) : Ni torbament los i 
fes nii^H I magos ». Dans ces citations, autant qu'on en peut juger 

(1) En essayant de rendre compte des deux pronoms los hy (Glossaire, 
Récits (THist. Sainte, u, p. 341), nons avions dit que y signifiait lui com- 
plémemt direct ; c'est une erreur : y ne peut être complément direct que 
lorsqu'il est pronom neutre, cela; en lat. id. 



— 289 — 

sans avoir sous les yeux les textes d'où elles sont tirées, LS, Los 
sont des compléments indirects; ni la forme LS ni la forme Los 
ne peuvent donc être pour lo los ; on ne saurait prendre pour 
explétif Vi qui suit; il est pronom neutre ou adverbe : g'm'LS Hl 
fare tort^ qui leur ferait tort en cela, ou la, [cela ou là), suivant 
ce dont il est question dans le texte. 

M. J. Bauquier (1) a cité cette phrase du patois du Lot-et-Garonne 
(Delbès, p. 112) : Fazes lous y place, faites ieur place; y n'est pas 
du tout explétif, comme le croit M. J. Bauquier ; il est adverbe et 
signifie ici ou là, suivant le sens du texte que nous n'avons pas 
sous les yeux : Faites leur place ici (ou là). 

Aucune de ces citations d'ailleurs, n'est assimilable à los y em- 
ployés dans les Récits d'Histoire Sainte; ici, le complément direct 
se trouve dans los, tandisque là (exemples de MM. Ghabaneau et 
J. Bauquier), ls, ou los, ou lous, sont compléments indirects. 



398. — L'article lou, la, lous, las, s'emploie comme 
pronom. De même en français, le, la, les, placés devant un 
verbe signifient lui, elle, eux, elles. Ces mots sont complé- 
ments directs : — « Aquet homi lou miasse », cet homme le 
menace; « aquet homi la miasse», cet homme la menace; 
« lou mèste lous defendera », le maître les défendra; « lou 
m este las defendera », le maître les défendra. 

399. — Devant un verbe commençant par une consonne, 
le pronom masculin, lou, lous, précédé d'un monosyllabe, 
que, qui, si, no (aujourd'hui nou) se contracte avec ce mo- 
nosyllabe de manière à faire comme un seul mot avec lui. 

Au lieu de a l'homi que lou bien prene », on dit « l'homi 
que-u bien prene », l'homme vient le prendre; « qui lou 
miasse » devient « qui-u miasse », qui le menace; si lou 
boii » est remplacé par a si-u boii », s'il le veut; au lieu 
de « nou lou truquetz » on dit « no-û truquetz », ne le 
frappez point. 

(1) Revue des lang. rom., 1878, t. vi, p. 250. 

19 



— 290 - 

Que-u, qui-Uy si-u, no-û, pour que lou, qui lou, si loUy 
nou Ion, sont au pluriel qne-ns, qui-iis, si-ns, no-û$, pour 
que lous, qui lous, si lou, non lous. 

Lous qni-u plagan. Ceux qui le frappèrent. 

Fors de Béarn. 

U matii me digou si-u bouli coumbida. 

Fondeville. Past. 

Un malin il me demanda si je le voulais inviter. 
No-ûs procurara dampnadge. Ne leur causera dommage. 

Fors de Béani. 

400. — On a vu, n» 56, que l après a, e, i se vocalisait 
en u et formait avec a, e, i, les diphthongues au, eu, ou. Un 
fait -pareil se produit ici. Nous servant des formes anciennes, 
lo, los, prenons pour exemples « 7io lo benera », ne le 
vendra, « no los volo thier », ne les voulut tenir. On pouvait 
écrire : a no l benera », « no Is volo thier; par ladiphthon- 
gaison on a « no-ii benera », « no-ûs volo thier ». 

401. — Cette diphthongaison du pronom avec les mono- 
syllabes que, qui, si, non est fort ancienne ; les exemples 
en sont bien plus nombreux que ceux où l'on voit écrits 
lo, los, ou l, Is. 

402. — U, us, provenant de l, Is, s'emploient sans être 
joints au mot qui précède ; ils sont alors eu, eus, oii, oûs : 

— « Digatz qui eu demande », dites qui le demande; 
« you qui eus èy neuritz », moi qui les ai nourris; « si eu 
platz de biene », s'il lui plaît de venir; c qui eus de ayude?» 
qui leur donna aide? 

— « Et asso sents nulha desfoeyta eus fassa fermar )>, 
et ceci sans nul délai qu'il leur fasse cautionner, Fors de 
Béarn; « lou manistre eu digou », le ministre lui dit (à sa 



— 291 — 

femme) ; Fondeville, Egl m, ms. de la fm du xvii® siècle, 
Biblioth. de la ville de Pau ; 

. . La gent de Genebe eu prega de tourna. 

Fondeville, Egl. iv, ms. 

. . Les gens de Genève le prièrent de revenir. 

Ue bère bourrassete Un bon petit lange 

Qui eu bire lou red. Qui le garantisse du froid. 

Noëls. 

Margalidet, poumpouse e bère, 

Que s'aplegabe deu marcat, 
Quoand la saume, boun grè, mau grat, 

Eu s'escape per la carrère. 

Hatoulet. 
La petite Marguerite, pimpante et belle, — Se retirait du marché, 
— Quand son ânesse, bon gré, mal gré, — Lui échappe par la 
rue. 

Il y a des exemples très-nombreux de ou, oûs, employés 
pour eii^ eus : 

Mars qu'ow coundusex a la mourt. Mars le conduit à la mort. 
Navarrot. 

Qu'ous debetz hoec e loc. Vous leur devez feu et lieu. 

Navarrot. 

403. — Au lieu de eu, eus, ou, oûs, on dit à Orthez ou, 
oîis : — € Lou loup que cerca d'argoeyt a l'anhèyt; qu'ow 
maucuta de troubla l'aygue oun boulé bebe », le loup 
chercha querelle (1) à l'agneau; il Taccusa de troubler l'eau 
où il voulait boire; Journal d' Orthez, 1" sept. 1877; t qyCous 
heram gran haunou », nous leur ferons grand honneur; 
Mercure d'Orthez, 20 sept. 1879. 

404. — On vient de voir que les formes eu, eus, existent 

(1) C'est ici le sens du mot béarnais « argoeyt » qui, ;iu propre, signifie 
guet, action d'épier en embuscade, guet-apens. 



— 292 ~ 

détachées du mot qui les précède; on peut donc écrire ^w'^w, 
qu'eus, au lieu de que-u, que-us, n* 399; ici, il y a contrac- 
tion du monosyllabe que avec le pronom, {que l provenant 
de que lou); dans l'autre cas, il y a tout simplement élision 
de Ve final du monosyllabe devant les formes eu, eus. 

Dans les Récits d'Histoire Sainte, ii, p. 38, on trouve : 
« qu'eu podos castigar », qui le pût corriger. M. Ghabaneau 
fait observer (1) pour un exemple de ce genre que, d'après 
le système adopté par nous (2), il faudrait que-u. Ce qui 
précède montre que ces deux manières d'écrire sont égale- 
ment correctes : qu'eu, par élision pour que eu, et que-u, par 
contraction pour que l, {que lou). 

405. — Eu, ou, ou, compléments directs, ne peuvent être 
placés que devant un verbe commençant par une consonne; 
eus, oûs, ous, compléments indirects, se mettent devant tout 
verbe, quelle que soit la lettre par laquelle il commence. 

406. — Lorsque lou, lous, la, las, sont compléments directs 
d'un verbe à l'impératif, ils se placent après ce verbe : — 
Enten-hou, enten-hous, entends-le, entends-/é?5,- apère-'LA, 
apère-LAS, appelle-k, appelle-/^.?. 

407. — Si l'impératif se termine par une voyelle, le pro- 
nom masculin se contracte avec la voyelle finale du verbe : 
de cette contraction résultent encore les diphtbongues eu, 
iu, ou; prononcez e ou, i ou, o ou, n° 64. Exemples : — 
Bè-v coelhe, va le chercher; sa-bi-v prene, viens le prendre, 
apère-v, appelle-ie, pour bè-LOU coelhe, sa-bi lov prene, 
opère LOU ; et au pluriel, hé-vs, sa-bi-vs, apère-v^. Dans 
apère-v, apère-\js, Ve final de l'impératif de la première 
conjugaison se prononçant comme un o doux, on a la 
diphthongue ou {o ou) : apèroû, apèroûs. 

(1) Revue des lang. rom., 1877, t. m, p. 208. 

(2) Récits d Histoire Sainte en béarnais, publiés par V. Lespy et Paul 
Raymond. 



— 293 — 

408. — Si l'impératif se termine par une consonne, la^ 
las^ se prononcent comme s'il y avait lo, los, en adoucissant 
le son de Vo : — Aperatz-i^A, nperatz-Lks^ appelez-k, appe- 
lez'les, dites aperatz-LO, aperatz-LOS. 

Sus lous puntetz espiatz-LA bouluga. 

Lamolère. 

Sur la pointe des pieds voyez-LA voltiger. 

C'est comme s'il y avait : — Sus lotis puntetz espiatz-LO 
bouluga. Telle est la prononciation dans le béarnais de Pau. 
Dans celui de la région d'Orthez, Va delà, las, pronom fémi- 
nin, se prononce comme un e doucement fermé. 



C'est Vaccent tonique qui produit ces prononciations différentes : 
dans apèr e-LA, appelle-^«, la dernière lettre de apère se prononçant 
comme un o très-adouci, l'accent tonique affecte le pronom encliti- 
que; dans aperats-L.A, appelez-^a, la dernière syllabe de aperatz 
ayant un son fort, le ton s'affaiblit sur la. 



409. — A la suite d'un verbe, le pronom lou, lous, com- 
plément, se diphthongue de la môme façon qu'après les 
monosyllabes que, si, etc., n* 399 : — « Prenco la corona e 
los anetz, e porta-us a David», il prit la couronne et le bra- 
celet, et les porta à David ; Récits d'Hist. sainte, t. i, p. 60 ; 

Jou credouy que poudi counfia-u la bertat. 

D' Mayniel. 

Je crus que je pouvais lui confier la vérité. 

Que bouletz croumpa-v, vous voulez Taclieter, que bouletz 
croumpa-us, vous voulez les acheter; sa-bietz prene-\j ou 
prene-us, venez le prendre ou les prendre; que bouy auffri-Ut 
ou aufJri'US, je veux ^offrir ou les offrir; prononcez croum- 
paou, croumpaous; preneou, preneous; auffriou, auffrious; 
voy. ci -dessus, n» 64. 



— 294 — 

410. — Le pronom féminin, /a, las, après un présent de 
l'infinitif, se prononce fo, los : — Quine beroye cansou! E 
sabetz canta-hAl Quelle charmante chanson! Savez-vous la 
chanter? — Que bouy audi-LA, je \'eux l'entendre; — dites 
canta-LO, audi-LO^ en affaiblissant le son de Vo; à Orthez, 
on prononce canta-LE ; Ve est doucement fermé. 

411. — La, elle, complément direct, s'écrit aussi J^, n» 27, 
qui se prononce lo, en faisant à peine sentir le son de Vo, quand 
ce pronom suit le verbe : 1° à la première ou à la seconde 
personne du pluriel de l'impératif, 2'' au présent de l'infi- 
nitif (n°« 408, 410). 

Fondeville fait rimer darriga-le, dégainer elle, la dégainer, 
avec gale, rouille, qui se prononce ^^/^o ; voy. ci-dessus, p. 
18. — Cet exemple montre combien M. J. Banquier se 
trompe, lorsqu'il dit, Revue des lang. romanes, 1878, t. vi, 
p. 240, que, dans des cas analogues, le complément direct 
la devrait être écrit lo. M. J. Banquier oublie que o final 
pour a n'a jamais figuré dans l'écriture de notre idiome. 

412. — Quelques anciens textes béarnais nous fournissent 
des exemples de le, les, pour la, las, compléments directs de 
verbes employés à l'un des temps du mode indicatif : — 
«marida ley>, la maria, «porta lesy), les porta, Récits d'Hist. 
sainte ; dans l'exemple suivant le suit un infinitif : « la 
tengo entroo fo temps de meter le faut », la tint (l'épée) 
jusqu'à ce qu'il fallut la suspendre ; Homi. d'Archambatid. 

Dans l'emploi de le, les, pour la, las, on ne saurait voir une 
influence catalane (1). Comme article féminin, /é? est très- 
ancien de notre côté des Pyrénées; on le rencontre assez fré- 
quemment dans le Cartulaire de l'abbaye de Sorde, où se trou- 



^ (1) On sait que l'arliclo fém. caîalan est la au singulier et les au plu- 
riel. — Pour ce en quoi le béarnais et le catalan se ressemblent ou ditrèrcnl, 
voy. dans la Hevue des lang.' rotn. t. iv, oct. 1873, les rupprochemenls faits 
par M- Alart ; ils sont en très-grande partie fort exacts. 



— 295 — 

vent des indications se rapportant au pays de Béarn : — icle 
bie en jus », p. 120, la voie en bas. — Encore aujourd'hui, le 
gascon de Bayonne n'emploie que le^ les, la, les, article et 
pronom. 

413. — Le pronom lou, loîis, sert de complément indirect; 
il est des deux genres, comme lui, leur, en français : — 
« Lou pay loti ditz », le père lui dit (à lui, à elle) ; « lou pay 
Ions ditz », le père leur dit (à eux, à elles). 

M4. — A la suite d'un infinitif, ce pronom est représenté 
par u, us, formant diphthongue avec la terminaison de 
rinfînitif : — « Que bieni dise-w », je viens lui dire, « que 
bieni dise-tis », je viens leur dire. 



M. J. Bauquier, dans la Revue des lang. rom., 1878, VI, p. 249, 
admet lou, tous, article et pronom, servant de complément direct ; 
mais il soutient que lou, lous, lui, leur, complément indirect, n'est 
pas le même mot que l'article, et qu'il provient de l'ancien provençal 
lor par la chute de r finale. — M. Bauquier se trompe. 

1,0, los, étant la forme ancienne de lou^ lous, ce que nous allons 
dire de lo, los, doit s'appliquer à lou, lous, lui, leur. 

On lit dans la Chart. d'Orthez, 1270 : « Qui ag fare, xx sols lo 
costasse », à qui le ferait, lui coûterait vingt sous ; « k)S plaira », 
leur plaira ; « los drets que nos avem en la?' », les droits que nous 
avons su7^ eux. 

Dans les Fors de Béarn, on trouve, p. A : (n lo sie feyte resti- 
tution », ^*i soit faite restitution ; p. 3 : « los sera fideu senhor », 
leur sera fidèle seigneur ; « judyara ab lor dreytureramentz et no 
los fara prejudici », il jugera avec eux selon le droit et ne leur fera 
préjudice. 

Dans les Récits d'Hist. Sainte, on voit, t. ii, p. 38 : « dixon lo », 
lui dirent ; « sees sabud de lor », à l'insu d'eux ; p. 96 : « jo dau 
a lor », je leur donne ; p. 98 : « jo los dau », je leur donne. 

Dans les Honneurs d'Archambaud, p. 7, on lit : <( lo deu ostar 
lo menteg », lui doit ôtër le manteau ; p. 18 : ayen xx homis 



— 296 — 

ab lor », qu'ils aient vingt hommes avec eux ; p. 28 : « om los ne 
dave », on leur en donnait. 

En présence des exemples ci-dessus, il faut reconnaître : 

lo Que lor, en béarnais, a son existence significative propre et 
son rôle déterminé comme pronom de la troisième personne, com- 
plément indirect, toujours précédé d'une préposition (4) ; 

2" Que, dans les textes où l'on écrivait invariablement le mot lor^ 
on écrivait aussi invariablement, aux mêmes pages et aux mêmes 
lignes, lo, los:, pron. de la troisième personne, compl. ind., sans 
être jamais précédés d'une préposition ; 

3° Qu'il y a entre lo et lor cette différence essentielle, contre 
laquelle aucun raisonnement ne saurait prévaloir, que le pronom lo 
est toujours singulier, et le pronom lor toujours pluriel ; 

4o Que si lo était le même mot que lor^ il serait arrivé, une fois 
ou autre, que ?or aurait été écrit là où il faut lo^ et, réciproquement, 
qu'on aurait mis, une fois ou autre, le pronom lo là où le pronom 
lor est nécessaire. — Chose pareille ne s'est jamais vue en béarnais. 

Donc, lo pronom de la troisièma pers. du sing. n'étant pas, ne 
pouvant pas être le même mot que lor^ pronom de la troisième 
pers. du pluriel, que peut-il être ? — Ce qu'en a dit la Grammaire 
béarnaise : Zo, article et pronom, complément direct, s'emploie 
aussi, en béarnais, comme compl. indirect (2). 

L'existence de lo^ article et pronom, tout ensemble complément 
direct et complément indirect, étant ainsi établie, le pluriel los 
en découle de source, tout naturellement. Il n'y a donc pas lieu de 
recourir m extremis^ comme Ta fait M. J. Bauquier, kVinfluence 
que, pour la formation de ce pronom pluriel, Y adjectif possessif 
aurait exercée sur le béarnais. 



415. — Les articles composés cfw, aus, deu, deus, entau, 
entaus (par aphérèse tau, tans), peu, peus, s'emploient aussi 
en béarnais comme pronoms compléments. 

(1) Il n'est ici question que du béarnais et d'un fait grammatical qui lui 
est particulier ; nous n'avons pas à rappeler que lo7% dms d'autres idiomes, 
est employé tout différemment ; ci-dessus, p. 285. 

(2). Cf. Revue des lang. ram., 1875, t. vin, p. 38 ; 1879, t. ii, p. 80. — 
Les explications de M. C. Chabaneau confirment parfaitement le fait 
oonpt^té dans la l^» édition de la Grammaire béarnaise, 1858, 



— 297 — 

416. — Si le pronom complément direct se trouve dans 
ces mots, ils sont du genre masculin : 

Tous superbes moutous Tes superbes moutons 

Nou s'aproxen deus mes Ne s'approchent des miens 

Qix'entaus tuma. Qnepour les frapper de la corne. 
Despourrins. 

On dirait pour le féminin : « Tous superbes moutous nou 
s'aproxen de mas oûlhes qu'enta las tuma », tes superbes 
moutons ne s'approchent de mes brebis que pour les frapper 
de la corne. 

417. — Mais, si ces articles composés contieiment le 
pronom complément indirect, ils sont des deux genres : — 
« Tous moutous nou s'aproxen deus mes qu'entatis ha 
mau », tes moutons ne s'approchent des miens que poi^r 
leur faire du mal ; « tous moutous nou s'aproxen de mas 
oûlhes qu'entaiis ha mau », tes moutons ne s'approchent de 
mes brebis que pour leur faire du mal. 

418. — Se, pronom réfléchi précède les verbes qui 
commencent par une consonne : 

Lasbetz a Pau se passan hère dies, 
En hant salutz au rey dab grans ceremounies. 

Fondeville. 

Alors à Pau se passèrent plusieurs jours, 
En faisant des salutations au roi avec de grandes cérémonies, 

419. — Il s'élide devant un verbe qui commence par une 
voyelle : 

Lous Senhous deus Estatz detire s'esmaboun. 

Fondeville. 

Les Seigneurs des Etats aussitôt s'émurent. 



— 298 — 

420. — Se peut se changer en es, mais seulement devant 
une consonne : 

Taa loungtemps qui sous mountz y per las arribères 

Nouste lengadge es parlera, 
Tas causons, Navarrot, seran toustemps nabères ; 
De toun coo, de toun noum, cadu se broumbara! 

Epitaphe de Navarrot 

Aussi longtemps que sur les monts et par les plaines, 

Motre langage se parlera. 
Tes chansons, Navarrot, seront toujours nouvelles ; 
De ton cœur, de ton nom, chacun se souviendra. 

Quoand la Sente es moustra. Quand la Sainte se montra. 

V. de Bataille. 

421. — Placé entre deux voyelles, le pronom réfléchi 
s'appuie sur celle qui le suit : 

Oun que s'y ba goari de toute passion. 

V. de Bataille. 

On va s'y guérir de toute passion. 



422. — S est joint par un trait-d'union au mot qui 
précède, si le verbe suivant commence par une consonne : 
dans ce cas, il faut que le mot devant s soit terminé par 
une voyelle, simple ou composée : 

Au hoec la cera-s lion. Au feu la cire se fond. 

Psaumes. 
Si-s pot, quauqu'arré ta minya. 

Hourcastrenié. 

S'il se peut, quelque chose pour manger. 

Tas otilhes dab las mies Tes brebis avec les miennes. 
Nou-s denhen plus mescla. Ne se daignent plus mêler. 

. D'ïspourriris. 



- 299 — 

— « Tousteinps l'estèrc que-s semble au Imst » ; toujours le 
copeau ressemble au bois (d'où il a été coupé) ; 

— « Lou qui-s l'hèbe matii que gahe la lèbe », celui qui se lève 
matin, prend le lièvre ; 

— « Lou qui-s sépare de soun bee abantz de mouri, — que-s 
prépare a plaa soufri » ; celui qui se sépare de son bien avant de 
mourir, — se prépare à bien souffrir. 

Ces trois proverbes sont tirés du second volume des Poésies Béar- 
naises ; les mots qui-s, que-s y sont écrits qués, p. 231, qu'es, 
p. 252, quis, p. 337, quis, p. 252. Pourquoi, dans quelques pages 
qui se suivent, écrire les mômes mots de quatre manières différen- 
tes ? Ainsi fait-on, lorsqu'on ne se rend aucun compte de ce que 
l'on écrit. 



423. — S précède ou suit le verbe h l'infinitif : — « Lo 
fust ana-s mete a l'un cap de l'aygua », le bois alla se 
mettre à l'extrémité de la piscine; Récits d'Hist. Sainte^ 
t. I, p. 86 ; au lieu de « ana-s mete », on peut dire, «ana 
mete-s ». 

Miralha-s ba dehens l'aygue aryentade. 

-Son??., (jassion. 

Il va se mirer dans l'onde argentée. 

Quand jou bey taa bères malaudes 
Qui parlen de-s lexa mouri. 

Navarrot. 

Quand je vois de si belles malades 
Qui parlent de se laisser mourir. 

424. — On voit que, lorsque s précède un verbe k l'in- 
finitif, de-s lexa — de se laisser, le verbe commence par une 
consonne, et que le pronom réfléchi s'appuie sur un mot 
placé devant lui. Navarrot aurait pu faire ainsi ce dernier 
vers ; — Quiparleti de lexa-s mourir • 



— 300 — 

425. — On dit: — si medix, soi-même; — a si medlx, la si 
medix, à soi-même, pour soi-même. Si, soi, ne s'emploie, 
seul, qu'avec une préposition : 

— « Mossen Gaston ha jurât per si et son linhadge », 
Monseigneur Gaston a juré pour lui et sa lignée, Fors de 
Béarn ; « lous qui tienin a si, lous aymadous de si, », ceux 
qui tiennent à soi^ les amateurs de soi ; « mey d'ahide en 
Diu qu'en si », plus de confiance en Dieu qu'^M soi; — voy. 
Imitation de J.-C. 

426. — En, de lui, d'elle, d'eux, d'elles, de cela: — Etz 
s'en passaram, ils s'en passeront ; ils se passeront de lui, 
d'elle, d'eux, d'elles, de cela. 

427. — Après un monosyllabe, termine par une voyelle 
simple ou composée, et devant un verbe commençant par 
une consonne, en est représenté par n; un trait-d'union 
l'unit au monosyllabe : — iVow-N troubaras nat^ tu n'en 
trouveras aucun. 

Ta-N p,erde la memori Pour en perdre le souvenir, 
A baie toun secret. . . Avale ton secret 

Navarrot. 

428. — En peut se changer en ne, comme on le voit dans 
cet exemple tiré des Fors : — Atant ne hatira a demandar, 
autant il en aura à demander. Dans ce cas, on l'élide au- 
jourd'hui devant une voyelle ou une h muette : — Autant 
-^'haura a demanda. Mais on l'écrit devant une consonne, 
s'il n'est point précédé d'un monosyllabe terminé par une 
voyelle simple ou composée •' 

— a A cassât tropes betz perditz, . . e quant ne prene las 
portave a Moss. » Il a chassé plusieurs fois des perdrix. . . 
et quand il en prenait, il les portait à Monseigneur; Enquête 
sur les serfs du Béarn, p. 75. 



— 301 — 
D'autes ne houren mourtz de doulous y de hounte. 

Fondeville. 

D'autres en seraient morts de douleur et de honte. 

429. — iV suit un verbe à l'impératif : — Croumpe-^, 
acliètes-6ii ; mais si le verbe est à la première ou à la se- 
conde personne du pluriel, on met ne '■ — Croumpem-NE, 
croumpatz-^E, achetons-^w, achetez-^/i. 



On dit de même, en italien : compriamo ne, achetons-en; compra 
ne, achètes-en ; comprate ne, achetez-en.. 



430. — iV, ne, se placent après un verbe à l'infinitif : — 
Bos prene-^'^ Veux-tu en prendre? En veux-tu prendre? — 
«Régla las toues actions e nou pas esta-we lou serbidou », 
régler tes actions et ne pas en être le serviteur ; Mit. deJ.-C. 

431. — Mais si le verbe, à l'impératif ou à l'infinitif, est 
suivi d'un premier pronom, on se sert de ne après une 
diphthongue, et de n après une consonne : — Bos da-v ne? 
Veux- tu lui en donner ? datz-i^ou ne, donnez-lui en, il faut 
lui ew- donner; parle-UE's, parle-mot de lui, d'elle ou décela. 



Observations sur la place des pronoms personnels. 

432. — Lorsqu'un pronom est complément d'un infinitif 
qui est précédé d'un verbe, le pronom se met souvent, non 
devant l'infinitif, mais devant le premier verbe : 

En beganau t'apèri, pastourete, 
Nou-M bos audi. .. 

Hatoulet. 

En vain je t'appelle, pastourelle, 
Tu ne me veux écouter. . . 



— 302 — 
En cantant jou las bouy goari. 

Navarrot. 

En chantant je les veux guérir. 

Remarquons que la mesure du vers ne commande aucune 
de ces constructions ; on pourrait dire sans rompre la 
mesure : — « Nou bos M'audi », tu ne veux m'écouter, «jou 
bouy LAS goari », je veux les guérir. 



433. — Cette construction a été particulièrement remarquée dans 
le français du xvii^ siècle, et Ton a dit, à tort, que le français l'avait 
empruntée à l'italien. 

L'emploi du pronom complément précédant deux verbes n'a pas 
été, dès le principe, le fait propre à l'une des langues qui se sont 
formées du latin ; on peut affirmer que ce tour grammatical est 
commun à toutes ces langues ; il est très-ancien : 

La tierra del rey Alfonso esta noch la podemos quitar. 

Poème du Cid. 

La terre du roi Alphonse cette nuit nous la pouvons quitter. 

— « Ditas que hac Karles sas paraulas ad elha, Orionda Ll va 
respondre », Dites que eut Charles ses paroles à elle, Orionde lui 
va répondre ; Philomena, Raynouard. 

En Proenza tramet joi e salutz, 
E mais de ben qu'ieu no vos sap re traire. 
Bern. de Ventadour. 

En Provence je transmets joie et salut, 

Et plus de bien que je ne vous sais retracer. 

Qui ce fait que il puet, on ne le doibt blasmer. 
Gui de Bourgogne. 

— « Le roy promist Damiete pour la délivrance de son cors ; car 
il n'estoit pas tel qu'il se deust desraimbre a deniers » ; Joinville. 

Au comencier se doibt-on bien garder 
D'entreprendre chose démesurée. 
Poés. du Roy de Navarre. 



— 303 — 

Fuyes le trait de Doulx-regard, 
Cueur qui ne vous savez deffendre. 
Ch. d'Orléans. 

— « Nous en auions bien aultrefoys refusé de bon argent de 
ceux qui les vouloyent achapter » ; Rabelais. — « Arcesilas estan* 
malade de la goutte, Garneades, qui le veint visiter, s'en retournoit 
tout fasché i> ; Montaigne. — « Je ne dis pas encore ici le grand 
adieu; car si je ne le puis porter moi-même, je le vous enverrai 
par le sieur du Plessis » ; Henri iv. — « Ils le peuvent faire en 
sûreté de conscience » ; Pascal. 

Son fils prétendait pour cela 
Qu'on le dût mettre dans l'histoire. 
La Fontaine. 

— « Qui n'admirerait ici la Providence divine si évidemment 
déclarée sur Jérusalem et sur Babylone? Dieu LES veut punir 
toutes deux ^) ; Bossuet. 

Et, quand on a quelqu'un qu'on hait ou qui déplaît, 
Lui doit-on déclarer la chose comme elle est. 
Molière; Misanth. 

— « Mad. de Lafayette était seule, et malade, et triste de la mort 
d'une sœur religieuse; elle était comme je la pouvais désirer»; 
Mad. de Sévigné. 

Un serment solennel par avance les lie 
A ce fils de David qu'on leur doit révéler. 

Racine, Ath. 

434. — On n'a jamais, croyons-nous, donné l'explication de ce tour 
grammatical (4). Lorsque Fondit, par exemple, je le veux croire^ — 
on vous doit écrire, il n'y a qu'un seul verbe à signification principale: 
c'est le second, qui a le pronom pour complément, et, pour ce 
second verbe, le premier est tout simplement un modificatif. Gela 



(1) L'abbé d'Olivet (xvine s.), dans ses Remarques sur Racine, se borne 
à dire ce qui suit : — La sultane en ce lieu se doit rendre (Bajazet, i). 
Presque tous nos écrivains d'aujourd'hui se font une loi de placer immé- 
diatement le pronom avant l'infinitif qui le régit ; ainsi dans la phrase pré- 
sente, ils diraient « La sultane en ce lieu doit se rendre, et non pas se doit 
rendre. L'un est aussi bon que l'autre, pour l'ordinaire ». 



— 304 ~ 

est si vrai, que le premier verbe n'est dans l'esprit que l'équivalent 
d'une forme terminative que le second peut avoir, ou d'un adverbe 
qui l'accompagnerait : — On vous doit écrire et je le y^eux 
croire sont la même chose que — On vous écrira et je le crois 
volontiers. 

Mais, lorsque dans la phrase le premier verbe a une tout autre 
valeur que celle d'un simple modificatif, le pronom se place après 
lui pour précéder l'infmitif dont il est le complément : 

Madame, pardonnez, si i'ose le défendre 

Athalie. 

Le vers n'eût pas été, certes, moins harmonieux si Racine l'avait 
écrit ainsi : 

Madame, pardonnez, si je Vose défendre. 

Qui ne voit que, dans ce cas, l'idée d'oser serait, si l'on peut le 
dire, bien moins en relief. 



435. — Le pronom complément, suivi de deux verbes, 
dont le second est à l'infiinitif, peut être placé, en béarnais, 
après cet infinitif : 

On dit indifféremment : — You-u bau Vheba, je vais me 
lever, et you bau Iheba-u ; — Beyes qui-T boulhe ayma, cherche 
qui veuille ^'aimer, et beyes qui boulhe ayma-T ; — si-v botili 
coumbida, si je voulais Tinviter, et si bouli coumbida-v. 

Mes sens me da lou temps de poude neteya-M. 

Fondeville. 
Mais sans me donner le temps de me pouvoir nettoyer. 

Cette union du pronom complément avec le verbe, de 
manière à ne faire qu'un mot avec lui, se retrouve pareille- 
ment en italien : 

Tutto, dentro e difuor, sento cangiarME 
Pétrarque. 

Tout entier, au dedans et au dehors, je me sens changer. 



— 305 — 

Il y a aussi, pour la faculté de déplacer le pronom, analogie 
parfaite entre l'italien et le béarnais ; (on n'ira pas, je l'espère, 
jusqu'à imaginer que la langue de l'Italie a exercé une influence sur 
celle du Béarn) : 

Non MI vuoi udire, tu ne me veux entendre ; ou non vuoi udir 
MI ; en béarnais : — Nou-m bas audi, ou nou bas audi-M. 

L'espagnol met pareillement le pronom complément après le 
verbe à l'infinitif : 

Gonde ! — Que me quieres ? Comte ! — Que me veux-tu ? 
— Quiero hablar-TE. — Je te veux parler. 

G. de Castro. 



On peut, en béarnais, mais c'est plus rare, placer le pronom 
devant l'infinitif : — beijes qui boulhe T'ayma, cherche qui 
veuille f aimer. C'est ce qui se faisait dans l'ancien béarnais. 
Exemple tiré des Fors : — Anan lo coelher, ils allèrent le 
chercher ; mais on y trouve aussi : — Apres, no lus bolo 
thier en fors ni en costumes^ ensuite, il ne les voulut point 
tenir en fors et coutumes. 

X/O, los^ compléments d'un verbe à un mode personnel, 
suivaient ou précédaient le verbe : — Lashetz aucigon lo en 
la cort, alors ils Toccirent en la cour ; Apres, hom los lauda 
ung prod6m{\) cavaler en Auberni, ensuite, on leur vanta 
un prud'homme chevalier en Auvergne. 

Deux pronoms personnels ensemble. 

436. — Lorsque deux pronoms compléments se suivent 
devant ou après un verbe, le premier est le complément direct, 
et le second, le complément indirect : 

(1) SVc, dans le ms. Fors de Béarn, et non prudom qui est dans l'édit. 
Mazure et Hatoulot^ ce qui a trompé M . Paul Meyer {Recueil d'anc. textes^ 
l'o partie, p. 181. — « Prudome se Ironvc aussi au vers 380 de la Chnns. 
de la croisade contre les Al b.-, mais M- Paul Meyer, au Vocabulaire, p. 434, 
a rétabli prodome. 

20 



— 306 — 

U cruel hat qu'Eu M'ha enlhebat. Un cruel sort me l'a enlevé. 

Despourrins 

Cercatz-hov -ME^ cherchez- le-moi. C'est ce qui se voit en 
français, quand les deux pronoms suivent le verbe ; le 
contraire a lieu lorsqu'ils le précèdent. 



Mais anciennement, telle n'était pas toujours la disposition des 
pronoms français devant le verbe ; le complément direct précédait, 
comme en béarnais, le complément indirect : 

Tant me querés Karlon que vous le me trovés. 

Fierabras. 

Lî' ni! :>'ch:il tendoit l'argent au menistre, et le menistre le T^fE 
bailloit. -— Joiiiville. 

Ne LES 'TE vendez pas si chiers 
Que vous feriez à estrangiers. 
VAi. d'Orléans. 

îl fault compter, car vous devez. 
Tout par tout, sept sols et demy, 

Et convient que les me pay'-z. 

Villon. 

Henri iv disait aussi, dans son Discours aux Notables^ Rouen, 
1596 : — « Si je voulois acquérir le titre d'orateur, j'aurois appris 
quelque longue et belle harangue, et LA vous prononcerois avec 
assez de gravité. » 



437. — L'ordre des compléments se trouve interverti, si 
l'un des pronoms est at , ?/, signifiant le^ cela ; le complément 
indirect est le premier, et le complément direct le second : 
— Per p'at dise en dus nioutz, pour vous le dire en deux 
mots ; digat>hous y, dites à eux cela. C'est ce qui se voit en 
français, quand les deux pronoms précèdent le verbe ; le 
contraire à lieu, quand ils le suivent. 



— 307 — 

438. — Quand deux pronoms sont compléments d'un 
verbe à l'infinitif qui est précédé d'un autre verbe, ces deux 
pronoms sont ou devant le premier verbe, ou bien ils suivent 
l'infinitif : 

— « You la-m bouli goarda », fu bien « you bouli goarda- 
la-m », je voulais me la garder; pour la prononciation de la, 
voyez n° 410. 

— « Etz segu que-us pe boulera da ? », ou bien « ètz segu 
que boulera dsi-iispe ? », êtes-vous sûr qu'il veuille vous les 
donner ? 



En français, les deux pronoms se mettaient aussi et peuvent se 
mettre encore devant le premier verbe : — « Je vous ay par tant de 
fois écrit que vous me veniez trouver, et vous n'en avez rien fait ; je 
ne vous le veux plus écrire » ; Henri iv. 

Je te les veux montrer l'un et l'autre à la fois. 

Racine 



439. — Lorsque deux pronoms se suivent, comme on 
vient de le voir, avant ou après un verbe, on ne les joint par 
un trait- d'union que si le second est représenté par une 
consonne unique : — goarda-la-m. 



PRONOMS DÉMONSTRATIFS. 

440. — Les pronoms démonstratifs sont asso, ceci, so, ce, 
aco^ at, cela : — « Asso sie cause conegude », ceci soit 
chose connue, Fors de Béarn ; faratz asso en remembransa 
de mi », vous ferez ceci en souvenir de moi, Récits d'Hist. 
Sainte. 

— « Denunciara tôt so qui es [ad] abier », il annoncera 
tout ce qui doit advenir ; Récils d'Hist. Sainte. 



— 308 — 
So qui-m desligue la paraule. Ce qui me délie la parole. 

Navarrot. 

So, quelquefois, signifiait cela : « per so la Glisie use de 
paa sens Ihebadure » ; pour cela l'Eglise use de pain sans 
levain ; « après de so », après cela (ensuite); voy. Hist. 
Sainte, ii, p. 60, i, p. 416. 

Aco n'es que bouta lo temps en baganau. 

Sonn. I. G. 
Cela n'est que mettre (employer) le temps en vain. 

— « Aco boii dise que y-ha u Diu », cela veut dire qu'il y 
a un Dieu ; Catéchisme béarnais. 

Qui n'at hed, n'at pot crede. Qui ne voit cela, ne le peut croire. 

Noëls. 

B'at harèy dab plasé, puixque m'at demandatz. 

L'abbé Puyoo. 
Je ferai cela avec plaisir, puisque vous me le demandez. 



441. — Asso, aco, compléments, précédés de la préposi- 
tion de, sont d'asso, d'aco, ou desso, déco, résultant delà con- 
traction de la préposition rfe avec asso, aco : — « Noubouletz 
d'asso ou desso », vous ne voulez de ceci ; « prenetz d'aco ou 
déco », prenez de cela. Dans ce cas et dans tous ceux du 
même genre, on n'écrit jamais de co, de so : le béarnais n'a 
point co signifiant cela, et, sauf une exception, n» 457, il 
n'emploie aujourd'hui so qu'en le faisant suivre de mots qui 
en déterminent le sens. 

442. — Les pronoms indiqués ci-dessus et le pronom y, 
complément direct, n° 396 (lat. id), sont avec acero, aquero, 
n* 461, et lo, n° 466, les seules traces du genre neutre que 
l'on rencontre dans l'idiome béarnais. 

Asso, so, nous semblent être le latin hocce, ceci. —- Le 



— 309 — 

provençal a so, ço, aisso, l'italien cio, le catalan ho, le portu- 
gais isso. 

Aco (prosthèse de Va) viendrait de gtiod ; et ni, ancienne- 
ment «^, flc, serait, par apocope, le même que «co, dont 
l'usage est si fréquent en Provence et dans la Gascogne, en 
Languedoc et dans le Béarn. — Ac ne vient pas du basque, 
quoi qu'en ait dit M. Cénac-Moncaut, qui a erré là-dessus 
comme sur tant d'autres choses relatives aux idiomes du 
midi de la France. 

443. — At est aujourd'hui en béarnais plus fréquemment 
usité que ac, ag. 

444. — Anciennement, a se mettait devant une consonne : 
« si a lïe », s'il fait cela ; Récits d'Hist. Sainte ; mais ce n'était 
point de règle : < ac faze », « ac fara », il faisait cela, il le 
fera ; Fors de Béarn. — Ac (ag) se plaçait devant une con- 
sonne tout aussi souvent que devant une voyelle : Quand ag 
audin les Judeus », quand les Juifs entendirent cela; jo ag 
se », je le sais ; Récils d'Hist. Sainte. — Actuellement, a 
n'est jamais écrit au lieu de ac. 

445. — Il vient d'être dit, n" 442, que ac semblait être, 
par apocope, le même mot que aco ; on le voit bien en rap- 
prochant quelques exemples pris dans les Fors : « ac fara, 
ac faze », p. 112-13, et « si aqiio fe » p. 27, (si ac fe). 

446. — Dans l'emploi que Ton fait de ac et aco, il y a cette 
différence, que celui-ci peut servir de sujet et de complé- 
ment tandis que ac (at) n'est jamais sujet : — Aco m'agrade, 
que m'at daratz », Cela m'agrée, vous me le donnerez; 
a qu'ha près aco, nou Vat dabi pas », il a pris cela, je ne le 
lui donnais pas. Dans ce dernier exemple, aco, complément, 
pourrait être remplacé par at (ac) : « Qu'a^ ha près, nou 
Vat dabi pas 3>. 



- 310 — 

447. — At, complément, précède le verbe ; ancienne- 
ment il se mettait entre le verbe et l'auxiliaire : « Aquegs 
qui bist ag auren », ceux qui auraient vu cela ; Mœurs 
béarnaises, ci-dessus, p. 111. — On trouve moins souvent 
ac placé après le verbe : « Saben ac », savent cela ; charte 
de Soûle, voy. Romania, v. p. 371-72 ; « per denunciar los 
ac » (1), pour leur annoncer cela ; Honn. cVArchambatid. 

448. — Le pronom ac aurait été employé pour signifier 
que; nous n'en pouvons citer que cet exemple: « so rtc 
nonobstant», ce que nonobstant; Un Baron béarn., p. 33. 

449. — Ac, at sont remplacés par ec dans le béarnais 
d'Orthez : « prenetz-ec», prenez cela. 

Cette forme est ancienne ; il y en a des exemples dans les 
Récits d'Histoire sainte, 1. 1, p. 116 : « fondo heg tôt amassa», 
fondit cela tout ensemble ; t. i, p. 24: « dixo het a Nostre 
Senhor Diu», il dit cela h Notre Seigneur Dieu. — C'est 
donc à tort, et nous remercions M. C. Chabaneau do nous 
l'avoir fait remarquer, c'est à tort que dans notre transcrip- 
tion du texte des Récits nous avons substitué hag à heg, p. 
116, 230. M. Chabaneau, Revue des lang. rom., 1877, m, 
p. 2l1, dit qu'il a plus d'une fois remarqué le pronom heg 
dans des chartes de Casteljaloux du xni<^ siècle. On en trouve 
aussi un exemple dans l'extrait du consier d'Ibos (près 
Tarbes) reproduit par M. Luohaire dans ses Etudes sur les 
idiom. pyrénéens, p. 291 : « jureron hec », jurèrent cela. 

450. — La forme at, d'un emploi si fréquent aujourd'hui, 
se rencontre aussi {ad) dans les textes anciens. « Lo bayle. . . 
i ad ave metut », lebaile... y avait mis cela 1385, Dénombr. 
des mais, de la Vie. de Réam; ce lo ad a promes «, m. à m, 
à lui cela a promis; 1495, Sorcières dans le Béarn, p. 54. 

(1) Dans le texte imprimé, llevue d'Aquitaine, 1860, il y n, par erreur, 
« denunciar los at ». 



— 311 — 

451. — Si at, cela, complément direct, vient après les 
pronoms me^ moi, se, nous, te, toi, pe^ vous, compléments 
indirects. Va de at se prononce comme un o doux : 

— Digatz-m'at, benetz-s'at; prononcez digatz-ni'ot, dites- 
moi cela, benetz-sol, vendez-nous cela; Vo très-doux. — 
Pren-t'at, preiietz-fat; prononcez pren-t'ot, prends pour 
toi cela, prenetz-p'ot prenez pour vous cela. 

Dans certaines localités, on prononce l'a; dans d'autres, 
à Orthez notamment, ainsi que nous venons de le dire, il 
sonne comme un e doucement fermé. 

452. — Le pronom béarnais at (ac, ag), de même que le^ 
en français, tient lieu d'un adjectif ou d'un participe précé- 
demment employés : — ce Lo loc de Gasenave es laus, e ad 
ère, quant lo prumer foegadge s'escrisco », la maison de 
Gasenave était vide (abandonnée), et Tétait quand le premier 
rôle des feux fut écrit; Dénombr. des mais, de la Vie. de 
Béarn, 1385. — L'exemple suivant est tout béarnais, bien 
qu'il se trouve dans un acte de donation au couvent de' 
l'Escale-Dieu (1290), Arch. des Hautes-Pgr. : < ab toz ios 
dreitages cum mentaguz son, e aquez que no ag son », avec 
toutes les redevances qui sont mentionnées, et ('.elles qui ne 
le sont pas ; Etud. sur les idioni. pyr., p. 205. 

453. - Ge même pronom rappelle aussi une proposition 
tout entière, comme dans cet exemple, tiré du Psaume n : 

. . Son corrous tarrible et dangeyroos 
S'alucara au temps qu'on no s'ac pensa. 

Arn. de Sulettes. 

. . Son courroux terrible dans ses effets 
S'allumera au temps qu'on ne le pense. 

454. — Le pronom démonstratif so, ce, est suivi d'une 
proposition déterminative avec"^ laquelle il sert de sujet ou 



— 312 — 

de complément : — « Tout so qui ey blanc n'ey pas harie », 
tout ce qui est blanc n'est pas farine; » bouque nou ditz 
tout so qui lou coo pense )\ bouche ne dit tout ce que le 
cœur pense; ^ parla de so qui platz », parler de ce qui plaît. 
On lit dans les Fors de Béarn : — « Besso que lo Senhor 
haura de Fhomicidi, los parentz deu mort ne deben haber 
la terce part » ; desso signifie là de ce et non rf^ ceci (de asso 
par contraction desso), n» 441; le copiste aurait donc dû 
écrire de so, puisque le sens est : — Do ce que le Seigneur 
aura de l'homicide, les parents du mort en doivent avoir le 
tiers. 

455. — Au lieu d'une proposition à la suite de so, on 
trouve souvent un nom, un adjectif, un pronom, précédés 
de la préposition de : — « So de la may », ce (le bien, les 
choses) de la mère; « so de bou », ce de (ce qui est) bon; 
« nou bouy pas so d'et », je ne veux pas ce de lui (ce qui lui 
appartient) ; 

• — « Qui espien dab l'oelh esquer so qui passe, e dab lou 
dret so deu cèu », qui regardent d'un mauvais œil les choses 
passagères et d'un bon (1) celles du ciel; Imit. de J.-C, m, 
ch. 38; latin : transitoria, cœlestia ; hèdirnais : so qui passe y 
so deu cèu. 

— « Arré de so deu mounde no-iis hase embeye », rien 
de ce (des biens) du monde ne leur faisait envie ; i, ch. 18. 

Tout so de nabèt Tout ce de (qui est) nouveau 

Qu'ey bèt. Est beau. 

Proverbe (,2). 

— « So de mCy so de ton , so de sou, so de noitste, so de 

(1) « I)''in bon œil et d'un mauvais œil » ; en béarnais «l'oelh esquer e 
lou circt », l'œil gauche et le droit, comme dans le tex'e latin : trunsiioria 
sinistre intuentur oculo, et tiextro cœlestia. 

(2) Traduction béarnaise dans le recueil ILUonlet et Picot, de ce pro- 
verbe (Mns de Cambridge) cité par Le Roux de Lincy ; — « De novel 
semble bel »» 



— 313 — 

boste, so de loti », signifient : le mien, le tien, le sien, le 
nôtre, le vôtre, le leur, (mon bien, ton bien, etc., ce qui est 
à moi, ce qui est à toi, etc.) — « Prenetz so de boste », 
prenez ce qui est à vous; « datz-se so de nouste », donnez- 
nous ce qui nous appartient, ce qui est à nous; « goardatz 
so de iou ^, gardez ce qui est à eux (m. à m. ce de leur). 

U charpentiè de la maudite race 

Qui bo tua la nouste e pana-u so de sou. 

Un charpentier de la maudite race — Qui veut tuer la nôtre et lui 
voler ce qui lui appartient ; — voy. Le C orner vateu7%io\irnsi\ d'Orthez, 
avril 1876. 

456. — La locution en so de signifie chez : — En so de 
nouste », chez nous; « en so de Pierre », chez Pierre; « en 
so deu besii », chez le voisin. On écrit habituellement en un 
seul mot oiso : — « Enso de mous de Lous », chez Mon- 
sieur de Lons ; voy. ci-dessus, p. 136. 



La locution correspondante eu provençal est enco ; on trouve les 
œuvres des Félibres « enco de Roumanille », che^ Roumanille. — 
En espagnol : en casa de. Dans le Rouergue, on dit : — « Ocouo 
del fabre », chez le forgeron, « oco del noutari », chez le notaire. 



457. — So, complément direct, précède le verbe dans des 
propositions telles que celles-ci, en français, « ce dit-il, ce 
dis-tu » : 

Je devais, ce dis-tu, te donner quelque avis 
Qui te disposât à la chose, 

La Fontaine. 

— « Que ha-n? so reprengoutz ; nou pas desarriga-u, mes 
dab soenh l'adayga », Qu'en faire? ce reprîtes-vous ; non 
pas le déraciner, mais avec soin Tarroser ; l'abbé Lamay- 



— 314 — 

souette, (Lettre à Mgr Lacroix, évêque de Bayonne), Imit. 
de J.-C, 2" édit., p. vjii. 

— ce Toutu coum lou me Pay m'a aymat, you que p'aymi, 
50 disèy aus mes dissiplos bien aymatz », comme mon Père 
m'a aimé, je vous aime, ce disais-je à mes disciples bien- 
àimés; Imit. de J.-C, m, ch. 30. 

M. L'abbé Lamaysouette, qui a traduit Vlmitation de Jésus- 
Christ, est de Bedous, vallée d'Aspe; c'est là qu'il a entendu 
employer ainsi le pronom so. 

458. — Au lieu de so, on emploie plus fréquemment sa 
et si : — « Sa ditz-et», c^ dit-il, « si disin-etz », ce disent-ils. 

N'ey pas aquet castèt, sa digoun, prenadé. 

V. de Bala lie. 
Ce château, ce dirent-ils, n'est point prenable. 

— Qui-ètz dounc bous? sl-u digouy. — You que souy la Bertat, 
Si-m respoum tantican ; toutz m-han descounegude. 

L'aj)Lé l'uyoo. 

— Qui êtes-vous donc? ce lui dis-je. — Je suis la Vc'rite\ 
Ce me répondit-elle aussitôt ; tous m'ont méconnue. 

E bedes, si-m digou, per delà la Garoune 
Lusi coum dus lugras la palme y la couroune. 

V. de Bataille. 
Vois-tu, ce dit-il, par delà la Garonne 
Briller comme deux étoiles la palme et la couronne. 

— « Moun Diu, si ditz Suzète, nou sabi pas que housse 
u pecat «, mon Dieu, ce dit Suzette, je ne savais pas que 
cela fût un péché ; Sermon du curé de Bideren, p. 13. 

So qui soii coo me puje. 
C'est que m'hajen dat cuje, 
Sa ditz Michel, a jou, 
Pabant la Cour-Majou ; 

î^avarrot. 



— 3i5 — 

— Ce qui me monte (ce que j'ai) sur le cœur, — C'est que 
l'on m'ait donné citrouille (1), — Cf? dit Michel, à moi, — 
Devant la cour souveraine. 

Des cinq exemples qui précèdent, le premier et le troi- 
sième sont tirés des C/?-«riso/is béarnaises, 'S"" édit., publiées 
par M. E. Vignancour, Pau, 1866, p. 140 et 154 ; on trouve 
dans le même recueil, p. 158-73 : — « Si-t diseri », ce te 
dirais-je, « si-m respouneres », ce me répondrais-tu ; asi-m 
ditz », ce me dit-il. 

Si est donc une forme béarnaise du pronom démonstratif 
neutre so, qui doit être ajoutée à celles que M. J. Banquier 
a relevées dans d'autres dialectes et qu'il a signalées dans 
la Revue des lang. rom., 1878, t. vi, p. 243-54. 



Si-f, si-m sont écrits dans les Chansons béarnaises de trois 
manières différentes : sit, sim\ s'im. Que l'on unisse ou que l'on 
sépare les pronoms, au moins faut-il, dans des cas identiques, les 
unir ou les séparer toujours de la môme façon. Sur ce point et sur 
beaucoup d'autres, si l'on n'y prend garde, les éditions de M. E. 
Vignancour ne peuvent qu'induire à erreur. 

Ce que la Grammaire béarnaise a plus d'une fois signalé comme 
défectueux dans les publications de cet éditeur, ne saurait faire 
oublier qu'il lui est dû beaucoup de reconnaissance : sans lui, peut- 
être, auraient été perdues tant de bonnes et charmantes compositions 
faites en béarnais. 



459. — Les adjectifs démonstratifs aquest, aqiieste, aquet, 
acei, ce, cet, aquesU\ aqnere^ acere, cette, n°302, s'emploient 
aussi comme pronoms et signifient : celui-ci, celle-ci, 
celui-là, celle-là. — « Se meto a fugir entau Gabe per passar 

(I) Michel se plaint d'avoir perdu soa procès en cour d'appel. — 
Da cuje, donner de la citrouille, est une expression qui s'emploie prover- 
bialeihcnt en béarnai* pour signifier : renvoyer quelqu'un, sans lui accorder 
ce qu'il demaiide ; l'roverbes du Pai/s de Béarn, p. 12. — « C'est », 
dans le deuxième vers de la citation béarnaise est un emprunt fait ^u 
français. 



— 316 — 

aquet », se mit a fuir vers le Gave pour le traverser ; Un 
Baron béarnais axi xv^ siècle. 

— « Perqué aqueste ha menhs y aquet mey ? » Pourquoi 
celui-ci a-t-il moins et celui-là plus? Imit. de J.-C. 

Aquet mestiè m'agrade, aqueï a moun liilh eau. 

Fondeviile, Past. 

Ce métier m'agrée, celui-là il faut à mon fils. 

— « Aqiiest no régna en Jherusalem », celui-ci ne régna 
point à Jérusalem ; Récits d'Histoire Sainte. 

460. — Le mot aquest^ qui a été omis au no 302, était ancienne- 
ment très-usité comme adjectif démonstratif : — « Aquest menhs 
credent apremera la nostre gent ! » Ce mécréant opprimera-t-il 
notre nation ! Ttéc. d'Hist. Sainte. 

Au sens de « gare-toi de cette chose », on dit proverbia- 
lement en béarnais : « h\ve-l aquere », tourne (détourne) de 
toi celle-là (cette chose-là) ; Proverbes du Pays de BéarUy 
p. 40. — L'expression « voilà du nouveau » est dans notre 
idiome « aqiiere qu'ey nabère », celle-là (cette chose-là) est 
nouvelle ; et « voici du nouveau » se dit : « aqueste qu'ey 
nabère », celle-ci est nouvelle. 

461. — Les formes neutres de aquet, aquere, acet, acere, 
sont aquero, acero (o fort), toujours pronoms : — « Ya per 
aquero los amixcs deu marit no lo podin tore los bées deu 
marit », Néanmoins pour cela les amis du mari ne lui peu- 
vent retirer (à la femme veuve) les biens du mari ; Fors de 
Béarn, p. 187 ; « aquero far tôt jorn ha récusât », il a tou- 
jours refusé de faire cela (restituer ce qu'il avait pris) ; Un 
Baron béarn. au xv« siècle. 

— « Porte aquero », porte cela ; — « bè cerca acero », va 
chercher cela. — L'objet qu'indique le mot acero est plus 
éloigné que celui qui est montré par le pronom aquero. 



— 317 — 

462. — La préposition de s'élide devant acet, aquere, 
acero, etc, ou se contracte avec ces pronoms ; on écrit par 
élision : d'acet^ d'aquere^ d' acero, etc, ou par contraction : 
decet, dequere^ decero, etc. 

Au moyen dequero vencere toutz lous reys 
Couledous de faus dius, d'idoles e d'imadges. 

Fondeville, Egl. ms. 

Au moyen de cela il vaincrait tous les rois 
Adorateurs (1) de faux dieux, d'idoles, de statues, 

463. — On ne doit pas écrire de cet, de quere, de cero, etc, 
parce que cet, quere, cero, etc, n'existent pas en béarnais. 

464. — Ce qui est dit ici de la façon de joindre la prépo- 
sition de à ces pronoms démonstratifs, s'applique à l'emploi 
de cette même préposition avec ces mots lorsqu'ils sont 
adjectifs. 

En se sourtint d'aquere counfessiou. 

Peyret. 

En se retirant de cette confession. 

On pourrait orthographier aussi dequere, mais non de quere. 
Il serait fautif d'écrire a de quet libe », de ce livre, « de quere 
letre », de cette lettre. De pareilles fautes se trouvent dans 
des textes anciens, dans les Fors notamment : « en queg 
(quet) temps li, en ce temps, « de quere ciutat », de cette cité. 
Ce qui nous fait considérer quet, quere, comme fautifs, c'est 

(1) « Adorateurs », en béarnais couledous ; lat. cultores. — On trouve 
dans les textes anciens coït, no coït, (terrain) cultivé, non cultivé ; et, au 
sens fig. du lat. colère, honorer, révérer, dans la traduction des Psaumes : 
— « No colas, no pas, — Si met de mi as, — Nad diu de dehora »> ; 
N'adore, non, — Si lu as crainte de moi, — Aucun dieu étranger. 

« Imadges » de Fondeville est traduit par « statues», comme dans les 
Récits d'Histoire Sainte, le mot «imagine» : « f e una imagine d'aur », 
(Nabuchodonosor) fit une statue d'or». 

Du texte des Ëglogues, tel que nous le connaissons par la copie très- 
exacte que M. l'abbé Bidache a bien voulu nous communiquer, nous ne 
reproduisons jamais ce qui est le fait de V écriture déréglée de Fondeville. 
Voir ci-dessus p. 123. 



— 318 - 

que, jamais, nous n'avons vu ni entendu qiiet, qtiere, 
employés de la façon que voici ; « quet temps ey bèt t), ce 
temps est beau, « celebratz quere hèste-ennau », célébrez 
cei^e fête annuelle (i). 

En limousin on dit : « quéû counté », ce conte ; J. Foucaud, 
Fables, p. 69 ; mais, en béarnais, on prononce et Ton écrit 
toujours « aquet counte ». 

465. — On a déjà vu, n^ 202, que l'article lou, la^ le, la, 
lous^ las, les, s'emploie en béarnais comme pronom démons- 
tratif : — Lou castèt de Pau, le château de Pau, loii de 
Coarraze, le (celui) de Goarraze. Là, il tient lieu d'un nom 
qui précède ; il peut aussi remplacer un nom sous-entendu : 
— « Auditz lou qui prègue », écoutez celui qui prie. 

La praubote eslheba soun ame 
A la qui sap noustes doulous. 

V. de Bataille. 

La pauvrette éleva son âme 
Vers Celle qui sait nos douleurs. 



En catalan on dit pareillement : — « Los qui se tenen per 
contents », ceux qui se tiennent pour satisfaits ; Comed. de la Gloria 
d'amor. 



466. — Anciennement, lo, pronom neutre, signifiait cela : 
— « Tu ag ditz de tu medixs, ho los autes lo te an diit 
de mi ? » Le dis-tu de toi-même, ou les autres t'ont-ils dit 
cela de moi ? Récits d'Histoire Sainte^ t. ii, p. 128. 

467. — Suivi d'un nom de ville ou de pays, lous, a le 
sens de : les habitants, les gens; « los de Jabes », les habi- 

(1) Cf. Chabaneau, Revue des lang. rom., 1877, t. m, p. 208, 1. 25. 



— 319 — 

tants de Jabès, Récits d'Hist. Sainte; chiens d'Orthez », la 
population d'Orthez; « lous de Josbaig », les gens de Jos- 
baig; (vallée comprenant sept communes, arr. d'Oloron et 
d'Orthez). 



Même emploi de illi dans le Cartulaire de Vabb. de Sorde, acte 
de 1212, p. 102 : illi de Urdassen », les gens d'Urdaix. 

« Quand los de la villa an saubut », quand ceux de la ville ont 
su; Croisade contre les Albigeois, rédact. en prose; édit. Paul 
Meyer, i, p. 384. 

Henri rv écrivait à Mme de Gramont, 1585 : «La crainte que 
j'ai que ^ux de Saint-Sever y participassent me fait finir ». 



PRONOMS POSSESSIFS. 

468. — Lou me, lou ton, lou sou, le mien, le tien, le sien, 
la mie, la tone, la soue, la mienne, la tienne, la sienne, 
lou nouste, lou boste, lou lou, le nôtre, le vôtre, le leur, 
la nouste, la boste, la loue, la nôtre, la vôtre, la leur. — Ces 
pronoms, au pluriel sont : lous mes, lous tous, lous sous, la^ 
mies, las loues, etc. 

469. — Ces mêmes mots, on l'a déjà vu, s'emploient aussi 
comme adjectifs. Exemples : — La boste maysou qu'ey mey 
bère que la nouste, votre maison est plus belle que la nôtre; 
on peut dire : — Boste maysou, etc., votre maison, etc. ; 

Toun pay et lou sou, ton père et le sien; — tas oiilhes e 
LAS MIES, tes brebis et les miennes ; on dit aussi : — Lou 
ton pay, etc., ton père, etc., las loues oiilhes e las soues, etc., 
tes brebis et les siennes etc. 

Une femme parlant de son mari dit : lou nouste, le nôtre ; 
locution correspondante à celle qui est usitée en Provence • 
noste orne, notre homme. 



— 320 — 

470. — A nouste, a boste, a loti, signifient : chez moi, 
chez nous; chez toi, chez vous; chez lui, chez eux. Exem- 
ples : — Sa-bietz a nouste, venez chez moi, chef nous ; 
anem a boste, anem a lou, allons chez toi, chez vous, 
allons chez lui, ou chez eux. 

474. ^- De nouste, de boste, de lou, signifient : de chez 
nous, de chez moi ; de chez vous, de chez toi ; de chez lui, 
de chez eux. Exemples : — E bienin de nouste, ou de boste? 
viennent-ils de chez nous, ou de chez vous; de chez moi, 
ou de chez toi? ; sourtitz de lou, sortez de chez lui, ou de 
chez eux. 

472. — Quelques-unes de ces locutions sont très-souvent 
remplacées par celles-ci : a caze, de caze. Exemples : — 
Estatz-p'a caze, restez chez vous; entrem a caze, entrons 
chez moi, ou chez vous, selon que l'on se dirige vers la 
maison de celui qui parle, ou vers la maison de celui à qui 
l'on parle ; e bienetz de caze? venez-vous de chez moi ou de 
chez vous? Ce sont des locutions elliptiques; les adjectifs 
possessifs sont sous-entendus: e bienetz de (nouste) caze? 
venez-vous (de notre maison) de chez nous? e bienetz de 
(boste) caze? venez-vous (de votre maison) de chez vous? 
— On se trouve chez soi plus à l'aise qu'ailleurs : 



A caze, cazete, Chez moi, mon petit chez moi, 
Que-m cauhi la camete ; Je me chauffe la jambe; 

Aus autz larès, Aux autres foyers, 

Nou-m pouix cauha lous pèes. Je ne me puis chauffer les pieds. 
Prov. 

Le « proverbe commun » du xv^ siècle (voy. Le Roux de Lincy) : 
<x A l'hôtel priser, au marché vendre », ce trouve en béarnais dans 
le recueil de MM. Hatoulet et Picot : « A caze presa, mes au marcat 
bene ». Même proverbe cité par M. Mila Y Fontanals : a Compra n-a 



-^ 321 — 

casa, e vende n-a (l) feira » ; Romania, vi, p. 50; La poesîa popu- 
lar gallega. 

Dans l'idiome de Nice, « à la maison » se dit en ca, « hors de la 
maison », fuoro de ca ; F. Mistral, Dictionnaire provençal-français. 



PRONOMS RELATIFS OU CONJONCTIFS. 

473. — Pour unir la proposition qui les suit au nom ou 
au pronom auxquels ils se rapportent, nous avons en béar- 
nais les pronoms conjonctifs suivants : — Qui, qui, que, que, 
dount, dont; ils sont des deux genres et des deux nombres. 
Exemples : — Loti pastou qui biu countent, le pasteur qui 
vit content ; 

Bous QUI dens sa presou 
Sabetz estanga l'amne, encadena la bite. 

Cazalet. 

Vous qui dans sa prison 
Savez arrêter Tâme, enchaîner la vie. 

Aqueres montanhes Ces montagnes 

Qui taa hautes son. O^^i sont si hautes. 

Gaston-Phœbus. 

Care-t, care-t, rigoulet. Tais-toi, tais-toi, ruisselet, 

Peu bousquet d'Ichante Dans le bosquet d'Ichante 

Qu'enteni roussinhoulet J'entends le petit rossignol 

Doiint la boutz m'encante. Dont la voix m'enchante. 

Navarrot. 

Yoenebierye, dount l'innoucence Jeune vierge, dont l'innocence 
Près de Diu ha tant de puissence! Près de Dieu a tant de puissance. 
V. de Bafaille. 



(i) Voir ci-dessus, p. 163, en, ena, en béarnais, signifiant à le, à la : 
<( ena bile » à la ville. — « Ena mayzou det me pay » à la maison de mon 
père (parabole de Y Enfant prodigue ; Aramilz, vallée de Barétons, arr. 
d'Oloron); Etud. sur les idiomes pyrénéens, p. 284. 

21 



— 322 — 

474. — Qui remplit la fonction de complément aussi bien 
que celle de si 



475. — Le pronom gui est sujet dans les exemples qui 
précèdent; dans les suivants, il est complément ; on lit dans 
les Fors: — « Fe so qui deu », il fait ce ^?('il doit ; — (c thier 
so qui la cort judyara », tenir ce que la cour jugera ; 

La tendresse e l'amou La tendresse et l'amour 
Qui t'èy pourtatz QnE je t'ai portés 

Despourrins. 

Qu'escribouy tout so qui m'habè dit la Bertat. 

L'abbé Puyoo. 

J'écrivis tout ce que m'avait dit la Vérité. 

Les Fors offrent peu d'exemples de que employé comme 
complément : — So que ab eg fara haura valor, ce Qu'il fera 
avec lui aura valeur. Ils sont plus nombreux dans les 
Psaumes de 1583 et dans le Catéchisme d'Oloron de 1788 : 

Los arbes hautz prenin lor neuritut 
Deu medix loc, e touta la vertut 
Deus cedrès dretz que lo Liban aporta. 

Dépend de Diu, qui-\x^ planta de la sorta. 

Psaumes. 

Les arbres hauts tirent leur subsistance 
Du même lieu, et toute la force 
Des cèdres droits que le Liban porte. 
Dépend de Dieu, qui les a plantés de la sorte. 

— i( Anjou de Diu, esclaratz lou que la dibine bountat 
a sousmetut a bostes soeubs»; Ange de Diu, éclairez celui 
QUE la divine bonté a soumis à vos soins; Catéch. béarn. 

■((Qui, pronom relatif, sujet précédé de son antécédent, est employé 
concurremment avec que dans la première partie de la Chanson de 
La croisade contre les Albigeois » ; Paul Meyer. 



— 323 — 

Dans le vieux catalan, que se trouve pareillement comme sujet 
à la place de qui. 

Nulh autre no deu esser lausat, 
Mes vos tôt sol, que es Deu e Senyor. 
Cans. du xiv» s. 

Nul autre ne doit être loué. 

Mais vous seul qui êtes Dieu et Seigneur. 

Il en est de même dans les dialectes provençal, languedocien, 
limousin et gascon : 

Lou bonur, que toustèms a fugi li palai, 
Ganto souvent! fes dessus uno cabano. 
J. Roumanille, Om&. 

Le bonheur, qui toujours a fui les palais. 
Chante maintes fois sur une cabane. 

Antau se punis la soutiza Ainsi se punit la sottise 

De tout home que scandaliza De tout homme qui scandalise. 
L'ahb. Favre. 

Trouborias forço gen Vous trouveriez force gens 

Que forian coumo lou serpen. Qui feraient comme le serpent. 
J. Foucaud; Fahl. 

Une fresquo rouzado 
Que goutejo toutjour ejamay s'estaris. 

Jasmin. 

Une fraîche rosée 
Qui tombe goutte à goutte et jamais ne tarit. 

Dans l'ancienne langue française, on trouve ki fqui) au lieu de 
que complément. M. Ampère n'a vu là qu' « une confusion ». 
C'est plutôt, comme le montrent les exemples qui précèdent, le fait 
d'un usage généralement suivi dans les dialectes néo-latins. 



476. — Qui est employé pour so qui : — « Lo senhor de 
Goarrase manda a sons serbidors que aqui medixs lo raetos- 
sen aus seps, qui aixi fo feyt » ; Le seigneur de Goarraze 



— 324 — 

(ayant arrêté Pierre de Baylère), ordonna à ses gens de le 
mettre aux fers ; ce qui fut fait Immédiatement ; Un Baron 
béarn. au xw^ siècle. 

477. — Que signifie quoi, de quoi, ce que : — «No abe 
que minyar ni beber », il n avait de quoi manger ni boire; 
« ni podo entender que bolen diser », et ne put entendre 
ce qu'ils voulaient dire; Un Baron béarn. au xv" siècle. 

478. — Voici d'autres pronoms conjonctifs : — Louquoau, 
laqiioati, lequel, laquelle, lousquoaus, lasquoaus, lesquels, 
lesquelles; deuquoau , de laquoau, duquel, de laquelle, 
deusquoaus, de lasquoaus, desquels, desquelles; auquoau, 
a laquoau, auquel, à laquelle, ausquoaus, a lasquoaus, 
auxquels, auxquelles. 

— « Aqueg contre loquoau sera feyta la demande » celui 
contre lequel sera faite la demande, Fors de Béarn; « egs 
prencon Daniel e meton lo en une carce en que abe vu leoos 
ausquoaus solen donar, cada die, dus cos de homis et autes 
dus de aolhas », Ils saisirent Daniel et le jetèrent dans une 
fosse où il y avait sept lions, auxquels on donnait, chaque 
jour, deux hommes et deux brebis à dévorer; Bécifs d'Hist. 
Sainte, t. i, p. 118. 

479. — Que, précédé d'une préposition, remplaçait les 
pronoms ci-dessus; il était des deux genres et des deux 
nombres : — « Un loc en que los sembla », un lieu dans 
lequel il leur sembla; « hydries de peyre en que cabe... », 
vases de pierre dans lesquels était contenue..., Bécits d'Hist. 
Sainte; « l'ostau en que demore lo maeste d'escole », la 
maison dans laquelle demeure le maître d'école; Dén. des 
mais, de la Vie. de Béarn; « las rigors de que usabe », les 
rigueurs desquelles (xiont) il usait; Un Baron béarn. au xv^ s. 



— 325 — 

Ce pronom était ainsi employé dans d'autres dialectes : — 
« espinas am que la crèmes ^>, broussailles avec lesquelles vous la 
brûliez; Martyre de sainte Agnès, v. 1027. 



PRONOMS INTERROGATIFS. 

480. — Pour interroger^ on se sert en béarnais des pro- 
noms g«?, qui, que, quoi, qiioau, quel, quelle : 

— « Qui p'apère? qui vous appelle? Qui cercatz? qui cher- 
chez-vous? Que ditz? que d\{-\U Habetz entenut? avez-vous 
entendu? — Que? quoi? 

En montrant des fruits, des fleurs, on dit : Quoau boiiletz? 
Lequel voulez-vous?; Quoau prenetz? Laquelle prenez-vous? 

481. — Il ne faut pas confondre quoau, des deux genres, 
avec quin, quine, autrefois quinh, quinhe, quel, quelle. 

Quoau se joint à un nom pris dans un sens déterminé : — 
Quaau libe bouletz? Quel livre voulez-vous? ; on vous montre 
des livres, et l'on vous demande lequel de ces hvres vous 
voulez. 

Quin, quine, se joignent à des noms pris dans un sens 
indéterminé: — Quin libe bouletz? Quel livre voulez-vous? 
vous voulez un livre, et Ton vous demande de quelle espèce 
est le livre que vous désirez, 

Quoau est toujours interrogatif, et quin peut être excla- 
matif; pour admirer ou déprécier : — Quin libe ! quel livre ! 
quel beau livre ! quel mauvais livre î 

482. — Que, dans l'ancien béarnais, ne signifiait pas seu- 
lement que, mais encore quel, quelle, adj. interrogatif : — 
» Que cause ère? » quelle cause y avait-il? « Que homis etz 
vos autres?» Quels hommes êtes- vous? a Que noelas de la 
est? » quelles nouvelles (as-tu) de l'armée ; Réc. d'Hist, Sainte. 



— 326 — 



PRONOMS INDÉFINIS. 



483. — Ces pronoms sont : — Arré^ chose, quelque chose, 
arreSj quelqu'un, cadu, chacun, l'u, l'un, Vante, l'autre. Vu e 
Vante, l'un et l'autre, oiim, oun, on, personne, personne, 
quauqu'u, quelqu'un. 

— a Arres at saberé ? » Quelqu'un le saurait-il ? « Que 
bouleren quauqu' cfrre mey », ils voudraient quelque chose de 
plus; « per arré deu mounde », pour chose du monde. 

484. — Anciennement, on écrivait ren, ree, res, plus 
souvent que arré : — «( Si lo marit biu estant done ren a sa 
molher », si le mari de son vivant donne (quelque) chose à 
sa femme, Fors de Béarn ; « no abem ree qu'eu dem », nous 
n'avons rien à lui donner ; « no fari per res », je ne le ferais 
pour n'en ; « no vulh que morie per arre », pour rien je ne 
veux qu'il meure ; Récits d'Histoire Sainte ; — No a res que 
doni a Moss. », il n'a rien qu'il donne a Monseigneur; 
Enquête sur les serfs du Béarn. 

485. — Arré, chose, arres, quelqu'un, ne signifient rieii, 
personne, que lorsqu'ils sont employés avec la négation, ou 
lorsque, n'étant pas accompagnés de la négation, celle-ci 
est sous-entendue, comme dans ces phrases : — Qiie bouletz? 
Arré ; que voulez-vous ? Rien ; qui habetz bist ? Arres ; qui 
avez-vous vu ? Personne. Les réponses sont elliptiques : 
nou bouy pas arré, je ne veux rien ; n'èy pas bist arres, je n'ai 
vu personne. 

486. — En français, la locution adverbiale de négation, 
nepas^ ne s'emploie jamais dans les propositions où se trou- 
vent les \)i^onQms'rien, personne ; on se sert de no seulement. 

En béarnais, on emploie la négation simple nou, si ces 
pronoms sont sujets, et la locution négative nou pas, s'ils 



— 327 — 

sont compléments : — Arré nou m'agrade^ rien ne me plaît ; 
arres nou Mènera, personne ne viendra ; — nou bouij pas 
arré, je ne veux rien ; i<i'èy pas bist «rres, je n'ai vu personne ; 
mais on peut dire aussi : — Nou bouy arré ; 's'éy bist arres. 

487. — Arres est un pronom collectif : on peut mettre au 
pluriel le verbe dont il est le sujet : — Arres nou bieneran, 
personne ne viendra ; bieneran signifie viendront. S'il y a, 
dans ce cas, un adjectif qui se rapporte à arres, cet adjectif 
s'accorde en nombre av^ec lui. Ce pronom est du genre 
masculin : — Arres nou soun conntentz, personne n'est 
content. 

488. — Arré se prend substantivement dans les locutions 
suivantes : — U arré, u bèt nou arré, un rien, u juste arré, 
un presque rien (peu de chose). 

489. — Dans ces phrases, bouletz arré? voulez-vous quel- 
que chose ?, cercatz arré? cherchez-vous quelque chose ? , 
arré a le sens du primitif latin rem. 



Dans le provençal, dans le catalan, i^es, et n'en, en français, ont cette 
môme signification de chose, objet : 

Doussa res, que qu'om vos dia, 

No cre 

Bertrand de Lamanon. 

Doux objet, quoi qu'çn vous diey 
Ne croyez pas 

Lacomptessasabia que ell la amaua mes que res del mun ; — La 
comtesse savait qu'il l'aimait plus que chose du mande ; Ram. Mun- 
taner, Chron. 

Vous m'aimez trop pour vouloir rien 
Qui me pust causer de la honte. , 
La Fontaine. 



— 328 — 

490. — Oiini, oun, on, du latin Jiomo^ s'écrivait presque 
toujours autrefois, om; c'était plus conforme à l'étymologie ; 
on trouve même hom dans les Fors. Il est toujours .swje^; 
mais on le supprime souvent, et, dans ce cas, le verbe se 
met à la troisième personne du pluriel (construction latine); 

Aquiu TROBEN air pur, bonne aygue, bère biste. 

E. Vignancour. 
Là, on TROUVE air pur, eau limpide, belle vue. 

Voum se met pour oum •' — L'homi a qui l'oum hè deii bee, 
l'homme à qui l'on fait du bien. 

491. — Les adjectifs indéfinis augun, cascnn, degun, mantu 
nat^ negun^ nuUi, tau, tout, sont employés comme pronoms 
indéfinis, lorsqu'ils ne sont pas joints à un nom. Exemples : 
Aîigims disèn, quelques-uns disaient ; on emploie aussi en 
français aucun dans ce sens-là : Aucuns ont d't. 

« Qui vol examinar testimonis, los deu examinar cascnn 
per si » ; Celui qui veut examiner témoins, le doit faire chacun 
en particulier ; Fors de Béarn. — Au lieu de cascun, cascune, 
on dit aujourd'hui cadu, caduc. 

— « Deguns que hiquen lur deboutiou dens lous libes », 
quelques-uns mettent leur dévotion dans les livres ; — 
« mantus que m'han hère a la bouque, e chic au coo j), 
plusieurs m'ont souvent à la bouche^ et peu dans le cœur ; 
Imit. de J.-C, m, ch. 4. 



Negun^ nul, ne s'écrit plus que negii. Le pronom negun était 
employé dans le vieux français : 

Qui sert commun , 
Il ne sert negun ; 

Provei'be que Molière a rappelé dans ce vers du Misanthroiie : 

L'ami du genre humain n'est pas du tout mon fait. 



— 329 — 

H. Estienne dit que « negun est des Espagnols ». Pourquoi aller 
chercher au delà des Pyrénées ce qui se trouvait en deçà ? 
L'espagnol se sert de ninguno, et le béarnais, de negun ; l'un et 
l'autre viennent du latin nec unus. — Gomme nous l'avons déjà 
indiqué, le bas-breton a necun. 



492. — Avec mantu. pronom collectif, le verbe se met au 
singulier ou au pluriel : 

Deya que t'ayme mantu. m. à m. : Déjà maint t'aime. 

Peyret. 

— a Mantu s'aplegaran doumaa », p?Mste?ir.s se retireront 
demain. Dans ce cas, mantu est du genre masculin ; pour 
le féminin on doit mettre mantues. 

493. — De l'adjectif chic (1) et de l'adverbe hère viennent les 
pronoms indétinis chicx^ hères : — « Chicx tribalhem a mouri 
en tout a si-medixs », peu d'hommes s'appliquent a mourir 
parfaitement à eux-mêmes ; Imit. deJ.-C, m, ch.53; ^i Hères 
que soun sourdz y durs a la mie boutz », Plusieurs sont 
sourds et résistent à ma voix, m, ch. 3. 



LE VERBE 



t. — Il y a en béarnais deux verbes auxiliaires, es- 
ser, être, habe, avoir, et trois conjugaisons, que l'on distin- 
gue, comme en français, par la terminaison du présent de 
l'infinitif : a pour la première, e pour la deuxième, i pour la 
troisième; en lat. are, ère, ire. 

Les temps et les modes dans nos verbes sont les mêmes 
que dans la conjugaison française. 

(1) Voy. ci-dessus, p. 97, 1. 13, 20, le moi chic, adjectif et adverbe. 



— 330 — 

La différence des personnes est exprimée, comme dans 
le latin, par des désinences particulières : aussi ne place-t- 
on pas ordinairement devant le verbe le pronom personnel 
sujet : Qu'aijmi, qu'ayniES, qu'ayniE, j'aime, tu aimes, il 
aime, au lieu de you aimi, tu aymes, et ayme. 



En français, la différence des personnes étant dans les termi- 
naisons verbales presque insensible pour l'oreille, surtout aux 
trois personnes du singulier, il a fallu mettre devant le verbe le 
pronom personnel. On pourrait s'en passer au pluriel ; mais cette 
addition, consacrée dans la pratique pour le singulier, a passé aux 
autres formes ; — Egger, Notions élément, de grammaiy^e comparée. 



495. — Les pronoms sujets ne sont exprimés dans notre 
idiome que lorsqu'il y a une particularité, une opposition à 
faire ressortir : 

— <i. Ed lor sera fideu senhor. . . Egs debin jurar a luy 
que-u seran fidels », Lui leur sera fidèle seigneur.... Eux 
doivent jurer qu'ils lui seront fidèles; Fors de Béarn. 

— « Nous vous habem escriut de nous far haber et tre- 
meter sieys marros et dus caas,... a que vous ne vous etz 
encoere sociatz d'obedir», iVows vous avons écrit de nous 
faire avoir et remettre deux chiens... : à quoi vous n'avez 
eu encore souci d'obéir ; Henri iv. Lettre aux jurais d'Ossau; 
ci-dessus, p. 125-26. 

PARTICULARITÉ DE LA CONJUGAISON BÉARNAISE. 

496. — La conjugaison béarnaise et la conjugaison gas- 
cone ont ceci de particulier : le mot que précède le verbe à 
toutes les personnes dans tous les temps : que souy, je suis, 
que seran ^ ils seront, que pourtabiy je portais, que troubetz^ 
vous trouvâtes. 



— 331 — 

On raconte qu'un évéque de Bayonne, Mgr d'Astros, s'exerçant à 
parler notre idiome afin de pouvoir prêcher ses ouailles du Béarn 
en leur langage, disait au sujet de la fréquente répétition de ce que : 
lou hearnes qiœ quequeye^ le béarnais quéquéquette. 



497. — Il est difficile d'expliquer l'emploi de ce mono- 
syllabe dans notre conjugaison. On a prétendu, et, dans les 
Fables en bers gascouns, Bayonne, 1776, p. 281, on peut lire 
que le mot qne devant les personnes de nos verbes tenait la 
place des pronoms sujets. Rien de plus inexact. Gomment 
que peut-il, sans changer de forme, tenir lieu de you, tu, 
et, nous^ bons, etz ; et puis, ne le trouve-t-on pas devant 
le verbe, même lorsque le sujet, nom ou pronom, est 
exprimé ! 

Goutét nau que talhe. Couteau neuf taille. 

Prov. 

Mey pourtant Ions Aspees, en courrent a l'armade, 
QuE-s brournben de toun pay y de sa triple espade. 

Navarrot. 

Cependant les Aspois, en courant à l'armée. 
Se souvinrent de ton père et de sa triple épée. 

Pastouroulete, 
Aqueste herbete, 
Sa-bi ha pèxe a touns moutons. 
— Etz Qu'en han aci ; goarde-la-t entaus tous. 

Bitaubé. 

Pastourelle, 
Cette herbette. 
Viens faire paître à tes moutons. 
— Ils en ont ici ; garde-la pour les tiens. 

Dans les deux premiers exemples, les verbes talhe, taille, 
brournben, se souvinrent, ont pour sujets coutèt et lous 



— 332 — 

Aspees; dans le troisième, etz est le sujet de han, ont, et 
cependant ces trois verbes sont précédés de que. 

498. — Depuis qu'a été publiée la 1'"'^ édition de notre 
Grammaire béarnaise^ où il avait été dit que cette particule 
ne figurait point devant les verbes dans l'ancien béarnais, 
nous avons pu nous assurer qu'il y avait des exemples de 
l'emploi du que explétif dans plusieurs textes. Nous avons 
constaté le fait dans les Récits d'Histoire Sainte ; voy. t. ii, 
Glossaire, p. 364. 

— « Que s'en debin fidar en lor «, on doit se fier en eux ; 
« que deu reder lo tort au clamant «, il doit réparer le tort 
au plaignant ; Fors de Béarn, p. 172, 206. 

— « Que-t conexi per nom », je te connais par ton nom; 
« que no vulh que morie », je ne veux pas qu'il meure; 
Récits d'Hist. Sainte, t. i, p. 6, 80. 

— « Perarnaut que s'en es exit de fostau », Pierre 
Arnaud s'en est allé de la maison (1387) ; Enquête sur les 
serfs du Béarn, p. 37. 



En voici deux exemples tirés d'un texte catalan : — « Quant 
Ihesucrist fo a la casa del princep e viu les gents qui hy eren moites, 
dix les : Exits defora, que no es morta la infanta, que ans dorm », 
quand J.-G. fut à la maison du chef de la synagogue (Jaïre), il dit 
aux gens qui se trouvaient là en grand nombre : Sortez, l'enfant 
n'est point morte, mais elle dort ; Genesi de Scriptiira, édit. 
V. Amer, p. 176. 



L'emploi de ce que, en béarnais, était autrefois bien moins 
fréquent qu'il ne l'a été depuis la fin du xvii« siècle. 

499. — Si, dans une phrase, il y a deux ou plusieurs 
propositions, les principales seules ont le verbe précédé de 
que ; les propositions subordonnées ne l'ont jamais : — « Que 



— 333 — 

boulé sabe si èren partitz, e que demanda oun èren », il 
voulait savoir s'ils étaient partis, et il demanda où ils étaient. 

500. — Dans les propositions affirmatives, au lieu de que, 
on peut aussi employer bee, par élision 6* : 

Dab sa troumpete, adès la renoumade 
B'apera Bordeu loenh de Pau. 

Cazalet. 

Avec sa trompette, naguère la renommée 
Appela Bordeu loin de Pau. 

B'apera signifie appela bien. L'auteur aurait pu mettre QU'rt- 
pera^ ou tout simplement apera. On voit une fois de plus que 
ni f/we, ni bee, ne sont nécessaires. Cependant bee s'explique; 
il est analogue au mot français bien dans cette locution : — 
Oui bien. 

501. — Il ne faut pas confondre que explétif avec que, con- 
jonction, précédant le verbe au subjonctif, à l'indicatif même 
dans les propositions subordonnées : 

Mes sie que guinhetz ou lous mountz ou la plane. 

E. Vignancour. 

Mais soit que vous regardiez les monts ou la plaine. 

La troumpete guerrière 
QxCo'xx'è ditz QUE l'enemic ha passât la frountière. 

Navarrot. 

La trompette guerrière 
Leur dit que l'ennemi a passé la frontière. 

On peut toujours supprimer le que lorsqu'il est explétif : 

La troumpete guerrière 
Oiis ditz que l'enemic ha passât la frountière. 

502. — Que interrogatif se distingue aussi parfaitement 



— 334 — 

de la particule explétive : par la ponctuation, lorsqu'on écrit, 
par le ton, lorsque l'on parle : — Que boidetz ? Que voulez- 
vous ? Que bouletz parla, vous voulez parler. 



ATevtissemeiit. 

503. — Que précède le verbe à toutes les personnes des 
temps de V indicatif, du conditionnel et du subjonctif ', 

Il n'est nécessaire qu'à ce dernier mode ; — partout 
ailleurs on pourrait le supprimer ; 

Nous ne surchargerons pas ici nos conjugaisons de ce mot 
très-usité, mais inutile. Nous disons, une fois pour toutes, 
qu'on doit conjuguer nos verbes en faisant précéder chaque 
personne de la particule que, aux temps Aq Vindicatif, du 
conditionnel et du subjonctif. 

504. — Nous indiquons, en tête de chaque conjugaison, 
comment il faut prononcer les diverses terminaisons des 
verbes. Ces règles ne se trouvent point dans la première 
partie de la Grammaire (Orthographe et prononciation) ; elles 
ne pouvaient être données qu'avec les conjugaisons elles- 
mêmes. 



RÈGLES APPLICABLES A TOUTES LES CONJUGAISONS. 

505. — e est ouvert à la première personne du singuher 
du futur. 

506. — i a le son aigu, qui lui est propre, à la première 
personne du singulier du présent du conditionnel. 

507. — e est fermé à toutes les autres personnes de ce 
temps. 



— 335 — 

VERBES AUXILIAIRES. 

1. Esser, este, esta^ Etre. 

508. — c( No pot esser negat lo damn au senhor », le dom- 
mage ne peut être nié au seigneur; Fors de Béarn ; « volem 
^sser segond las autes gentz de la terra », nous voulons êti^e 
comme les autres nations de la terre ; Récits d'Hist. Sainte. 
Aujourd'hui, esser n'est plus usité. — On dit quelquefois este : 

Pren-lou per so qui pot este ; 
Nou hè mau, si nou hè bee. 

Bonnecase. 

Prends-le (mon conseil) pour ce qu'il peut être ; 
Il ne fait pas du mal, s'il ne fait pas du bien. 

Este est gascon. — Actuellement, au présent de l'infinitif, 
le verbe substantif n'a d'autre forme que esta, d'où lui vien- 
nent plusieurs de ses autres temps. 



Prononciation des terminaisons. 



509. — ^ se prononce comme un o doux : — i° dans les 
terminaisons de l'imparfait de l'indicatif et du subjonctif; — 
2° à la seconde personne du singulier de l'impératif ; — 
3* à la seconde et à la troisième personne du singulier du 
présent du subjonctif ; — 4" à la troisième personne du 
pluriel de ce dernier temps. 

510. — i se fait peu sentir dans la prononciation, à la 
première personne du singulier de l'imparfait de l'indicatif, 
du présent et de l'imparfait du subjonctif. 







— 336 — 








INDICATIF 




CONDITIONNEL 


Présent 


Imparfait 


Passé défini 


Futur 


Présent 


Je suis 


J'étais 


Je fus 


Je serai 


Je serais 


Sony 


Èri 


Estouy 


Serey 


Seri 


Es 


Ères 


Estons 


Seras 


Seres 


Ey 


Ère 


Estou 


Sera 


Sere 


Èm 


Èrem 


Estoum 


Seram 


Serem 


Ètz 


Èretz 


Estoutz 


Seratz 


Seretz 


Soun 


Èreii 


Estoun 


Seran 


Seren 


IMPÉRATIF 


SUBJ 


ONCTIF 

Imparfait 


INFINITIF 

Présent 


PARTICIPE 




Présent 


Présent 


Sois 


Que je sois 


Que je fusse 


Etre 


Etant 




Que sii 


Qu'estoussi 


Esta 


Estant 


Sies 


Que sies 


Qu'estousses 




Passé 




Que sie 


QiCestousse 




Eté 


Siam 


Que siam 


Qu'estoussem 






Siatz 


Que siatz 


QiC estoussetz 




Estât 




Que sien 


Qu'estoussen 




Estade 



511. — Tels sont les temps simples de ce verbe. Quant 
aux temps composés^ nous ne donnerons que la première 
personne de chacun d'eux. Ils se forment tous du. participe 
passéy en y joigantles temps du verbe auxiliaire. 

512. — En français, le verbe êtTe a pour auxiliaire le verbe 
avoir ; en béarnais, comme en provençal, esta, être, se sert 
d'auxiliaire h lui-même : — « Lous homis soun estatz 
troumpatz », les hommes sont été (ont été) trompés. 



Li bourrèu soun esta 
Toustèms sènso pieta. 
J. Roumanilie. 



Les bourreaux sont été (ont été) 
Toujours sans pitié. 



— 337 — 

— Souy estât signifie, mot à mot, je suis été, qui a été conjugué 
de même en français : 

Brantôme écrivait : — a Les Italiens sont estez les premiers 
fondateurs de ces combats et de leurs poinctilles, et en ont très-bien 
sceu les théoricques et practiques » ; Larivey, Com. des Jaloux : 
— « Jamais je n'eusse mis le pied où ^ovl^ fussiez esté)) ; Henri iv, 
Lettres miss., iv, p. 764 : — « Je suis été poussé de venir ici par 
vos longueurs, vos opiniastretés et vos désobéissances. » 



513. — Notre participe passé eslat est variable : — Sony 
estât, j'ai été ; le sujet est du masculin ; au féminin, on dit 
soîiy estade. 

— a Que lo Bic adobi la maie feyte, atant com sera estade 
presade » ; que le Vie (division territoriale) répare le dom- 
mage ainsi quil aura été estimé ; littéralement : — que le 
Vie répare la mauvaise action, autant comme elle sera été 
estimée ; Fors de Béarn. 

514. — On trouve des exemples oii le verbe substantif est 
précédé de l'auxiliaire habe, avoir : — « lo praube notari ha 
estât abscent » le pauvre notaire a été absent, Un Baron 
béarn. ; et, dans les Fors de Béarn : « agos estât j>, qu'il eût 
été. — Pareil fait se produit en provençal et en catalan. 

515. — Voici la première personne de chaque temps 
composé de notre verbe substantif : 

Indicatif : — Passé indéfmi, souy estât, j'ai été ; — Passé 
antérieur, estouy estât, j'eus été ; — Plus-que-parfait, 
èri estât, j'avais été ; — Futur antérieur, serey estât, 
j'aurai été ; 

Conditionnel : — ■ Passé, seri estât, j'aurais été ; 

Subjonctif : — Passé,, qtw sii estât, que j'aie été ; Plus-que- 
parfait ; qu'estoussi estât, que j'eusse été ; 

Infinitif: — Passé, esta estât, avoir été ; 

Participe : — Passé, estant estât, ayant été. 

22 



— 338 - 
Remarques sur le verbe substantif. 

516. — Dans nos anciens textes, on trouve so, suy, soy, je 
suis ; souy nous est venu de ces deux formes, dans lesquelles 
Vu et Vo se prononçaient généralement ou ; on entend dire 
quelquefois soy, et, plus rarement encore, suy. 

Au lieu de ey, il est, on disait es,e, usités aujourd'hui dans 
quelques cantons : — « Aoun e etto hilh? » Où est ton fils? 
dit-on dans la vallée d'Aspe. 

Aco nVs que bouta lou temps en baganau. 

Sonn. I. G. 

Gela n'est qu'employer le temps en vain. 

Ce qui distingue cette troisième personne de la seconde, 
c'est qu'elle est sans accent; l'e en est fermé; celui de la 
seconde personne es, tu es, porte un accent grave. 

La première personne du pluriel, présent indicatif, èm, 
nous sommes, ne vient pas, comme on l'a prétendu, du 
verbe substantif grec. C'est une contraction du latin, esiimus, 
forme primitive de sumus, nous sommes. 



M. Léonce Couture, dans la Revue d'Aquitaine, m, p. 330, dit 
que esumus est une forme fictive pour sumus. 

Nous l'avons trouvée dans Vllistoire de la formation de la 
lang. fr., par M. J. J. Ampère ; elle y est accompagnée de cette 
note : « L'ancien latin esumus a pu persister dans l'usage vulgaire, 
tandis que lidiome littéraire adoptait sumtis. » 



Soum, qui est en gascon la première personne du pluriel 
du présent de l'indicatif, se rencontre quelquefois dans 
le béarnais : — « Tau pensade que-ns coumbié, quoand 
soiwi tristes, tau aute quoand èm countentz dens lou 
Senhou », Telle pensée nous plaît, quand nous sommes 



— 339 — 

tristes, et telle autre, quand nous sommes dans les joies de 
Dieu ; Imit. de J.-C. 

L'imparfait de l'indicatif, tout entier, est latin : -- m, 
ères, ère, j'étais, tu étais, il était, eram, eras, erat ; Va du 
primitif se trouve dans l'ancien béarnais : —Si aiigunEKK en 
sa terre, si quelque homme était en sa terre ; Fors de Béarn. 

Au passé défini, houy, je fus, s'emploie à la place de 
estouy : c'est le fui des Latins. Nous ne reconstruisons pas 
ce temps tout entier, parce que nous n'en avons pas retrouvé 
toutes les personnes : — houy, je fus, hous, tu fus, hou^ 
il fut ; Fondeville s'est servi de hiim, nous fûmes ; lioiin, ils 
furent ; ancien béarnais, /b, fon^ fut, furent. 

On dit aussi, en prononçant comme un e fermé, Ve de la 
terminaison : . 

Estey, estes, este, estem, estetz, esten. 

Je fus, tu fus, il fut, nous fûmes, vous fûtes, ils furent. 

Ce verbe a donc trois formes au passé défini : — Estouy, 
— houy, — estey, je fus, qui viennent de este, esser, esta. • 

Du passé défini se forme l'imparfait du subjonctif; aussi 
avons-nous, pour ce dernier temps : — Qiiestoussi, — que 
houssi, — qiCestessi, que je fusse. Les désinences sont les 
mêmes ; nous avons dit comment se prononcent celles de 
estoiissi ; celles de hdiissi et d'estessi se prononcent de la 
même manière. — Que houssetz ; ancien béarnais fossetz, 
que vous fussiez. Récits d'Histoire Sainte. 

Fondeville a employé houren, seraient, à la troisième per- 
sonne du pluriel du conditionnel présent (ancien béarnais 
foren ; lat. forent) : 

D'autes ne houren mourtz de doulous y de hounte. 
D'autres en seraient morts de douleur et de honte. 

Cette forme houren est la troisième personne du pluriel 
du présent conditionnel /^om, je serais, employé aujourd'hui 



— 340 - 

moins fréquemment que esloiirij estoures, estoitre^ etc., ou 
ester l, esteres, estero, etc., je serais, tu serais, il serait, etc. 

Esser, être, se prononçait esse; voy. n° 149. Il a été 
employé substantivement, au sens de existence, vie : 

Affii qu'ac hasatz entene Afin que vous le fassiez entendre 
Aus qui debin esse prene. A ceux qui doivent Vêire prendre; 

Ps. XLVlil. 

(( Aux générations à venir », comme l'a indiqué M. l'abbé 
Bidache dans une réimpression de plusieurs des Psaumes 
traduits en béarnais par Arnaud de Salettes. 

517. — Esta, lorsqu'il ne sert pas d'auxiliaire, signifie 
rester, demeurer, se tenir : — Estatz-p'aci, restez ici ; «Este 
aqui Moysen lx dies », Moïse demeura là quarante jours; 
Récits d'Hlst. Sainte. Il suit le verbe lexa, laisser, dans des 
locutions comme celle ci : lèxe-m esta, laisse-moi en repos; 
David répond à Saûl (jui le dissuadait de se battre avec 
Goliath : Lexe tu estar, laisse-moi tranquille (laisse-moi 
faire). Il a aussi le sens de « se retenir, s'empêcher » : — 
a Nou-s poden esta de ploura », ne peuvent s'empêcher de 
pleurer; «que cridi, que suppliqui, nou m'en poudz pas 
esta », je crie, je supphe, je ne me puis retenir; Imit. de 
J.'C, IV, ch. 14, m, ch. 59 (1). 

La dénomination suivante sert proverbialement à désigner 
une maison dont les gens sont laborieux : A nou s'esta, la 
maison « à ne pas s'arrêter», dans le sens de : où l'on est 
très-actif, où l'on travaille sans cesse ; Proverbes du Pays de 
Béarn, p. 69. 

2. Hahe, Avoir. 

518. — La consonne h est muette. On a vu, n» 180, que 

(1) Cf. Ch. Croisade contre les Aibigrois ; édit. Pan! Meyer, t. i, Voca- 
bulaii'c, p. 412, au mot estar. — fJaiis le fexle cuUilun de Gmesi de 
Scriptura, édit. V. Amer, p. 172 : « loxe estar ». 



— 34 1 — 

Yh est muette dans les mots béarnais qui proviennent de 
primitifs latins où cette consonne est aspirée. 

Prononciation des terminaisons. 

519. — e non accentué est fermé au présent de l'infini^ 
tif et de l'indicatif : — habe, avoir, habem, habetz, nous 
avons, vous avez; prononcez : habé^ habém, liabélz. 

520. — / sonne fort à l'imparfait de l'indicatif. 

524. — ^ a le son d'un o doux à l'impéralif et au présent 
du subjonctif. 

522. — i est peu sensible à la première personne du 
présent et de l'imparfait du subjonctif; — Ve des autres 
terminaisons de ce dernier temps se prononce comme un o 
doux. 





INDICATIF 


I^utur 


CONDITIONNEL 


Présent 


Imparfait 


Passé défini 


P résent 


J'ai 


J'avais 


J'eus 


J'aurai 


J'aurais 


Èy 


Habi 


Habony 


Haberey 


Haberi 


Has 


Habès 


Habous 


Haberas 


Haberes 


Ha 


Habè 


Habou 


Habera 


Habere 


Hahem 


Habèm 


Ha boum 


Haberam 


Haberem 


Hahetz 


Habèlz 


Haboutz 


Haberatz 


Haberetz 


Hem 


Habèn 


Haboun 


Haberan 


Haberen 


IMPÉRATIF 


SUBJONCTIF 


INFINITIF 

Présent 


PARTICIPE 




Présent 


Imparfait 


Présent 


Aie 


Que j'aie 


Que j'eusse Avoir 


Ayant 




Quhayi 


Qtiliaboiissi Habe 


Habent 


Hayes 


Qidhayes 


Quliaboiisses 





342 — 





Qu'haye 


Qii'habousse 


Passé. 


Hayam 


Qiihayam 


Qu'haboussem 


Eu, Eue 


Hayatz 


Qu'hayatz 


QiChahoiissetz 


Habut 




Qu'hayen 


Quliaboussen 


Habiide 



523. — Habe, comme avoir en français, se sert d'auxi- 
liaire à lui-même. Les temps composés de ce verbe sont : 

Indicatif : — Passé indéfini, èy fiabut, j'ai eu; — Passé 
antérieur, haboiiy habut, j'eus eu ; — Plus-que-parfait, habi 
habut, j'avais eu ; — Futur antérieur, haberey habut, j'aurai 
eu; 

Conditionnel : — Passé, haberi habut, j'aurais eu; 
Subjonctif: — Passé, qu'hayi habut, que j'aie eu; Plus- 
que-parfait, qu'haboussi habîit, que j'eussse eu ; 

Infinitif: — Passé, habe habut, a^yoîv eu; 
Participe : — Passé, habent habut, ayant eu. 



Remarques sur le verbe Habe, Avoir. 

524. — Ce verbe, dans les Fors de Béarnei dans plusieurs 
autres textes anciens, est écrit tantôt avec h et tantôt sans 
h. Cette consonne se trouvant dans le primitif latin habere, 
nous avons cru devoir la conserver dans le dérivé béarnais. 
La première personne du singulier du présent de l'indicatif 
est la seule qui ne l'ait pas. Nous ne la lui avons pas donnée, 
parce que cette personne, èy, est tout à fait irrégulière ; elle 
devrait avoir cette forme : — Hay, j'ai. — Dans les Récils 
d'Histoire Sainte : he, e, ey ; en portugais, on écrit hei. 

— L'accent grave que l'on met, sur èy, j'ai, empêche de 
confondre ce mot avec ey, il est. 

Le traducteur deVImitaiion deJ.-C.^ emploie la forme aiy: 
— « Qu'aiy soubent audit qu'ère mens riscous de recebe 



— 343 — 

counselh que d'en da »; J'ai souvent ouï dire qu'il y a moins 
de risque à recevoir des conseils qu'à en donner, i, ch. 9. 



En provençal, on se sert de ai ; F. Mistral, dans Mirèio : 

Sabès qu'ai un drôle : jusqu'aro, 
D'une sagesso mai que raro.. 

Vous savez que j'ai un fils : jusqu'à cette heure, 
D'une sagesse plus que rare.... 

L'auteur du poème catalan la Gloria cVamor orthographiait ce 
verbe, à tous les temps, avec la consonne étymologique h : 

. . . d'amor han hagut Ilur compliment. 
. . . d'amour ils ont eu satisfaction. 

Rabelais écrivait toujours has^ ha^ tu as, il a ; H. Estienne aussi : 
— « Qui n'/m santé, il n'/ia rien ; qui ha santé, il ha tout »; 
Préc. du lang. fr. 



A l'imparfait de l'indicatif, quelques-uns disent encore • 
— Habèbi, habèbes, habèbe, habèbem^ habèbetz, habèben, j'avais, 
tu avais, etc., etc.; prononcez Ve des désinences comme un 
doux. C'est l'imparfait latin habebam, habebas, etc. 

Si l'on supprime le b des terminaisons, et que l'on con- 
tracte les deux voyelles rapprochées, en a l'imparfait qui 
est indiqué plus haut : — Habi, habès, habè, etc. Aussi, dans 
ces formes, f, es, è, sonnent fortement ; par l'effet delà con- 
traction, l'accent a passé de la pénultième à la dernière 
syllabe. 



Aujourd'hui, dans les Il.-Pyr. et le Gers, on emploie la forme pri- 
mitive qui se prononce autrement que c^iez nous. Au lieu de habèbi, 
on dit. haouèM., j'avais, qu'il faut écrire hanèhi\ Gers : hauevi. 

En patois wallon des environs de Malmedy, on dit : — Oun 
homme avcve deux fils. 



— 344 — 

Ainsi, au latin hahehat correspondent : en béarnais hahèhe^ en 
gascon des Haut-Pyr. (Tarbes) hauèbe, en patois wallon avéve. — 
Il faut rappeler aussi l'italien aveva, j'avais. 

Au futur et au présent du conditionnel, haberey^ haheri, 
on supprime souvent la voyelle qui précède rey, ri; — 
le radical hab se change alors en hau. (On a vu, n" 73, 
que, de la syllabe ab du latin, le béarnais faisait cm). Nous 
avons donc pour le futur, haurey, hauras, haura, etc., j'aurai, 
tu auras, il aura, etc., et pour le conditionnel, /lam, haures, 
haiirej etc., j'aurais, tu aurais, il aurait, etc. 

Au présent du conditionnel, au lieu de haberi, haberes, 
habere, etc.^ dernière syllabe accentuée, on dit habouri, 
haboures, haboure, etc. , où la pénultième a l'accent; 
(anc. béarn. agore, agoren^ il aurait, ils auraient). 

Au passé défmi, haboiiy, haboiis, on dit aussi hagoiiy, 
j'eus, hagoiis, hagou, tu eus, il eut; anc. ago, agon, il eut, 
ils eurent; de là, l'imparfait du subjonctif haboiissi ou 
hagoussi (anc. agossi), usité aujourd'hui dans plusieurs loca- 
lités. De ces deux formes, par la suppression du & ou du ^ et 
par la contraction de ha ou en ou, on a la forme contracte 
hoîissij housses, etc. Fondeville l'emploie très-souvent : 

Seri fort hurous, 
Que Vhoussi bèt tros loenh, hore deus embirous. 

Je serais fort heureux, 
Que je Veusse (de l'avoir) bien loin, hors des environs. 

On voit fréquemment aussi dans le ms. de ses Eglogues, 
ut pour habiit (participe passé français eu), et ouijourhabou, 
il eut ; ut pour hiU, ou pour hou : 

. . . houssen ut (1) lous mâcheras eslatz. 
... ils eussent eu les joues enflées, 

(1) Fondeville dans ses É'^/.écrivait toujours eut i\ii lieu du ut et deus ou 
deux au lieu de dus, ad.j. numéral « deux». C'était appliquer à Vccrïiiire 
du béarnais l'orlliojjrapiie du français de son temps. On écrivait alors en 



~ 345 - 

Mes quoand ed ou sabut per souns secretz amicxs. 
Mais quand il eut su par ses amis cachés. 

Au participe passé, au lieu de hahut, habude, on dit aussi 
hagut, hagiide. 

Il y a, en béarnais, d'autres exemples de g ainsi substitué 
h.b: — degiit pour début, dû, menlagut p. mentabut, men- 
tionné, plagut pour j)labut de plabe, pleuvoir ; — de maber^ 
mouvoir, on a, dans les Récits d'Hist. Sainte, t. ii, p. 28 : 
magon se, ils partirent. 

Agu est le participe passé provençal : — « Dirien qu'as 
agu pou ». — Le limousin emploie gii. 

Dans le centre de la France, Glossaire du comte Jaubert, 
on dit ymigusse augu, j'aurais eu ; c'est presque notre hagoussi 
hagut. Le patois du Haut-Maine a gu participe passé du 
verbe avoir : « Je n'ai rien gu » ; Vocabulaire du Haut-Maine, 



PREMIÈRE CONJUGAISON. 



Ayma, Aimer. 

525. — Les verbes de la première conjugaison ont le 
présent de l'infinitif terminé en a (1). 

français : « je l'ai creu » pour «je Vai cru»; mais, eut et deuxne sauraient 
jamnis notei^ le son qu'ont eu de tout temps en béarnais les mots u( et 
dus. — Fondeviile se piéoccnpait fort peu de 7ioter les sons par l'écriture; 
pour n'en citer qu'un autre exemple, il fait rimer cène, la cèiic^ cl petjne, 
peine ; eij, en béarnais, ne s'est jamais prononcé è. 

(1) Anciennement or ; voy. ci-dessus n» 149. — M. Lucliaire a constaté 
aussi l'absence de l'r étymologique après l'infinilif dans un acie original 
de 1270 : descargao, décharger ; Etud. ^wr les idiomes pyrénéeyis, p. 234. 
— Descargaa, au lieu de descargnr, exemple fort rare de ce dont Arnaud 
de Salettcs, d;ins les Psaumes, s'était fait une règle invariable, comme 
nous l'avons ÙW, p. 85 : doublement de la voyelle finale des infinitifs d'oij 
l'r était disparue. Ajoutons qu'après lui l'auteur du sonnet I. G. {Histoire 
d'Olhagar.an) et Fondeviile, Egl. ms., ont écrit servii, servit', parlaa, 
parler, nbaïaa, avaler. Mais ce qui e^^t de lègle dans les Psaumes d'Arnauq 
de Salettes n'est ailleurs qu'une raie exception. 



— 346 — 



Prononciation des terminaisons. 



526. — i final se fait peu sentir dans la prononciation de 
la première personne du présent et de l'imparfait de l'indi- 
catit et du subjonctif. 



527. 



e se prononce comme un o doux : — 1° à la 



seconde et à la troisième personne du singulier, à la troi- 
sième du pluriel du présent de l'indicatif ; 2-' A l'imparfait 
de l'indicatif et du subjonctif ; 3» A la seconde personne du 
singulier de l'impératif. 

528. — e est doucement fermé h la seconde et à la trosième 
personne du singulier, à la troisième personne du pluriel du 
présent du subjonctif. 

529. — Partout ailleurs e non accentué se prononce com- 
me un e fermé français. 





INDICATIF 




CONDITIONNEL 


Présent 


Imparfait. 


Passé défini 


Futur 


Présent 


J'aime 


J'aimais 


J'aimai 


J'aimerai 


J'aimerais 


Aymi 


Aijmabi 


Aymey 


Aymarey 


Aimari 


Aymes 


Aymabes 


Aymas 


Aymar an 


Aymares 


Aymé 


Aijmabe 


Ayma 


Aymara 


Aymare 


Aymam 


Aymabem 


Aymem 


Aymar am 


Aymarem 


Aymatz 


Aymabetz 


Aymetz 


Aymar atz 


Aymaretz 


Aymen 


Aym,aben 


Ayman 


Aymarari 


Aymaren 


IMPÉRATIF 


SUBJONCTIF 


INFINITIF 

Présent 


PARTICIPE 




Présent 


Imparfait 


Présent 


Aime 


Que j'aime 


Que j'aimasse Aimer 


Aimant 




Qu'aymi 


QiCaymassi 


Ayma 


Aymant 


Aymé 


Qu' aymes 


Qu'aymasses 









— 347 — 


Passé 


Qu'ayme 


Qu'aymasse 


Aimé 


Qu'aymem 


Quaymassem 


Aimée 


Qu'aymetz 


Qu'aymassetz 


Aymat 


Qii'aymen 


QiCaymassen 


Aymade 



Aymat 



530. — Indicatif: Passé indéfini, èy aymat, j'ai aimé ; — 
Passé antérieur, habouy aymat, j'eus aimé ; — Plus-que- 
parfait, habi aymat, j'avais aimé; — Futur antérieur, haberey 
aymat, j'aurai aimé. 

Conditionnel : — Passé, haberi aymat, j'aurais aimé ; 

Subjonctif : — Passé, qu'hayi aymat, que j'aie aimé ; — 
Plus-que-parfait, qiChabonssi aymat, qne j'eusse aimé ; 

Infinitif : — Passé, habe aymat, avoir aimé ; 

Participe : — Passé, habeîit aymat, ayant aimé. 



Remarques sur les verbes de la première conjugaison. 

531. — Au lieu du passé défmi, tel que nous l'avons 
donné, on emploie aussi les formes suivantes : 

1» Aymey, aym,es, ayme, aymem, aymetz, aymen ; Ve est 
fermé dans toutes ces terminaisons ; 

2» Aymèy, aymès, aymè, aymèm, aymètz, aymèn ; Ve est 
ouvert. 

— De là, trois formes pour l'imparfait du subjonctif : 
1® qiCaymasù, rjuaymasses, etc ; 2« qu'aymessi, qu'aymesses, 
etc ; 30 qiCaijmèssi, qiCaymèsses, etc. 

532. — A la première personne du singulier du passé 
défmi, ey est aussi e (l'armé), aperé, j'appelai : — « Jo trobe 
gracia en tu », je trouvai grâce devant toi ; Récits d'Histoire 
Sainte; les deux formes se trouvent dans un même exemple : 



— 348 -- 

lo preguey mon Diu en ma destressa, 
Haut aperé la divina hautessa. 

'Arn. de Salettes, Ps. xviii. 
Je priai mon Dieu dans ma détresse, 
l^dixxi ]' appelai la divine puissance. 

Au berdurè jou m'en entré, Au jardin Centrai, 

Très arousetes y troubé ; Trois roses j'y trouvai ; 



Jou las segué, jou las ligué Je les coupai^ je les liai. 

C/ians. pop. d'Ossau. 

533. — Les terminaisons es, e, de la seconde et de la 
troisième personne du singulier du présent du subjonctif, 
en de la troisième personne du pluriel de ce même temps, 
sont aussi is^ i,in (i peu sensible) ; de deliura, délivrer, on a • 
que deliures, que deliure, que deliureu, — on que deliuris, 
que deliuri, que deliurm, que tu délivres, qu'il délivre, qu'ils 
délivrent. 

534. — La désinence ey, première personne du futur, 
était anciennement e, forme qui est usitée encore aujourd'hui 
(couvert) : troubare ou troubarey, je trouverai : — « Dure aus 
ausetz a mynyar de las toes carnsM, Je donnerai de ta chair 
à manger aux oiseaux ; Récits d'Hist. Sainte ; dans les 
Psaumes 1583 : entrarey, laudarey, etc., j'entrerai, je 
louerai, etc. 

On pourra faire la même remarque au futur des verbes de 
toutes les conjugaisons. 

535. — Au futur et au présent du conditionnel on met 
erey, eri, au lieu de arey, art : je louerai, je louerais, 
lauderey, lauderi ou laudarey, laudari. 

Les formes erey, eri se trouvent dans un code de procé- 
dure imprimé à Orthez en 1663, sous le titre de Stil de la 
Ivs^icy dev pais de Bearn. Les plus anciens et les meilleurs 



— 349 — 

de nos textes ont arey, ari, formes régulières ; le futur et le 
présent du conditionnel se forment du présent de l'infinitif : 
— Mia, mener, miare, (ntiarey), je mènerai, mmn, je 
mènerais. 



Cet e pour a, dans le Stil, texte du xviie siècle, ne peut être 
attribué qu'à l'influence du français. — Antérieurement, le même 
fait s'était produit ailleurs. M. Chabaneau a publié dans la Rev. des 
lang. rom. 1875, t. vm, p. 31 et suiv., des Notes critiques sur 
Blandin de Cotmouailles (édit. Paul Meyer, Romania, ii, 170). Au 
sujet d'un futur en Eo^ay : — « En nom de Dieu commenzeray » 
M. Chabaneau s'exprime ainsi : « Cette faute (e pour a au futur de 
la l'" conjugaison) est à peu près constante dans le poëme. Il faut 
évidemment la mettre sur le compte du copiste, qui était Italien ». 

Are est la forme du futur catalan, espagnol, provençal, langue- 
docien. 

— « Cridare contra ells lo cel e la terra », j'invoquerai contre eux 
le ciel et la terre ; Genesi de Scriptura, édit. V. Amer. — Est-ce 
donc par erreur qu'il y a, dans ce texte, p. 89, gardEras, men- 
jEras, tu observeras, tu mangeras ? 

A ti amo et aniAre C'est toi que j'aime et aimerai 

Toda saçon. En tout temps. 

Santillane. 

Dempièi l'amaro partêiiço Depuis le départ amer 

Que fAra sempre ma doulour. Qui fera toujours ma douleur. 
T. Aubanel. 

N'empourtAran blad e farina. Ils emporteront blé et farine. 
L'ab. Favre. 

Cet a est changé en o dans le dialecte limousin : — (f So mor noû 
sàuvoro toû », sa mort nous sauvera tous ; J. Foucaud, Fables. 



536. — L'impératif, au lieu d'être terminé par un e, qui 
se prononce comme un o doux, finissait autrefois par a, dont 
le son était peu sensible ; la prononciation seule le distin- 



— 350 — 

guait de l'impératif latin : — deliura-m, délivre-moi, dans 
les Psaumes. 

C'est ainsi qu'on prononce encore l'impératif de la 1" 
conjugaison dans quelques localités. 

537. — Dans les verbes en ca : — Cerca, chercher, estaca, 
attacher, merca ou marca, marquer, pesca, pêcher, touca, 
toucher, etc., le c qui précède la terminaison se change en 
qu, n° 102, devant une voyelle d'un son peu sensible et 
devant un e fermé : — Cerqui^ cerqiies, cerqtie, je cherche, 
tu cherches, il cherche, etc. 

538. — Les verbes adouba, réparer, adoura, adorer, 
boula, voler, haimoura, honorer, louga, louer, nouta, noter, 
pourta, porter, touca, toucher, trouba, trouver, — changent 
en la voyelle double ou^ n» 39, lorsque la syllabe suivante 
se fait peu sentir dans la prononciation : — Toqui, toques, 
toque, je touche, tu touches, etc. 

539. — Ce changement orthographique n'avait pas lieu 
dans l'ancien béarnais : — « Que los senys de Sent P. 
d'Ortes toquin un toc ben lonc » que les cloches de Saint- 
Pierre d'Orthez sonnent bien lentement ; « Quant los senys 
auran toquât », quant les cloches auront sonné; Honn. 
d'Archambaud, On écrivait toujours o, bien qu'on le pro- 
nonçât de deux manières différentes : — o fort devant une 
syllabe atone ; — o s' affaiblissant en ou devant une syllabe 
accentuée. (1) 

540. — Bouta, mettre, cronmpa, acheter, nouda, nouer, 
ploura, pleurer, poupa, téter, souna, sonner, tourna, 
retourner, revenir, rendre, — conservent aujourd'hui à 
toutes les personnes la voyelle composée ou. 

(1) Cf. Paul Meyep, Phonétique provençale, 0, 



— 351 - 

L'impératif de bouta, mettre {boute, mets, boutatz, mettez), 
suit très-souvent, en béarnais, dans la conversation, les 
propositions qui expriment une demande, une prière : — 
Da-m aco, boute, donne-moi cela, mets ; — aydatz-me, 
BOUTATZ, aidez-moi, mettez. Boute, boutatz, mets, mettez, 
sont évidemment, dans ce cas, des propositions elliptiques : 

— Aydatz-me, boutatz, aidez-moi, mettez ; sous entendu, 
de la bonne volonté à m'aider. Boute, boutatz équivalent là 
aux propositions : que Ven prègui, qiie-bs en prègui, je t'en 
prie, je vous en prie. 

En provençal (Dictionnaire de F. Mistral), « bouto, boutas, 
est une locution qui indique l'affirmation ou la menace ; 
bouto, t'aurai, va, je t'aurai ; boutas, n'en siéu segur, allez, 
j'en suis sûr ; ah ! boutas, soyez tranquilles ; ah ! boutas-vous 
ah! laissez donc ;.... bouto, barjaire ! Va toujours, bavard! » 

— Suit un dernier exemple, qui, semble-t-il, ne devrait pas 
se trouver là, puisque boutas y signifie mettez (supposez) : 
boutas qu'ague rèn di, supposez que je n'aie rien dit. 

541. — Dans les verbes en era^ tels que : — Apera, 
appeler, apitera, jucher, enguisera. gorger, etc., Ve fermé 
qui précède la terminaison f«-se change en è ouvert, toutes 
les fois qu'il est suivi d'une voyelle d'un son peu sensible : 
Apera, appeler, apèrî, j'appelle. 



542. — Les verbes en ga, comme apriga, couvrir, paga, 
payer, plega, plier, sega, moissonner, — prennent un u^ 
après le g devant les voyelles e, i : — Pleguem a miey sac, 
plions à demi sac ; sègue doumaa, moissonne demain. Dans 
ce dernier verbe, Ve fermé du radical se change en è ouvert, 
lorsque la terminaison est muette. 



Plega a miey sac, plier à demi sac, s'emploie proverbialement, 



— 352 — 

en béarnais, au sens de s'arrêter, se borner, ne pas tout dépenser, 
ne point tout manger : 

En plegant a miey sac, oun que-s pot entretiene, 
Segur d'habe toustemps u boeyt enta l'abiene. 

Navarrot. 

En pliant à demi sac, on peut s'entretenir. 
Assuré d'avoir toujours un vide pour l'avenir. 



543. — Dans les verbes en xa : — amuxa, montrer, baxa^ 
baisser, esglaxa, écraser, lexa, laisser, x s'articule comme 
ch : — amucha, bâcha, etc. Mais dans fixa, fixer, taxa, taxer, 
Vx s'articule comme dans les verbes français. 

544. — Des trois conjugaisons béarnaises, la première 
est celle qui a le plus grand nombre de verbes. Ils provien- 
nent, pour la plupart, de verbes de la première conjugaison 
latine : — Atjma de amare, nega de negare, planta de 
plantare, etc, etc. La ressemblance était presque parfaite 
autrefois ; les infinitifs béarnais se terminaient en ar. On 
remarque des traces de la première conjugaison latine en 
béarnais, au présent de l'infinitif, à l'imparfait de l'indicatif, 
au présent du conditionnel et du subjonctif, au présent et 
au passé du participe. Autrefois, le présent de l'indicatif 
était latin presque tout entier ; plantas, planta, tu plantes, 
il plante. Certains verbes béarnais de la première conju- 
gaison, ont pour primitifs des verbes latins appartenant à la 
seconde, à la troisième et à la quatrième conjugaison : — 
Cambia vient de cambire, changer, ha de facere, faire, emplea 
de implere, remplir, gausa de aiidere, oser. 

545. — Plusieurs verbes, qui sont aujourd'hui de la pre- 
mière conjugaison, étaient de la troisième anciennement. 
Nous avons trouvé cow^r/6î</r, contribuer, exercir, exercer. 



— 353 — 

impedit, empêché, possedir, posséder, restituit, restitué : 
Nous disons countribua, pousseda, restitua^ etc, etc. 

546. -— Gansa, oser, que nous venons de citer, était dans 
les Fors sans lettre prosthétique ausar.Le g, cependant, date 
de loin : — « no-s gausan ajustar aluy », ils n'osèrent s'ap- 
procher de lui ; Récits d'Histoire Sainte. Une des devises 
attribuées par la tradition au souverain de Béarn, Gaston- 
Phœbus, était: — « toque-y si ganses >>, touches-y si tu oses. 



En catalan, dans des documents de 1306-7 publiés par M. Alart, 
Rev. des lang. rom,, vm, p. 61 : « no gaus », n'ose ; et, dans 
Genesi de Scriptura, édit. V. Amer, p. 183 : « gosauen », osaient. 



547. — Voici quelques verbes de la première conjugaison ; 
nous en transcrivons le présent de l'infinitif, le présent de 
l'indicatif, le passé défini et le participe passé ; de chacun 
de ces verbes, nous n'indiquons que la signification 
principale : 

Ahouni, ahoiiney^ ahounat. 
Aprigui, aprigueij, aprigat. 
Arbequi, arbequey, arbecat. 
Arregoli, arregoiiley, arregoulat. 
Arroussègiii, arrousseguey ^ arroussegat. 
Assoumèri, assoumerey, assoumerat. 
Bari, barey, barat. 
Biri, birey, birat. 
Barreyi, barreyey, barreyat. 
Boiihi, bouheyy bouhat. 
Cluqiii, chiquey, ducat. 
Coussiri, coussirey, coussirat. 
Cridi, cridey, cridat. 
Crubiy crubey^ crubat. 

23 



Ahouna 


Enfoncer 


Apriga 


Couvrir 


Arbeca 


Epier 


Arregoula 


Rassasier 


Arronssega Traîner 


Assoiimera Amonceler 


Bara 


Rouler 


Bira 


Tourner 


Barreya 


Verser 


Bouha 


Souffler 


Cluca 


Fermer les yeux 


Coussira 


Chercher 


Crida 


Crier 


Cruba 


Recouvrer 



354 — 



Esbrigalhi 


i Mettre en brins 


Esglaxa 


Ecraser 


Espia 


Regarder 


Estanga 


Arrêter 


Estaiibia 


Epargner 


Estrema 


Oter 


Estnissa 


Serrer 


Gaha, 


Saisir, prendre 


Hica 


Ficher, mettre 


Hissa 


Piquer 


Hourada 


Trouer 


Hiirriipa 


Sucer 


Pana 


Voler 


Pîiya 


Monter 


Quilha 


Mettre debout 


Triica 


Frapper 


Yumpa 


Bercer 



Esbrigalhi, esbrigalhey, esbrigalhat. 
Esglaxi, exglaxey^ esglaxat^ 
Espii, espiey, espiat. 
E^langui^ estanguey, estangat. 
Estatibil^ estaubiey, estaubiat. 
EsfrèïïU^ estremey, estremat. 
Estriissi, estrussey, estnissat. 
Gahi, gahey, gahal. 
Hiquij hiqney, hicat. 
Hissi, hissey, hissât, 
Hotiradiy houradey, hotiradat. 
Hiirrupi, hurrupey^ hiirrupat. 
Pani, paney, panât. 
Piiyi, puyey, puyat. 
Quilhi, quilhey, quilhat, 
Truquij triiqney, triicat. 
Yumpi, ytimpey^ yumpat. 



548. — Apriga, couvrir, pour garantir du froid, pour 
cacher : — « Apriga du mantou lou qui lia red j>, couvrir 
d'un manteau celui qui a froid ; « lou praube qu'ey nud, 
aprigatz-low », le pauvre est nu, couvrez-le. 

Montaigne a dit : « rejecter ma robbe sur mon lict, 

en manière qu'elle les abriast tous deux ». 

Desapriga veut dire découvrir ; dans les Récits d'Histoire 
Sainte, t. ii, p. 130, despriga : — « puixs se despriga un 
mantet qui portaba », puis il se dépouilla du manteau qu'il 
portait. — Ce mot manque à Raynouard. Dans le Glossaire 
de Guillaume de la Barre, de Paul Meyer : dezabricar, 
découvrir ; Revue de Gascogne, ix, p. 80. 

Le substantif béarnais aprigue signifie couverture de lit : 
— a Ana-s hica débat l'apn^w^ », aller se mettre sous la 
couverture (aller se mettre au lit). 



— 355 — 

Tu, bè-t-en débat Vaprigue, 
Dinqu'a que l'auzèt basse pin. 

Peyret. 

— Toi, va-t-en sous la couverture (va te mettre au lit), — 
Jusqu-à ce que l'oiseau fasse piu (se réveille, commence à 
se faire entendre). 



Le français a les mots abri, abriter, qui se trouvent aussi, avec 
des désinences diverses, dans le picard, le normand et le berrichon, 
dans le provençal et l'espagnol ; ils ont le sens de — ce qui protège 
contre, pour le substantif, et de — protéger contre, pour le verbe ; de 
là, pour abri, abriter et leurs similaires dans les autres idiomes, la 
signification de ce gui met à couvert et de couvrir. 

M. Littré, dans son Dictionnaire, fait venir le mot abi^i du latin 
apricus, exposé au soleil. Il donne des raisons philologiques de 
cette dérivation en ce qui concerne la forme du mot, et, pour le 
sens, il dit : — « Les langues romanes ont pris se mettre à l'abri 
pour se mettre à couvert, parce que les choses exposées au soleil 
sont en quelque sorte à couvert du froid et du mauvais temps ». M. 
Littré ajoute : — « Diez, n'accepte pas cette étymologie, y objectant 
que l'italien n'a pas ce mot qu'il aurait s'il venait d'apricus, et que 
le sens ne peut pas passer de exposé au soleil au sens de à couvert. 
En conséquence, il propose l'allemand bergen, au présent birg, 
cacher, mettre en sûreté ; d'où, par une métathèse de l'r, et avec 
la préposition romane a, on a abric » . Malgré ces objections, l'éty- 
mologie latine paraît à M. Littré la plus vraisemblable. 

Grammatici certant.... sub judice lis est. Je ne saurais être ce 
juge. Mais il m'est permis de dire que ce que soutient M. Littré me 
semble fofcé, non pour la forme mais pour le sens du dérivé. La 
raison que donne Diez à l'appui de son opinion est bien forte : — 
« l'italien n'a pas un équivalent d'abri provenant du latin 
apricus ». 

M. Scheler et M. Brachet, dans leurs Dict. Etym., disent, l'un, 
que le mot abri vient à! apricus, l'autre que l'origine de ce mot est 
inconnue. 



— 356 — 

549. — Bara signifie rouler, tourner sur soi-même ; de ce 
verbe et de celui qui le suit, bira, tourner, le béarnais a fait 
l'expression u bire-bare^ littéralement « un tourne-roule » 
pour désigner l'individu qu'on appelle en français une 
a girouette » ; cette locution est tout particulièrement usitée 
à Orthez. 

550. — Le participe passé du verbe bira s'emploie comme 
substantif dans cette expression — w birat de maa^ un 
tourné (tour) de main ; celui qui fait les choses vite, les fait 
comme s'il escamotait, en u birat de maa^ en un tour de main. 

551. — Cluca, fermer les yeux, bander les yeux. — De ce 
verbe ont été formés les substantifs cluquet, chiques : — 
Ana ha u cluquet^ allez faire un somme ; ha au duquel ou 
a las cluqueSj faire (jouer) à colin-maillard. 

552. — Coussira, chercher; — a cociran lo et no lo 
troban », le cherchèrent et ne le trouvèrent point. Récits 
d'Hist. Sainte, t. ii, p. 38 (Joseph et Marie cherchant Jésus 
à Jérusalem) ; au fig., dans les Psaumes; « los qui mon 
amna cossiran », ceux qui cherchent mon âme, Ps. 35. — 
Aujourd'hui, ce verbe signifie, aller chercher quelqu'un, le 
prendre en passant : — « Si batz a la casse doumaa, 
couss!ratz-mey que y-aniran amasse », si vous allez à la 
chasse demain, venez me chercher (prenez-moi en passant), 
nous irons chasser ensemble. « Ue gouyate coussirade » est 
une fille recherchée, celle qui a de nombreux poursuivants. 

Navarrot se plaignait, un jour d'avoir été, dans une voiture, 
placé de telle façon, que « la bise pouvait au bout du nez le 
visiter trop souvent », 

Lou bent 
Poudè peu cap deu nas coussira-m trop soubent. 

De ce verbe, on fait le substantif coussire usité dans ces 



— 357 — 

locutions : esta en coussire^ ana en coussire, être en recherche, 
aller à la recherche. 



Il y avait, anciennement, un autre verbe cossirar, qui signifiait 
considérer, examiner : — « tots bens cossiratz » tous avantages 
considérés, charte d'Orthez de -1270; a cossirat lo tribalh », le 
travail examiné. Fors de Be'arn, p. 249 ; « cossiran los perilhs de la 
mort », considérant les périls de la mort (li24). Artistes en Béarn. 

Dans la chanson de la Croisade contre les Alb., l'adj. cossiros 
signifie « soucieux », et, au vers 1094 du Martyre de sainte Agnès, 
on trouve : ni estes consirosament, et ne restez soucieusement. 

En ce sens, le béarnais avait le verbe cossirar. Lorsque J.-G. 
dit à ses disciples qu'un d'eux le trahirait, ceux-ci se regardèrent 
l'un l'autre, incertains, inquiets de qui il parlait, « comensan se a 
guoardar oelh e oelh, e cossiran de quai dise » ; Récits d'Histoire 
Sainte, t. ii, p. 68. 



553. — Crida, crier ; ce verbe s'emploie aussi pour signi- 
fier gronder, réprimander : 

Que-ns ba crida, (Notre mère) va nous gronder, 

Nou-ns eau pas mey retarda. Il ne faut plus nous attarder. 
Navarrot. 

C'est le sens qu'avait le verbe crier du temps de Molière : 

Tu ne me diras plus, toi qui toujours me cries, 
Que je gâte, en brouillon, toutes tes fourberies. 

Et., I,d4. 

Pourquoi me cWe^-vous? — J'ai grand tort en effet. 

Ec. des Fem. V. 4. 

554. — Esglaxa, écraser : — « Qu'ha esglaxat lou cap de 
la serp », il a écrasé la tête du serpent. 

Le vieux français avait esqimcher : — « Qui vouloit tuer 
premier la serpent, il li devoit esquacherle chief » ; Joinville, 



- 358 — 

On dit aujourd'hui écacher : « Les éléphants écachent et 
détruisent plus de plantes avec leurs pieds, qu'ils n'en 
consomment; Buffon. 

555. — Espia, regarder : — Espiem aqtiiu, regardons là ; 
espiatz plaa so qui hèn^ faites bien attention à ce qu'ils font ; 
u mau espiatj est un homme mal vu, celui qui est mésestimé. 

556. — Estanga, arrêter, empêcher d'aller plus loin : — 
« Nou p'estanguetz a miey camii », ne vous arrêtez pas à mi- 
chemin. 

Navarrot a fait une chanson sur VEstanguet (halte, lieu où 
l'on fait halte). C'est une auberge située près du pont de 
Lescun, vallée d'Aspe, tout près de la frontière d'Espagne. 

a: Qui put fuir, s'en alla, et qui s'arrêta, fut pris », se disait 
en vieux français : 

Qui fuir pot si s'en ala, 
Et qui estanqua si fut pris. 
Gil. de Cb. 

557. — Estrussa, serrer, mettre en lieu sûr, ranger : ^— 
Cause estrussade chose qu'on a mise sous clef, ou qui est à 
sa place ; u estrusse-arditz, un avare. 

558. — Gaha, saisir, prendre. — Rac. celt. gaf, crochu, 
d'où en français : gaffe, croc, ou longue perche avec une 
pointe de fer garnie d'un crochet, gaffer, en espagnol gafar, 
accrocher. 

Le verbe béarnais a une signification moins restreinte que 
« gaffer )^ en français : — « la gaffabe au cog », la saisissait 
au cou ; « gaffari la bride deu roucii », saisirent la bride du 
cheval ; Un Baron béarn. au xv*' siècle, p. 82, 60. 

Lou qui-s Ihèbe matii que gahe la lèbe. 

Prov. 

Celui qui se lève matin prend le hèvre. 



— 359 — 

Aco dit, lou tatay que gahe la traberse. 

Navarrot. 
Gela dit, le bohémien prend (vite) le chemin de traverse. 

559. — Le substantif gahe a aussi un autre sens que 
« gaffe ». Dans notre idiome, la gahe est une grande cuillère 
à pot, de forme ronde ; lou gahot est la même cuillère 
moins grande. 

C'est avec la gahe que l'on retire du chaudron où elle a 
été cuite la pâte de farine de maïs qui s'appelle hroye, broje 
(voy. ci-dessus, p. 130; ; chaque cuillerée se nomme 
Il escautou ; c'est « un échaudé», siU generis. On dit : — 
Datz-me u escautou, donnez-moi une cuillerée de hroye, et, 
en prenant le contenant pour le contenu : Datz-m'en u gahe, 
u gahot. 

— « La cautère qu'ey grane, qu'en y-ha u gahot ta cadu » ; 
la chaudière est grande, il y a une cuillerée (de ce qu'elle 
contient) pour chacun ; Proverbes du Pays de Béarn, p. 50. 
Ce proverbe est usité pour signifier : il y a tant de maux en 
ce monde î chacun en a sa part. En provençal, on dit au 
même sens : — « Au peirôu di sèt doulour chascun a soun 
escudèlo », au chaudron des sept douleurs chacun a son 
écuelle ; F. Mistral, Dictionnaire. 

560. — Le verbe hissa, piquer, vient du substantif hissou, 
dard de l'abeille, du serpent. L'un et l'autre sont fort usités 
au figuré : hissou, apphqué à une personne, a la signification 
de la locution française «langue de vipère » ; on lit dans 
Navarrot : l'arrayoU que hissabe, les rayons du soleil 
dardaient, le soleil était mordant. 



VERBES IRRÉGULIKRS DE LA PREMIÈRE GONJIGAISON. 



561 . — Ana, aller, da, donner, ha, faire, sont irréguliers 



— 360 — 

nous indiquons seulement les personnes et les temps qui 
s'éloignent du modèle. 

Présent de Tindicatif : bau, bas, ba, bam^ batz^ bam^ je 
vais, tu vas, il va, nous allons, etc. — Impératif : 6è, va ; 
bè-y, vas-y ; bè-n bute, vas en vite (va vite) Ces deux temps 
se tirent du latin vadere. 

Passé défini : bay^ il alla ; particulièrement employé dans 
le béarnais des vallées d'Aspe et de Barétons. 

Futur : anirey, uniras, anira, etc, ou anerey, aneras, 
anera, etc, j'irai, tu iras, il ira, etc. — Le présent du condi- 
tionnel a deux formes analogues : aniri, anires, anire, etc, ou 
aneri, aneres, anere, etc, j'irais, tu irais, il irait, etc. 

Les temps composés du verbe ana prennent l'auxiliaire 
esta, être : souy anat ou anade, je suis allé ou allée ; mais on 
trouve des exemples de l'emploi, à ces temps, de Tauxiliaire 
habe^ avoir ; agon anatz, avaient allé (étaient allés) ; Récits 
d'Histoire Sainte, t. ii, p. 28. 

Voir, à la troisième conjugaison, le verbe i, aller. 

562. —Anciennement, anar servait d'auxiliaire : — « Lo 
beguer de Pardies ba entrar a l'hostau, e ba prener lo 
crimalh, e ba-u meter a Bone en la maa », le viguier de 
Pardies (1) entra dans la maison, prit la crémaillère et la 
mit dans la main de Bonne (1345) ; Dictons du Paijs de 
Béarn, p. 83. 



563. — De pareils exemples se rencontrent assez fréquemment (2) 
dans les Récits d'Hist. Sainte : ban se espaurir, s'effrayèrent ; — 
« la raube qui portabe va arder a grans fiâmes », la robe qu'elle 
portait prt^ feu. — Mais, dans cette dernière phrase, va n'est pas 
un simple auxiliaire employé avec c arder », au sens du prétérit de 
ce verbe ; a va arder» ne signifie pas « brûla», mais « commença à 



1) Commune de l'arrondissement d'Oloron, canton de Monein. 

2) Voy. Récits d'Hist. Sainte, t. ii, p. 258, t. i, p. 222. 



— 361 — 

brûler ; le texte provençal correspondant dit « comenseron a 
creraar », et, de même, le texte catalan « comenseren a cremar ». 
M. Paul Meyer a relevé l'emploi de va, van, etc, dans Guill. de la 
Barre, dans Blandin de Cornouailles et dans la Chanson de la 
Croisade contre les Alb., sans avoir tenu compte, nous semble-t-il, 
de la a nuance » de signification qui vient d'être ici marquée, et qui, 
avec certains sujets, se traduirait parfaitement en français par les 
locutions « se mit à, se mirent à », suivies d'un infinitif. 



564. — En béarnais, va auar, ha béni, pouvaient signifier 
« il va aller, il va venir », et « il alla, il vint » : — vienco 
Moss. e va anar d'ont estave en fore », Monseigneur vint et 
alla hors de la place où il était. Honneurs d'Archambaud ; 
« ba béni lo bastart d'Estibayre », vint le bâtard d'Estibayre, 
Un Baron béarn. au xv^ siècle. 

565. — Le traducteur des Psaumes emploie fort souvent 
le verbe ana avec un participe présent : — '< Que touta gen 
fani latidan », que toute nation aille te louant {te loue) ; 
de même, dans VEnq. sur les serfs du Béarn, 1387 : « l'un 
va brasseyan », l'un travaille de ses bras. (1) 

566. — Les expressions béarnaises qui suivent sont à 
remarquer : « massipes que anaben a l'aygue », jeunes filles 
qui allaient puiser de l'eau, Bécits d'Histoire Sainte ; anar a 
marit, aller à (prendre) mari ; anar a molher, aller à 
(prendre) femme ; Enq. sur les serfs du Béarn. Ceci confirme 
ce que disait M. Ghabaneau, Bev. des lang. rom., 1879, 
t. II, p. 86 : € venir a marit s'entend très-bien, même d'une 
femme, comme périphrase équivalant à se maridar. » 

567. — Da, donner ; irrégulier au présent de l'indicatif, 
première personne du singuUer, dau, je donne. 

(l) Cf. Récits d'Histoire Sainte en provençal \ — et Çhans. Crois. Alb., 
édit. P. Meyer. 



— 362 — 

Au passé défini dey, je donnai, la seconde er la troisième 
personnes du singulier, la troisième du pluriel, ne se termi- 
nant point en as, a, an ; elles conservent Ve de dey, et sont 
des, de, den; cet e est ouvert ou fermé. 

L'imparfait du subjonctif formé de dey, je donnai, est : 
que dessi, que desses, que desse, etc., que je donnasse, etc., 
ou que dèssi, que dèsses, etc. 

Ce verbe a une autre forme de passé défini : — Douy, 
dous, dou, doum, doutz, doun,ie donnai, tu donnas, etc. De 
ce passé défini vient l'imp. du subj. : — Que doussi, etc. 
Formes contractes provenant de donna, anc. donar? 

Enfin, da, donner, est irrégulier (présent du subjonctif), 
aux trois personnes du singulier et à la troisième du pluriel : 
— Que dey, que je donne, que des, que tu donnes, que de, 
qu'il donne; qiie den, qu'ils donnent. — Dans les verbes 
réguliers, il y a un i muet à la première personne du sin- 
gulier, et Ve de la terminaison des autres personnes est 
doucement fermé ; il est fermé dans le présent du subjonctif 
du verbe da. 

568. — Ce verbe a diverses acceptions : — Be lo ah la 
lansa per lo costat, le frappa d'un coup de lance au côté • 
(Diu) DARA troos, (Dieu) fera tonner ; no n s ï)e arre (no en 
se de arre), ne s'en donna rien (n'en eut aucun souci). Récits 
d'Hist. Sainte ; — nou nous en dam, nous n'en avons souci, 
Dictons du Pays de Béarn, p. 264. — Batz-lou, datz-lou, 
allez, allez, continuez ; per oun dan ? Par où vont-ils? 



Le provençal l'employait dans le même sens ; voy, Raynouard, 
Gram. rom. ; il se trouve dans l'espagnol du Poème du Cid : 

Per todas esas tierras los pregones dan. 
Par toutes ces ten-es les hérauts vont. 

Henri IV écrivait, 22 avril 1597 : — Si d'adventure vous êtes à 
Boulogne, donnés jusqu'à Paris ». 



— 363 — 

Cette signification du verbe donner s'est conservée dans les 
expressions « donner à gauche », « donner dans le piège ». 



569. — Ha, faire ; hèy, je fais, hey, je fis, hèyt, fait. — 
La consonne h est aspirée ; on sait que VJi est aspirée dans 
les mots béarnais dont les primitifs latins commencent 
par f, no 93. 

Ce verbe est irrégulier au présent de l'indicatif : hèy, hès, 
hè, je fais, tu fais, il fait, hèm, hètz, hèn, nous faisons, vous 
faites, ils font ; 

A l'imparfait de l'indicatif: hasi {i fortj, hases, hase, hasèm, 
hasèlz, hasèn, je faisais, tu faisais, etc. on dit aussi : hesi, hesès, 
hesè, etc.; contractions des formes hasèbi, hasèbes, ou hesèbi, 
hesèbes, etc, qui sont encore usitées. 

Au passé défini, au lieu de hey, hes, etc, je fis, tu fis, etc., 
on dit aussi hi, his, etc. eihasoiiy, hesouy, hascouy ou hescouy; 
conj. : hasoiiy, hasoiis, hasou, hasoum, hasoutz, hasoun. 

Ces diverses formes allongées appartiennent au gascon 
bien plus qu'elles ne sont propres au pur béarnais. 

Les Récits d'Histoire Sainte, t. ii, p. 30, donnent no fi, je 
ne le fis point (je ne l'ai pas fait). 

Au présent du subjonctif, le verbe ha a plusieurs formes; 
nous les indiquons aux trois personnes du singulier et du 
pluriel : 

1» que hassi, que hassies, que hassie, que hassiam, que 
hassiatz, que hassien, que je fasse, que tu fasses, etc., ou 
avec s se prononçant comme z : — que hasi, que hases, etc., 

2« que hasqui, que hasques, que hasque, que hascam, que 
hascatz, que hasquen ; 

3" que hasquiey, que hasquies, que hasquie, que hasquiam, 
que hasquiatz, que hasquien. 

Vi final de la première personne hassi, hasi, hasqui est 
peu sensible, et Ve des autres terminaisons se prononce 



— 364 -- 

comme un o doux. Dans hasquiey^ hasquies, etc. on prononce 
aussi Ve comme un o très-adouci. 

On dit encore : — que hey, que hes, que he, que hem, que 
hetz, que hen [e fermé), que je fasse, que tu fasses, etc., ou 
que hassi, que hasses^ que hasse, etc. 

De toutes ces formes, la première que hassi, que hassies, etc. , 
semble la meilleure ; c'est la forme qui se rapproche le plus 
du latin : — Faciam^ facias, faciat, etc. 

Que hey, que je fasse, ressemble au passé défmi hey, je fis. 
La conjonction que, sans laquelle on ne peut jamais employer 
le présent du subjonctif, fait que l'on distingue facilement 
ce temps du passé défini. 

A l'impératif, on dit hè, fais, et, au pluriel, hem (e fermé) 
hètz, (e ouvert), ou bien hassiam, hasiam, hascam, hasquiam; 
hassiatz, hasiatz, hascatz, hasquiatz. 

Hètz, faites. — M. Damas-Hinard a relevé l'impératif fel 
dans le Poème du Cid : 

Lo que vos plogiere dellos fet , Gampeador. 
Faites d'eux ce qu'il vous plaira, Gampeador. 

« Evidemment, dit M. Damas-Hinard, c'est encore là une 
forme française » ; — ce qui semble mieux expliqué de cette 
façon : l'espagnol et nos dialectes étant de même origine ont 
des formes qui leur sont communes. 

Le participe présent, dans l'ancien béarnais, était fasent; 
aujourd'hui hasent est employé quelquefois ; on le trouve 
dans l'adjectif composé gayhasent, faisant plaisir, avenant, 
charmant ; hasent est remplacé par haut. 

Le participe présent hasent, l'imparfait de l'indicatif hasi, 
hases, etc., et quelques autres temps appartiennent par leur 
forme à la deuxième conjugaison ; c'est que le verbe ha, par 
son origine, devrait être de cette conjugaison. 

570. — M. Ampère disait de « faire » que c'était « un 



— 365 - 

beau verbe français » . Sans avoir autant d'enthousiasme pour 
le béarnais ha, anc. far, disons qu'il est employé dans un 
grand nombre d'expressions : — fe hatalhede targues, se bat 
à l'arme blanche ;• lo senhor ne pot far a tôt jorn cort major, 
le seigneur ne peut tenir tous les jours cour souveraine ',per 
très jornades de terre faze très diers de fins, pour trois 
arpents de terre payait trois deniers de cens ; fe un exemple, 
cita comme exemple ; fen las sortz, tirèrent au sort ; far 
grans criitz, pousser de grands cris ; la ajude qui Saul los 
avia FEYTE, le secours que leur avait porté Saûl ; far judicis, 
rendre des jugements ; fasatz trop fruutz, que vous portiez 
beaucoup de fruits ; fe testimoni, rends témoignage ; trahut 
que Espanhe faze, tribut que l'Espagne payait ; fe los totz 
pessas, les coupa tous en morceaux ; plorar e far doû, pleu- 
rer et se lamenter; fazen lo camii... deus arrams, lui cou- 
vraient le chemin... de rameaux; fe son camii per la terre 
deu rey de France, cheminait par laterre du roi de France (1). 
On dit aujourd'hui très-fréquemment : — Ha besounh, 
faire besoin, être nécessaire, ha critz, faire cris, crier, 
ha doû, faire deuil, regretter ; ha caze, faire demeure : « que-y 
haram caze », en latin, mansionem apud eum faciemus, nous 
ferons en lui notre demeure. 



Certains puristes de l'école de Noël et Ghapsal se gaussent des 
Béarnais qui traduisent dans leur français quelques-unes de ces 
expressions ; elles se trouvent dans Molière : 

S'il vous faisait besoin, mon bras est tout à vous. 

Dép. am. v, 3. 

Comment, bourreau, tu fais des cris ! 
Amph. 1, 2. 

On demande au paysan Béarnais qui vient de vendre sa 

(1) Toutes ces expressions sont tirées des Fors de Béarn, des Récits 
d'Histoire Sainte et d'un Baron béarnais au xv^ siècle. 



— 366 ~ 

denrée: — Quoant n'habetz hèyt? Combien (d'argent) en 
avez vous fait (retiré) ? 

Que s'en ha hèyt tout lou sou bée signifie : il s'en est fait 
(il a dépensé) tout son bien. 

La vue se dit la bistù, et l'expression ha bistes s'emploie 
au sujet de l'entrevue que l'on ménage, soit dans la maison 
d'un parent, soit dans celle d'un ami, à un jeune homme, à 
une jeune fille, que Ton a projeté d'unir en mariage ; là, ils 
voient s'ils se conviennent : — Han hèyt bistes 1 Se sont-ils 
vus ? littéralement : ont-ils fait vues ? — Ha cazes bistes se 
dit des premières entrevues dans la maison de la fiancée. 

On lit dans VEncyclopédie des Proverbes, voy. Le Roux de 
Lincy, i, p. 142 : « Il était d'usage, au xvi« siècle, dans plu- 
sieurs provinces, de faire monter les banqueroutiers sur un 
âne, la tête tournée vers la queue, et de le promener par 
les rues de la ville. » 

Ainsi faisait-on dans les villages du Béarn au mari que sa 
femme avait battu : 

Qu'ey atau qui hèn au bilatye. 
Quoand l'espons nou sap pas esta lou mèste a lou. 

Picot. 

Cela s'appelait ha Vasoade^ faire la course de l'âne ; asoade 
est un substantif formé de asou, âne ; on disait aussi /irt courre 
Vasou, faire courir fane. — Dictons du Pays de Béarn, p. 63. 



DEUXIÈME CONJUGAISON. 

Bene, Vendre. 

571. — Les verbes de la seconde conjugaison ont le 
présent de l'infinitif terminé en e. 



367 



Prononciation des terminaisons. 

572. — e est doucement fermé, k la terminaison du présent 
de l'infinitif et à la seconde personne du singulier du présent 
de l'indicatif. Par exception, e final du présent de l'infinitif 
est fermé dans bienvenir, et sabe, saLVOir; prononcez bié, sabé; 
il faut appuyer beaucoup moins sur 1'^ final de bene, cade, 
escribe, etc, vendre, tomber, écrire, etc. 

573. — ^ a le son d'un.o très-adouci, aux trois personnes 
du singulier, à la troisième du pluriel du présent du sub- 
jonctif, et dans les terminaisons de l'imparfait de ce 
même mode. 

574. — Partout ailleurs, e sans accent se prononce comme 
un e fermé. 

575. — i sonne fort à la première personne du singulier 
de l'imparfait de l'indicatif. 

576. — i est peu sensible à la première personne du 
singulier, à la troisième du pluriel du présent de l'indicatif, 
et à la première du singulier de l'imparfait du subjonctif. 





INDICATIF 




CONDITIONNEL 


Présent 


Imparfait 


Passé défini 


Futur 


Présent 


Je vends 


Je vendais 


Je vendis 


Je vendrai 


Je vendrais 


Béni 


Béni 


Benoîiy, 


Benerey 


Beneri 


Benes 


Benès 


Benoiis 


Beneras 


Beneres 


Ben 


Benè 


Benou 


Benera 


Benere 


Benem 


Benèm 


Benoum 


Beneram 


Benerem 


Benetz 


Benètz 


Benoiitz 


Beneraiz 


Beneretz 


Bénin 


Benèn 


Benoun 


Beneran 


Beneren 



368 



IMPÉRATIF SUBJONCTIF 


INFINITIF 

Présent 


PARTICIPE 




Présent 


Imparfait 


Présent 


Vends 


Quejevende 


Queje vendisse 


Vendre 


Vendant 




Que beniey 


Que benoussi 


Bene 


Benenl 


Ben 


Que bénies 


Que benousses 




Passé 




Que bénie 


Que benousse 




Vendu, ue 


Benem 


Que beniam 


Que benoussem 




Benut 


Benetz 


Que benialz 
Que benien 


Que benoussetz 
Que benoussen 




Benude 



577. — Indicatif : — Passé indéfini, èy benut, j'ai vendu ; 
— Passé antérieur, habouy benut ^ j'eus vendu ; — Plus-que- 
parfait, habi benut, j'avais vendu ; — Futur passé, haberey 
benut, j'aurai vendu ; 

Conditionnel : — Passé, haberi benut, j'aurais vendu ; 

Subjonctif : — Passé, quliayi benut, que j'aie vendu ; — 
Plus-que-parfait, qu'haboussi benut, que j'eusse vendu ; 

Infinitif : — Passé, habe benut, avoir vendu ; 

Participe : — Passé, habent benut, ayant vendu. 



Remarques sur les verbes de la deuiième conjugaison. 



578. — Presque tous les verbes de cette conjugaison ont 
pour primitifs des verbes de la troisième conjugaison latine ; 
aussi, étaient-ils anciennement terminés en er : — Bener de 
vendere, creder de credere, etc. On sait que la pénultième de 
ces infinitifs latins est brève ; c'est ce qui explique pourquoi 
la finale des infinitifs béarnais a un son peu sensible. 

Quelques verbes de la seconde conjugaison latine, en 
passant au béarnais, ont été assimilés à ceux de la troisième. 
Nous avons dans notre deuxième conjugaison arride de 
ridere, rire, bede de videre, voir, debe de debere, devoir, 
tiene ou thiene de tenere, tenir. L'e final de ces verbes ne 



s'entend pas plus que celui qui, dans les autres infinitifs, 
représente la terminaison brève des primitifs latins. 

579. — Il y a dans cette conjugaison quelques verbes dont 
l'infinitif se termine en xe ; prononcez che. Tels sont : — 
Connexe^ connaître, crexe, croître, naxe, naître, parexe, 
paraître, pèxe, paître. On peut les écrire ainsi : — Coimeixe, 
creixe, etc, etc, la prononciation ne change pas : — Cowieche, 
crèche, pareche, etc. 

Les primitifs de ces verbes sont cognoscere, crescerCfiiasci, 
apparescere, pascere. On sait que le béarnais met x k\a place 
de se étymologiques ; on l'a déjà vu dans les noms, n" 169 : 
— Hèix, charge, de fascis, peix, poisson, de piscis. 

Mais texe, tisser, de texere, a conservé Vx du latin, de 
même que le substantif honix, buis, de buxus, plèix, haie, de 
plexus, entrelacement. 

De crescere et de nasci, croître, naître, l'italien a fait cresce, nasce, 
qui se prononcent comme crexe, naxe en béarnais : crèche^ nache. 

580. — La troisième personne du pluriel du présent de 
l'indicatif se termine aussi en en [e doucement fermé) ; on 
dit : hen'm et benen, ils vendent. 

La première personne du singulier du présent du sub- 
jonctif peut être terminée en i muet : — que béni et que 
beniey, que je vende. 

581. — Les verbes en be ont une diphthongue à la troi- 
sième personne du singulier du présent de l'indicatif, et à 
la seconde du singulier de l'impératif : 

— Bebe, boire, beu, il boit, beu, bois ; bibe, vivre, biu, il 
vit, biu, vis; debe, devoir, deti, il doit, deu, dois; escribe, 
écrire, escriu, il écrit, escriu, écris; recebe, recevoir, receu, 
il reçoit, receu^ reçois. 

24 



370 — 



On a déjà vu, n** 73, que b après ^, i (c'est ici le cas, 
bibe) se transforme souvent en u: — Heure, février ; de 
februarius, Hure, une livre, de libra. 

Dans les Fors, la troisième personne du singulier du pré- 
sent de l'indicatif de recebe, recevoir, est recep, il reçoit. 

Cabe, être contenu, sabe, savoir, font à cette même personne 
cab ou cap, sab ou sap. On emploie cab, sab devant une 
lettre douce et devant une liquide; b se change en p devant 
une voyelle ou une forte ; p est la lettre étymologique ; lat. 
capere, sapere. 



582. — Ces mêmes verbes en be peuvent faire au futur et 
au présent du conditionnel : 

— Beberey, beberi, ou beurey, beuri, je boirai, je boirais; 
biberey, biberi, ou biurey, biuri, je vivrai, je vivrais; deberey, 
debery, ou deurey, deuri, je devrai, je devrais; escrîberey, 
escriberi, ou escriurey, escriuri, j'écrirai, j'écrirais; receberey, 
receberi, ou receurey, receuri, je recevrai, je recevrais; 
saberey, saberi, ou saurey, sauri, je saurai, je saurais. 

Voir dans les Remarques qui suivent la conjugaison du 
verbe auxiliaire habe, avoir, une transformation analogue de 
haberey, haberi, j'aurai, j'aurais, en haurey, hauri. 



583. — Verbes de la deuxième conjugaison, au présent 
de l'infinitif et de l'indicatif, au passé défini, au participe 
passé : 

Badi, badouy, badut. 
Bebi, bebouy, bebut. 
Cadi, cadouy, cadut. 
Défendis defendouy, defendut. 
Enteni, entenouy, entenut. 
Escribij escribouy, escribut. 
Escouni, escounouy^ escounut. 
Heni, henouy, hemit. 



Bade 


Devenir, nailre 


Bebe 


Boire 


Cade 


Tomber 


Défende 


Défendre 


Entene 


Entendre 


Escribe 


Ecrire 


Escoune 


Cacher 


Hene 


Fendre 



— 371 



Mentabe 


Mentionner 


Mete 


Mettre 


Pêne 


Pendre 


Prenne 


Presser 


Respoune 


Répondre 


Tene 


Tendre 


Tiene 


Tenir 


Texe 


Tisser 



Mentabi^ mentabouy, mentabut. 
Meti, metouy, mctut. 
Peni^ penouy, penut. 
Premi^ premotiy, premiit. 

Respouni, respounouy, respounut. 

Teniy tenouy, ternit. 
Tieni, tienouy, tienut. 
Texi, texouy, texut. 



VERBES IRRÉGULIERS DE LA DEUXIÈME CONJUGAISON. 

584. — Baie, valoir, est à la troisième personne du sing. du 
présent de l'indicatif : bail, il vaut ; diphthongaison de bal. 

Au présent |du subjonctif: — Que baïhi, qne balhes, que 
balhe, que balham, que balhatz, que balhen ; (i peu sensible, e 
se prononce comme un o doux). 



585. — Bede, voir, fait au présent de l'indicatif, bey ou 
bedi^ bedeSy bed, je vois, tu vois, il voit, et au passé défini, 
bi, bis, bi, bim, bitz, bin ; ce sont des formes contractes du 
parfait latin vidi^ etc. On emploie aussi bedoiiy, bedous, etc. 

Au futur et au conditionnel présent, on se sert de beyrey, 
beyri, pour bederey, bederi. 

Présent du subjonctif : — Que beyi, que beyes, que beye^ 
que beyam, que beyatz, que bey en; on peut dire, forme régu- 
lière : — Que bediey, que bedies, etc. 

Impératif: — Bed, beyes, vois, beyam et biam, voyons, 
beyatz, voyez. Au lieu de beyam, biam, voyons, on dit bam, 
voyons, et, par le changement de b en m, ma m; n* 98. 

Le participe passé est bist, biste. 

On trouve la forme de l'impérati'f bed dans ce proverbe 
usité chez les pasteurs d'Aspe et d'Ossau, lorsque approche 
la foire d'Oloron, 9 septembre : 



— 372 — 

Bed ère hère, bed et hibèr, Vois la foire, vois l'hiver, 
Bed ère nèu darrè deu Bèr. Vois la neige derrière le Ber. 

a Voici, voilà » sont dans les Récits d'Histoire Sainte : vet, 
bed, quand on s'adresse à un seul, ve-bs, be-ps, lorsqu'on 
s'adresse à plusieurs : « Femne, vet ton filh », femme voilà 
ton fils; « be-ps que puyaram », voici nous monterons. 

Vers la fin du xvi^ siècle, les formes françaises « voici 
voilà » se trouvent béarnisées dans les Psaumes ; Arnaud de 
Salettes emploie veci, vêla. 

586. — Boule, vouloir, boùy, boulony, boulut. — Il est 
irrégulier au présent de l'indicatif, aux trois personnes du 
singulier : — bouy, bos, boû, je veux, tu veux, il veut; à la 
troisième personne du pluriel, ou du radical se change en 
0: — Bolin, ils veulent. 

Au présent du subjonctif il fait : — Que boulhi, que 
boulhes, que boulhe, que boulham, que boulhatz, que boulhm; 
{i peu sensible, e se prononce comme un o doux). 

Les terminaisons de l'impératif sont les mêmes que celles 
des personnes qui leur correspondent au subjonctif. 

Formes anciennes de ce verbe : — voler, boler, vouloir ; 
voleu, voulaient, volera, voudra; no vulhatz, ne veuillez pas; 
bolossetz, vous voulussiez; vulfi, je veux; que bols? que 
veux-tu? — Volren, voudraient, dans VEnq. sur les serfs du 
Béarn; mais le ms. porte vorren, qu'il aurait fallu conser- 
ver. Bourretz est encore aujourd'hui usité en gascon « bour- 
retz oubri la beno » vous voudriez ouvrir le veine ; Les 
Macariennes; Paris, Aubry, 1862. 

587. — Crede, croire ; présent de l'indicatif : — Credi, ou 
crey, credes, cred, etc. ; au passé défini, cregouy est aussi usité 
que credouy. 

Présent du subjonctif : — Que creguey, que cregues, que 
cregue, que cregam, que cregatz,que creguen; on dit aussi 



— 373 — 

conformément au modèle : — Que crediey, que credies, etc. 
Participe passé : — Au lieu de crediity on dit aussi cregut. 

588. — Dise, dire, est irrégulier à la première et à la 
troisième personne du singulier du présent de l'indicatif : — 
Die, je dis, ditz, il dit. On peut se servir de disi à la première 
personne du singulier, die, je dis, est la forme ancienne : 
— « Si jo suy soutz et die que ey pagat lo deute, jo provare 
ab testimoni y>, si je suis libéré et si je dis que j'ai payé la 
dette, je prouverai par témoin ; Fors de Béarri. 

Dans quelques localités, on emploie, au passé défini, 
dixouy (dichouy) à la place de digoiiy ; c'est la forme 
ancienne dixii, qui reproduit la forme lat. dixi ; voici la 
troisième personne du pluriel dixerunt : « Los de Babilonia 
anan au rey, et dixon lo », ceux de Babylone allèrent vers 
le roi et lui dirent ; Récits d'Hist. Sainte. — De même, en 
espagnol, dans le Poème du Cid : 

Dixo el rey : plazme de veluntad. 
Le roi dit : j'y consens volontiers. 

Matines e prima dixieron faz' al alba. 
Ils dirent matines et prime jusqu'à l'aube. 

En catalan : — « dixeren los luheus », les Juifs dirent ; Genesi 
de Scriptura, édit. Y. Amer. 



Présent du subjonctif: — Que diguey, que digues, que digue, 
que digam, que digatz, que diguen. 

Au participe passé, il fait dit, dite ; anciennement, 
dîct, dicta, ou diit, diite. 

589. — Poude, pouvoir, pouix, poudouy, poudut ; — au 
présent de l'indicatif : Pouix (prononc. poucli), poudz, podi, 
je puis, podes ou pos, tu peux, pot, poudem, poudetz, podin, 
il peut, nous pouvons, etc. 



— 374 — 

Présent du subjonctif : — Que ponsquey, que pousques, 
que pousque, que pouscani, que pousquatz, que pousqtien ; — 
s peut s'articuler comme ch. 

Au futur et au conditionnel présent, au lieu de pouderey^ 
pouderi, je pourrai, je pourrais, on se sert de pouyreyy pouyriy 
anciennement, poyrey, potjri. 

Evdi'ipoyra servit de basto de lacob. 

Sonn.LG. 
Elle te pourra sertir de bâton de Jacob. 

590. — Les verbes biene, venir, prene^ prendre, tiene, 
tenir (anciennement thitr), peuvent prendre un g au passé 
défini et au participe passé : biengouy, prengotiy, tiengoiiy, 
au lieu de bienouy, prenoiiy, tienouy ; — et biengut, prengut, 
tiengtity au lieu de blenut, premit, tiemit. — Prene, au 
participe passé, fait aussi près, prese. 

Le g peut se changer en c : — Biencouy, prencouy, 
tiencoîiy^ie vins, je pris, je tins ; — Biencut, prencut, tiencut^ 
venu, pris, tenu. 

Présent du subjonctif ; Que bienguey ou qtte bienquey, que 
biengues ou que bienques, etc. — Prene et tiene se conjuguent 
de même à ce temps : que tiengiiey ou que tienquey, etc. 



L'ancien français avait pareillement le g dans l'écriture, si non 
dans la prononciation, des verbes venir, tenir : 

Je vous mant qu'en tele seson, 

A tele eure et a tel jor 
Yeingniez en tel lieu sans sejor. 
Chanson ; ini« s. 

— « Se vous boutez en ost et que je vous y tiegne, je vous livrerai 
à Jocelyn. » — Froissart. 

591. —Aucide et connexe, tuer, connaître, prennent aussi 



— 375 — 

le g au passé défini : aucigouy^ counegoiiy ; ils font au par- 
ticipe passé aucii, counegut. — - Bibe, vivre ; passé défini : 
bibouy ou biscouy ; participe passé : bibut ou biscut. — Cade, 
tomber; présent de l'ind., cadiou cayi, ie^iomhe, cad ou cay^ 
il tombe; passé défini, cadouy ou cayoïiy; présent du subj., 
que cadiey ou que cayi; participe passé, cadut ou cayut. — 
En gascon caje, tomber; notre cayou, il tomba, en espagnol 
cayo ; 

Salvest a Jonas quando cayo en la mar. 
Poème duCid. 

Tu sauvas Jonas lorsqu'il tomba dans la mer. 

Ce changement de d eny sl lieu aussi à quelques temps 
du verbe bade, devenir, naître ; bayou, il devint, que bayi, 
que je devienne, bayut, devenu. 

592. -— Debe, devoir ; à la deuxième pers. du singulier, 
présent de l'indicatif, deus contraction de debes, tu dois; 
formes anciennes ; degora, devrait, degues, qu'il dût ; dey, 
contraction de debi, je dois ; deye, qu'il doive ; degut, degude, 
dû, due. — Au degut, dûment, convenablement ; usité encore 
aujourd'hui. 

Perde, perdre ; passé défini : perdouy ou pergouy ; par- 
ticipe passé : perdut ou pergut. 

593. — Bie, venir, s'emploie pour biene. Le verbe bie (anc. 
bier, bir), aujourd'hui bi, à Accous, est à la troisième pers. 
du sing., à la première et à la seconde personne du pluriel 
du présent de l'indicatif: bie, biem, Metz (e fermé), il vient, 
nous venons, vous venez ; à l'imparfait de l'indicatif biebi, je 
venais, bieben, ils venaient ; à l'impératif, seconde personne 
du pluriel, bietz, venez, et, à la seconde du singuUer, dans 
cette locution sa-bi, viens ; elle s'explique ainsi : bi, impér. 
del'anc. bir, viens, sa, ça, ici. Elle est très-usitée avec cette 
forme contracte, sa-î/, viens. 



— 376 — 

On trouve dans les Fors : Bieran, viendront, bim^en, vien- 
draient, qui sont des formes du futur et du conditionnel, 
bierey, bieri, je viendrai, je viendrais. 

594. — Sabe^ savoir, sabij sabouy^ sabnt. — Présent de 
l'indicatif : se, sèy, je sais, sont plus usités que sabi, forme 
régulière. M. Lamaysouette, dans Vlmit. de J.-C, écrit 
toujours saiy. A la deuxième personne du singulier, on dit 
saps ou sabes, tu sais. — L'accent seul fait distinguer sabi, je 
sais, de sabi, je savais ; il est sur la pénultième au présent 
et sur la dernière syllabe à l'imparfait. 

Le présent du subjonctif de ce verbe est que sapiey, que 
sapies, que sapie, que saplam, etc, que je sache, que tu 
saches, qu'il sache, que nous sachions, etc. 



TROISIÈME CONJUGAISON. 

Audi, Entendre. 

595. — La troisième conjugaison a le présent de l'infinitif 
terminé en i. 

Prononciation des terminaisons. 

596. — e est doucement fermé à la seconde personne du 
singulier du présent de l'indicatif. 

597. — Il sonne comme un o doux à l'imparfait de l'in- 
dicatif, au présent et à l'imparfait du subjonctif. 

598. — i a un son faible à la première personne du 
singulier, à la troisième du pluriel du présent de l'indicatif, 



— 377 — 

à la première du singulier de l'imparfait de l'indicatif et 
du subjonctif. 

599. — La prononciation de i est forte partout ailleurs. 





INDICATIF 




CONDITIONNKL 


Présent 


Imparfait 


Passé défini 


Futur 


Présent 


J'entends 


J'entendais 


J'entendis 


J'entendrai J'entendrais 


Audexi 


Audibi 


Audi 


Audirey 


Audiri 


Atidexes 


Audibes 


Audis 


Audiras 


Audires 


Audex 


Audibe 


Audi 


Audira 


Audire 


Audim 


Audibem 


Audim 


Audiram 


Audirem 


Auditz 


Andibetz 


Auditz 


Audiratz 


Audiretz 


Aîidexin 


Audiben 


Audin 


Audiran 


Audiren 


IMPÉRATIF 


SUBJONCTIF 


INFINITIF 


PARTICIPE 



Présent Imparfait Présent Présent 

Entends Que j'entende Que j'entendisse Entendre Entendant 

Qu'audesquey Qu'audissi Audi Audint 
Audex QiCaudesques Qu'audisses Passé 

Qa'audesque Quaudisse Entendu, ue 

Audim Qu'audiam Qu'audissem Audit 

Auditz Qu'audiatz Qu'audissetz Audide 

QiCaudesquen Qu'audissen 

A la troisième personne du singulier, présent ind., audex, 
iUentend ; on dit aussi, aud, aut : — « Lo senhor qui aut 
lo pleyt », le seigneur qui entend le procès. Fors de Béarn ; 
« tôt homi qui es de bertat, aut la mia palaura », tout 
homme qui est de la vérité, écoute ma parole, Récits 
d'Histoire Sainte ; 

Aus dus boutz Aux deux bouts 

Deu mon s'aud son lengoadge. Du monde s'entend son langage. 
Psaumes. 



— 378 — 

600. — Indicatif : — Passé indéfini, è?/ audit, j'ai entendu; 
— Passé antérieur, habouy audit, j'eus entendu ; — Plus- 
que-parfait, habi audit, j'avais eniendu ; — Futur antérieur, 
haberey audit, j'aurai entendu ; 

Conditionnel : Passé, haberi audit, j'aurais entendu ; 

Subjonctif: — Passé, qu'hayi audit, que j'aie entendu ; — 
Plus-que-parfait, qu'haboussi audit, que j'eusse entendu; 

Infinitif: — Passé, habe audit, avoir entendu; 

Participe : — Passé, habent audit, ayant entendu. 



Remarquer sur les verbes de la troisième conjugaison. 

601. — Les verbes de cette conjugaison dérivent, en 
général, de verbes appartenant à la quatrième conjugaison 
des Latins ; anciennement on écrivait audir de audire, ferir 
de ferire, prudir de prurire, etc. 

Quelques-uns ont, pour primitifs, des verbes latins de la 
seconde et de la troisième conjugaison, gaudi-s de gaudere, 
se réjouir, embadi de invadere, envahir, souffri de sub-ferre, 
souffrir, tradi de tradere, trahir 

602. — X, aux trois personnes du singulier, à la troisième 
du pluriel du présent de l'indicatif, et à la seconde du sin- 
gulier de l'impératif, se prononce comme la double consonne 
française ch : — Audexi, j'entends, etc., dites audechi, etc. 

Cette orthographe est dans tous les textes écrits en pur 
béarnais : fereix, il frappe, embadeix, il envahit. — L't qui 
précède l'a?, ne se prononce pas. 

Nous avons vu dans les meilleurs textes que ces terminai- 
sons verbales s'écrivaient tantôt avec i et tantôt sans i après e. 
Nous avons adopté cette dernière écriture, qui est plus sim- 
ple que l'autre : audexin au lieu de audeixin. 

— « Lo mon (vos) encorrotexs... prumer ha encorrotit 



— 379 — 

mi», le monde vous hait... il m'a haï le premier; Récits 
d'Histoire Sainte. 
Com un hum s'esvanoex. Comme une fumée s'évanouit. 

Ps. LXVIII. 

S'usan e s'envielexin. S'usent et s'envieiUissent. 

Ps. xxn. 

— « Ed no-s gaudex en res deu loc d'Araspin-Jusoo », il 
n'a aucune jouissance du lieu d'Araspin-Juson ; Enq. sur les 
serfs du Béarn. 

On ne peut s'expliquer la présence de Vx dans ces termi- 
naisons que pour quelques verbes. 

On sait que Vx, se prononçant ch, remplace en béarnais 
les deux consonnes se, nol69, qui se trouvent dans les primi- 
tifs latins ; nous l'avons rappelé un peu plus haut au sujet 
de quelques verbes de notre seconde conjugaison : -—couuexe^ 
connaître, de cognoscere. 

Or, quelques verbes de notre troisième conjugaison vien- 
nent de verbes latins où figurent les consonnes se : — Gémi 
de ingemescere, gémir, langui de languescere, languir, eslouri-s 
de ef/lorescere, moisir. 

On a donc : — Gemexi de ingemisco, je gémis, languexi de 
languesco, je languis, etc. C'est conforme au procédé qu'a 
suivi le béarnais pour la formation de plusieurs de ses mots. 

Le présent du subjonctif, que languesquey, que languesques, 
que languesque, s'est évidemment tiré de languescam, lan- 
guescas, languescat, que je languisse, «^îtc. 

Les autres verbes de la troisième conjugaison béarnaise 
auraient-ils été modelés sur ceux-là ? On pourrait le croire. 

603. — Dans les terminaisons du présent du subjonctif, 
esquey^ esques, etc., la première syllabe es se prononce quel- 
quefois ech : qu'audechquey, etc., que j'entende, etc. 

604. — Verbes de la troisième conjugaison : présent de 
l'infinitif, présent de Vindicatif, passé défini, participe passé ; 



380 



Aîibedi 


Obéir 


Basti 


Bâtir 


Bouri 


Bouillir 


Causi 


Choisir 


Escoupi 


Cracher 


Esmali 


Irriter 


Espudi 


Détester 


Feri 


Frapper 


Lusi 


Luire 


Langui 


Languir 


Neuri 


Nourrir 


Parti 


Partager 


Pati 


Pâtir 


Poeyri 


Pourrir 


Presti 


Pétrir 


Segouti 


Secouer 



Aubedexi, auhedi, anbedit. 
Bastexi, basti, bastit. 
Bourexi, bouri, bourit. 
Causexi, causi, causi t. 
Escoupeoci, escoupi, escoupit. 
Esmalexi, esmali, esmalit. 
Espudexi, espudi, espudit. 
Ferexi, feri, ferit. 
Lusexi, lusi, lusit. 
Languexi, langui, languit. 
Neurexi, neuri, neurit. 
Partexi, parti, partit. 
Patexi, pati, patit. 
Poeyrexi, poeyri, poeyrit. 
Prestexi, presti, prestit. 
Segoutexi, segouti, segoutit. 



VERBES IRRÉGULIERS DE L\ TROISIÈME CONJUGAISON. 

605. — Auffri, offrir. A la première personne du présent 
de l'indicatif, on emploie auffri ; l'/a un son peu sensible. 

You ^'auffri dounc ma bère arrame. 

V. de Bataille. 

Je vous offre donc mon beau rameau. 

Au participe passé on dit auffert, aufferte. La forme plus 
ancienne est auherit auheride de auheri, au lieu de auffri, 
encore usité. 



606. — /, aller; — « ir, bir », aller, venir; dans un docu- 
ment de 1334 ; Arch. Bass.-Pyr., E, 4593 ; « cum hy iram? 
comment irons- nous à lui ? Récits d'Hist. Sainte » ; « las 
femnes qui iran après Madone », les femmes qui iront à la 
suite de Madame ; Honn. d'Archambaud. 



— 381 — 

S'en iran a hoeyte. S'en iront en fuite. 

Psaumes. 

Embales que l'esperou pique 
Ou l'agulhou ta nou-y pas i, 
Lou diable a la coude se hique, 
Et que j-entren a rebouhi. 

Navarrot. 



— C'est en vain que l'éperon pique — Où l'aiguillon pour n'y 
pas aller, — Le diable à la queue se met, — Et l'on y entre au 
rebours (1). 

Ce verbe est usité aujourd'hui, au futur, un peu partout en 
Béarn ; dans les vallées d'Aspe et de Baretous particulière- 
ment, on emploie le présent de l'infinitif, l'imparfait de 
l'indicatif, le participe passé, it, ide. 

On a indiqué à M. Luchaire un présent du subjonctif : 
que je, que j'aille, que jes, que tu ailles, que jam, que nous 
allions, que jen^ qu'ils aillent (2). 

607. — Mouri, mourir, mourexl, mouri, mourt. A la pre- 
mière personne du singulier du présent de l'indicatif, il fait 
quelquefois uiori, je meurs ; le participe passé est irrégulier : 
mourt, mourte. 

608. — Les verbes droumi, dormir, ourhi, ouvrir, parti, 
partir, segui^ suivre, senti, sentir, serhi, servir, sourti, sortir, 
sont tous irréguliers de la même manière , aux mêmes 
personnes et aux mêmes temps : — Au présent de l'indica- 
tif, à la seconde personne du singulier de l'impératif et au 
présent du subjonctif. 



(1) Muletiers et bouviers ne peuvent empêcher leurs bêfes d'entrer dans 
récurie de l'auberge i'Estanguet, près du pont de Lescun, vallée d'A»pe. 

(2) Etudes sur les idiomes pyrénéens, p. 285. 



— 382 - 

RÈGLES pour la prononciation des terminaisons de ces 
temps irréguliers : — 1* <? est doucement fermé, à la seconde 
personne du singulier du présent de l'indicatif; 2» il se 
prononce comme un o doux dans les terminaisons du 
présent du subjonctif ; 3« i se fait peu sentir dans la pronon- 
cirtion à la première personne du singulier, et à la troi- 
sième du pluriel du présent de l'indicatif : 

Droumi : — Présent de l'indicatif, droumi, droumes, droum, 
droumim, droumitz, droumin; — Impératif, droum; Présent 
du subjonctif, que droumiey, que droumies, que droumie, que 
droumiam, que droumiatz^ que droumien. 

Ourbi : Présent de l'indicatif, orbi, orbes, orb, ourbim, 
ourbitz, orbin; — Impératif, orb; Présent du subjonctif, 
qu'orbiey, qu'orbies, qu'orbie, qu'ourbiam, qu'ourbiatz, qu'or- 
bien. 

Le participe passé de ce verbe est oubert, ouberte, et 
ubert, uberte. On trouve dans les Fors : — «las maas libertés*, 
les mains ouvertes. 

Au lieu de ourbi, ouvrir; on dit aussi auhri\ présent de 
rindicatif, aubrexi^ j'ouvre. 

Parti : Présent de l'indicatif, parti, partes^ part, partim, 
partitz, partin; — Impératif, part; — Présent du subjonc- 
tif, que partiey, que parties, que partie, que partiam, que 
partlatz, que partien. 

Segui : — Présent de l'indicatif, sègui, sègues, sèg, seguiin, 
seguitz, sèguin; — Impératif, sèg; — Présent du subjonctif, 
que sèguieii, que sèguies, que sèguie, que seguiam, que segulatz, 
que sèguien. 

Senti : — Présent de l'indicatif, senti, sentes, sent, sentiai^ 
sentitz, sentiu; — Impératif, sent; — Présent du subjonctif, 
que sentiey, que senties, que sentie, que senliam, que sentiatz, 
que sentien. 

Serbi: — Présent de l'indicatif, serbi, serbes, serb, serbim, 
serbitz , serbin ; Impératif, serb; Présent du subjonctif, que 



— 383 — 

serbiey^ que serties, que Serbie^ que serbiam, que serbiatz, que 
serbien. 

— La deuxième personne du singulier, présent de l'indi- 
catif, est serbexs dans les Récits d'Hist. Sainte, t. i, p. 54. 

Sourti : — Présent de l'indicatif, sorti, sortes, sort, sour- 
tim, sourtitz, sortin; — Impératif, sort; — Présent du sub- 
jonctif, que sortiey, que sorties, que sortie, que sourtiam, que 
sourtiatz, que sortien. 

609. — Les trois verbes segui, suivre, senti, sentir, serbi, 
servir, se conjuguent aussi régulièrement sur midi. 

610. — Segonti, secouer, à la troisième personne du sin- 
gulier du présent de l'indicatif, peut faire srgout, au lieu de 
segoutex : 

Lou passerou segout soun aie et sa coudete. 

D'^Mayniel. 

Le moineau secoue son aile et sa (petite) queue. 

611. — Le participe passé de souffri, souffrir, peut être 
souffert, au lieu de souffrit. — « Avia sufert xii ans», il 
avait souffert douze ans; Gloss. occit. 

612. — Fugir, fuir, employé dans les Fors et dans les 
Récits d'Hist. Sainte, est devenu hoeye ; il appartient à la 
deuxième conjugaison : — « fara fugir dabanttu », fera fuir 
devant toi ; 

Mon pee totas las vias hoey Mon pied fuit toutes les voies 
De l'homi qui hè violensa. De l'homme qui fait violence. 

Psaumes. 

Escusatz-me per la begade, Excusez-moi pour le moment , 
Si ditzla drolle, e que hoegou. Dit la rusée, et elle fuit, 

Hatoulet, 



FORMATION DES TEMPS. 

613. — Les temps primitifs sont en béarnais : — Le pré- 
sent de Vindicatifs le passé défini^ le présent de l'infinitif ^ et le 
participe passé. 

Du présent de Vindicatif se forment : 

1° L'imparfait de l'indicatif, en ajoutant au radical les 
terminaisons ahi pour la première conjugaison, i (fort) pour 
la seconde (c'est une contraction de ehi), «6/ pour la troisième; 
ainsi ahi, ebi, ibi correspondeift aux formes latines abam, 
ebam, iebam. 

Aym i, j'aime, aym abi, j'aimais ; — Ben ^, je vends, ben ebi^ 
je vendais, par contraction beni\ — Aud m, j'entends, 
aud ibi, j'entendais ; 

2* Le présent du subjonctif, en ajoutant au radical, i peu 
sensible pour la première conjugaison, iey pour la seconde, 
esquey pour la troisième ; prononcez doucement, io?/, esquoy. 

Aym i, j'aime, qu'aym ^, que j'aime; — Ben «*, je vends, 
que ben iey, que je vende ; — Aud exi, j'entends, qtVaud- 
esquey, que j'entende ; 

3» L'impératif a la même forme que la troisième personne 
du singulier du présent de l'indicatif : 

Aymé, il aime, ayme, aime ; — Ben, il vend, ben, vends ; 

— Audex, il entend, audex, entends. 

On se sert aussi, pour l'impératif, de la seconde personne 
du singulier, de la première et de la seconde du pluriel du 
subjonctif présent. 

Du passé défim se forme l'imparfait du subjonctif, en ajou- 
tant si, (î doux), à la seconde personne du singulier: — 
Aymey, aymas,ydi\in3ii, tu aimas, quaymassi, que y aimasse; 

— Benouy, benous, je vendis, tu vendis, que benoussi, que je 
vendisse ; — Audi, audis, j'entendis, tu entendis, qiCaudissi, 
que j'entendisse. 



~ 385 — 

Le présent de V infinitif sert à former le futur et le condi- 
tionnel présent ; on y ajoute les terminaisons rey^ ri : — 
Ayma, aimer, aymarey, ai/m«n, j'aimerai, j'aimerais; — Bene, 
vendre, benerey, beneri^ je vendrai, je vendrais ; — Audi^ 
entendre, audirey, audiri, j'entendrai, j'entendrais. 

Du présent de V infinitif se forme aussi le participe présent, 
en y ajoutant nt pour toutes les conjugaisons ; on a ainsi les 
participes latins ans^ antis ; ens, entis ; iens, ientis ; int^ en 
béarnais, provient de «e^^s, z>w^/s,parla contraction de te en i 

Aym-a, aimer, aym-ant, aimant, ben-e, vendre, ben-ent, ven- 
dent, aud-i, entendre, mid-int, entendant. 

Du participe passé, on Ta déjà vu, se forment tous les 
temps composés avec les auxiliaires esta, être, habe, avoir. 



ANCIENNES FORMES VERBALES. 

614. — La première personne du singulier du passé 
défini, deuxième conjugaison, était terminée en u : — dixu, 
je dis, escriscu, j'écrivis, tregii, je tirai. 

La deuxième personne du singulier de ce temps, dans les 
verbes des différentes conjugaisons, se terminait en est, ist, 
ost^ ust : manest, tu commandas, fist, tu fis, dixost, tu dis, 
pergust, tu perdis. — On sait que les formes est, ist, sont 
indiquées par H. Faidit dans le Donatz proensals, grammaire 
du xiii^ siècle. 

Le futur, à la première personne du singulier, dans toutes 
les conjugaisons, était fréquemment en re : — « Jo lo 
batalhare ab la ajuda de Nostre Senhor et lo destrugere, et 
ostare aquesta premsa de Israël », je combattrai contre lui, 
je le détruirai, et ôterai cette oppression de dessus Israël; 
Récits d'Histoire Sainte (i). 

(i) Nous avons transcrit, n» 534, des futurs en arey tirés des Psaumes-, 
c'était la forme qu'Arnaud de Salettes employait le plus souvent ; mais on 
trouve aussi dans ses vers des futurs en are. 

25 



— 336 — 

Le présent du conditionnel avait pour terminaison ori^ 
particulièrement à la deuxième conjugaison : — « podori/je 
pourrais, podore, il pourrait ; remetore, il remettrait, ben- 
gore, il viendrait. 

Be, pour le futur, est encore usité aujourd'hui : irè^ j'irai, 
Ihebarè, je lèverai ; ori du conditionnel est ouri; — habouri, 
j'aurais, poudouri, je pourrais. Le son de la voyelle finale 
est souvent peu sensible. 

C'est ce qui a lieu aussi pour les autres formes du condi- 
tionnel ; elles ne sont pas toujours accentuées, ainsi qu'il a 
été indiqué ci-dessus, p. 334: — la voyelle finale peut être 
atone ; on le voit dans les vers ; elle s'élide devant une 
voyelle et s'emploie en rimes féminines : 

Per sabe tout permè si i-haboiire oppausans. 

Fondeville, Egl. ms. 

Pour savoir tout d'abord s'il y aurait des opposants. 

Ed ha tabee volut 
Que sent Pè housse un roc, on sa gleyse bastire, 
Laquoale tout l'ihèr james no destruslre. 

Fondeville, Egl. ms. 

Il a aussi voulu 
Que saint Pierre fût un roc, où il bâtirait son église, 
Que tout l'enfer jamais ne détruirait. 

L'ancien béarnais avait, comme d'autres dialectes romans, 
des futurs et des conditionnels « décomposés » : l'infinitif 
était séparé de la terminaison par un ou deux pronoms com- 
pléments : — amar lo an pour amaran lo, ils l'aimeront, 
prener los as pour los preneras, tu les prendras ; « la cort 
dar Vy ha » pour « la cort l'y dara^ la cour le lui donnera; 
« provar ac ha a goart de la cort », pour ac provara etc., il 
le prouvera devant la cour; For de Morlaan, art. 24 et 243. 
On trouve de très-nombreux exemples de futurs et de con- 
ditionnels <i décomposés » dans les Récits d'Histoire Sainte : 



— 387 — 

dar fan pour te daran, te donneront ; perder fes pour te 
perderes, tu te perdrais (1). 

A la première conjugaison, le présent du subjonctif, pre- 
mière personne du singulier, se terminait en ey : per que-t 
mostrey, pour que je te montre; Récits d'Histoire Sainte. 
C'est ainsi qu'actuellement, dans la vallée d'Aspe, on dit : 
eau que-m Ihebey, il faut que je me lève; il n'en est resté 
que Ve dans le béarnais de la vallée de Barétons : eau 
que-m Ihebe (2). 

La troisième personne du singulier de l'imparfait du sub- 
jonctif avait deux terminaisons : ^ej^<?s, lexesse, qu'il laissât, 
tiencos, tiencosse, qu'il tînt, anas, anasse, qu'il allât, /bs, 
fosse, qu'il fût ; la forme courte était plus fréquemment em- 
ployée que la forme allongée. 

EMPLOI DES AUXILIAIRES. 

615. — En béarnais, tout verbe transitif prend l'auxiliaire 
habe, avoir: qu'habem bist, nous avons vu ; les verbes intran- 
silifs se conjuguent, les uns avec l'auxiliaire habe, avoir : 
qulian droumit, ils ont dormi, les autres avec l'auxiliaire 
esta, être : quoand estou cadut, quand il fut tombé. 

616. — Anciennement; l'auxiliaire ne précédait pas tou- 
jours le participe passé : « feyt ha so qui deu », il a fait ce 
qu'il doit ; « pagat ha los diers », il « payé les deniers ; « qui 
benut haura », qui aura vendu ; o: audit habetz », vous avez 
entendu. C'est ce qui avait lieu le plus souvent, lorsqu'on 
plaçait le pronom complément entre le participe et 
l'auxiliaire : ce despausat Ve », je Y ai déposé. 

De même en français, dans Joinville : — « Ils oublièrent Dieu 
qui sauvez les avoit ». 

(1) Cf. P. Meyer: « Notice sur Guillaume de la Barre », Revue de Gas- 
cogne, IX, p. 45. — Récits d'Histoire Sainte en béarnais, t. 1, p, xviii, 203-4. 

(2) Etud. sur les idiomes pyr., p. 284-6. 



- 388 — 

* COMPLÉMKNT DES VERBES TRANSITIFS. 

617. — Souvent, en béarnais, le complément direct des 
verbes transitifs ^st précédé de la préposition a\ — « Debin 
totz soos homis ajudar au Senhor », tous ses hommes doivent 
aider le Seigneur ; a. per îwgwa justicie », pour fuir la justice; 
« si negun embadibe a negun biandant î. si quelqu'un atta- 
quait un voyageur; Fors de Béarn. 

La préposition se met pareillement, en espagnol, devant le com- 
plément direct : 

Docientos cavalleros mando exir... 
Que reciban a Minaya... 

Poème du Cid. 

Il ordonna que deux cents cavaliers sortissent 
Pour recevoir Minaya. 

Le môme fait a été constaté en français. On lit dans les Rois : 
« Entend a mei » (écoute-moi), et dans Gh. d'Orléans : 

Je prye a Dieu qu'il te maudie, 
Faulse mort, pleine de rudesse. 

Montaigne écrivait : « Pour fuyr à cet inconvénient», comme on 
avait écrit en béarnais « per fugir a justicie ». 

M. Littré a dit avec raison, Journal des Savants^ 1857 : — « Le 
dialecte de la langue d'oïl, en devenant langue générale, et en s'ex- 
posant ainsi à toutes sortes de contacts, fit à tous ses voisins des 
emprunts multipliés ». 

La confusion des complémen! s, en français, était fréquente au 
vvi^ siècle : -- « Il me semble que nostre Seigneur faict tant de 
grâces au roy et à ses serviteurs, que jamais ne feust plus besoin 
de favoriser aux pouhètes que maintenant » ; Marguerite de Navarre. 
— Henri IV écrivait à Gabrielle d'Estrées : « Vous me mandez que 
vous m'aimez mille fois plus que moi a vous ; vous en avez tnenti^ 
et le vous soutiendrai avec les armes que vous avez choisies » ; et à 
Marie de Médicis : « Si le ciel favorise a mes vœux ». 



— 389- 

Ge sont là des façons de parler (il n'est pas question de vous en 
avez menti) qui sont béarnaises. Elles ne figurent plus dans la 
langue française, depuis que Malherbe l'a dégasconnée. 



HENRI IV ÉCRIVAIN. 

*618. — Il y a dans les Lettres d'Henri IV, en fait d'écri- 
ture et d'expressions, un grand nombre d'étrangetés Les 
unes, nous le savons, étaient d'un usage fréquent dans 
Fancienne langue française ; il nous semble que les autres 
proviennent, sous la plume du Béarnais, de Thabitude 
qu'avait eue ce prince de parler l'idiome de son pays natal. 
Nous en avons déjà fait remarquer quelques-unes ; ce qui 
suit est encore du béarnais dans le français d'Henri IV : 

— « Je suis bien marri que je ne me suis pu trouver sur le port 
à votie arrivée ; 1600 ». — Nou-m souy poudut trouha. 

— « J'ai donné charge de traiter avec M. de Boisdauphin pour le 
faire estre mon serviteur ; 1585 ». Tau ha esta moun serbidou. 

Au lieu de chanson, coutume, étrier, marque, Henri IV écrivait, 
canson, costume, estrieu, merque; ces mots sont en béarnais, 
cansou, costume, estriu, merque; Il changeait ai en e, g, en y; on 
trouve dans ses Lettres : — seson pour saison, yans pour gens ; 
en béarnais sesou, yentz. 

On dit en Béarn : Lous deiis Estatz, ceux (les gens) des Etats ; 
Henri IV écrivait à Marguerite ; 4589 : « Vous savez les injustices 
qu'on a faites à ceux de la religion ». 

Dans ces exemples, lous en béarnais, ceux en français ne tiennent 
point la place d'un substantif précédemment exprimé; n" 465. 

— « Vraiment ma venue étoit nécessaire en ce pays, si elle le fut 
jamais en lieu; 1593 ». Si-n troubatz en loc (si vous en trouvez en 
un lieu) quelque part. 

— « Depuis quinze jours en cales forces de France et d'Espagne 
sont affrontées ; 1597 ». — Le béarnais emploie miey an en sa, 
depuis six mois (demi an en ça). 

— « Il passera la part où sera M de Turenne ; 1588 ». Part 



— 390 — 

signifie, côté, endroit : — Sa-hietz en aqueste part, venez de ce 
côté, en cet endroit. 

En béarnais, per dessa veut dire de ce côté-ci, du côté de celui 
qui parle : — Bienetz per dessa, venez de ce côté-ci, de mon côté. 
Henri IV écrivait de même : « Il faut que je remédie à quelques 
affaires par deçà ; mais après j'espère m'app rocher de chez vous ». 
Par deçà est aussi une locution de Montaigne, qui en a tant « du 
creu de Gascoigne ». 

Le béarnais fait un fréquent usage de tout plee, pour dire beau- 
coup, une grande quantité, un grand nombre : Datz-me^i tout plee^ 
donnez-m'en beaucoup. — Henri IV à Catherine, 1595 : — a Ils 
m'ont envoyé demander tout plein de leurs capitaines ». Cette 
locution est très-ancienne. — « Les Turs... amenèrent tout plein 
de vileins a pié » ; Joinville. 

Dans notre jidiome, hèyt, fait, s'emploie sans complément pour 
signifier fini, terminé : Si èy hèyt de boune Jiore. — Henri IV à 
Marie de Médecis ; 1601 : « Si j'ai fait do bonne heure, je m'en 
retournerai demain ». 

M. Jung, dans son livre excellent sur Henri IV écrivain, prétend 

que l'expression « l'avoir belle escapade », l'échapper belle, venait 

des Espagnols, les voisins des Béarnais. L'expression «st béarnaise; 

rien n'indique que nous l'ayons empruntée aux Espagnols, qui disent 

escapar de buenas, et non, comme nous, bère escapade. 

Henri IV écrivait, nov. 1590 : — « Nous avons résolu de partir 
demain du matin et nous trouver au rendez-vous.... et là, avec les 
arquebusiers à cheval, essayer de donner quelque estrette aux 
ennemis ». — Dans notre idiome, estreyte signifie un mouvement 
subit, un saisissement de peur, l'effet d'une surprise : da V estreyte 
surpendre . 

Despuixs aquere hèyte, Depuis ce fait, 

La hount qui tout bedou, La fontaine qui avait tout vu, 

La hount oun de V estreyte, Où. la surprise avait eu lieu, 

Bèt aute noum prengou ; Prit un autre joli nom; 

Entre las pastouretes Parmi les pastourelles 

D'aquet gauyous canton. De ce charmant canton. 

Ere que-s mentabou : Elle fut appelée : 

La hount de las poupetes. La fontaine des tetins. 
Hatoulet, Ch. inéd. 



— 391 - 

On n'affirmerait pas qu'il n'y a point dans ce couplet le souvenir 
de quelque /rec?mne de la jeunesse du Vert-Galant. 



CONJUGAISON PASSIVE. 

619. — En béarnais, comme en français, pour conjuguer 
le passif, on se sert du verbe substantif, en le faisant suivre 
d'un participe passé qui s'accorde en genre et en nombre 
avec le sujet : — Sony aymat ou aymade, je suis aimé ou 
aimée ; èri aymat ou aymade, j'étais aimé, ou aimée ; seratz 
aymatz ou aymades^ vous serez aimés, ou aimées, etc, etc. 



Anciennement, on plaçait souvent l'auxiliaire api es le participe, 
comme en latin : — Jiidyat fo, fut jugé ; la carta qui feyta eî^, le 
titre qui est fait ; déterminai es estât a Morlaas per cort mayor, 
a été déterminé à Morlaas par la cour souveraine ; si vencut era^ 
s'il était vaincu. 



VERBES RÉFLÉCHIS. 

620. — Les verbes réfléchis béarnais sont suivis, à l'infi- 
nitif, du pronom enclitique s pour se, soi : — Esdebura-s, se 
dépêcher, tiene-s, se tenir, escalotiri-s, se réchauffer. — 
Voir n° 423. 

E calé Iheba pees, prene-s a las estorces ? 

E. Vignancour. 

Fallait-il lever des poids, se prendre à la lutte. 



En italien, en espagnol, le pronom si, se, est joint aussi, comme 
enclitique, à Tinfinitif : — Presentarsi, se présenter, ofjerirsi, 
s'offrir ; — aplicarse, s'appliquer, recordarse, se souvenir. 

Nous venons de traduire a las estorces par ces mots, à la lutte. 



— 392 — 

Le vieux français avait estors, estours pour signifier : choc, mêlée, 
combat : 

Antigonus de Grèce va par Vestor poignant, 

Lance droite 

Alexandre. 

621. — Les verbes réfléchis béarnais se conjuguent avec 
un seul pronom, comme en latin ; le pronom sujet est 
indiqué par la désinence du verbe. Dans les temps composés, 
ils prennent l'auxiliaire esta, être : — Que-m cari, que-t cares, 
qtie-s care, etc, je me tais, tu te tais, il se tait, etc ; — que-m 
soîty carat y que fès carat, que sey carat, etc, je me suis tu, 
tu t'es tu, il s'est tu, etc. 

Tau se cute un aute aus laz prene 
Qui s'i pren. 

Chans. xvi« s. 
Tel s'imagine prendre un autre au piège 
Qui s'y prend (1). 

— Aplega-s, se retirer, de plicare, plier ; on plie bagage, 
avant de partir ; ayaca-s, s'étendre, de jacere, se coucher ; 
echerbuca-s, se précipiter, tomber de haut; esharri-s, s'égarer 
aller de côté et d'autre par l'effet de la frayeur ; esdebura-s, 
se dépêcher ; moiilhera-s, prendre femme ; — a que s'ey 
moulherat ou amoulherat », il s'est pris (a pris) femme ; — 
peleya-s, se disputer; abiene-s , s'entendre, se mettre 
d'accord ; cura-s, se soucier : « no se cura de lo legir », ne 
se soucia point de la lire ; eslouri-s, se moisir ; de efflorescere, 
fleurir (p. 62) ; estas, se tenir : nou pot estas dret, il ne 
peut se tenir droit. 

Dans le français de Joinville : « — « Raoul de Wanon avoit esté 
esjareté et ne pooit ester sur ses pieds ». 

(l) Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui, — Qui souvent 
s'engeigne lui-même; La Fontaine, Fab. iv, 11. 



393 — 



VERBES UNIPERSONNELS. 

622. — Baga, avoir le temps de faire quelque chose : — 
Hètz aco, faites cela; — nou-m bague pas,ie n'ai pas le temps; 
lat. 7ion mihi vacat. 

— Benta, venter, neba, ne\ger^perigla,ionneY, cale, falloir, 
pîabe, pleuvoir, peyrebate, grêler, toiirra^ geler : — '< plabe, 
ventabe, nebabe», pleuvait, ventait, neigeait. Fors de Béarn ; 
« abe plaut(l) », il avait plu ; Récits d'Histoire Sainte. 

<i Si nou-y plan, que y-arrouse », s'il n'y pleut, il y tombe 
de la rosée ; proverbe qui se dit dans les circonstances où 
tout est profit, plus ou moins; « que plan a desligue de cèu », 
il pleut à torrents ; littéralement, à délie (rupture) de ciel ; 
c'est le mit arduus œther du poète latin ; « qui escoute 
perigla, beyra lèu peyrebate », qui écoute tonner, verra 
bientôt grêler. 

Qu'aymeri mey dise quoant y-ha de lioelhes, 
Au bosc de Pau, mourtes despuixs tourra. 

Peyrer. 

— J'aimerais mieux dire combien il y a de feuilles, — Au 
bois de Pau, mortes depuis geler (depuis qu'il a gelé). 

623. — Pour signifier « falloir », le béarnais, au lieu de 
cale, employait aussi falhe (2) : — « falh que modes », il 
faut que tu meures ; « falhibe eg lo prestas la some de sieys 
scutz », il fallait qu'il lui prêtât la somme de six écus' 
Un Balcon béarnais au xw" siècle ; — « sy falh anar defore », 

(1) Plaut au lieu de plabut ; chute du b devant u. — Dans une charte 
de Mifaget, de 1287, Arch. des Bass.-Pyr., E, 289, « mentaulz » pour 
« mentabutz », mentionnés ; — « mentaut », charte landaise de 1269, 
Paul Meyer^ tiomania, m, p. 436. 

(2) Falhe, de la deuxième conjugaison, et non faillir, de la troisième, 
comme il a été indiqué dans le Glossaire d'Un Baron béarn. — Nous 
n'avons rencontré ce verbe unipersonnel dans aucun texte antérieur au 
xv» siècle. 



— 394 — 

s'il faut aller dehors, 1592 ; Sorcières dans le Béarn^ P- 64 ; 
a aubedi que falhe » ; il fallait obéir ; Fondeville, Egl. ms. 
— Il fallait, falhe , et dans un autre exemple falhibe; deux 
formes d'imparfait dont il a été question p. 343. 

624. — Arnaud de Salettes, dans les Psaumes, Fondeville, 
dans les Eglogues, mettent assez fréquemment le pronom cd, 
il, sujet apparent, devant les verbes unipersonnels (usage 
français) : — ed falfi, i] faut ; ed plabou a cautès, il plut « à 
chaudrons » (à verse). 

625. — On voit que cinq de ces verbes appartiennent à la 
première conjugaison, et que les autres sont de la seconde. 

Les premiers se conjuguent régulièrement ; cale et plabe, 
font au présent de l'indicatif eau, il faut, plan, il pleut ; le 
prés, du subjonctif de cale est que calhe, qu'il faille. 

626. — Nèhe, il neige, nebabe, il neigeait, neba, il neigea, 
nebara, il neigera ; nebare, il neigerait ; — Que nèbe, qu'il 
neige, que nebasse, qu'il neigeât ; 

— Ha nebat, il a neigé, habou nebat, il eut neigé, habè 
nebat, il avait neigé, habera nebat, il aura neigé, habere nebat, 
il aurait neigé ; — Quhayenebat, qu'il ait neigé, quhabousse 
nebatj qu'il eût neigé ; — Habe nebat, avoir neigé, habent 
nebat, ayant neigé. 

627. — Cau, il faut, calé, il fallait, calou, il fallut, calera, 
il faudra, caler e, il faudrait ; — Que calhe, qu'il faille, 
que calousse, qu'il fallut ; 

— Ha calut, il a fallu, habou calut, il eut Min, habè calut, 
il avait fallu, habera calnt, il aura fallu, habere calut, i\ aurait 
fallu ; — Qu'haye calut, qu'il ait fallu, qu'habousse calut, qu'il 
eût fallu ; — Habe calut, avoir fallu ; — Habent calut, 
ayant fallu, 



— 395 — 



CONJUGAISON INTERUOGATIVE. 



628. — Quand on interroge, les verbes se conjuguent de 
la même manière que lorsqu'on affirme ou que Ton nie. 
C'est la ponctuation, c'est le ton, qui indiquent si l'on inter- 
roge : — Escribes? Escriii ? signifient écris-tu? écrit-il ? 

629. — Mais si le verbe commence par une consonne, on 
fait le plus souvent précéder ce verbe de la particule e : — 
E cergiies? cherches-tu ? e trobesl trouves-tu ? 

630. — Si Ve qui marque l'interrogation est suivi d'un 
pronom personnel complément, on les unit par un trait 
d'union : — E-p prègue? vous prie-t-il? e-t counexcra? te 
connaîtra-il? 

631 . — Lorsque le verbe commence par une voyelle, le 
pronom se détache de la particule interrogalive, et s'appuie 
sur le verbe : — Ep'apèrc? vous appelle-t-il? e t'atibedeix? 
t'obéit-il ? 

632. — La particule interrogative ne paraît point, lorsque 
le verbe est précédé des pronoms eu^ eus, oil, oiiSj le, les, 
lui, leur : — Euprenetz? le prenez-vous? Oiis coimtaratz so 
qui p'èy dit? leur conterez-vous ce que je vous ai dit? 



E n'est pas toujours interrogatif ; il est très-souvent explétif, 
comme qiie et bee :, 

Tau coum lous pouriquetz e sèguin la garie, 
Atau que-ns sèc pertout la boutz de la patrie. 

Navarrot. 

Gomme les poussins suivent la poule, 

De même nous suit partout la voix de la patrie. 



— 396 — 

Le chansonnier d'Oloron, emploie aussi de la môme manière la 
particule je. 

Et, de la brasse en la, je las s'endebinabe. 

Lui, des bras (de sa nourrice), il les devinait. 



VERBES FORMÉS DE SUBSTANTIFS. 

633. — On lit dans le t. ii des Poésies du Roij de Navarre (1) : 
« Les anciens enrichissoient leur langue en mettant en 
verbes la plupart de leurs noms substantifs ; ainsi, de péril> 
ils avoient fait le verbe périllier, qui est expressif, de parole, 
paroler. Il en est de même de plusieurs autres, dont on 
verra ici les exemples. N'est-ce pas appauvrir de gayeté de 
cœur notre langue, de rejeter les verbes, tandis que nous 
gardons les noms ». 

Notre idiome a un très-grand nombre de ces verbes : 
— Aloiila de aie, aile; tenir, caresser dans ses bras; « u 
maynadin aloulal », un tout petit enfant que l'on berce et 
caresse dans ses bras ; (le petit oiseau réchauffé sous Vaile 
de la mère) ; amigalha de amie, ami, caresser quelqu'un 
pour le bien disposer en sa faveur, pour s'en faire un ami ; 
arrata de arrat, r;it, prendre des rats : 

Tau coum las gâtes Gomme les chattes 

Soun i^arraia. Sont pour prendre des rats, 

Tau las gouyates. De même les filles 

Soun ta troumpa Sont pour tromper. 
D^spourrins. 

— Avrayu-s de arraij, rayon, se chauffer au soleil ; assaula 
de saut, saut, assaillir, prendre d'assaut; assoumelha de 
soiim, sommeil, endormir; assoumera de soum (2), sommet, 

(i) Pai-is, Hipp.-Louis Oueriii et Jacq. Guerin, ]ib. 1742. 
(2) Du lat. summum, somm(3t ; d;iris le vieux français, ^o/?, : — Quant je 
venoie à la maison, — Isnclement monloie en son (en hacl). 



— 397 — 

amonceler ; cabelha se dit de la plante quand l'épi, cabelh^ se 
forme; castanha de castmihe, châtaigne, faire la récolte des 
châtaignes, claba de clau^ clef, fermer à clef. 

— Emparaula de parnule, parole, faire des conventions 
verbales; <i a emparaulat per marit », elle a pour fiancé 
(texte de 1387) ; csperoiica de peroque, feuille qui enveloppe 
le maïs, dépouiller le maïs ; estaralaca de taralaque, toile 
d'araignée, ôter lestoiles d'araignée ; estrema de estrew-, extré- 
mité, côté, mettre une chose de côté, ôter, enlever, éloigner. 



VERBES FRÉQUENTATIFS, AUGMENTATIFS. 

^ 634 — Le suffixe eya ajouté au radical d'un verbe simple 
ou d'un nom exprime la fréquente répétition d'une action 
l'usage continuel d'une chose, une affectation, un excès : 

— Amaneya-s de maa, main, faire vite un travail manuel, 
par extension, un travail quelconque ; amoureya de amour, 
faire l'amour; arpateya de arpe, griffe, serre, par extension, 
main, pied, agiter les bras, les jambes; bascoiirreya de 
bascou, basque, parler d'une façon inintelligible (4) ; 

Birouleya de biroulet, tournoiement, tourner et retourner; 
castereya de castèt, château, aller en visiteur de château en 
château ; francimandeya de franciman, qui affecte de parler 
français, parler un mauvais français ; flisqueteya de flisquet^ 
loquet, faire aller le loquet h plusieurs reprises ; passeya de 
passa, promener, passer et repasser ; peyrouteya de pèyre, 
pierre, lancer fréquemment de petites pierres : 

Qui peyrouteye Qui lance pierrettes 

Amoureye Fait l'amour. 

En catalan, version communiquée par M. Milà Y Fonta- 
nals : « Qui tira pedretas, — Tira amoretas ». On dit ce 

■ (1) Entremêler du basque au béarnais ou au frrnçais, ce qui produit 
une espèce de « charabia. » 



— 398 — 

proverbe au sujet des agaceries que se font les amants 
Malo me Galatœa petit; Virgile. — «Tantôt ils s'entrejetoient 
des pommes » ; Longus, Daphnis et Chloé. 

— Poutiqueya, poutouneya do pot, pontou, baiser, faire des 
baisers l'un sur l'autre; senhoureya de senhou, seigneur, 
affecter des airs de seigneur; au sens propre, ce verbe 
signifie commander; tauleya de taule, table, se tenir long- 
temps à table, prolonger le repas. 

Plusieurs verbes de cette forme sont diminutifs : — Ardi- 
teya de ardit liard, gagner, amasser de l'argent liard par 
liard; canteya chdXiionxiQY'.parlouteya ne dire que des riens, 
chuchoter; sauteriqueya, sautiller, tremhloiiteya, trembloter. 

635. — Les verbes suivants terminés en asseya sont 
augmentatifs, et, comme les adjectifs en assè, n» 290, expri- 
ment le fait d'un défaut, l'excès d'une habitude : 

— Cantasseya, chanter mal et souvent; cridasseya ne faire 
que crier; houlasseya dit plus que houleya, folâtrer; pintas- 
seya, boire avec excès ; parlasseya, discourir à tort et à tra- 
vers ; plourasseya, pleurer à tout propos, ne faire que pleu- 
rer ; toîicasseya, toucher à tout, toucher trop souvent. 

636. — Les verbes fréquentatifs, augmentatifs, appartien- 
nent tous à la première conjugaison; il en était de même en 
latin. « La première conjugaison fait ressortir plus fortement 
que les autres l'idée d'action, d'une action prolongée ». 



LE PARTICIPE 

637. — Le participe présent, se termine, selon les diver- 
ses conjugaisons, en ant, ent, int, qui sont évidemment les 
formes latines, ans, antis, ens, entis, iens, ientis ; le béarnais 
a contracté cette dernière en int. 



- 399 — 

Nous avons dit plus haut, n° 126, pourquoi il convient de 
restituer à ces formes le t final qu'on leur a, de nos jours, 
enlevé sans raison. Dans les anciens textes béarnais, on 
trouve des participes présents qui n'ont point le t final ; 
mais il y en a un bien plus grand nombre qui se terminent 
par cette lettre essentielle nient étymologique. L'usage, le bon 
usage s'entend, et l'étymologie s'accordent donc pour nous 
imposer la règle d'écrire le participe présent avec un t. 

638. — Autrefois ce participe était variable : — « Audides 
las rasons deu Senhor, de une part disent^ et deus Juratz, 
de autre part disentz et afferniantz «, Ouïes les raisons du 
Seigneur, d'une part disant, et des Jurats, d'autre part disant 
et affirmant ; Fors de Béarn ; (c deu jorn de la Magdalene 
prosmar Ment, en iiii''^ ans après seguentz », du jour de la 
Magdeleine, venant prochainement, en quatre ans suivants; 
Mœurs béarnaises. 



Ce sont là des vestiges du latin ; on les remarque dans la vieille 
langue française, dans les livres de Rabelais, de Montaigne, etc. ; 
ils n'étaient pas complètement effacés au xvii* siècle : 

a Ij'invariabilité du participe présent ne s'est guère établie que 
dans le courant du xvm« siècle, et la distinction entre ce participe 
et l'adjectif verbal est du xix^. Jusque-là, on ne savait ce que 
c'était que l'adjectif verbal » ; Génin, Lexique de la Langue de 
Molière. 



639. — Aujourd'hui, en béarnais, de même qu'en français, 
le participe présent n'est variable que lorsqu'il est adjectif 
verbal, ou substantif : 

— « Aquet cessament sera prejudici taus pleyteyantz », 
cette cessation sera un préjudice pour les plaideurs ; mot à 
mot : les plaidants. — Plaider se dit en béarnais, pleyteya. 



— 400 — 
Deus caas courrentz cranh chic la clapiteye. 

Somi.\ GassioD. 

Des chiens courants il craint peu les aboiements. 

La pouralhe autalèu courrou ; 

E mantue balente, 

A la plume lusente, 
Que hou la part deu qui bincou; 
Lou trucat que disparexcou, 
Triste, alebat, Valepenente... 

Hatoulet. 

— La volaille aussitôt accourut ; — Et plus d'une em- 
pressée, — A la plume luisante, — Fut le prix du vain- 
queur; — Le battu disparut, — Triste, blessé, l'aile pen- 
dante... 

C'est par ces vers béarnais que M. Hatoulet a traduit 
ceux de La Fontaine, Fab. vu, 13: 

La gent qui porte crête au spectacle accourut ; 

Plus d'une Hélène au beau plumage 
Fut le prix du vainqueur. Le vaincu disparut. 



640. — Les terminaisons du participe passé sont at, pour 
les verbes de la première conjugaison, nt, it^ pour ceux de 
la seconde et de la troisième; — Aymat, aimé, benut, vendu, 
audit, entendu. Ces formes rappellent les terminaisons des 
participes passés latins, atus, itus. 

641. — Ce participe est î^anaô/^. Pour former le féminin, 
il n'y a qu'à changer le t final en d et ajouter un e, qui a le 
son d'un o doux : — Aymat, aymade ; benut, benude ; audit, 
aiidide. 

Le pluriel se forme par l'addition de ;:, pour le masculin, 
et de s pour le féminin : — Aymatz, aymades; benutz, 
benudes, auditz, audides. 



— 401 — 

PROPOSITIONS PARTICIPES . 

642. — Le grec et le latin, le français, ont des proposi- 
tions dans lesquelles le verbe est au participe ; c'est ce que 
l'on appelle, — pour le grec et le latin, — le génitif absolu, 
l'ablatif absolu. On dit en français : 

Eux venus, le lion par ses ongles compta. 

La Fontaine. 
Lui mort, nous n'avons plus d'ennemi ni de maître. 

Corneille. 

De pareilles propositions existent en béarnais : — « Ape- 
ratz lor ensemps, plago a mi que jo partis... ab lor, lasleys 
etlos dretz et las franquessas ». Eux appelés ensemble, il 
m'a plu que je leur répartisse... les lois, les droits el les fran- 
chises. For d'Oloron. 

a Ordonam que los advocatz dedusin los dretz de partides, 
resecades totes superflues parantes », Ordonnons que les 
avocats établissent le droit des parties^ coupant court à 
toute parole superflue ; littéralement : retranchées tontes 
paroles superflues. 



Telle était la sage prescription imposée par Henri II, roi de 
Navarre, aux avocats de son temps. Son petit fils, le Béarnais, ne 
l'oublia point. — Un jour, après avoir assisté à une audience du 
parlement de Paris, il dit au président Achille de Harlay : « Monsieur 
le président, j'ai pris plaisir au bien dire de vos avocats ; mais les 
bonnes choses ne gagnent à trop de longueur. Je voudrois qu'il en 
fût à Paris, comme dans mon pays de Béarn, où estant les prescrip- 
tions de notre bon aïeul, Henri II, les avocats établissent le droit des 
parties, coupant court à toutes paroles superflues ». Et, pour dire 
que dans le discours le fond ne doit pas disparaître sous la forme, 
Henri IV ajouta, avec cette originalité d'expression qui lui était 
propre : « Il faut que le -vêtement aux plaidoiries réponde toujours 
au corps » ; Un Avocat béarnais, (1625-4628). 

26 



— 402 — 
L'ADVERBE 

ADVERBES DE MANIÈRE. 

643. — Les adverbes de manière sont terminés en mentz. 
Telle est, presque invariablement, l'orthographe de ces 
mots dans les meilleurs textes béarnais. 

A Pau, ces deux consonnes s'effacent dans la prononcia- 
tion; ailleurs, la consonne z, seule se fait entendre. 

644. — Ve qui précède la terminaison mentz, se prononce 
comme un o doux dans les adverbes formés des adjectifs qui 
ont deux terminaisons pour les deux genres : — Clarementz , 
durementz, clairement, durement, de cla, clare, du, dure. 

645. — Ces adverbes s'écrivent aussi avec un a, dont le 
son est peu sensible : — Claramentz , daramentz ; c'est qu'ils 
se forment du féminin des adjectifs ; et l'on sait que le féminin 
de ces adjectifs, se terminait anciennement en a aussi bien 
qu'en e. On écrivait clara et clare, féminin de cla ; dura et 
dm^e, féminin de du. 



Raynouard a expliqué pourquoi la terminaison adverbiale s'ajoute 
au féminin de l'adjectif plutôt qu'au masculin : c^ elle dérive du 
substantif latin mens, mentis qui est du féminin ; il y a donc accord 
de l'adjectif avec le nom : 

a C'est la règle généralement suivie en italien, largamente, en 
espagnol blandamente, en Portugais, artificiosamente, en français, 
bonnement. 

« Tout cela est tiré du latin : — Placida mente ferant; — hona 
m,ente factum ; — céleri mente circumspice » ; Raynouard, i, 95. 

Ainsi s'explique cette orthographe française du xvi« siècle ; — 
« Plusieurs ont creu qu'il estoit loisible a un chascun d'exercer ses 
passions et de commettre toutes sortes de crimes « impuniEment » ; 



— 403 — 

Henri IV, 8 avril 1598 ; — « Nostre maistrise leur est a infiniEment » 
à craindre » ; Montaigne, Essais, m, 5. 



Cependant, nos adverbes terminés en ment avaient dans 
l'ancien espagnol le suffixe mientre ; voy. Poème du Cid, 
édit. Damas-Hinard : 

Antes de la noche en Burgos del entro su carta 
Con gran recabdo e fuertemientre sellada. 

V. 23,24. 

Avant la nuit à Burgos est arrivée sa charte. 
Avec grande précaution et fortement scellée. 

MÇi. — L'a faible qui a disparu du féminin des adjectifs 
où il e été remplacé, comme dans les noms planta, terra, 
etc. etc., par un e so prononçant comme un o doux, cet a, 
disons-nous, s'est conservé dans les adverbes de manière, 
sinon partout en Béarn, du moins en beaucoup d'endroits, 
particulièrement vers la montagne. 

647. — Ainsi, les adverbes de manière formés des 
adjectifs qui ont deux terminaisons pour les deux genres, 
peuvent être terminées en amentz et en ementz ; dans la 
première terminaison, l'a est très-faible, et dans la seconde, 
Ve a le son d'un o très-adouci. L'une et l'autre forme sont 
usitées dans les textes en bon béarnais. 

648. — Mais, puisque pour les noms et pour le féminin 
des adjectifs, Ve, ayant le son d'un o doux, a prévalu sur la 
voyelle primitive a, il est logique de préférer la terminaison 
ementz (prononcez omenlz) à celle qui s'écrit et se prononce 
amentz. 

Nous aurons donc : — Antiquementz de antic, que, ancien- 
nement, amourousementz de amourous, e, amoureusement, 
ausardementz de ausart, de, audacieusement, iradementz de 



— 404 — 

irat, de, violemment, malicioiisementz de malicioiis, e, mé- 
chamment, puhliquementz de public, que, publiquement, 
segurementz de segu, re, sûrement. 

649. — Les adverbes de manière formés des adjectifs qui 
sont uniformes pour les deux genres, se terminent aussi en 
ementz ; mais ici Ve, qui précède mentz, est doucement 
fermé, de même que dans les adjectifs : — Agradablementz 
de agradahle, agréablement, aymablementz de aymable, aima- 
blement, sayementz de saye, sagement, etc. 

650. — On sait qu'il y a en béarnais une catégorie d'ad- 
jectifs en au, qui n'ont qu'une terminaison pour les deux 
genres. Les adverbes qui en dérivent, se formaient, comme 
les précédents, en ajoutant mentz à la forme unique des 
adjectifs : Corporaumentz de corporau , corporellement , 
leyaumentz de leyau, loyalement, princlpaumenlz de princi- 
pau, principalement, speciaumentz de speciau, spécialement. 



C'est ainsi qu'on écrivait autrefois, en français, loyaument pour 
loyalement : 

Si le devons aidier et bien et loiaument. 

Ferabras. 

Combien qu'estes de moy loingtaine, 
Belle, ir ès-loyaument amée. 
Ch. d'Orléans. 



651. — Comme, de nos jours, on donne à ces adjectifs 
deux terminaisons, les adverbes qui en proviennent sont: 
— Principalementz, de principati, le; — specialementz , de 
speciau, le, — gêner alementz, àe. gêner au, le, etc. 

652. — On avait autrefois, les adjectifs breu^ bref, fideu, 



— 405 — 

fidèle, greii, pénible ; aussi trouve-t-on les adverbes breii- 
mentz^ fideumentz, greiimentz. 

Greu s'est conservé dans cette locution de grèu. Exemple: 
Si nou t'ey pas de grèu , si cela ne t'est point pénible ; en 
lat. si tibi grave non erit. 



Grief, s'employait de même en français : — « Sçavez-vous pas.... 
combien il leur est /7riV/' perdre un tel pigeon... »; Larivey; Les 
Jaloux, se. II. 



653. — Dans l'ancien béarnais, lorsque deux adverbes se suivaient, 
le premier seul, avait le suffixe mentz ; l'autre conservait la forme 
de l'adjectif : 

— « Sino que haye expressementz et speciau renuntiat », à moins 
qu'il n'ait expressément et spécialement renoncé; 

— « Pot cascun renuntiar speciaumentz et expresse )■>, chacun 
peut renoncer spécialement et expressément. 

C'est un phénomène grammatical très- remarquable, dit Ray- 
nouard, que la manière dont la langue romane opéra, lorsqu'elle 
eut plusieurs adverbes en ment à la suite les uns des autres. « Cette 
finale, au lieu de s'attacher à chaque adjectif, pour lui imprimer le 
caractère adverbial, ne se place qu'après le dernier, et quelquefois 
même qu'après le premier ». 



Z A LA FIN DES ADVERBES. 

654. — D'où a pu venir l'usage d'ajouter la consonne 2 à la 
fin de nos adverbes de manière? — M. Ampère, frappé de la 
présence de l'^ à la fin de certains mots français, s'exprime ainsi, 
Hist, de la form. de la lang. fr. : — « Dans tous ces mots, l'^y 
n'a aucun motif étymologique. Je ne puis l'expliquer que par cette 
disposition analogique, on pourrait presque dire épidémique, qui 
propage démesurément une forme grammaticale dans une langue, 
et lui fait dépasser de beaucoup le nombre des cas auxquels elle aurait 



— 406 ~ 

dû naturellement se restreindre. On était accoutumé à mettre 1'^ 
après les substantifs, les adjectifs, les infinitifs, les participes, et 
tout ce qui n'était pas régime d'un verbe ; on l'a misM après les 
petits mots que rien ne régissait, après les adverbes, les préposi- 
tions et les conjonctions ». 

Ce que M. Ampère dit au sujet de Vs que l'on employait si fré- 
quemment en français, sans aucun motif étymologique, nous devons 
le dire pour la consonne z en béarnais. Elle était la caractéristique 
du pluriel, dans les noms, les pronoms et les adjectifs, dans les 
verbes, dans tous les mots dont le singulier se terminait par t. On 
avait tellement l'habitude de placer s après t, que, par analogie, 
par une disposition épidémique (c'est l'expression de M. Ampère), 
on ne pouvait écrire un mot terminé par f, sans le faire suivre d'un z. 
On mettait, comme nous l'avons déjà dit, la sifflante douce z après 
la forte t, pour en affaiblir la prononciation. Impossible d'expliquer 
autrement la présence de s à la fin de nos adverbes de manière ; 
ils se prononcent fréquemment avec cette consonne, il faut donc la 
leur laisser dans Vécriture. 



655. — Les adverbes sont, comme les adjectifs, suscepti- 
bles des trois degrés de signification : positif, comparatif et 
superlatif: Doiicementz, doucementz, mes, mey, plus douce- 
mentz, plus doucement, fort, hère, plaa doucementz, très- 
doucement, 

656. — Mayoramentz,mayementz,pire,(sinc.peyor,pieyor), 
sourdeix, expriment le comparatif sans le secours d'aucun 
mot: — « Mayoramentz quant hère noïirisse », bien plus 
(surtout) quand elle était nourrice. Un Baron béarn. au xv" s. ; 
a per passar pieyor que mort », pour souffrir pis que mort, 
Récits d'Hist. Sainte; « quhabetz hèyt mau, nou eau ha 
sourdeix )\ vous avez mal fait, il ne faut pas faire plus mal. 



En latin, on exprimait quelquefois le superlatif en ajoutant per, 
comme préfixe, aux radicaux des adjectifs et des adverbes : — 



— 407 — 

gratus, agréable , pey^gratus^ très-agréable ; acute, linement, 
peracute, très-finement. 

C'est ainsi que le béarnais a formé le superlatif adverbe perdura- 
hlementz^ très-durablement, éternellement. 



ADVERBES DE TEMPS. 

657. — Are, adare, maintenant, adès, récemment, autalèii, 
aussitôt, autesbetz, autescops, autrefois, ballèu, batlèu, betlèu, 
bientôt, bitare, à l'instant même, encoère^ encore, doumaa, 
demain, haugàn, cette année, hié, hier, alabotz, labefz, lasbetz^ 
alors, hoey, aujourd'hui, louncadementz ^ depuis longtemps, 
pour longtemps, loungtemps^ longtemps, quauciuecop, quel- 
quefois, soubenty souvent, iantost, tantôt, tantican^ aussitôt, 
toîistempSj toujours, james, jamexj, yamey^ jamais, mistemps, 
en aucun tem.ps. 



Hié, hier, geer, dans les Récits d'Histoire Sainte ; actuellement, 
dans quelques cantons, je. 

Lèu, vite, qui sert à composer autalèu, ballèu, vient de l'adjectif 
latin levis, léger. 

Tantican, aussitôt ; dans d'autres dialectes et dans le vieux fran- 
çais quant et quant ; voy. Noulet, Las Nonpareilhas Receptas, p. 80; 
Ghabaneau, Gram. limousine^ p. 309. 



ADVERBES DE QUANTITÉ. 

658. — Autant, autant, chic, drin, pmic, peu, goayre, 
guère, hère, beaucoup, mes, mey, plus, plaa, beaucoup, pUis, 
^\\xs>,prou, assez, quoant, combien, amasse, ensemble, tant, 
tant, trop, trop. 

659. — Chic et drin, peu, donnent les diminutifs et les 
superdiminutifs chiquet,[drinou, chic^^^, drinoutet. 



— 408 — 

— Précédés de l'article, chic et hère s'emploient comme 
substantifs : — « Que reprenem lou chic dens lous autz, y, 
a nous, lou hère que-ns passam », nous relevons le peu (les 
petites fautes) dans autrui, et nous nous passons le beaucoup 
(les grandes) ; L'abbé Lamaysouette. 

Hères est adjectif dans l'exemple suivant : — « hères 
causes nous agraden », plusieurs choses nous agréent. 

On a vu, p. 329, que chic et hère servent aussi comme 
pronoms indéfinis : — <( hères d'aperatz, chicx d'eslegutz », 
beaucoup d'appelés, peu d'élus. 



Proie, assez, a été français et l'est encore dans la locution « peu 
ou prou ». — « l'auray prou d'affaires auiourd'huy » ; Rabelais, 
Garg.y I, 6. « Les princes me donnent prou, s'ils ne m'ostent 
rien » ; Montaigne, Essais, m, 9. 

Prou de pardons il avait rapportés 

De vertus peu 

La Fontaine. 



660. — Qiioant de quantum, combien, s'écrit avec t. On 
écrit avec un d quoand de quando, quand. L'étymologie 
indique que telle doit être l'orthographe de ces deux mots. 
Dans beaucoup de textes anciens ils sont, l'un et l'autre, 
écrits avec t. 



L'orthographe étymologique fait très-bien distinguer quoant, com- 
bien, de quoand, quand. On ne peut donc attribuer qu'à une fan- 
taisie de M. l'abbé Lamaysouette la distinction qu'il a voulu établir 
entre ces deux mots en écrivant, le premier, coan, le second, quoan; 
voy. Imit. deJ.-C, passim. 

661. — On a vu, n° 268, que autant, devant un adjectif 
commençant par une voyelle, était remplacé par autaa devant 



■-- 409 — 

une consonne, ce qui se fait aussi pour tant (taa). Il n'en 
est pas de même devant un verbe : autant, tant précédent 
les verbes qui commencent par une voyelle aussi bien que 
ceux qui commencent par une consonne. 



ADVERBIÎS DE LIEU. 

662. — Aci^ ici, aquia (anc. aq^ii)^ acki, là, ow/t, aoun, où, 
dehens^ lahens, dedans, dehors, lahore, dehors, débat, dessous, 
dessus, dessus, dabant, debant, devant, darrè, derrière, 
lassus, là haut, loenh, loin, mirou, environ, pertout, partout, 
autour, autour, alentour, alentour, alhous, aulhous, ailleurs, 
y, y, cabbat, vers le bas, calsus, vers le haut, etc., etc. 

663. — Acm, là, marque un heu plus éloigné que aquiu, 
là. Dans lahens, lahore, lassus, dedans, dehors, là haut, le 
préfixe la indique aussi l'éloignement. 

664 — La préposition de s'élide devant aci, ici, aquiu, 
acm, là, ou se contracte avec ces mots ; on écrit d'aci, d'ici, 
d' aquiu, d'aciu, de là, ou deci, dequiu, deciu^ mais non de quiu, 
de ciu, les formes quiu et ciu n'existant pas en béarnais ; on 
n'a jamais dit : estangue-t quiu, arrête-toi là, pourtatz ciu, 
portez ici. 

Cependant, qui, et ci (si), d'où sont venus aqui et aci (assi), 
étaient usités anciennement : — « inter sy et la festa de 
Pascoas », d'ici à la fête de Pâques; Art. en Béarn. On 
trouve qui et si dans des locutions adverbiales de temps que 
nous indiquons plus bas. 

665. — Mirou, environ : — « mirou quauque bingtene », 
environ quelque vingtaine ; on écrivait aussi ce mot avec le 
V étymologique qui se prononçait b. (Cf. ci-dessus, biroun^ 



— 410 — 

miroun, p. 63): « viron sieys ans son passatz », environ (près 
de) six ans sont passés (1606) ; Art. en Béarn, p. 53. 

Miron est dans le For d'Oloron, art. 1 : — « qui las terres 
et las seubes aben en miron », qui avaient les terres et les 
bois aux environs. M. P. Meyer (1) a corrigé : « environ », 
avec cette note : « Edit. (Mazure et Hatoulet), en miron ». 
— La forme miron qui est dans le ms. doit être maintenue ; 
viron se prononçait hiron ; b se changeait en m; n° 98. 

666. — On dit assez fréquemment ey au lieu de ?/ : — 
« No ey a plus filh ne filhe », il n'y a plus fils ni fille (dans 
cette maison). Enquête sur les serfs du Béarn ; « Si plau, n'ey 
bau », s'il pleut, je n'y vais. 

667. — Cabhat et ca^sî^s ne peuvent se traduire en français 
par un seul mot : — Ana cahbat, aller en descendant {cap, 
tête, batf bas, vers le bas), ana catsus, aller en montant {cap, 
tête, sus, haut, vers le haut) ; ces adverbes correspondent 
aux locutions françaises « en aval, en amont ». 

668. — La situation qu'ont les lieux par rapport à l'orient 
et aux autres trois points cardinaux se marque en béarnais 
par les adverhes debant, devant (est), darrè, derrière (ouest), 
dessus, dessus (sud), vers le haut, vers les Pyrénées, débat, 
dessous (nord). 

C'est par ces indications que l'on distingue la situation 
respective de localités de même nom : Eslourenties-Dabanti 
à Test par rapport à Eslourenties-Darrè (à l'ouest)-; arr. de 
Pau, cant. de Morlaas et de Pontacq; Ponson-Dessus, au sud 
par rapporta Ponson-Debat (au nord) ; arr. de Pau, cant. de 
Montaner ; Luccarré pour Luc~Darrè, à l'ouest de Luc, arr. 
de Pau, cant. de Lembeye. Quelques-unes de ces désigna- 
tions datent du xiii« siècle ; voy. Fors de Béarn. 

(1) Recueil (F anciens textes, 1^^ partie, p. 181-2. 



— 411 — 

Pareil emploi de ces adverbes est fait dans la toponymie des 
Hautes-Pyrénées : Bouilh-Dabant, Bouilh-Darrè, Bernadetx- 
Dessus^ Dernadets-Debat, etc. 

De même dans le pays basque, gainean signifiant en haut et pean 
en bas, on a, dans l'arr. de Mauléon, cant. de Tardetz, Sarrikota- 
Gaina, au sud par rapport à Sarrihota-Pia^ arr. et cant. de 
Mauléon. — « Charritte-de-Haut, Charritte-de-Bas » , sont les noms 
français de ces communes. 



« Poeydavant, Poeyarré, Cazaban, Cazarré, Cazassus, 
Gazedebat », sont aujourd'hui des noms de famille ; ils ont 
servi primitivement à désigner des situations de lieux, 
de demeures : — Poeij, hauteur, caze^ maison ; dabant, à 
l'est, darrè, à l'ouest, dessus^ au sud, débat, au nord. 

De lajiart de dabant signifie du côté du levant, de la part 
de darrè du côté du couchant, de la part de dessus du côté 
du midi, de la part de débat du côté du septentrion. 



ADVERBES QUI MARQUENT L ORDRE. 

669. — Abantz, avant, auparavant, après, après, puixs, 
puis, ensuite, prumè, prumèrarnentz, premièremeDl, d'abord. 
— La première syllabe de ces deux derniers mots est aussi 
per ou pur (permè, purmè, etc.) 

ADVERBES D'aFFIRMATION, DE NÉGATION, DE DOUTE. 

670. — 0, oui, bahide, bissè, certainement, nou, non, 
nani, nenni, tabee, aussi, tapauc, si peu, non plus, Iheu et 
belhèu, dilhèu, peut-être. 

— « Demanan si ère aqui », ils demandèrent s'il était là ; 
« dixon ères :o,o, anatz tantost », elles dirent : oui, oui, alle^ 
vite ; Récits d'Hist. Sainte. 



— 412 — 

671. — On renforce l'affirmation en disant ohee, oui bien, 
et obio, forme contracte de de o bee o, oui bien oui ; oubio, 
dans le Cntéch. béarn., est mis fréquemment au lieu de obio. 

Le P. Mirasson se rendait bien mal compte de ce mot, 
lorsqu'il écrivait : « obé, ou obio, est plus respectueux que o 
tout seul, quoique l'un et l'autre veuillent dire oui » ; Hist. 
des troubles du Béarn, p. 138. 

672. — Bahide, certainement, est une contraction de bee 
y-ha hide, il y a confiance ; et bissè provient de bee sèy, je 
sais bien ; bahide est particulièrement usité dans la région 
d'Orthez. 

673. — La négation nou, s'élide devant une voyelle : 
< ^l'at digatz pas », ne le dites pas; elle fait corps avec y 
devant une consonne : <( Nou-y bau pas «, je n'y vais pas. 
Dans le béarnais d'Orthez, ne remplace fréquemment nou. 

674. — A l'affirmation répétée, o bee o (obio) correspond 
la négation itérative noti, pas nou : — « Lou Pay et lou Sent- 
Esprit, se soun tabee hèytz homis? — Nou pas nou », le 
Père et le Saint-Esprit se sont-ils aussi faits hommes? — 
Non, non; Catéch. béarn. 1788. 

Goarde-m tabee la fee fidèle ; Garde-moi aussi la foi fidèle ; 
At haras-tu? jou n'at sèy non. Le feras-tu? je nele sais non. 
F. Laborde. 

675. — Le mot pas se mettait rarement, dans l'ancien 
béarnais, à la suite de la négation. Il n'y en a des exemples 
que dans les Psaxmies (1583). — Pong, point, se trouve après 
no dans le texte de YEnq. sur les ser/s du Béarn., 1387 : « ISo 
y a j)ong de prim )), il n'y a point d'héritier ; « No n a pong 
d'enfans », n'en a point d'enfants ; dans le Psaume lxvi : « no 
a punt y> , n'a point. 

676. — « Un point » se dit n puni ; lorsque ce mot 



— 413 — 

est employé comme négation, il faudrait donc dire punt, et 
non, poegn, ainsi que l'a écrit M. l'abbé Lamaysouette, Imit. 
de J.-C. I, ch. 6. : a poegn de tranquilitat », point de tran- 
quillité ; poegtij qui devrait être orthographié poenh n'est 
que le mot français a point » béarnisé. 

677. — On sait qu'en latin la négation était accompagnée 
de floccus, flocon de laine, poil d'une étoffe, de micaj miette : 
floccum non interduim (Plaute), je ne donnerai pas un zeste; 
non est... mica salis (Martial), il n'y a pas... un brin de sel ; 
de là, en français, le mot mie : « N'écoutez mie », cité par 
La Fontaine, » n'écoutez point »; Fab., iv, 16. 

En béarnais, cap^ bout, n» 207, bêle, brin de lin, bourle^ 
eftilure, brigue, brin, servent à renforcer la négation: noun-n 
y-ha cap^ il n'y en a pas (le plus petit) bout ; noii-n haboii bete, 
il n'en eut pas la moindre parcelle; 

Ma may nou m'aymere pas brigue, 
Si n'èri pas soun Rey-Petit. 

Navarrot. 

Ma mère ne m'aimerait pas un brin, 
Si je n'étais son Petit-Roi. (1) 

Dans Las Nonpareilhas Receptas, etc. imprimées à Toulouse en 
1555, cap est employé pareillement à la suite de la négation : 

De remedi non y a cap 
Per garir femnas de mal de cap. 
V. 265. 

De remède il n'y a point 
Pour guérir les femmes de mal de tête. 

En français, dans Tallemant des Réaux : « Elle n'est brin jolie ; 
on dirait ici brigue beroye. 

(1) « Dans CGtle chanson, faite à roccasion de la naissance du duc de 
Bordeaux, et pour répondre à une espèce de défi adressé aux opinions 
de l'auteur, celui-ci devait s'identifier avec son héros sans renoncer à sa 
couleur politique » ; Note de Navarrot. 



— 414 - 

Bete^ brin de lin, en béarnais, ne peut être que le mot roman 
veta de P. Cardinal, cité par Raynouard, Lex. iv, p. il : 

Paubre lairon pent hom per una veta. 
Pauvre larron on pend pour une vétille. 

M. A. Brachet, Bict. étym., fiit venir le mot français x vétille » 
du piémontais vetilia ; celui-ci ne viendrait-il pas de veta ? 



678. — Nade brigue, aucun brin, nat peu, aucun poil, 
s'emploient pour signifier : nullement, pas du tout. 

Et n'at entene pas 7iat peu dequet estrem. 

Fondcville, Egl, ms 
— Il ne l'entendait nullement de ce côté (de cette oreille, de 
cette façon). 



LOCUTIONS ADVERBIALES. 

679. — A de hou, a tout de hou, de bon cœur, courageu- 
sement, résolument, a Vendehales, en baganau, envain, a 
Varrembès, à Fenvers, en sens contraire, a lezé, à loisir, de 
plaa, bien, de segu, sûrement, certainement, m plee, com- 
plètement, per après, ensuite, Vendedie, l'endoumaa,, l'ende- 
main (le lendemain), tout parié, pareillement, tout de même; 
ad ayse, h l'aise, facilement, ad-arround^ de suite, sans discon- 
tinuer, sans choix, a despart, séparément, particulièrement, 
at descus, a Vescounut, en cachette, secrètement, au panât, 
à la dérobée, de hèt, vite, de tire, tout de suite. — On écrit 
aussi adayse, adarround, detire. 

— Vendedie, l'endemain (le lendemain) : — t L'endedie 
que los Phihstes agon vencut » , le lendemain de la victoire 
des Philistins, Récits d'Hist. Sainte ; « l'endomaa se fasen 
las honors de Moss. », le lendemain se faisait le service 
funèbre de Mgr., Honn. d'Archambaud. 



— 415 — 

— Au panât, Miter alemeni : au volé, à la dérobée, furti- 
vement, comme « a lairo » dans Folq. de Marseille : 
« Amarai la donc a lairo », je l'aimerai donc à la dérobée. 

Ad-arround ne vient pas du provençal a-de-i^eng, R. indiquée 
dans le Dict. de F. Mistral. Notre locution signifie en suivant le 
rond, et la locution provençale en suivant le o^ang (la file). 

Dans at descus, secrètement, at est l'article composé {a et) du 
béarnais des hautes vallées; no 196. 

De hèt, vite, de bon cœur : — Partitz, e de hèt, partez, et vite 
(comme si vous partiez de bon cœur). Villon et Rabelais ont 
employé en ce sens « de bon haict », « de hait ». 

Le français avait une locution analogue à notre de tire ; Voltaire 
a dit : « Relisez la pièce tout d'une tire » . 

680. — L'idiome béarnais emploie aussi comme locutions 
adverbiales : — D'are en la, dorénavant, de-d-hore, de bonne 
heure, de dahant, précédemment, delà hié, avant-hier, 
de lonncat de temps, depuis longtemps, toute james, à tout 
jamais, toujours, de présent, maintenant, de quoand en 
quoand, de temps en temps, en prumères, d'abord, en 
premier heu, a tout bire coudet, à chaque instant, chic a chic, 
peu a peu, tant per tant, h peine, tant soit peu, a la cabbat, 
en descendant, a la catsiis, en montant, en sa (ensa) de ce 
côté-ci, en la (enla), de ce côté-là, de sa (dessa), de ce côté-ci, 
de la (delà), de ce côté-là. 

A tout bire coudet, à chaque instant ; littéralement : à tout 
tourne queue, c'est-à-dire aussi souvent que les chevaux, les chiens, 
etc, remuent la queue. 

Toute james se rencontre assez fréquemment dans les Eglogues 
de Fondeville, ms : 

Cau que toute james hens ma teste conserbi. 

Egl I. 
Il faut qu'à tout jamais je garde dans ma tête. 



— 416 — 

Com la Pentecouste 
En dimenche tabee cade toute james. 

Egl.u. 

Comme la Pentecôte 
En dimanche aussi tombait toujours. 

Sans doute Fondeville allongeait pour la mesure du vers, la locu- 
tion tout james qu'il a employée aussi dans ses Egloffues, en 
écrivant fort mal, selon son habitude, tout jamais. 



681. — Deqiii abant, dessi abant, signifient à partir de cet 
endroit, de ce moment, dorénavant : — « A très lègues 
dequi abant », à trois lieues de là. — « Dequi abant guarda 
Judas aysina», à partir de ce moment Judas épia l'occa- 
sion ; « dessy abant no pecquetz » , dorénavant ne péchez 
pas; Récits d'Hist. Sainte. On dit aussi dequi en abant, à 
l'avenir, Fors de Béarn; — entro si, entro assi, jusqu'ici, au 
même sens que de gui are, dequi adare, jusqu'à présent ; 
Bénomh. des mais, de la Vie. de Béarn. 

682. — En loc, en lieu, précédé d'une négation, a le sens 
du latin nusquam, nulle part: — « Nou ba en loc», il ne 
va nulle part. 



Les Troubadours employaient une locution analogue : 

Las ! mos cors no dorm ni pauza, 
Ni pot en un loc estar. 

B. de Ventadour. 

Hélas! mon corps ne dort ni ne repose 
Et ne peut en un lieu demeurer. 

683. — Sans négation, en loc signifie alicubi, quelque 
part : — ce Si-u troubatz en loc, hetz biene-u», si vous le 
trouvez quelque part faites-le venir. 



— 417 - 

C'est ainsi, nous l'avons déjà dit, qu'Henri iv, écrivait : « Vraiment, 
ma venue était nécessaire en ce pays, si elle le fut jamais en lieu ». 



LA PRÉPOSITION 

684. A, ad, à, vers, chez, etc., de, de, ab, dab, dap, avec 
abant, abantz, avant, après, après, coste, près, dabant, 
debant, devant, darrè^ derrière, débat, jus, juus, dessous, 
sous, dessus, sus, sur, près, emprès, près, countre, contre, 
dens, hens, dans, en, en, dans, entre, entre, embers, debers, 
bers, envers, vers, enta, nta, ta, pour, sens, chetz, sans, per, 
par, pour, entro, inque, dinque, jusque, pendent, pendant, 
saub, saubant, sauf, segound, selon. 

685. — Diverses significations de la préposition a : — 
« Digues a l'enfant y>; dis à Tenfant » ; a a tu io Ihebi ma 
teste », vers toi je lève ma tête; «pausan a une vende », 
s'arrêtèrent chez une veuve ; « quand los mesadgees fon a 
Saul », quand les messagers furent devant Saiil; « aucider 
a traysion » , tuer par trahison ; « assetia-s a mynyar » , 
s'assit pour manger; « arroussy ou mula menatz a vender », 
cheval ou mule menés pour (les) vendre. — Voy. Récits 
d'Hist. Sainte, Psaumes, Privil. et Règl. du Pays de Béarn. 

686. — Devant une voyelle, ad était souvent employé au 
lieu de a: — « agon ad anar », eurent à aller ; « las obras... 
ad adobar o a plantar », les ouvrages.... pour améliorer (la 
terre) ou pour planter ; Fors de Béarn. — Dans l'édit. Mazure 
et Hatoulet, par une erreur trop fréquente, le d détaché de 
ad est joint au mot suivant. Ad est la préposition latine 
qu'ont reproduite tous les textes romans, et le d n'est point 
là la lettre euphonique dont il est question dans la première 
édition de la Grammaire béarnaise. 

Ce qui précède relativement à la préposition a devant une 

27 



— 418 — 

consonne, ad devant une voyelle, s'applique aussi à enta, 
nia, ta, pour : Enta bom, pour vous, entad et, pour lui. 

G87. — Ab, avec, n'est presque plus usité que dans le 
béarnais de la montagne; on dit plus fréquemment dab, 
dap; en gascon, dambé remplace aussi communément am&é. 

— « Aquegs homis ab lors companhoos et ab lors cabau- 
gaduras », ces hommes avec leurs compagnons et avec 
leurs montures; « aye feyt linhadge dab ère », qu'il ait eu 
avec elle (d'elle) des enfants; ces exemples sont tirés des 
Fors de Béarn ; dans le second, dab est écrit par erreur 
d'ab, p. 187, ôdit. Mazure et Hatoulet. ~ « Be-n dab lor », 
va-t-en avec eux, Bécits dlHst. Sainte; « ab toutz plasees et 
dab touta alegria », avec tous plaisirs et avec toute allé- 
gresse, Psaumes ; une cosne nave ab la plume per la emple- 
nar », une couette (1) neuve avec la plume pour la remplir 
(4586), Artistes en Béarn, p. 52. 

688. — Ab s'employait anciennement pour signifier: de, 
chez : — « Baquerar ab la besiau de Burgarone », vacher de 
la communauté de Burgaronne (arr. d'Orthez, cant. de 
Sauveterre) ; ab son brassadge viu », vit du travail de ses 
bras; « esta mulater ab Moss. », il est muletier de Mgr 
(Gaston-Phœbus) ; « Amadine, a xii ans, esta sirvente ab 
Ramon Guilhem de Arredet », Amadine a douze ans, 
est servante de ou chez Raimond Guillaume d' Arredet; 
Enq. sur les serfs du Béarn. 

(1) « Couette », en béarnais cosne, actuellement cousue, matelas garni 
de plume « cosne ab la plume » ; la cousne est enconi aujourd'hui dans 
les campagnes du Béarn un des effets de literie. Ce mot, que M. P. 
Meyer ti relevé dans une charte landaise de 1268 ou 1269, en le faisant 
suivre d'un ?, se trouve dans les Fors de Béarn, p. 101 : « lo raarit, 
joyador et teberner, met a mau la pelhe deu Iheyt... ave venut la cosne 
de sa molher », le mari, joueur et habitué de taverne, met à mal les 
effets du lit.... il avait vendu la couette de sa femme. Dans le Psaume 
VI, « ma cosne et tout mon Iheyt », ma couette et tout mon lit. — Cf. 
Remania, m, p. 441, et Rev. des lang. rom., 1875, t. viii, p. 21, où M. 
Alart a cherché à expliquer cosna, cosne, par le catalan escauna, banc 
garni d'un dossier ou plutôt par colga de fust, boiserie de lit. 



- 419 — 

689. — On dit ahant ou ahanlz {t muet), avant ; la pre- 
mière forme, seule, sert avec la préposition de à former 
debant ou dabant^ devant ; il y a là contraction et non élision : 
debant pour de abant ; l'élision donnerait de bant qui ne s'est 
jamais vu en béarnais ; dabant est aussi pour de abant ; 
d'abant par élision ne signifie point devant, mais d'avant : 
« lou dimenje d' abant Nadau », le dimanche d'avant Noël ; 
« la caze dabant lou camp », l'habitation devant le chann^. 

690. — Des prépositions jus, juiis, sous, sus, sur, ont été 
formés les adjectifs jiisoo, susoo^ employés comme suffixes 
pour déterminer la situation respective de localités ou de 
demeures de même nom : jusoo, inférieur, c. «à d. au nord, 
par rapport à siisoo^ supérieur, c. à d. au sud. Voir ci- 
dessus, n« 668, débat, dessus. MnsiPonson-Debat, arr. deMon- 
taner, cant. de Pau, était en 1376 Ponsoo-Jusoo, au nord de 
Ponsoo-Snsoo, aujourd'hui Ponson-Dessus. Dans l'arrondisse- 
ment d'Orthez, cant. de Navarrenx, sont les communes 
d'Araux et d'Araujuzon anciennement Araus-Juzoo ; celle 
ci est au nord de l'autre, qui portait, en 1385, le nom 
d'Araus-Susoo. 

Au lieu de stisoo, formé de sus, sur, on disait aussi sobiroo 
de l'anc. préposition sober, sur. — Sobiroo, jusoo sont aujour- 
d'hui Soubiron, Juzon, dans les noms de deux communes 
de l'arr. d'Oloron : « Louvie-Soubiron » dans le JTaw^Ossau. 
« Louvie-Juson », dans le jBas-Ossau. 

Susaa, sobiraa, et jusaa, de même provenance que susoo, 
soubiroo, et jusoo, étaient aussi de même signification. 

En vieux français, « jus », du lat. jusum. signifiait en bas ; de là, 
le mot « jusant », encore usité, terme de marine : mouvement de 
la mer qui baisse. 

691. — Dessus, dessus, débat, dessous, dehens, dedans, 



— 420 — 

sont tout ensemble prépositions et adverbes ; on dit sans 
complément : estas dessus, se tenir dessus, ana débat, aller 
dessous, pour ta dehens porter dedans ; et, avec complément : 
dessus lou teyt, sur le toit, débat Farbe, sous l'arbre, dehens 
l'oustau, dans la maison. 



C'est là le double emploi qu'on a fait aussi en français jusqu'au 
xviie siècle même des mots dessus, dessous, dedans. 

Mors, tu abas à un seul jour 
Aussi le roi dedens sa tour 
Come le povre desous son toit. (1) 
Thib. de Mari y, xin s. 

Chacun se repaissoit dessous les frais ombrages 

Ronsard, Egl. 1. 

« Là aussi se cueille la gloire, vraye pasture de toute âme vraye- 
ment royalie, comme la rose dedans les épines » ; Henri IV. 

Nous lisons clairement c?ef?an6f leur conscience. 

Malherbe. 

... Tout l'univers tremblait dessous ses lois. 

Corneille. 

Dessus ses grands chevaux est monté mon courage. 

Molière. 



692. — Après, après, avait et peut avoir pour complé- 
ment une proposition participe : — « Après tôt acabat, las 
partides son aperades per los judyamentz », après (que) 
tout (est) achevé, les parties sont appelées pour (entendre) 

(1) Ma herbe n'a donc été qu'un bon imilaleur, lorsqu'il a dit : 
La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles : 

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre, 

Est sujet à ses lois; 
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre 

N'en défend pas nos rois. 



— 421 — 

les jugements, Fors de Béarn ; — « après morte la prumere 
molher », après (que) la première femme (fut) morte, Enq. 
sur les serfs du Béarn. 



sur les serfs du Béarn. 



On trouve en latin post avec un complément suivi d'un participe : 
— post Veios captos, (Gicéron), après Veïes prises; et, en français: 
« Après la guerre achevée, les Carthaginois pensèrent périr par le 
soulèvement de leur armée ; Bossuet, Disc. Hist. univ. 



693. — Au lieu de despuixSj depuis, on dit aussi 
desempuixs^ et, par syncope, dempuixs. Dans la vallée de 
Barétons, à Arette, on dit despuixen. Ce sont là des formes 
contractées de de en puixs. 



« Dempuis » était usité en français au xvi« siècle : — « Vous 
sçavez qu'il a pieu toujours dempuis trois jours en ça»; Fr, 
d'Amboise, Les Néapolit.^ ii, 1. 



— L'article masculin, lou^ lous^ se contracte avec 
les prépositions catsus^vers^ countre, contre, darrè, derrière 
(no 190), dinque, inque, entro, jusque, enta, nia, ta, pour 
(no 184) ; ce qui produit catsoïi^ catsoiis, countrcu, cotmtreus^ 
entroû, entrons : 

Dequiu en la, catsoiis sendès, De là en haut par les sentiers, 
Que coussireram Lonsou. Nous prendrons en passant Loiison. 

Cham. pop. 

Lo mau que contreus autz prépare. 

Psaumes. 

Le mal que contre les autres il prépare. 

Quin siulatz lou troupèt entau ha rassembla ! 

Picot. 

Comment sifflez-vous le troupeau pour le faire rasssembler. 



— 422 — 

Et deu Iheban la terre aperara Et il appellera la terre du levant 
Entroû soo-cooq... Jusqu'au soleil couchant. 

Psaumes. 

Entroû soO'Cooq, jusqu'au soleil couchant ; dans Arn. de 
Marsan, voy. Lexique^ Raynouard : tro al solelh colcan. 

Dinqiie^ inque, au lieu de se contracter avec l'article, 
(dinqiioû^ inqiioû), peuvent aussi s'élider devant l'article con- 
tracté : 

Deu mey chin dinqu'aii maye. 
Hatoulet. 

Depuis le plus petit jusqu'au plus grand. 

695. — La préposition entro était anciennement plus 
usitée qu'elle ne l'est aujourd'hui ; on disait aussi, par 
aphérèse, tro ; d'où to : 

Mey, to labetz, quine misère ! Mais, jusqu'alors, quelle misère ! 
F. de Laborde. 



L'idiome bas-limousin a tresque, traiqiio, de l'ancien truesca. — 
— Ghabaneau, Grammaire limousine. 

Dans le français de Ville-Hardouin trosque signifiait jusque : 
« La compagnie de vos et des Venisiens ne dure que trosque a la 
feste Saint-Michel » ; Conq. de Constaniinople, XLI. 



— Per a les divers sens des prépositions fr. « par, 
pour » , et, de plus, marque le terme, l'époque fixe : — 
« Fe devers au senhor :... une garie per Nadau. une quartaa 
de sivade per Sente-Marie d'aost », il paie de redevances au 
seigneur:... une poule à Noël, une mesure d'avoine à Notre- 
Dame d'août ; Enq. sur les serfs du Béarn. — Cf. Ghabaneau, 
Gram. lim. 

697. — Saub^ sanbant^ sauf, hormis : — « No esnegun que 



— 423 — 

encenhar le podos, sauban Diu », il n'est personne qui pût 
l'instruire, sauf Dieu, Récits d'Hist. Sainte; « tote perFone 
de Videren, saub los qui los casaus tienen », toute personne 
de Bideren (1), sauf celles qui tiennent les domaines (qui 
sont serves) ; Enq. sur les serfs du Béarn. 

698. — Au lieu de sens^ sans, on dit chelz à Orthez ; 
anciennement ixetz) — « ixetz contente », sans contesta- 
tion, Fors de Béarn ^ ci-dessus, p. 106; dans l'édit. Mazure 
et Hatoulet, cxetz. 

LOCUTIONS PRÉPOSITIVES. 

699. — Ah de^ pour, après de^ après, au ou at darrè de^ 
derrière, coste de^ près de, a côté de, countre de^ contre, 
de cap a, vers, juste de, près de, 7nirou de, environ, per 
amou de, pour l'amour de, à cause de, pour, prumè de, avant 
de, torn de, environ. 

700. — La locution prépositive ah de, pour, est une con- 
traction de a ops de (à besoin de) : — » Joseph abe a ffar un 
Iheyt ab de un bon bomi », Joseph avait à faire un bois de 
lit pour un noble homme. Récits d'Hist. Sainte ; le texte cata- 
lan correspondant, Gen. de Script., porte : « Josep hauia a 
fer un lit a ops de un honrat hom r. — A obs de se trouve 
dans les Fors, p. 212 : « herba et pastenc a obs de lors 
jumentz », herbe et pacage pour leurs juments. — « Drap 
ab de fe una rauba », drap pour faire une robe (1465) ; Art. 
en Béarn. 

Au lieu de ab de, contraction de a ops de, on disait aussi, 
en supprimant Va : — ob de, obs de ; dans les Rôles de Varm. 
de G.-Phœbus (1376) : « ob de si medix », pour soi-même ; 
a obs de anar », pour aller. 

(1) Vill. cn« d'Autevielle, arr. d'Ortbe^, cant. de Sauveterre. 



— 424 — 

701. — Apres de^ après : — « après de las honors », 
après les honneurs ; Honn. cVArchambaud. On trouve des 
exemples de après de dans « la charte du pays de Soûle », 
Romania, V., p. 371. 

On ne peut guère expliquer pourquoi de se mettait ainsi à 
la suite de après ; cette particule accompagne plus fréquem- 
ment, aujourd'hui, les prépositions coste et coimtre ; on dit 
coste de la horde, à côté de la grange, countre de la par et, 
contre le mur. 

702. — At darrè de, après, à la suite de : — at darrè de 
l'auradge, lou bèt temps », après l'orage, le beau temps. 

— At, article contracte, pour a et',ïi'' 196. 

703. — Be cap a, vers : — « ana de cap a la moun- 
tanhe », aller vers la montagne. 

704. — Juste de exprime un rapport de temps et de 
distance : — « Ere juste deu die de la feste », c'était proche 
du jour de la fête ; « apari juste deu sorelh », apparut près 
du soleil. En Xd^X.juxta focum, auprès du feu, 

705. — Mirou de, environ; dans les Eglogiies de Fondeville : 

— « Mirou de detz et oeyt », environ dix-huit; dans 
VEnq. sur les serfs du Béarn, c'est torn de : — a a torn de un 
mes», il y a environ un mois ; et, sans la préposition de : 

— « torn la hora de mieya noeyt », environ (vers) minuit ; 
Un Baron béarnais au xv« siècle. 

706. — Per amou de^ pour l'amour de, à cause de, pour, 
se contracte en pramou, premou,permou, proumou : a. laquau 
(carte) l'avem donade e autreyade tant per amor de Diu, quar 
es paubre, quant perxx sols de Morlaas », la charte (d'affran- 
chissement) que nous lui avons donnée et octroyée tant pour 
l'amour de Diu, car elle (Esmène) est pauvre, que pour vingt 



— 425 — 

sous de Morlaas, Enq. sur les serfs du Béarn ; on dirait 
nuiouvd'hm pramou, oupreniou^ etc. 

— « B'at harèy pramou de bous », je le ferai certes pour 
amour (à cause) de vous ; « premou d'aco nou eau pas 
désespéra », à cause de (pour) cela; il ne faut point déses- 
pérer; Imit. de J.-C. 

Per Diu^ remplaçait per amor de Diu : — « lo da vite per 
Diu », lui donne vie (le nourrit) pour l'amour de Dieu; a lo 
tien per Diu », le garde pour l'amour de Dieu (par charité); 
Enq. sur les serfs du Béarn. 

707. — Prumè de se dit au sens de abantz, avant : 
« qu'arriba prumè de bous », il arriva avant vous. 



LA CONJONCTION 

708. — Cm\ car, coum, comme, donne, dounques^ 
doungues, donc, e, y, ye, et, mas, mes, mey, mais, nl^ et, ni, 
ou, ou, que, que, quant (après tant), que, empero, pero, 
cependant, mais, quin, comment, quoand, quand, per que, 
pourquoi, puixsque, puisque, se, si, si, sie, soit, sinon, 
sounque, ouya, sinon, toutu, cependant, ya, néanmoins. 

709. — La conjonction coum, comme, se rencontre assez 
fréquemment en béarnais, suivie de la préposition a : 
a judyar cum a besii », juger comme voisin, Fors de Béarn ; 
c( accusade cum a posoere », accusée comme sorcière, Sorc. 
dans le Béarn. Il ne semble pas que, dans ces exemples et 
dans beaucoup d'autres analogues, cum a soit une altération 
de la conjonction « cuma, coma », altération qui serait 
passée dans l'usage. Cela ne forme pas non plus une 
locution conjonctive. Cum a sont deux mots distincts ; 
chacun a sa fonction : — cum, conjonction, unissant deux 



— 426 — 

propositions ; a, préposition, précédant un complément, 
seule partie exprimée d'un membre de phrase elliptique : 
— « Fe devers au senhor, cum a questau », il paie rede- 
vances au seigneur, comme (c'est obligatoire) pour un serf, 
Enq. sur les serfs du Béarn. Les autres exemples que nous 
venons de citer s'expliquent ainsi : dans le premier, il est 
question de quelqu'un que l'on doit judyar, juger, cum a 
besii, comme (on juge) à un voisin ; dans le second, il s'agit 
d'une femme accusade^ accusée, cum a posoere^ comme (on 
accuse) à une sorcière. En béarnais, de même qu'en tout 
dialecte de langue romane, le complément direct des verbes 
actifs est bien souvent précédé de la préposition a ; (n» 617). 
On lit dans les Récits d'Hist. Sainte : — a Etz exitz prener 
me cum alayroo », vous êtes sortis pour me prendre comme 
un larron {comme on prend à un larron). 



En présence de cet emploi de cum a, qui est fréquent en béarnais, 
peut-être y aurait-il à revoir, si, dans les phrases suivantes, et dans 
beaucoup d'autres analogues, il n'y avait pas cum a, com a, au lieu 
cnma, coma : 

leu los faria pendre cuma lairo 

Rom. do Gérard de Rossilloii, f. 77. 

Qui agues cels vilas penduz coma layron. 
Ch. Cr. Alb. p. 73. 

Lo menesprezon cotna fems. 
V. et Verl, f. 20. 

Vos lo prezetzde nuech coma layro. 

P. Meyer, Becueil,it. 131. 

Des textes catalans [Genesi de Scripfura, Comedia de la Gloria 
d'Amor) fournissent des exemples de com a employés de môme qu'en 
béarnais : — « Caygueren dell gotes de suor com a sang », tom- 
bèrent de lui des gouttes de sueur comme de sang ; — « Dir no 
volgui, ans calli com a pedra », je ne voulus point parler, je 
^enaeurai muet comme une pierre ; « Ffuig los amor com a gen 



— 427 — 

reprovada » , Amour les hait comme des réprouvés. — Voy. Gen. 
de Script. y édit. V. Amer, et Com. de la Glor. d'Am.^ publiée 
p. F.-R. Gambouliu, Essai sur Vhist. de la litt. catalane ; Paris, 
Durand, lib. ; 1858. 



710. — La conjonction et a été maintenue dans nos 
exemples toutes les fois que les textes cités portaient cette 
conjonction écrite ainsi. 

Il a été dit (note, p. 75) pourquoi il convient d'écrire 
e pour et, conjonction. — Les formes y^ ye, sont particu- 
lières. au béarnais de la région oloronaise vers la montagne ; 
î/, qu'emploient aussi l'espagnol et le catalan, n'est qu'une 
transformation de la conjonction primitive e (lat. et). 
Nous avons indiqué ci-dessus, p. 7-8, que i a été substitué a 
e dans beaucoup de mots. 



a Plusieurs textes du Limousin et du Périgord, depuis le xu^ 
jusqu'au xvie siècle, offrent i (y), qui ne servait que devant les 
voyelles, plus particulièrement devant a. Cette dernière forme se 
rencontre très-fréquemment dans Gérard de Rossillon. On la trouve 
aussi plusieurs fois dans les Joyas del gay saher et dans d'autres 
textes languedociens moins récents » ; Ghabaneau, Gram. lim. — 
M. Paul Meyer a relevé l'emploi de i pour e devant a au vers 454G 
de la Ch. crois. Alh. : 

Bon i adreit per armas e ben correns e beus. 



714. — Niy dans l'ancien béarnais, signifiait et, aussi bien 
que ni ; on voit dans les Fors : — « Ni en quinh loc, ni en 
quoau mees », et en quel lieu, et en quel mois. Raynouard 
affirme que, dans les dialectes romans, ce mot avait le plus 
souvent la première acception ; aujourd'hui, en béarnais, i\ 
ne signifie plus que ni. 



— 428 — 

712. — Quant signifiait c( que » après tant : — « tant 
deffentz.... quant deffora », tant dedans.... que dehors, 
Fors de Béarn ; « tant per amor de Diu quant per xx sols », 
tant pour l'amour de Dieu, que pour vingt sous, Eriq. sur 
les serfs du Béarn . 

713. — Que^ que, était quelquefois supprimé devant un 
verbe au subjonctif: — « mandar lo tremetosse », ordonner 
qu'\\ lui envoyât. 

Cette conjonction placée entre le participe et l'auxiliaire 
d'un temps composé signifie « lorsque » — : — « parlât 
que agon ensemps (1) », lorsqu'ils eurent parlé ensemble; 
« corrut lo caperan que ago », lorsque le prêtre eut couru; 
Un Baron Warn. 

714. — Des deux formes se et si^ si, la seconde est 
aujourd'hui usitée le plus fréquemment : « si at habi sabut », 
si je l'avais su; elle s'élide quelquefois : « escusatz-me s'èy 
mau parlât », excusez-moi si j'ai mal parlé. — L'ancien 
français avait se, qui est actuellement provençal : se poudès, 
si vous pouvez. 

715. — Ouya, sounque, sinon, si ce n'est : — « Qui ha 
hèyt tant de mau, ouya l'enemic ? » qui a fait tant de mal, 
si ce n'est l'ennemi ? « Arres sounque bous nou bienera », 
personne, si ce n'est vous, ne viendra. — Sounque est une 
contraction de sinon que. 

716. — Toulu, cependant. — Le général Bosquet, écrivant 
de Grimée à un de ses compatriotes, terminait sa lettre par 
ces mots béarnais : — « Que hè ue nèu et u red qui pelé, et 
toutu aqueresboumbes que ban coum l'agulhedoû tisnè... », 

(1) Aujourd'hui ensemble (lat. in simul) ; adverbe de temps omis, 
n® 657. 



— 429 — 

il fait une neige et un froid qui pèle, et cependant ces bombes 
vont comme l'aiguille (la navette) du tisserand... 

717. — Yrt, néanmoins. Nous en avons cité un exemple 
tiré des Fors de Béarn, édit. Mazure et Hatoulet, p. 187 ; 
voy. ci-dessus, n" 461. 



LOCUTIONS CONJONCTIVES. 

718. — Ab que, encore que, bien que, despuixs qui, depuis 
que, entertant qui, entant qui, pendant que, enta que, ta que, 
pour que, afin que, entra que, jusqu'à ce que, per amor que, 
pour que, parce que, per so que, parce que, prumer que, 
avant que, yassieque, bien que, ya qui, puisque. 

— a Ab que mile ans agossa passât », encore que mille ans 
seraient passés ; ce dexpuixs qui tu fréquentes la gent de coun- 
ditiou », depuis que tu fréquentes la gent de condition ; 
« entant quihouleye », pendant qu'il folâtre ; « enta que l'y 
goardi », pour que je le lui garde ; a ère prumer nade que la 
franquesse no fo autreyade », elle était née avant que 
l'affranchissement ne fût accordé ; Enq. sur les serfs du Béarn. 

719. — Entro que, jusqu'à ce que : — ce Entro que sera 
hore de offerir », jusqu'à ce que sera l'heure d'offrir ; Bonn. 
d'Archambaud. — Que était souvent supprimé : — « lo 
detenguo, entro lo aguo finat la some de très scutz », le retint 
jusqu'à ce qu'il eut financé la somme de trois écus ; 
Un Bar 071 béarn. 

720. — Per amor que, pour que : — « per amor que 
mynyassen a Daniel », pour qu'ils dévorassent Daniel ; 
Bécits d'Hist. Sainte. Actuellement, des deux mots per amor, 
on fait pramou {premou, permou, proumou), n* 704 ; suivis 



— 430 — 

de que, ces mots signifient parce que : — « premoti que 
prenetz plasé ad entene las noubèles », parce que vous prenez 
plaisir à entendre les nouvelles. 



Le provençal emploie amor que au même sens : ^- « Amor que 
ma sorre fugue troumpado », parce que ma sœur fut trompée; Arm. 
prouvençau.y 1879, p. 69. 



721. — Perso que, parce que : — « per so que lo bayle 
sera négligent », parce que le baile sera négligent, Fors de 
Béarn ; on disait aussi per so car (inusité aujourd'hui) : — 
« perso car la cort no es certe i>, parce que la cour n'est pas 
certaine, Fors de Béarn ; « per so car lo marit no podo 
fornir », parce que le mari ne put fournir (la somme) ; 
Sorcières dans le Béarn. 

722. — Yassie (jassie) que, bien que : — a jassie que lo 
senhor no agos clam », bien que le seigneur n'eut pas de 
plainte ; Fors de Béarn. — Gomme après entro, le que est 
souvent supprimé : — << jassie fossa noeyt », bien qu'il fût 
nuit ; U7i Baron béarnais. 

723. — Ya qui, puisque : — « Ya qui coumbaten dab tant 
d'ardou », puisqu'ils combattent avec tant d'ardeur ; Imit, 
de J.-C. La locution ya qui a le sens aussi de celle qui 
précède. 

724. — On a vu, no 475, qu'en béarnais le pronom con- 
jonctif qui s'emploie pour que. De même, dans les locutions 
conjonctives, la conjonction que est souvent remplacée par 
qui : — Despuixs qui, depuis que, entant qui, pendant que, 
autalèuqui, aussitôt que, etc, abantz qui, avant que, etc. 



— 431 — 
L'INTERJECTION 

725. — L'idiome béarnais a des interjections qui lui sont 
propres : — Chit ! pour appeler d'assez près, chou ! pour 
faire taire, hèp /, hèy /, hoiï ! pour appeler de loin ; houy ! 
pour éloigner ce qui est immonde ; — forme contracte de 
hoey, impératif de hoeye (lat. fugere) fuir ; — hé donne ! pour 
interroger ; tè, lorsqu'on aperçoit quelque chose inopiné- 
ment, lorsque l'on voit quelque chose qui surprend ; dau ! 
donne, va, fais! ; haut ! courage (sursum corda) ! 

Le provençal emploie d'aut ! « Anen ! d'aut ! que la man s'estire », 
allons ! sus ! que la main se dégourdisse ; F. Mistral, Mirèio. 

— « Chou ! lou boun Diu que-m barre la bouque », Chut ! 
le bon Dieu me ferme la bouche, Sermon du curé de Bideren; 
« hoil ! paysaa, lou renard que t'ha las poures !» ho î 
paysan, le renard a tes poules ! Prov. du Pays de Béarn. 

726. — « Per las interjectios, est-il dit dans les Leys 
d'amors, excita hom las bestias, coma harri!^, Par les 
interjections, comme harri ! on excite les bêtes. 

En béarnais, harri ! harri ! chibalet, en avant ! en avant ! 
petit cheval, est le refrain d'une charmante chanson de 
Navarrot. 



Dans Rabelais, Garg. i, i% « harry, bourriquet ! ». On trouve 
la mention suivante dans le Manuel du libraire de J. Gh. Brunet, 
t. I, 2e partie : « Chanson nouvelle... (1562) sur le chant de hari, 
hari l'asne, hari bouriquet ! » 



727. — On dit cho ! pour ralentir l'allure trop vive d'une 
monture, pour l'arrêter : 



— 432 — 

— Hilhotes de Gan, a quoant l'agland ? 

— Harri ! en dabant ! 

— E-bs bouletz marida ? — Cho ! La ! 

— Jeunes filles de Gan, à combien les glands? — Harri ! en 
avant ! — Voulez-vous vous marier? — Cho ! La ! 

Les jeunes filles de cette commune (1) n'entrent en propos 
avec les jeunes hommes que « pour le bon motif». Si on 
leur adresse la parole, lorsqu'elles vont au marché, elles 
répondent seulement par le mot qui excite leur monture à 
aller vite : harri ! Mais, si on leur parle de mariage, elles 
retiennent ou arrêtent leur bête, en disant cho ! Elles sont 
prudentes... Cette prudence suffit-elle pour protéger effica- 
cement leur vertu ?... Dictons du Pays de Béarn, p. 155. 

728. — Avec cho et harri, le béarnais a fait ce proverbe : 
— a Soubent bau mey dise cho ! que harri ! ; souvent il vaut 
mieux dire cho ! que harri I On dit en français : « Qui veut 
voyager loin ménage sa monture » . 

729. — Bè ! hou ! bè ! sont les interjections des bouviers 
qui pressent leurs bœufs, leurs vaches; ils disent aussi : Bè, 
ha ! bè, ou Bè ! bou ! bè ! — Bou, contraction de boeu, bœuf ; 
Va, bœuf, va! — Ça! baque, ha! Ça! vache, ha! Vh est 
fortement aspirée. 

Bè, Lauret, bè, Aubine! 
Sus, sus, au noum deDiu! Bè, ha ! bè, tu, Lauret! 

— Va, Lauret, va, Aubine ! — Sus, sus, au nom de Dieu ! Va, 
ha ! va, toi, Lauret! Nouvelle Pastorale béarnaise. 

Dab ta brunete Aragounese, 
Arrièrou, danse!, y tu, lou boè, 
Beyre en maa, dab ta Lescuese, 
Desbroumbe-t de ha : Bè ! hou ! bè ! 

Navarrot. 
(1) Arrondissement de Pau, canton de Pau-Ouest. 



— 433 — 

— Avec ta brunette Aragonaise, — Muletier, danse!, et toi, 
bouvier, — Verre en main, avec ta Lescunaise (1), — Oublie de 

dire : Va! ho! va ! 

* 

730. — L'impératif du verbe aller i s'emploie comme 
interjection ; on crie pour faire avancer les chevaux, les 
mulets: — i ! marche I va! 

731. — Ja ! Joaî ou Yal Yoal {a très-long) servent à faire 
rester en place les bêtes (bœufs ou vaches) que l'on a 
arrêtées et qui veulent se remettre en marche. 

732. -— A Oloron, le matin du jour de Noël, des enfants 
courent les rues, un petit panier à la main, en criant : 
« Hiu! Hau ! Eres iroles de Nadau ! » — Hiu! Hau ! Les 
châtaignes rôties de Noël! La veille, ils ont fait entendre ces 
autres cris : 

Ahum ! Ahum! Ahumalhe! 
Poumes y castanhes? 
Bouharoc ! Goc, coc ! 
Poumes y esquilhotz ! 

Il n'y a là que quelques mots de signification précise : 
« Pommes et châtaignes ! Pommes et noix ! — De chaque 
maison où il y a de tout petits enfants, on jette aux jeunes 
coureurs qui répètent ces cris, des sous, des fruits, le plus 
souvent des châtaignes. On prétend que cet usage provient 
d'une ancienne superstition qui vit encore dans beaucoup 
de localités du Béarn, et qui consiste à ciboire que des 
sorcières chercheraient à pénétrer dans des maisons, la nuit 
et le matin de Noël, pour enlever les enfants ou leur « jeter 
des sorts ». On est persuadé qu'elles s'éloignent aux cris de 
Hiu ! Hau ! Ahum ! Ahum ! 

(1) Jeune fille de Lescun. — Navarrot, dans ce couplet, s'adresse aux 
muletiers et aux bouviers qui font halte à l'auberge de L'Estanguet; voy. 
ci-dessuB, p. 358 et 381. 

28 



— AU — 

Dans la Flandre française, le cri Ahu ! Ahu ! qui semble être le 
même que notre Ahum ! Ahum ! est usité pour huer les ivrognes et 
les personnages excentriques des rues ; L. Vermebse, Dictionnaire 
du patois de la Flandre française. 



733. — Au lieu des Hiu ! Hau ! des petits garçons 
oloronais, les enfants d'Orthez criaient dans les mêmes 
circonstances : Picahoû ! Hou ! Hou ! 



Le mot houhou, à Bayonne, est un terme injurieux qui s'emploie 
au sens de « vieille sorcière ». Voy. Fables en bers gasc.^ 1776. 



LOCUTIONS EXCLAMATIVES. 

734. — A hute! A hoeyte ! signifient : à la poursuite ! en 
fuite ! — « Cassadous, hètz a hute ! » Chasseurs, à la 
poursuite! Cont. béarn. 

Sus mau-hasècs, a hoey ta ! Sus aux méchants, en fuite ! 

Psaumes. 

735. — Biahore ! Cri d'alarme d'affliction, appel au 
secours. On lit dans les Fors de Béarn^ xiii"^ siècle, art. 468: 

— « la cort es informade deu criit et biaffora », la cour est 
informée qu'il y a eu cri d'appel au secours ; « Menyolet, 
prostat a terre, tostemps cridan : Biaffora, ajuda ! », 
Menjoulet , étendu par terre, toujours criant : Biaffore, au 
secours! Un Baron béarn. au xv® siècle. Navarrot disait: 

— « L'estoumac que-m cridabe : Biahore ! » L'estomac me 
criait : au secours ! — En gascon : 

.. Aquet poble assecarat .. Ce peuple altéré 

Se bouto a crida : Biahoro ! Se met à crier : au secours 1 

J -G. d'Astros, L'Eau. 



— 435 — 

On trouve cette interjection dans Montaigne, Essais, n, 37 : 
« Nous avons beau crier Bihore, c'est bien pour nous enrouer... » 

Les exemples que nous venons de citer peuvent rectifier ou com- 
pléter la note suivante de l'édition de Montaigne de J.-V. Leclerc 
(Paris, Lefèvre, 1844), note empruntée à M. Eloi Johaneau 1818 : 
— « Bihore, terme qui se trouve dans Cotgrave, et dont se servent 
les charretiers du Languedoc pour hâter leurs chevaux, répond à 
notre aïe! et signifie, à la lettre, vite, dehors; car je le crois 
composé de deux mots latins : via et foras ou foris ». — Soit, mais 
gardons-nous de traduire via par vite. 



736. — Boiihe ! impératif du verbe bouha, souffler. On le 
dit, par exclamation, à celui que l'on met au défi de faire 
ce qu'il avance, ou dont on n'écoute par les paroles, 
qui fait de vains efforts pour convaincre. Dans ce même 
sens, en fr., on s'écrie : « Chante! chante! ». Le bouhel 
béarnais pourrait bien ne pas être sans rapport avec le 
buégo cévenol ; voy. Fesquet, Rev. des lang. rom., vi, p. 104. 

737. — Cap e tout ! Tête et tout ! s'emploie pour renforcer, 
pour exagérer ce que l'on dit. — C'est ainsi qu'en français, 
dans le langage populaire, on ajoute : « Et le pouce ! » 

738. — A Diu me dau ! A Dieu je me donne ! et, plus 
souvent, Biu me dau\ est l'expression exclamative de la 
surprise, du désespoir : 

A Diu me dau ! Quine galère 
D'esta moussu ta ha l'amou ! 

Navarrot. 

— A Dieu je me donne (mon Dieu!) quelle galère •— D'être 
monsieur pour faire l'amour. 

739. — Ma fée ! Ma foi ! — Cette expression est particu- 
lièrement usitée à Bielle, arr. d'Oloron, cant. de Laruns : 



— 436 — 

D'oun ètz, gouyat ? — De Laruns, si-p platz. 
Y bous, aulhè ? — De Biele, ma fee ! 

— D'où êtes-vous, jeune homme ? — De Laruns, s'il vous 
plaît. — Et vous, berger ? De Bielle, ma foi ! Dictons du 
Pays de Béarn, p. 182. 



Notre ma fee ! est ma-hé ! dans le pays de Bigorre ; de là, le sobri- 
quet de maheras que les Béarnais ont donné à leurs voisins des 
Hautes-Pyrénées. 



740. — Malaye ! (mal haye !) , malheur, malédiction ! 
Despourrins a dit : — « Malaye 1 quoand te bi, trop char- 
mante brunete! » Mal ait (maudit le jour) ! quand je te vis, 
trop charmante brunette! — En vieux français : a Mal ait 
vos cuers convoitons — Qui m'envoya en Surie ! » 
Q. de Béthune. 

7M. — Pour ne pas mettre le nom de Dieu dans une 
locution irrévérencieuse, on dit en altérant la prononciation : 
Cap de biu ! Tête-Dieu ! — De même, en français : Gorbleu ! 
pour « corps de Dieu». — Cap de biu est resté de l'ancien 
juron per lo cap de Diu ! 



« Si tost que Jehan second, comte d'Armagnac, fut arrivé à 
Bourdeaulx, (vers 1363), alla vers le prince de Galles, luy dist qu'il 
estoit venu audit lieu pour obeyr au Roy, son souverain seigneur, 
qui l'avoit prié, pressé et requis de s'en venir par devant luy, luy 
faire la foy et hommaige, desquelles paroles fut couroussé ledit 
prince de Galles, et usa de menasses envers ledit Jehan deuxième... 
(Ge que) ne peut endurer ledit comte Jehan, et luy dist en son 
langaige gascon telles paroles ou semblables : Per lo cap de Diu ! 
je vous ferey ung tau pastis, que vous no saberatz rompre la 
croate. Et dès lors s'en partit dudit lieu de Bourdeaulx et s'en 
retourna à ses pays ». — Extrait d'un Mémoire de la fin du 



— 437 — 

xve siècle, Arch. des Bass.-Pyr.^ E. 251. — On y trouve cette 
variante des paroles de Jean n d'Armargnac au prince de Galles : 
Per lo cap de Dieu ! jo vos feray ung tal pastis que vous n'en 
saubratz rompre la crosta ». Je vous ferai un tel pâté, que vous 
n'en saurez rompre la croûte. 

— « Je vous baillerai ce que vous ne mangerez pas » ; Oudin, 
Curiosités fr. ; Le Roux de Lincy, ii, p. 202. 

742. — Pet de perigle !, Coup de tonnerre !, marque 
l'étonnement ; c'est le Tron de Vèr provençal. — Dans la 
vallée d'Ossau, on dAipet de perinne ! 

743. — Per la pèt de couhet ! Par la peau du diable 1 — Le 
seul mot pouvant se rapporter à couhet, diable, est l'espagnol 
cohechar, qui signifie : suborner, corrompre. 

744. ~ Diastre ! se dit en béarnais au lieu de : Diable ! — 
Diastre d'homi\î Diable d'homme ! — Que diastre ha ! Que 
diable faire ! 

745. — Au grau Mre-berret ! Littéralement : au grand 
tourne-béret !, locution qui tient lieu d'une plus énergique, 
que la pruderie ou les convenances empêchent de pro- 
noncer dans les circonstances où Ton dit en français : 
« fichtre ! » ou «c sac-à-papier ! » 

746. — Bèt cranc ! Exclamation de surprise, lorsque Ton 
voit ou que l'on entend dire une chose extraordinaire (en ce 
sens, peut-être, que cette chose dépasse d'un fort cranc la 
mesure qu'elle aurait, si elle n'était pas exagérée). 

Bèt cranc ! s'emploie aussi au sens de « belle promesse ! » 
si belle, que l'on doute qu'elle soit tenue : 

E la haie ! bèt cranc ! 
Que demoure au bèt blanc. 
Navarrot. 



— 438 — 

Et la halle (à construire alors dans la ville d'Oloron), 
beau cranc ! (belle promesse), elle demeure en blanc. 

Dans l'ancien français le mot « cran )^ signifiait promesse, 
sûreté ; voy. LaCurne de Sainte-Palaye, Dict. 

747. ^ coo ! cœur ! C'est ainsi qu'à Salies tout parti- 
culièrement, on dit « mon chéri ! mon très-cher ! » 

748. — Oère ! oère ! Vois I vois ! Le pâtre, en admiration, 
chante : — « Ma bergère 

Qu'ey bère coum lou lugraa ; 
Oère ! oère ! 

est belle comme l'étoile ; Vois I vois ! — Lugraa^ en béarnais, 
est le nom de l'étoile la plus brillante (l'étoile de Vénus). 



on entend prononcer aussi goère, goère, impératif 
d'un verbe dont on n'emploie que cette forme. — Rac. Sax. Wardôn; 
lat. vigilare ; anc. fr. Warder^ guarder^ regarder ; — Burguy, 
Grammaire de la langue d'oïl. 



749. — Praube de you ! mot à mot : Pauvre de moi ! se dit 
lorsqu'on souffre, lorsqu'on se plaint de son malheur. — 
Ego infelix mecum pugno de Vlmit. de J.-C, a été traduit par 
M. l'abbé Lamaysouette : « Praube de you ! que souy en 
coumbat dab you-medix » . 

750. — Tant de hou ! tant de bon, au sens du latin 
îUinam : « plaise à Dieu ! », ou « plût au ciel! » 

751. — Dki-bibant ! s'emploie pour affîrmei* ; c'est aussi 
l'exclamation de la contrariété, de l'emportement; — c'est un 
juron ; il a pour variantes plus énergiques double-Diu- 
bibant ! au grand double-Diu-bibant ! 



Dans VAprès-soupa deu presbytèri, l'Après-souper du pres- 
bytère, chanson de Navarrot, le curé qui s'entretient avec 
sa servante, n'ose prononcer Diu-bibant ! 

Diu-bibos ! Dieu-vivant ! 

Mariou, Marion, 

Jou n'èy bist toun pariou. Je n'ai point vu ta pareille. 

Diu-bibos ! Diii'bibostes ! Doiible-baut ! se disent, par euphé- 
misme, au lieu de Diii-bibant, double Diu-bibant ! 

Dans ces locutions exclamatives, bibant est le participe 
français « vivant » béarnisé; il faudrait dire en béarnais 
bibmt, participe de bibe, vivre ; 

Moun anime a set de Diu, Mon âme a soif de Dieu, 
Deu Diu viven. ... Du Dieu vivant. . . . 

Psaumes. 



L'abbé Poeydavant, Histoire des troubles survenus en Béarn, 
rapporte que « la reine Jeanne, étant à la Rochelle, rendit une 
ordonnance concernant la manière de prêter serment en justice. De 
temps immémorial, on y avait procédé, en Béarn, en mettant la 
main sur la croix et le missel. En 1569, on abolit cette formalité, 
qui fut remplacée par celle de lever la main et de jurer au Dieu 
vivant., formule qui, selon les apparences et les observations des 
auteurs, fit naître l'habitude des jurements, qui, depuis cette époque, 
devinrent si fréquents en Béarn ». 

Voici le serment prêté par Henri IV, le 2 du mois d'avril 1581 ; 
Privilèges et Règlements du Pays de Béarn : 

« Fens la gran sale de nostre castet de Pau, havem Ihebat nostre 
man drete en haut, teste nud, prometut et jurât, au nom de 
Diu vivent., que nous seram fidel senhor et judgeram dreyture- 
ramentz au praube com au riche ». 

On lit dans la la Société béarnaise au dix-huitième siècle., p. 242 : 
— « Vers la fin du règne de Louis XIV, l'un des Gassion eut 
l'agrément de lever un régiment de son nom ; il le forma presque 
en entier de Béarnois, et comme leur serment favori est au Diu 



— 440 — 

bibant, on l'avoit surnommé assez plaisamment le régiment des 
au Diu bibant ». 



752 — La syntaxe de l'idiome béarnais est à peu près la 
même que celle de tous les dialectes néo-latins; nous n'avons 
donc pas à nous en occuper d'une manière particulière. 

D'ailleurs, tout ce qui pouvait n'appartenir qu'au 
béarnais, a été indiqué dans les analyses que nous avons 
faites de chacune des différentes espèces de mots. 

Il y a bien encore quelques constructions qui sont propres 
à notre dialecte; mais elles ne sauraient être l'objet d'aucune 
règle grammaticale : ce sont des idiotismes que l'usage seul 
peut apprendre. 



FIN DE LA GRAMMAIRE 



VOCABULAIRE 

BÉARNAIS-FRANÇAIS 



Ce Vocabulaire n'est, en grande partie, que le recueil par 
ordre alphabétique des mots employés comme exemples 
dans la Grammaire. On n'y trouve donc pas les indications 
qu'un Dictionnaire doit donner. Un travail de ce genre, 
depuis longtemps préparé par mon excellent ami, feu Paul 
Raymond, et moi, sera prochainement publié, je l'espère. 

Le mois dernier, à la réunion des délégués des Sociétés 
Savantes à la Sorbonne, M.Paul Meyer, membre du Comité 
des travaux historiques {Section d'histoire et de philologie) a 
fait sur les travaux dont les patois peuvent être l'objet une 
conférence des plus intéressantes. Suivant le conseil de 
M. Léopold Delisle, président, elle sera probablement 
publiée pour faire partie des instructions données par le 
Comité sur les publications historiques et philologiques qu'il 
a pour mission spéciale d'encourager. — Journal officiel, 
3 avril 4880. 

Cette conférence nous sera de la plus grande utilité. Mais, 
déjà, nous nous étions adressés au Comité des travaux histo- 
riques, comme au guide le plus autorisé et le meilleur. On 
lit dans la Revue des Sociétés Savantes, t. iv. p, 141 : 

Rapport sur un spécimen de Dictionnaire béarnais 

ANCIEN ET moderne, 
COMMUNIQUÉ PAR MM. PaUL RAYMOND ET V. LeSPY. 

(Séance du 12 juin 1876). 

« M. Paul Raymond, archiviste du département des 
Basses-Pyrénées, et M. V. Lespy, l'auteur d'une Grammaire 
béarnaise justement appréciée des savants, ont entrepris \^ 



— 442 — 

composition d'un Dictionnaire béarnais ancien et moderne. 
Désireux de donner à leur travail toutes les améliorations 
dont il est susceptible (ce sont les expressions mômes de 
leur lettre d'envoi), ils ont adressé au ministère la lettre A 
de ce Dictionnaire, appelant sur ce spécimen les observa- 
tions du Comité. 

< J'ai examiné avec soin cette première lettre, qui ne 
laisse pas d'être un morceau fort étendu, et j'ai rapporté de 
cette lecture l'impression la plus favorable Le Dictionnaire 
béarnais est bien ce que doit être un ouvrage de ce genre. 
Ce n'est pas, comme trop souvent, un prétexte à des 
recherches aventurées sur l'étymologie des mots et leur 
histoire Les sens des mots m'ont paru convenablement 
classés, les explications sont précises et exactes. Les exem- 
ples arrivent à propos, en nombre suffisant et sans excès. 

« La notation des sons est une des difficultés les plus 
grandes que présente toute étude d'un patois. A prendre les 
choses dans leur rigoureuse exactitude, il faut même dire 
que cette difficulté ne peut jamais être surmontée. Car nos 
vingt-cinq lettres et leurs combinaisons, employées par un 
Français, ne peuvent servir à exprimer clairement que les 
sons existant en français. Dès qu'on cherche à les appliquer 
à des sons qui nous manquent, on s'impose l'obligation de 
créer tout un système, et on s'aperçoit qu'il est malaisé 
d'établir clairement aux yeux du lecteur la valeur de chaque 
lettre. Pour le béarnais, une circonstance heureuse réduit 
notablement la difficulté. Cet idiome n'a pas, sans doute, 
une orthographe arrêtée, qui est la propriété exclusive des 
langues ayant une existence offlcielle, mais il a du moins des 
traditions orthographiques, puisque, à la différence de toug 
les patois de notre pays, il n'a pas cessé d'être écrit depuis le 
xiir siècle jusqu'à notre époque. Le lexicographe n'a donc 
qu'à se conformer à ces traditions orthographiques, sauf à 
les régulariser et à leur faire subir les faibles modifications 
qu'exige l'état actuel de l'idiome, état qui ne peut avoir 



— 443 — 

éprouvé depuis le dernier siècle de bien notables altérations. 
C'est ce que MM. Lespy et Raymond m'ont paru avoir fait, 
ayant du reste soin de distinguer nettement aux yeux les 
mots ou formes recueillis dans les textes, d'avec ceux ou 
celles qu'a fournis l'usage contemporain. 

« En somme, il ne m'a pas paru qu'il y eût aucune critique 
générale de quelque importance à présenter aux auteurs du 
Dictionnaire béarnais. Sur nombre de points isolés on 
pourrait proposer de petites modifications : ici un autre 
classement des sens, là une nouvelle interprétation, ailleurs 
indiquer un [rapprochement, ou au contraire désapprouver 
la citation d'un livre ou d'une opinion sans valeur. Ce sont 
là des détails qui m'ont suggéré un assez grand nombre de 
remarques, dont il me paraît d'autant plus inutile d'entre- 
tenir le Comité, que l'ouvrage auquel elles se rapportent est 
encore inédit et même en voie de correction. Je joins donc 
ces remarques au spécimen, qui devra être renvoyé par les 
soins du ministère à MM. Lespy et Raymond. » 

Paul Meyer, 

Membre du Comité. 

On verra dans le Dictionnaire béarnais que ces remarques 
du savant romaniste furent, à notre grand profit, très- 
soigneusement recueillies. — Il ne pouvait en être fait 
aucune application dans un Vocabulaire tel que celui-ci. 



Abelhe, abeille. 

Abadie, abbaye. Abenidé, à venir. 

Abambant, ardent, fervent. Aberaa, noisette. 

Abarcalhs, espèce de sandales. Aberoère, dent canine [la noi- 
Abasta, suffire, abonder. setière). 

Abasta, enfiler une aiguille. Abesque, t^u^jw^. 

Abelha, remjplir, cuiller. Abet, sapin. 



, Abeuda-s, devenir veuf. 

Abeuradé, abreuvoir. 

Abeya, ennuyer. 

Abia, mettre sur la voie. 

Abiene-s, s'entendre. 

Abita, allumer [aviver). 

Abitalhes, menu bois p. allumer. 

Aboucat, avocat. 

Aboundous, abondant. 

Abourri-s, s'élancer. 

Abraca, raccourcir . 

Abriu, avril. 

Abugle, aveugle. 

Acasa-s, se caser ^ se marier. 

Acalhaba, lapider. 

Achica, diminuer. 

Acibada, donner l'avoine au 
cheval. 

Aco, aquero, acero, cela. 

Acounourta, fortifier^ consoler. 

Acounourta-s, se décider fer- 
mement. 

Actiou, action. 

Ad-arround, rondement. 

Adayga, arroser. 

Ad-ayse, aisément .. 

Adbersari, adversaire. 

Adega, diriger^ former. 

Adès, récemment. 

Adiu, adichatz, adieu. 

Adouba, réparer^ améliorer. 

Adounat, celui qui s'est fixé 
dans une maison^ qui s'y est 
donné; il est considéré comme 
faisant partie de la famille. 

Adret, adroit. 

Adroumi-s, s'endormir, 

^ganat, conforté, 



Aganè, ce qui conforte. 

Aganit, avide, affamé. 

Agrada, agréer. 

Agradable, agréable. 

Agrament, chiendent {gramen 
caninum arvense). 

Agreu, houx. 

Agreulaa, lieu planté de houx. 

Agulhade, aiguillon de bouvier. 

Agulhe, aiguille. 

Agut, aigu. 

Ahamiat, affamé. 

Ahamiè, avidité. 

Ahide, confiance. 

Ahoalh, troupe, volée. 

Ahoega, mettre en feu. 

Ahoeyta, mettre en fuite. 

Ahouna, enfoncer. 

Ajulhoa-s, s'agenouiller. 

Aie, aile. 

Aleba, mutiler. 

Alep, membre mutilé. 

Aleyta, allaiter. 

Aligardous, framboises des 
7nontagnes. 

Aloula, {tenir sous l'aile), ca- 
resser. 

Ama, amer. 

Amarou, amertume. 

Amaneya-s, se dépêcher. 

Amassa-s, s'assembler, s'unir. 

Amasse, ensemble. 

Amaynadat, qui a des enfants. 

Amie, ami. 

Amigable, amiable. 

Amigalha, caresser, faire un 
ami. 

Amiroa, environner. 



— 445 — 



Amistat, amitié. 

Amistous, affectueux, qui ca- 
ressCy se fait aimer. 

Amne, anime, âme. 

Amou, amour. 

Amoulhera-s, se marier. 

Amourè, mîtrier. 

Amoure, mûre. 

Amoureya, faire l'amour. 

Amourous, amoureux. 

Amourrit, engourdi. 

Amustra, amuxa, montrer. 

Ana, aller. 

Anade, voyage, expédition. 

Anesque, brebis. 

Anesquete, petite brebis. 

Anherii, d'agneau. 

Anhèt, agneau. 

Anina, bercer, endormir. 

Antic, antique. 

Antiquementz, anciennement. 

Anye, anyou, ange. 

Anyèle, anguille. 

Aoust, agoust, août. 

Apagat, apaisé. 

Aparia, préparer, apprêter. 

Apera, appeler. 

Apèu, appel, appeau. 

Apiela, entasser. 

Apitera, jucher. 

Apoupera, donner le sein, al- 
laiter. 

Apoutya-s, se disposer à partir, 
se retirer. 

Aprada, faire d'un champ une 
prairie. 

Apressa-s, s'approcher. 

Apriga, couvrir. 



Aprigue, couverture de lit. 

Aranhe, araignée. 

Aranhous, prunelles {fruit). 

Arbeca, épier. 

Arcardè, revendeur. 

Arcoelhe, accueillir, aller au 
devant. 

Arcord, accord. 

Arde, brûler. 

Ardit, liard. 

Arditeya, gagner peu [des liards). 

Ardoun, rond. 

Argoeyt, action d'épier, em- 
bûche. 

Argoeyta, être en embuscade. 

Arle, mite. 

Armade, armée. 

Armari, armoire. 

Armère, anneau de bois tordu 
pour tenir une barrière 
fermée. 

Armuga, ruminer. 

Arnaut, chat. 

Arnega, jurer, blasphémer. 

Aroû, groupe, grand noynbre, 
ensemble confus. 

Arpateya, agiter bras et jambes 

Arpegue, espèce de herse. 

Arque, coffre. 

Arquet de la brespade, arc- en- 
ciel du soir. 

Arrabassè, qui cultive les raves ^ 
qui s'en nourrit. 

Arrabe, rave. 

Arraditz, racine. 

Arrafen, arrafou, raifort. 

Arrague, fraise. 

Arralhe, fragment de bûche. 



446 — 



Arram, rameau. 

Arrama, soutenir- avec des 

branches. 
Arramat, grande quantité. 
Arrame, branche. 
Arranc, qui cloche, boiteux par 

accident. 
Arrapa, saisir. 
Arrascle, herse. 
Arrasè, mesure de capacité pour 

les grains. 
Arrasera, biner le maïs. 
Arrasère, instrument aratoire 

pour biner. 
Arrasim, raisin. 
Arristoat, gavé. 

Arrat, arrate, rat^ mâle et fem. 
Arrata, prendre des rats. 
Arraubadou, ravisseur. 
Arrauc, rauque. 
Arrauyous, enragé. 
Array, rayon. 

Arraya-s, se chauffer au soleil. 
Arrebot, caillou pour maçonner. 
Arrehouhi (à 1'), au rebours. 
Arreboum, action de rebondir, 

répercussion, écho. 
Arreca, planter par rangées. 
Arrecatta , recueillir , loger , 

caser. 
Arredalh, regain. 
Arregoula, rassasier. 
Arrenda, prendre à ferme. 
Arrepoè, proverbe, dicton. 
Arreque, ligne creusée pour 

planter. 
Arresera, réséda. 
Arressega, scier. 



Arressegayre, scieur. 

Arressègue, scie. 

Ariestèt, râteau. 

Arribade, arrivée. 

Arribère, plaine. 

Arricouquet, ricochet. 

Arride, rire. 

Arrisoulet, charmant petit sou- 
rire. 

Arriu, ruisseau, rivière, 

Arrode, roue. 

Arroet, bruit confus de voix. 

Arroudè, charron. 

Arroudet, roue de moulin. 

Arroudade, trace que laisse la 
roue ; ornière. 

Arroumera, réunir ^ arrondir. 

Arroumetz, ronces. 

Arroumigue, fourmi. 

Arrouncilhat, froncé, ridé. 

Arrouncla, ronfler. 

Arroussec, filet pour pêcher. 

Arroussega, traîner. 

Aryent, argent. 

Ascle d'alh, gousse d'ail. 

Asclet de lii, petit paquet de 
lin prêt à être filé, 

Assabudementz, notoirement. 

Assède-s, assetia-s, s'asseoir. 

Assegurè, assurance. 

Asso, ceci. 

Assoumelha, endormir. 

Assoumera, amonceler. 

Astruguesse, adresse. 

Atentiu, attentif. 

Kiv&hii^ prompt à, diligent. 

Attrèyt, attrait. 

Atye, âge. 



— 447 — 



Aubarde, bât. 

Aube, aube. 

Aubedi, obéir. 

Aubine, nom de vache dont le 

pelage est roux blanchâtre. 
Aubri, ouvrir. 
Aubriste, gratification pour une 

bonne nouvelle. 
Aubiscou, mélique, genre de 

graminées. 
Aucat, oison. 
Aucide, tuer. 
Audi, entendre. 
Audide, ouie. 
Audidou, auditeur. 
Auffense, offense. 
Auffici, office. 

Auffrande, auherende, offrande. 
Auffri, auheri, offrir. 
Aule, mauvais. 
Aulhade, troupeau de brebis. 
Aulhe, aolhe, brebis. 
Aulhè, berger. 
Aulhii, de brebis. 
Auloureya, fleurer, sentir bon. 
Auque, oie. 
Aur, or. 

Aurelhat, qui a longues oreilles. 
Aurelhe, oreille, 
Ausa, gausa, oser. 
Ausardamentz, audacieusement. 
Ausart. audacieux. 



Auta, autel. 

Autalèu, aussitôt. 

Aute, autre, aut, autre. 

Autouritat, autorité. 

Auzeralhe, les oiseaux. 

Auzèt, auzère, oiseau, mâle et 
femelle. 

Ayaca-s, se coucher. 

Ayassa-s, s'en aller au gîte. 

Ayda, ayuda, aider. 

Aygassè, qui se tient dans l'eau. 

Aygassère, porteuse d'eau. 

Aygassère, espèce de merle, 
{cinclus merula, le cingle). 

Aygat, amas d'eau, inondation. 

Aygue, eau. 

Ayguè, évier. 

Ayma, aimer. 

Aymable, aimable. 

Aymadou, amateur, amant. 

Aynat, aîné. 

Ayoû, aïeul. 

Ayse, aise. 

Aysit, aisé. 

Aysine, occasion propice. 

Ayude, aide. 

Azerou, érable. 

Azet, acide. 

Azoade, se fait quand on pro- 
mène sur un âne un mari 
qui a été battu au logis. 

Azou, ayne, âne. 



S 



Badaloc, vide. 

Bade, baye, naître, devenir. 

Bag, vallée. 



Baga, avoir le temps. 
Baganau (en), envain. 
Bahide, certainement. 



448 — 



Baig, baix, has. 

Balaguère, vent du sud. 

Baie, valoir. 

Baient, vaillant. 

Balestre, arbalète. 

Balha, donner^ remettre. 

Banc, banque, banc, banquette. 

Ban h, bain. 

Banha, baigner. 

Baquè, baquera, vacher. 

Bara, rouler, 

Baran, halo. 

Baradè, qui creuse des fossés. 

Barat, fossé. 

Barèu, dévidoir. 

Bareyt, terre bêchée ou labourée 

Barga, teiller le lin. 

Bargue, bo^oie, instrument pour 

teiller. 
Barguère, l'époque où Von teille. 
Barra, fermer. 
Barralh, fermeture. 
Barreya, verser, répandre. 
Bartabère, penture, bande de 

fer qui soutient une porte 

sur le gond. 
Barle, bois, taillis. 
Basile, espèce de marjolaine. 
Baste, longueur de fil pour 

l'aiguille. 
Bastou, bâton. 
Basti, bâtir. 
Batadigtz, panaris. 
Batalh, battant de cloche. 
Batalhe, bataille. 
Batère, dépiquage. 
Bâties, batioû, baptême. 
Baxa, baisser. 



Baxère, vaisselle. 

Baylet, valet. 

Bayou, lange. 

Bayoula, emmaillotter. 

Bebe, boij^e. 

Bedat, défends. 

Bede, beze, voir. 

Bedoulh, serpe à long manche, 
espèce de haut-volant. 

Bee, bien. 

Begade, fois. 

Bencilh, lien de bois. 

Bene, vendre. 

Benefici, bénéfice. 

Bente, ventre. 

Bentourre, gros ventre. 

Bentrade, portée. 

Bèr, aulne, verne. 

Beray, bray, vrai. 

Berd, vert. 

Berdet, vert-de-gris. 

Berdause, bruant, 

Berdou, verdier. 

Berdure, verdure. 

Berdurè, jardin. 

Berée, venin. 

Berenhadé, pouvant être ven- 
dangé. 

Berenhadou, vendangeur. 

Berenhe, vendange. 

Bergounhous, honteux. 

Bermelh, vermeil, rouge. 

Bèrmi, ver. 

Bernat-ipudeni, punaise des bois. 

Bernic, minutieux, tatillon. 

Beroy, joli. 

Bertadé, véritable. 

Bertat, vérité. 



— 449 



Bèrte, brebis que Von engraisse. 

Besc, glu. 

Besiat, gâté (enfant). 

Besiau, communauté (commune). 

Besii, voisin. 

Besounh, besoin. 

Besti, vêtir. 

Bèsti, béte. 

Bestia, bétail. 

Bèt, beau. 

Bete, brin de lin. 

Betère, petite génisse. 

Betèt, veau. 

Beude, veuve. 

Beudou, veuf. 

Beyre, verre. 

Biahore ! cri au secours. 

Biatye, voyage. 

Bibe, biure, vivre. 

Bicari, vicaire. 

Bici, vice. 

Bie, voie. 

Bie, biene, venir. 

Bielh, vieux. 

Bielhè, bielhumi, vieillesse (sens 

péjoratif). 
Bierye, vierge. 
Bigaudère, chèvrefeuille. 
Bigue, grosse branche dont on 

fait le rondin. 
Bii, vin. 
Bilatye, village. 
Bilèn, vilain. 

Bime, vache de deux ans. 
Bimi, osier (branche). 
Binât, piquette. 
Binatè, marchand de vin. 



Binete, oseille. 

Binhe, vigne (vignoble). 

Bira, tourner, détourner. 

Birade, tournant de chemin. 

Bire-bare, girouette (au fig.) 

Birou, environ. 

Biroulet, tour^ tournoiement. 

Birouleya, tourner et retourner. 

Bissè, certainement. 

Bit, juste, adv., ne s'emploie 
qu'avec un autre mot : 

Bit-are, juste à cette heure, à 
ce moment. 

Bit-atau, juste ainsi. 

Bit-debant, juste devant. 

Bit, vigne {pied de) 

Bitatye, vignoble; le travail que 
l'on fait aux vignes. 

Bitau, viable. 

Bitaube, plante sarmenteuse, 
espèce de vigne sauvage. 

Bite-bitante, la vie durant. 

Bitou, pourceau ; au fig. bon- 
vivant. 

Biu, vif vivant. 

Blanc, blanc. 

Blasphemadou, blasphémateur. 

Blound, blond. 

Blat, blé. 

Blous, pur, sans mélange. 

Boè, bouvier. 

Boerie, (étable), métairie. 

Boeu, bœuf. 

Boeyt, vide. 

Borde, grange. 

Bos, bosc, bois, forêt. 

Bou, bon. 

29 



450 — 



Bouca, verser^ se dit des blés 
que la pluie ou le vent couche 
à terre; au fig, se soumettre. 
Bouchorle, ampoule. 
Bouci, morceau pour la bouche. 
Bouha, souffler. 
Bouhadé, soufflet. 
Bouharlade, coup de vent. 
Bouharoc, creux, vide. 
Bouhatz, souffles, bouffées. 
Bouhe-brac, quia courte haleine. 
Bouhou, taupe. 
Bouix, buis. 
Bouixa, essuyer. 
Boula, voler. 
Boulade, volée. 
Boule, vouloir. 
Boulountat, volonté. 
Boume, soc. 
Bounhe, tumeur. 
Bounhur, bonheur. 
Bountat, bonté. 
Boup, renard. 
Bouque, bouche. 
Bourdalat, hameau. 
Bourdalè, métayer. 
Bouri, bouillir. 
Bouridé, levain. 
Bourle, effilure. 
Bourleque, bourlingue, lambeau 

d'étoffe usée. 
Bourou, bourgeon. 
Bourregue, jeune brebis» 
Bourret (bii), vin nouveau. 
Bourroulh, verrou. 
Bourroulhe, forte branche de 

fagot. 
Bourrugue, verrue. 



Bouscassè, bûcheron. 
Bousquè, qui séjourne dans les 

bois. 
Boussaloère, nid de frelons. 
Boussalou frelon. 
Bouta, mettre. 
Boutelha, verser à boire. 
Boutelhe, bouteille. 
Boutz, voix. 
Boy, bois, substance dure des 

arbres. 
Braga, faire le fier. 
Braguè, mamelles de la vache. 
Branaa, terrain oit croît la 

bruyère. 
Branassè, habitant au m,%lieu 

des bruyères. 
Brane, bruyère., brande. 
Branque, branche. 
Brase, cendre. 
Brasouquè, cendreux. 
Brau, jeune bœuf. 
Bregue^ querelle. 
Bren, son (blutage). 
Brès, berceau. 
Brescou, rayon de miel. 
Brespade, vêprée. 
Bresparoii, espèce de raisin que 

les guêpes recherchent. 
Brèspe, guêpe. 
Brespè, goûter (repas). 
Brèu, bref. 

Brèumentz, brièvement. 
Briac, ivre. 
Bribent, rapide. 
Brigalhères, miettes. 
Brigue, brin. 
Brisquet, susceptible. 



451 — 



Briu, courant de l'eau. 
Briulette, violette. 
Briulou^ violon. 
Broc, épine, aubépine. 
Bros, char à deux roues. 
Broucaa, buisson. 
Broumba-s, se souvenir. 
Brounc, nœud de branche. 
Brouni, bourdonner, gronder. 
Brounitère, bourdonnement^ 

bruit fort, prolongé. 
Brounside, élan ; bruit de la 

grêle dans l'air. 
Brouquet, fausset. 



Brouste, jet d'arbre, pousse. 

Broustet, petite branche garnie 
de pousses. 

Brouxe, sorcière. 

Brouyassè, qui aime la broyé. 

Bi"oye, pâte de farine de mais, 

Brum, nuage. 

Brume, brouillard. 

Brumes, nuées. 

Budèt, boyau. 

Bugade, lessive. 

Butre, vautour. 

Buyau, cachette, niche pour ser- 
rer les outils. 



Ca, cher. 

Caa, chien. 

Caar, char. 

Gabadé, tortillon de litige ou 
de paille, que Von met sur 
la tête pour porter un far- 
deau. 

Cabale, jument. 

Cabale, chevalier. 

Cabau, bien, réserve. 

Cabaucade, chevauchée. 

Gabauga, monter un cheval. 

Cabe, être contenu. 

Cabelh, épi de blé, de mais. 

Cabelha, se dit de la plante où 
se forme l'épi. 

Cabelhut, qui a un épi fort, 

Cabèque, chouette. 

Cabestre, licou. 

Cabifou, chevron. 



Cabiroû, cabirole, chevreuil, 

mâle et femelle. 
CabiroiJ, tête-nue. 
Cabourrut, têtu"^ 
Caboussut, qui a grosse tête.. 
Cabousseya, branler la tête. 
Cacaliques, chatouilles. 
Gaddet, cadet. 
Gade, caye, tc.mber. 
Gade, cadu, chaque, chacun. 
Gadene, chaîne. 
Gadière, chaise, chaire. 
Calanque, langueur. 
Gale, falloir. 

Calendrete, espèce d'alouette. 
Calhabari, charivari. 
Calhabère, tas de cailloux, 
Galhau, caillou. 
Callat, cailleteau. 
Calou, chaleur. 



— 452 - 



Camaligue, jarretière. 

Gambalhou, jambon. 

Gambi, cambies, échange. 

Gambia, changer. 

Gambiament, changement. 

Gamade, enjambée. 

Game, jambe 

Gamii, chemin. 

Garaii-nau, grande route. 

Gamp, champ. 

Gampane, cloche. 

Gampanete, jacinthe. 

Ganabère, roseau. 

Ganaule, collier de bois que 
Von met aux bœufs^ aux 
vaches, et auquel est sus- 
pendue une clochette. 

Ganet, tuyau de plume à écrire. 

Ganete, tuyau de fontaine. 

Gansoayre. cansoè, chansonnier. 

Gansou, cante, chanson. 

Ganta, chanter. 

Gantadou, cantayre, chanteur. 

Cantasseya, trop chanter^ mal 
chanter . 

Gant, cantè, angle saillant, 

Gantère, côté d'un champ., bord. 

Gantet, chanteau. 

Ganteya, chantonner. 

Gap, tête, bout. 

Gap-bira, tourner la tête ; ren- 
verser. 

Gap-d'an, bout-d'an. 

Gap-e-tout ! {loc. excL), tout 
entièrement. 

Gaperaa, prêtre. 

Gapère, chapelle. 

Gapihoune, cabriole. 



Gapit, partie la plus grossière 
de Vétoupe. 

Gapse, châsse. 

Gapulet, petit capuchon des 
femm,es de la montagne. 

Gara-s, se taire. 

Garassou (care 'a sou), face au 
soleil., exposé au soleil. 

Garboayre, cdiVhoh, charbonnier. 

Garboère, lieu où Von fait du 
charbon, fournaise. 

Garbou, charbon. 

Garce, prison. 

Gardinat, cardine, chardonne- 
ret^ mâle et fem,elle. 

Gare a care, face à face. 

Garga, charger. 

Garn, chair. 

Garnisse, {anc.) boucher ; au- 
jourd'hui : qui mange beau- 
coup de viande. 

Garrascle, crécelle. 

Garrère, rue, chemin. 

Garrey, chai^roi. 

Garreya, charrier, 

Garribe, petit chemin creux. 

Garrinca, grincer. 

Gasalaa, V enclos autour de la 
maison. 

Casau, jardin. 

Gassadou, cassayre, chasseur. 

Gassou, chêne. 

Gassourre, j<?wne chêne. 

Gassourraa, chênaie. 

Gastanha, récolter les châtai- 
gnes. 

Gastanhe, châtaigne. 

Gastanhe d'ama, marron d'Inde^ 



— 453 — 



Castereya, aller de château en 

château. 
Castèt, château. 
Castig, reproche, châtiment. 
Catsau, grosse huche. 
Catsau de Nadau, la bûche de 

Noël. 
Gatsè, traversin. 

Catsè, catserou, coussin carré 
garni de plumes^ qui sert à 
emmaillotter les petits en- 
fants. 

Catx, catch, callosité. 

Gaud, chaud. 

Caudè, cautè, chaudron. 

Caudère, cautère, chaudière. 

Cauha, chauffer. 

Cauhadou, chaufournier. 

Gaulet, chou. 

Gaulet d'azou [chou d'âne)., la 
bardane. 

Gauletè, qui cultive les choux ^ 
qui se nourrit de choux. 

Gaus, tronc. 

Gausée, chaux. 

Gausi, choisir. 

Gaussa, chausser. 

Gaxau, molaire {dent). 

Gaytiu, captif, malheureux. 

Gazade, maison, famille. 

Gaze, habitation. 

Gebe, oignon. 

Gebassè, qui cultive les oignons., 
qui s'en nourrit. 

Gemitèri, cimetière 

Gerbèt, cerveau. 

Gerça, chercher. 

Gerne, bluter. 



Gèu, ciel. 

Geze, petit pois. 

Gezerica, grésiller. 

Gezeriques, grésil., giboulées. 

Ghalabastade, forte averse. 

Gharlites, cherlites, fleurs pen- 
dantes du châtaignier. 

Gharriscle, espèce de serin. 

Charrisclaute, chauve-souris. 

Ghay, chai., cave. 

Ghibau, cheval. 

Ghic, peu. 

Chimourrit, ratatiné. 

Ghin, petit. 

Ghira, tirer les cheveux. 

Ghiret, action de tirer les che- 
veux. 

Ghiscle, écharde. 

Ghisclet, cri aigu. 

Ghot, hibou. 

Ghoup, trempé ; ivre. 

Ghoupa, tremper dans Veau. 

Ghoupa-s, se mouiller. 

Ghourrot, source jaillissante. 

Ghourroute,^/m> qui bruit. 

Cibade, avoine. 

Gibot, toupie. 

Gibouteya, tourner comme une 
toupie. 

Ginta, ceindre. 

Ginte, ceinture. 

Gla, clair. 

Glaba, fermer à clef. 

Clabera, clouer. 
Clabet, clou de girofle. 

Glabetine, julienne, plante à 
fleur blanche, senteur de 
girofle. 



— 454 



Glapiteye, aboiement. 

Glari, chalumeau. 

Clarou, trompette, clairon. 

Glau, clef. 

Glau, clou. 

Glaustre, cloître. 

Clausure, fermeture. 

Gledat, parc à brebis. 

Clede, claie. 

Gleque, la crête du coq. 

Gletère, fente au plancher, aux 
portes., etc. 

Glot, trou., fosse. 

Glouque, poule m.ère. 

Gluca, fermer les yeux, bander 
les yeux. 

Gluquet (ha u), faire un somme. 

Goarrou, couard. 

Goelhe, cueillir. 

Goenhte, affaire, besoin. 

Goenhta-s, s'empresser. 

Goexe, cuisse. 

Gohe, coiffe. 

Gole, honorer, adorer. 

Gorn, corne, corne. 

Gorn, coin. 

Gors, corps. 

Goque, gâteau. 

Gose, cuire. 

Goste, côte. 

Goste, près. 

Got, cog, coch, coyt, cou. 

Goubertamentz, à mots cou- 
verts. 

Gouberti-s, couvercle. 

Goucarralhe, tas de vauriens. 

Goucarrou, vaurien. 

Goucarrumi, habitudes de vau' 
rien. 



Goucassè, vendeur de gâteaux. 

Goude, queue. 

Goudehalhou, espèce de berge- 
ronnette. 

Goudeya, remuer la queue. 

Goudèyte, hoche-queue. 

Goudounhat, coing {confiture). 

Goudounhe, coing. 

Gouhat, gifle. 

Gouhateya, gifler. 

Gouhoune, confondre. 

Goula, coulac, alose. 

Goulerat, courroucé. 

Goulindre (arrasim de, raisin 
de) groseille. 

Goulou, couleur. 

Goulou-muda, changer de cou- 
leur, se dit du blé quand il 
commence à jaunir. 

Gouloumb, pigeon. 

Goum, comme. 

Coumane, chose confiée, dépôt. 

Goumbate, combattre. 

Goumbenta, faire des conven- 
tions. 

Goumensa, commencer. 

Goumpanhe, suite, troupe. 

Goumpanhou, compagnon. 

Goumplit, accompli, complet. 

Goumporte, vanne. 

Goumte, com.te. 

Goumu, commun. 

Gounde, coumpte, compte. 

Coundè, countè, chapelet, ro 
saire. 

Gounexe, connaître. 

Gounexence. connaissance. 

Counilh, hpin. 

Counselh, conseil^ 



— 455 — 



Counsigna, consigner. 
Counsoula, consoler. 
Counsoulè, consolation. 
Coupe, faute. 
Coura, courebe, collier de bois 

pour attacher le bétail à 

Vétable. 
Courade, fressure. 
Gourau, cordial. 
Courau, cœur de chêne. 
Courbas, courbaix, corbeau. 
Courre, courir. 
Courrude, course. 
Cous, cours. 
Couse, coudre. 
Cousii, cousin. 
Cousiot, petit cousin. 
Cousne, couette. 
Cousseya, mettre le fil en éche- 

veau, trader. 
Cousseye, tradoire. 
Coussira, chercher^ prendre en 

passant. 
Coussira, considérer. 
Coustalat, coteau. 
Coutèt, couteau. 
Coutourliu, cochevis. 
Couya, tailler ras les cheveux. 
Crabamasse, grêle. 
Crabe, chèvre. 
Crabe, chevrier. 
Crabii, de chèvre. 
Grabot, chevreau. 
Crampe, chambre. 
Crampot, petite chambre. 
Crede, creye, creze, croire. 
Gredense, croyance. 
Çrèsc, crèx, coque d^ œuf, de noix. 



Crexe, croître. 
Crexement, accroissement. 
Crida, crier, gronder {repro' 

cher). 
Cridou, supplication. 
Cridassè, criard. 
Cridasseya, criailler. 
Crimalh, crémaillère. 
Crit, cri. 
Cristau, cristal. 
Croumpa, acheter. 
Croumpadou, acheteur. 
Croumpe, achat. 
Croutz, croix. 
Groutza, croiser. 
Groutzat-de-bie, l'endroit où un 

chemin se croise avec un 

autre. 
Grouxi craquer, se rompre. 
Cruba, recouvrer. 
Crud, cru. 
Grudèu, cruel, 

Grusoû, creuset, petite lampe. 
Culhebet, ruade. 
Gulhebeta, ruer. 
Culit, qui a tout perdu au jeu ; 

{il a été cueilli). 
Guque, blatte. 
Gussou, charançon. 
Guyalaa, cabane, parc, lieu où 

le pasteur passe la nuit sur 

la montagne. 
Guye, citrouille^ 
Guyè, terrain semé de graines 

de citrouille. 
Guyole, cage. 
Guyou, gourde; — mouque-cuyou 

(mouche-gourde) y buveur ^ 



- 456 — 



l> 



Da, donner. 

Dalh, faux. 

Dalha, faucher. 

Dalhè, faucheur. 

Damn, dommage^ perte. 

Darrè, dernier. 

Darrè, dej^rière. 

Darrerau, derrière de maison. 

Darreraus , terrains éloignés 
des habitations. 

Darrerie (en), ^n dernier lieu. 

Darriga, desarrica, déraciner. 

Daune, maîtresse de m,aison. 

Debancès, devanciers^ ancêtres. 

Debantau, tablier. 

Debanteya, être devant l'atte- 
lage pour le guider. 

Debara, descendre. 

Debarade, descente. 

Débat, dessous. 

Debe, devoir. 

Deberse, digérer. 

Debeya-s, s'ennuyer. 

Debeyè, ennui. 

Debisè, causerie^ bavardage. 

De-d-hore, de bonne heure. 

De cap a, vers. 

Dehens, dedans. 

Dehore, dehors. 

Dejuu, deyuu, à jeun. 

Dejua, deyoa, jeûner. 

Dela-hié, dela-jé, avant-hier. 

Deleret, soif, désir. 

Delicious, délicieux. 

Deloungueya, différer, 

Denega, nier. 



Dens, dans. 

Dent, dent. 

Dentade, coup de dent. 

Desagrada, déplaire. 

Desaguis, méchanceté, mauvais 
trait. 

Desalatat, qui n'a plus d'ailes. 

Desalouga, démettre, disloquer. 

Desapita, mettre à bas. 

Desapriga, découvrir. 

Desbergounhat, éhonté. 

Desbesa, sevrer. 

Desbroumba, oublier. 

Descaus, déchaussé. 

Desclaba, ouvrir avec la clef. 

Descluca, débander les yeux. 

Desemparaula-s, retirer la pa- 
role donnée. 

Desencuse, excuse. 

Desestruc, gauche, maladroit. 

Desestruguè, gaucherie, mala- 
dresse, désordre. 

Desglara, égrener. 

Desjunhe, détacher les bœufs du 
joug. 

Desjunta, disjoindre deux cho- 
ses adaptées l'une à Vautre.- 

Desmassouna, démolir. 

Desmayra, priver de la mère. 

Despieyt, dépit. 

Despuixs, depuis. 

Dessensè, manque de bon sens. 

Dessensat, insensé. 

Dessepara, séparer. 

Destarrouca, briser les mottes 
de terre. 



457 — 



Destraba, ôter les entraves. 
Destrau, hache, cognée. 
Detire, tout de suite. 
Deute, dette. 
Dextre, qui est à droite. 
Dibees, vendredi. 
Dibèrs, divers. 
Didau, dé à coudre. 



Die, 



jour. 



Digt, doigt. 

Digt-anerè, l'annulaire. 
Digt-minin, le petit doigt. 
Digt-pos, le pouce, 
Dilhèu, peut-être. 
Dilhuus, diluus, lundi. 
Dilubi, déluge. 
Dimartz, mardi. 
Dimenye, dimenche, dimanche. 
Dimèrcxs, mercredi. 
Dindoû, balancement du ber- 
ceau ; berceau. 
Dindouleya, dodeliner, bercer. 
Dindouleya-s, dandiner. 
Dinè, denier. 
Dinerole, tire-lire. 
Dinque, jusque. 
Dise, dire. 
Disna, dîner. 

Dissapte, dissatte, samedi. 
Dityaus, jeudi. 



Diu, Dieu. 

Diu bous ayde, {Dieu vous aide), 
bonjour. 

Doèle, douve. 

Dole-s, souffrir, se plaindre 
d'un mal. 

Dors, dos. 

Doû, deuil. 

Doula, passer la doloire sur le 
bois. 

Douladé, douladere, doloire. 

Doulou, douleur. 

Doumaa, demain. 

Doun, don. 

Dourèc, précoce. 

Dous doux. 

Dousseya, traiter avec douceur. 

Doussou, douceur. 

Dret, droit. 

Dretadge, redevance. 

Dreyturè, droit, équitable. 

Drin, peu. 

Droullateya, polissonner. 

Droumi, dormir. 

Droumilhè, disposition à dor- 
mir, sommeil. 

Droumilhou, assoupissement. 

Drusc, mat'c de raisin. 

Du, dur. 

Dus, deux. 



E 



Ebanyèli, évangile. 
Eboli, ivoire. 
Edifici, édifice. 

E^osissè, possesseur ou gardeur 
de juments. 



Egue, yègue, jument. 
Embadi, envahir. 
Embadiment, envahissement. 
Embana enfermer. 

29 &. 



— 458 



Emberea, empoisonner, enve- 
nimer. 

Embeye, envie. 

Embeyous, envieux. 

Embia, envoyer. 

Embobe, enfouir le grain après 
avoir semé. 

Emmali, esmali, irriter. 

Emoulamentz, émoluments ; — 
ce que Von tire du sol. 

Emparaula, faire des conven- 
tions verbales. 

Empatch, embarras. 

Empenha, mettre en gage. 

Empeuta, enter. 

Empipauti, salir. 

Emplea, remplir. 

Encarat, porté d, enclin. 

Encarc, charge^ imputation. 

Encarga, imputer. 

Encoère, engoère, encore. 

Encourda, entourer de corde ; 
mettre la corde à un arc ; le 
bander. 

Endrac, mal, plaie. 

Endrougat (peix), poisson em- 
poisonné. 

Engalina, enjôler. 

Engana, tromper. 

Engoalh, /a^o< d'échalas. (Salies). 

Engoent, onguent. 

Engoula, engloutir. 

Enguisera, gorger. 

En l'hore, tantôt. 

Enlugarna, enluserna, éblouir. 

Ensemps, ensemble. 

Enta, pour. 

Entalhadure, entaille, ciselure. 



Entene, entendre. 

Enteitant, cependant. 

Entrade, entrée. 

Entro, jusque. 

Entutat, retiré dans un antre, 
dans une caverne. 

Equitat, équité. 

Esbarri-s, s'égarer. 

Esbarya, effrayer. 

Esbeca, écimer le mais. 

Esberit, éveillé. 

Esblasit, fané, flétri. 

Esbouni-s, tomber dans, en- 
foncer. 

Esbri galba, briser. 

Esbrigalhs, débris, miettes. 

Escale, échelle. 

Escalôuri, réchauffer. 

Escana, égorger. 

Escane-clouque {égorge-poule), 
housson. 

Escanoulhe, oignon qui a germé. 

Escap, issue. 

Escapa-s, s'échapper. 

Escarbalh, hanneton, 

Escarbalhère, hannetonnée. 

Escarni, contrefaire, se moquer. 

Escarrabelhat, éveillé. 

Eschabanit, qui est dans l'abat- 
tement. 

Eschalagas, abattis d'eau. 

Eschen, absinthe. 

Eschenye, exempt. 

Eschère, aiselle. 

Eschèu, sureau. 

Eschourda, assourdir. 

Eschuc, sans suc, sec. 

Eschuga, essuyer. 



Esclop, sabot. 

Escloupè, sabotier. 

Escostementz, secrètement. 

Escouba, balayer. 

Escoubassoû, balayure. 

Escoube, balai. 

Escoubet, petit balai. 

Escouliatye, fréquentation de 
l'école^ instruction. 

Escouminye, excommunication. 

Escoune, cacher. 

Escounedere, lieu où Von se 
cache. 

Escounut (a F), en cachette. 

Escoupi, cracher. 

Escoupit, crachat. 

Escouta, écouter. 

Escreix, excroissance ; prolon- 
gement d'une maison. 

Escribaa, écrivain. 

Escribe, écrire. 

Escripèt, casse-pied, lacet pour 
prendre des oiseaux. 

Escritoli, écritoire. 

Escriture, écriture. 

Escu, obscur. 

Escudèle, écuelle. 

Escurade, tombée de la nuit ; 

obscurité. 

Escut, écu. 

Esdebura-s, se dépêcher. 

Esfruta, avoir la jouissance 
d'un bien., en retirer les 
fruits . 

Esganurra-s, s'égosiller. 

Esgargalhat, débraillé. 

Esgarp (paa), pain bien fait. 

Esgarraupia, égratigner. 



Esgaudi, réjouir. 

Esglana, faire la récolte des 

glands. 
Esglas, esglasi, saisissement de 

frayeur. 
Esglasia, saisir de frayeur. 
Esgiaxa, écraser. 
Esgrama, écumer le pot au feu. 
Esguit deu die, point du jour. 
Eslambrec, éclair. 
Eslambregueya, éclairer y faire 

des éclairs. 
Eslam, eslame, flamme. 
Eslassi-s, se flétr'ir. 
Eslaye*, fléau pour battre le 

blé. 
Eslayute, flûte. 
Eslenc, glissant. 
Esleye, élire. 

Eslimaca, détruire les limaçons. 
Eslou , effiorescence , moisis- 
sure. 
Eslou-higue, figue hâtive. 
Eslouri, fleurir. 
Eslouri-s, moisir. 
Eslourounc, furoncle. 
Eslurra-s, glisser, tomber. 
EslvLvres, avalanche. (Bao^etous). 
Esmatuca, accabler de coups. 
Esmicouta, mettre en petit 

morceaux. 
Esmieya, couper par moitié. 
Esmousta, écraser, aplatir la 

face. 
Espaci, espace, terme. 
Espade, épée. 
Espalle, épaule. 
Espallut, qui a de fortes épaules. 



— 460 ~ 



Espanta, épouvanter. 

Esparbè, épervier. 

Esparriscla, éparpiller. 

Espauri, effrayer. 

Espederat, qui^ par suite de 
douleur, de blessure aux 
pieds, ne peut marcher ; se 
dit particulièrement des 
bœufs, des bêtes de trait. 

Espéra, espérer. 

Espérance, espérance. 

Esperou, éperon. 

Esperouca, dépouiller le mais. 

Esperouquère, action de dé- 
pouiller, réunion de per- 
sonnes pour dépouiller le 
mais. 

Esperreca, mettre en lambeaux. 

Espes, épais. 

Espia, regarder. 

Espic, lavande {épi de). 

Espière, trouble de la vue ; fixité 
du regard. 

Es'pigadou, qui cueille les ja- 
velles. 

Espitau, hôpital. 

Espousalicis, présents de noces. 

Espousau (crampe), chambre 
nuptiale. 

Espudi, avoir en dégoût, dé- 
tester. 

Espunhe, pierre poreuse ; 
(Bedous, vall. d'Aspe). 

Esquiau, de l'épine dorsale. 

Esquie, échine, 

Esquilhot, noix. 

Esquilhoutère , abondance de 
noix. 



Esquire, clochette. 

Esquirè, fabricant de clochettes 
pour le bétail. 

Esquire-batalhade, clochette 
frappée du battant ; au fig., 
se dit d'une personne qui fait 
du fracas, qui va tambour- 
battant. 

Esquirole, la bête qui porte la 
clochette. 

Esquirou, grelot. 

Esquir^û, écureuil. 

Esquis, déchirure. 

Esquissa, déchirer. 

Esta, être, rester, demeurer. 

Establiment, établissement. 

Estaca, attacher. 

Estadge, demeure. 

Estalhans, cireaux. 

Estalhanta, tailler avec des ci- 
seaux. 

Estalhuca, couper en morceaux. 

Estanga-s, s'arrêter. 

Estanguet, halte, lieu où Von 
s'arrête. 

Estanh, étain. 

Estaralaca, ôter les toiles d'a- 
raignée. 

Estarramousi, étonner. 

Esta-s, se tenir, rester. 

Estaubia, épargner, économiser. 

Estele, étoile. 

Estenalhes, tenailles. 

Estenilha-s, s'étendre, s'étirer. 

Estère, copeau. 

Estèrle, cadet. 

Estiba, passer l'été. 

Estibet, petit été. 



— 461 — 



Estigglat, êtincelant^ étoile. 

Estiu, été. 

Estournet, estournugalh, étour- 

neau. 
Estrem, côté, extrémité. 
Estrema^ ôter, éloigner ,a7'racher . 
Estrembira, mettre Vendrait à 

l'envers. 
Estremoulit, abattu, découragé. 
Estrenhe, étreindre. 



Estret, étroit. 

Estriu, étrier. 

Estros, maladroit. 

Estrussa, serrer, garder. 

Estuya, cacher, 

Estuyassoii, estuyoù, lieu où 

Von peut se cacher. 
Estuyassoii (ha a 1'), jouer à 

cache-cache. 
Exaurelha, essoriller. 



F 



Fade, fatuité, recherche dans 
la toilette. 

Fadeya, faire le fat. 

Falhe, falloir. 

Falhi, manquer, faire défaut. 

Famé, hruit, réputation. 

Farcimous, enflé^ engorgé. 

Faus, faux. 

Febrous, malade de la fièvre. 

Fee, foi. 

Femèle, fumèle, femme. 

Fenoulhet, gobe-mouches (pi- 
seau). 

Ferlinguères, fanfreluches. 

Fermances, garanties. 

Ferrou, trèfle incarnat. 

Fidance, caution. 

Fidèl, fidèu, fidèle. 

Fière femèle, belle femme. 

Fier homi, bel homme. 

Fii, fin. 

Filouse, quenouille. 

Fina, financer. 

Finau, final. 

Flabute, (eslayute), flûte. 



Fiac, mou, sans énergie ; exté^ 
nué de fatigue. 

Flaca, faiblir y manquer décou- 
rage. 

Flaque, mollesse, état de celui 
qui n'a aucune vigueur. 

Flascou, flacon. 

Flasquete, poire à poudre. 

Flaunhac, flatteur, câlin ; non- 
chalant. 

Flayoulet, flageolet. 

Flèu, fléau, malheur. 

Flicouteya, dandiner. 

Fligoutat, fligouteix, le coup de 
Veau, du flot qui vient se 
briser. 

Flisca, donner des coups de 
houssine ou de fouet. 

Fliscade, le coup que Von donne. 

Fliscou-flascou, flic-flac ; cahin- 
caha. 

Flisque, houssine. 

Flisquet, loquet. 

Flisqueta, fermer avec le loquet. 



— 462 — 



Flisqueteya, faire aller le loquet 
plus d'une fois. 

Floc, bouquet. 

Flou, fleur. 

Flouca, parer d'un bouquet. 

Flouch, lâche, sans fermeté. 

Floucha, faiblir, ne pas tenir 
ferme. 

Flouquetot, petit bouquet. 

Floureya, fleurir. 

Fofone, poupée ; [Oloron). 

Foundz, fond. 

Fourrasta, fourrager. 

Foursous, qui tient fortement. 

Franciman, qui affecte de parler 
français^ et le parle mal. 

Francimandeya, joar^er un mau- 
vais français. 

Franquesse, affranchissement. 

Franquementz , en franchise, 
sans rien payer. 

Fray, frère. 



Frayreya, vivre en frère avec 
quelqu'un, fraterniser. 

Frayrou, petit frère ; frère de 
lait. 

Frèbe, fièvre. 

Fresc, frais. 

Frescou, fraîcheur. 

Fringa, chercher à plaire. 

Fringayre, galantin. 

Frineste, fenêtre. 

Frinestayre, qui est trop sou- 
vent aux fenêtres. 

Frinestou, petite fenêtre., lu- 
carne. 

Frount, front. 

Frutassè, qui aime beaucoup 
les fruits. 

Frutè, fruitier (arbre). 

Frutère, marchande de fruits: 

Fruut, fruit. 

Furious, puissant (qui a de 
l'embonpoint). 



€^ 



Gabarraa, terrain couvert 

d'ajoncs. 
Gabarre, ajonc ; (Orthez). 
Gabe, torrent ; le Gave. 
Gaha, saisir. 
Gahe, cuillère à pot. 
Gahent, gluant. 
Gaholh, personne malpropre, 

désordonnée. 
Gahous, gahetz, fleurs de la 

bardane, qui s' accrochent aux 

vêtements des hommes , à la 

toison des brebis 



Galabi, pièce de deux sous. 

Galapia, glouton. 

Galet (bebede), boire à la ré- 
galade, 

Galhat, nom de bœuf tacheté 
de blanc et noir ; aphérèse 
de pigalhat, pie. 

Galhou, coq. 

Galihorce. fondrière, précipice. 

Galipaut, goinfre. 

Gambilet, vrille. 

Ganibete, couteau à lame lon- 
gue, aiguë. 



463 — 



Gansole, gansoii, cuir qui garnit 

le sabot. 
Ganurre, gosier. 
Garanh, étalon pour la monte. 
Garanhayre, granhayre, celui 

qui conduit l'étalon. 
Garbe, gerbe. 
Garbè, tas de paille empilée 

autour d'une longue perche 

fichée en terre. 
Garbes (mees de), mois d'août. 
Garbeya, m.oissonner. 
Garbeyadou, moissonneur. 
Garbure, soupe aux choux. 
Garfou, espèce de gâteau. 
Garie, poule. 
Garimbet, saut., gambade. 
Garlande, guirlande. 
Gaspe, grappe. 
Gasalhe, cheptel. 
Gat, chat. 
Gatoa, se dit de la chatte qui 

met bas. 
Gat-pitoch, chat sauvage. 
Gau, agau, canal de moulin. 
Gaudence, jouissance d'un bien. 
Gaudi, jouir. 
Gaudi-s, se réjouir. 
Gaumas, chaleur accablante. 
Gausialhes, caresses. 
Gaute, bouche, joue. 
Gautade, soufflet, 
Gauyous, joyeux, 
Gay, joie. 
Gay, gai. 
Gay, geai. 

Gayhasent, avenant, charmant. 
Gegoant, gigdint, géant. 



Gémit, gémissement. 
Geraitèri , long gémissement, 

gém,issements prolongés. 
Generau, général. 
Gentiu, noble. 
Gentz, gens. 
Gessi, sortir, être issu. 
Glère, glarè, grève, gravier. 
Glèyse, glise, église. 
Glori, gloire. 

Glout, avalanche; {Ossau). 
Gnac, morsure. 
Gnaspa, mâcher. 
Gnaulà, miauler, aboyer. 
Goa, gué. 

Goadanha, gagner. 
Goalhard, gaillard. 
Goarda, garder. 
Goari, guérir. 
Goasta, gâter, mettre â mal, 

détruire. 
Goayre, guère. 
Goey, peine, chagrin. 
Goeyt, guet. 
Goeyta, guetter. 
Goeyte, garde, celui qui fait le 

guet. 
Golitz, rouge-gorge. 
Gouberne, conduite, direction, 

administration. 
Goudale, mélange de potage et 

de vin. 
Gouhe^ gouhou, chaleur qui 

suffoque. 
Gouhit, confit. 
Goula, le lard autour du cou 

du porc. 
Goulut, goulu. 



— 464 — 



Gounède, tunique. 
Gourgueya, se dit du chant des 

oiseaux, des roulades que fait 

le rossignol. 
Gourgueyet, le coup de gosier 

de l'oiseau. 
Gourgouleya, gazouiller. 
Gourlups, boulettes de farine 

dans la broyé mal faite; 

voy. broyé. 
Gourrnandz, pousses inférieures 

des arbres , rejetons parasites. 
Gourri, courir, vagabonder. 
Gourrinè, gourrinis, fainéantise 

du vagabond. 
G ourrineya, avoir des habitudes 

de vagabond. 
Goustous, qui a bon goût, sa- 
voureux, succulent. 
Goutère, gouttière. 
Goutete, petite goutte. 
Gouteya, tomber goutte à 

goutte. 
Gouyat, garçon; 
Gouyate, fille. 
Gouyatet, petit garçon. 
Gouyatine, fillette. 
Gouye, servante. 
Gouyote, petite servante, 
Graa, grain. 
Graè, grenier. 
Grabassaa, étendue de terrain 

bourbeux. 
Grabassè, qui est boueux. 
Grabe, boue. 
Gracious, gracieux. 
Grame, écume. 
Gran, grand. 



Granadges, le blé, le millet^ 
Vorge, etc. 

Grandous, qui fait le grand, 
vaniteux. 

Grat, gré. 

Grasit. très-cher au cœur. 

Grat (de), gratuitement. 

Gratère, prurit. 

Gratilha, chatouiller en grat- 
tant. 

Graulhe, griaulhe, grenouille. 

Graynot, petit grain de mau- 
vaise qualité. 

Grèhe, grèpe, crasse. 

Greherous, crasseux, rogneux. 

Grèix, graisse. 

Grèu, pénible. 

Grèuye, peine, difficulté. 

Grexous, cresson. 

Grèy, troupeau. 

Grit, gritchaule, grillon. 

Gritchaula, faire des cri-cris, 

Gritchaule, qui prend des gril- 
lons. 

Guérie, louche, celui dont les 
yeux ont une direction diffé- 
rente. 

Guihe, galese, truie qui a des 
petits. 

Guindoulh, guine ;\{cerise). 

Guingoy (de), de guingois, de 
travers. 

Guinsalh, loque, guenille. 

Guirot, jars [mâle de lloie). 

Guiroulh, benêt, jocrisse. 

Guisè, gésier. 

Guit, guite, canard mâle et 
femelle. 



— 465 — 



Guitade, jeu du canard ; — on 
joue à qui, partant d'une 
certaine distance, les yeux 
bandés , coupera le cou à un 
canard pendu par les pattes. 



Guitè, goitre, 
Guiterous, goitreux. 
Gusmera, mettre du fil en pe- 
loton. 
Gusmèt, peloton. 



H 



Ha, faire. 

Habaa, terrain semé de fèves. 

Habe, avoir. 

Habe, fève. 

Habe-de-caa, noix-vomique. 

Habillesse, habileté. 

Haboès, semeurs de faverolles. 

Habole, haricot {dans certaines 
localités). 

Hac, hau, hêtre. 

Hadat, qui a reçu d'une fée 
un sort. 

Hade, fée, 

Hadete, petite fée, 

Halet, haleine. 

Halha, perche flexible, 

Halhasse, crevasse. 

Halhassous, gerçures. 

Halhe, la crête du coq, 

Halhe, flamme. 

Halhère, embrasement ; feu de 
la Saint-Jean. 

Ham, hameçon, 

Hama, aboyer, 

Hamen, famine. 

Hamet, aboiement. 

Ham-ham, cri du chien (ono- 
matopée). 

Hami, faim. 



Hamoulent, qui a faim ; au 

fi g., désireux. 
Hangas, bourbier. 
Hangue, fange. 
Hapa, tenir un enfant dans 

ses bras. 
Ilaque, petite jument. 
Hardèu, grande quantité. 
Hardulhe, ramassis de hardes, 
Hargoa, forger ; affiler la faux 

en frappant dessus avec un 

marteau. 
Hargou, marteau pour frapper 

sur la faux. 
Harie, farine. 
Harious, farineux. 
Harissat, hérissé. 
Harissou, hérisson. 
Harlapa, avaler gloutonnement. 
Haroulè, folâtre. 
Harouleya, folâtrer. 
Haro u lis, le mouvement, le 

bruit de ceux qui folâtrent. 
Harpilhot, léger vêtement. 
Harri ! en avant! 
Harri, crapaud. 
Hart, rassasié, repu. 
Hartanè, glouton. 
Harta-s, se gorger. 

30 



— 466 — 



Hart-de-bade, avorton. 

Hartère, mangeaille très-co- 
pieuse. 

Hart y pitart, repu de man- 
geaille et de boisson. 

Hasaa, coq. 

Hasalhou, hasanhet de Sent- 
Martii, (cochet de la Saint- 
Martin), la huppe. 

Hasedé, faisable. 

Hasedou, celui qui fait. 

Hasendè, bon ouvrier. 

Hasti, dégoût. 

Hastiau, qui dégoûte. 

Hat, fatalité, sort. 

Hatou, vêtement grossier. 

Haudrec, rosée, humidité de la 
rosée sur les chaussures, sur 
les vêtements. 

Haudrequeya, aller par les 
champs couverts de rosée. 

Ilaugan, cette année. 

Hauneste, honnête. 

Haunou, honneur. 

Haunoura, honorer. 

Haunous (las), les honneurs 
funèbres. 

Haure, hau, forgeron. 

Haurilhou, petit {mauvais) for- 
geron. 

Hauroungle, hirounglete, hiron- 
delle. 

Haus, la faux. 

Hausse-prim, levier ; (prim, au 
lieu de prem ; on presse 
pour hausser, soulever). 

Haussilhe, haussot, *(?rp<? d long 
manche dont on se sert pour 
émonder les haies. 



Haute, giron, espace de la 
ceinture jusqu'aux genoux 
quand on est assis. 

Hautou, haudou, hauteur. 

Haye, hayete, faîne. 

Hayet, haget, faget, lieu planté 
de hêtres. 

Hayine, fouine. 

Hayinè, qui chasse les fouines. 

Hede, femme qui relève de 
couches. 

Hee, foin. 

Hèix, faix. 

Helè, peine, chagrin. 

Helère, continuité de mauvais 
temps. 

Hema, fumer les champs, ré- 
pandre le fumier. 

Hemè, le fumier en tas, 

Hemne, femme. 

Hems, fumier, engrais. 

Hemse, bouse. 

Henalhat, fendillé. 

Hene, fendre. 

Henèrcle, fente à jour. 

Hens, dans. 

Henude, fente. 

Hèr, hè, fer. 

Herbaa, pâturage. 

Herbadiu, lieu où il y a des 
pâturages. 

Herbadya, paître. 

Herbe, gerbe, yerbe, herbe. 

Herbe, estomac des herbivores. 

Hère, foire. 

Hère, beaucoup. 

Hères, plusieurs. 

Heresse, hevoxx, frayeur, effroi. 

Heretat, heretatye, héritage. 



- 467 — 



Heretè, héritier. 

Heri, frapper. 

Herm, terre inculte. 

Heroutye, farouche, qui effraie. 

Herrade, vase de bois cerclé de 
fer ou de cuivre, qui tient 
lieu de cruche ; — mesure 
de capacité pour le vin (19 
litres) . 

Herradé, évier. 

lïerralhe, herrulhe, ferraille. 

Herrat, seau {cerclé de fer). 

Herre, toute espèce de garni- 
ture de fer ; la ferrure des 
outils ; les outils. 

Herre (ensenha la), au fig.^ 
montrer les dents. 

Herri, dent de herse. 

Herum, toute espèce de bête 
sauvage. 

Hèste, fête. 

Hèste (arré-), lendemain de 
fête., continuation de fête. 

Hèste-ennau, fête annuelle [so- 
lennelle) ; ennau est dans plu- 
sieurs textes annau. 

Hètz, lie de vin, 

Hèu, fiel. 

Heugaa, heuguère, fougeraie. 

Heure, février. 

Heureya, faire un temjps de 

février. 
Heureyade, temps comme il en 
fait en février. 

Heus, fougère. 

Heya. faner^ tourner et re- 
tourner le foin, 

Heyadou, faneur. 



Hèyt, fait. 

Hèyte, action, au sens défavo- 
rable où se prend souvent 
en français le mot « coup » ; 
qui ne heyte ! quel mauvais 
coup ; quel vilain tour ! 

Hiaa, p7^é. 

Hiala, filer. 

Hialadoure, fileuse. 

Hialat, flet. - 

Hialère, pointe de fer ou de 
cuivre à rainure en spirale^ 
qui est au bout du fuseau. 

Hialerou ; même objet que le 
précédent, avec cette diffé- 
rence que le bout est recourbé; 
on se sert du hialerou pour 
tordre le fil. 

Hiarot, petit pré. 

Hibèr, hiver. 

Hic, verrue ; au fig., difficulté.^ 
obstacle. 

Hica, ficher ; mettre. 

Hidable, à qui Von peut se fier. 

Hida-s, se fier. 

Hide, confiance. 

Hié, gé, hier. 

Hière, fil de fer mis au groin 
du porc. 

Hieu, hiu, fil. 

Hièyre, gèyre, lierre. 

Higue, figue. 

Hi-hi, hennissement. 

Hilh, fils. 

Hilhastre, beau-fils, celui dont 
on a épousé le père ou la 
mère. 

Hilhete, petite enfant. 



— 468 



Hilhetes, rejetons qui viennent 
après les premières pousses 
des plantes , et à la partie 
inférieure de la tige. 

ll\\\io\e., filleule , 

Hilhoû, filleul. 

Hilhou, chardonneret; (Oloron). 

Himi, femelle. 

Hiregge, hérétique. 

Hissa, piquer, darder, 

Hissade, piqûre de bête veni- 
meuse. 

Hissou, dard (de Vabeille, etc.) 

Histori, histoire. 

Hitilhè, hitilhère, sorcier, sor- 
cière. 

Hitye, foie. 

Hoec, feu. 

Hoelh, feuillet. 

Hoelhe, feuille. 

Hoerdi, orge. 

Hoey, aujourd'hui. 

Hoeye, fuir. 

Hoeyte, fuite. 

Hoeytiu, fugitif fuyard. 

Homi, homme. 

Hore, heure. 

Hore, hors. 

Hore-bandi, expulser, exiler. 

Hore-bia, mettre hors de la 
voie. 

Hore-biat, fourvoyé. 

Hore-biengut, venu du dehors, 
étranger. 

Horgue, hargoe, forge. 

Horre, souillé. 

Hort, fort. 

Hort, jardin. 



Hosse, fosse. 

Hoii, fou. 

Hoû (caa), chien enragé. 

Houdica, houdilha, hoiirnilha, 

remuer^ fouiller la terre (se 

dit particulier em,ent des por Ci 

qui cherchent en creusant). 
Houleya, faire la folie. 
Houlie, folie. 
Houmatye, hommage. 
Houmiot, petit homme. 
Iloundra, orner, honorer. 
Houndz, fond. 
Houne, fronde. 
Iloune, fondre. 
Hounide, averse. 
Hounilh, entonnoir. 
Hounsiralh, (ce qui reste au 

fond), résidu, lie. 
Houiit, hountaa, fontaine. 
Houra, fouler. 
Hourada, trouer. 
Hourat, trou. 
Houralère, lieu, objet, oie il y a 

beaucoup de trous. 
Hourateya, chercher en suivant 

les trous, les cachettes. 
Hourbari, bruit confus, tumulte, 

hourvari. 
Hourcat, fourche à trois pointes. 
Hourn, four. 
IJournère, fournil. 
Hournet, creuset. 
Hournilhadures, terres remuées, 

fouillées par un porc. 
Hourque, fourche. 
Hourra, aboyer. 
Hourreda, souiller. 



Hourredesse, souillure, immon- 
dices. 

Hourtalesse, forteresse^ force. 

Hourtalicis, plantes potagères. 

Houruca, huruca, fureter. 

Housse hoyau. 

Iloustalet, petite maison. 

Houstau, maison. 

Houtya, hode, bêcher. 

Houtyica, bêcher légèrement. 

Houy ! fuis ! 

Hueta, fouetter.^ fustiger. 

Huetes, verges. 

Huganaut, higanaut, huguenot. 

Hula, se dit des bêtes à cornes 
qui se précipitent pour 
frapper. 

Hum, fumée. 

Huma, produire de la fumée. 



Humaa, humain. 

Humble (fruut), fruit mou. 

Humère, grande fumée. 

Humi, épaule, humérus. 

Humiu, humble, soumis. 

Humous, fumeux. 

Hurou, furet. 

Hurous, heureux. 

Hurrup, hourrup, gorgée. 

Hurrupa, hourrupa, boire à 

petites gorgées, siroter. 
H us, fuseau. 

Hust, huste, morceau de bois. 
Hustatye, tas de bois, ce qui 

est relatif au bois. 
Hust-biu , tro'êne , arbrisseau 

rameux des haies. 
Hust-du, cornouiller. 
Hute(a-)! à fuite ! 



I, aller. 

lap, hiap, coupe ; vieux fran- 
çais, hanap. 

Ibrounhe, ivrogne. 

ignoura, ignorer. 

Ihèr, enfer. 

Ilha, crier, pousser des cris 
que Von nomme : 

Ilhetz, cris de joie ; — par ces 
cris, les pasteurs se répon- 
dent à de grandes distances. 

Imagine, statue. 

Imatye, image, statue. 

ImsLtyou, joli petit minois. 

Imbentari, inventaire. 

Imbentou, inventeur. 



Impausa , imposer ; charger , 

au sens d' accuser . 
Impediment, empêchement. 
Impietadous, impitoyable. 
Inaudit, inouï. 

IncoMvrQmexii, j)eine d' encourir . 
Infama, diffamer. 
Infametat, opprobre. 
Infami, infâme. 
Infidèu, infidèle. 
Infourtunat, infortuné. 
Injuri, injure. 

Inquiété, inquiétude; soucis. 
Insensat, qui a perdu la raison. 
Instance, instance, 
Instiga, exciter, 



— 470 -^ 



Instrument, estrument, instru- 
ment. 

Intrant (L'), subs., Ventrée^ le 
commencement. 

loye, joie, 

Iradementz, par emportement^ 
avec violence. 

Irague, ivraie. 

Iranhou, filet avec lequel on 
fait le long des haies la 
chasse aux petits oiseaux. 

Iranye, orange. 



Irat, irrité, violent ; quelque f. : 

fâxhé, affligé. 
Ire, colère. 
Irole, châtaigne rôtie. 
Iroula, torréfier. 
Iroulade, action de torréfier. 
Irouleya-s, se chauffer de trop 

près. 
Isanh, homme bilieux, sujet à 

la colère. 
Isla, enfler, (Aspé) ; ailleurs 

on prononce esla. 



Ja, déjà. 

Ja ! ja !, assez ! assez ! 

James (a u), à tout jamais^ 

Jangla, railler. 

Janglarie, raillerie. 

Janglayre, railleur. 

Jansemi, jasmin. 

Jase, jasilha, gHer. 

Jassie, bien que. 

Jaubet, tiède ; [Aspe). 

Je (ge, hié), hier. 

Jelou, jalousie. 

Jener, janvier. 

Jigis, gis, joujou, fanfreluche ; 
[Oloron). 

Joe, jeu. 

Joen, jeune. 

Joeneja, faire le jeune ; pa- 
raître plus jeune qu'on n'est. 

Joentut, jeunesse. 

Jou, je. 

Joufle, ampoule ; (Oloron). 

Jouga, jouer. 



Jougadou, jougayre, joueur. 

Joulh, genou. 

Journade, journau, mesure 
agraire^ arpent ; sa laire 
d'une journée de travail. 

Joyas, joyeus, joyaux. 

Judici, jugement. 

Judiu. Jusiu, Juif. 

Julhe, ijourroie de cuir pour 
attacher les bœufs au joug. 

Julhet, juillet. 

Jun, juin. 

Junc, jonc. 

Juncaa, junquè, terrain où croît 
le jonc. 

Junhe, joindre. 

Juni, jeûne. 

Junta, joindre, ajuster. 

Junte, double poignée; ce que 
peut contenir le creux des 
deux mains rapprochées. 

Jupitèri, assistance, secours. 

Jurade, assemblée de jurats. 



— 471 — 



Juradie, fonction de jurât. 

Jurât, jurât (magistrat muni- 
cipal). 

Jus, juus, sous. 

Jusaa, jusou, qui est au-dessous, 
au nord. 



Jusèp, Josèp, Jausèp, Joseph. 
Justameutz, justement. 
Juste, juste. 
Juste de, près de. 
Justici, justice. 
Juu (1), jOUff. 



Laa, laine. 

Laaut, laineux ; en lat. laniger. 

Laba, laver. 

Labadé, lavoir ; — pierre ou 

morceau de bois plat sur 

lesquels on lave. 
Labadoure, laveuse. 
Labadures, ce qui reste dans la 

lavure. 
Labatori, piscine. 
Labetz, lasbetz, alors. 
Labouradisses (terres) , terres 

labourables. 
Laère, laveuse de laine (Olor on). 
Laganhe, chassie. 
Laganhous, chassieux. 
Lagas, insecte qui s'attache à 

la peau des bêtes. 
Lagot, flaque. 
Lahens, là dedans. 
Lahore, là dehors. 
Lahuse, flocon blanc attaché 

aux tisons. 
Lambrusque, vigne sauvage. 
Lampoeynè, lambin. 
Lampoeyneya, lambiner. 



Landrès, chenets. 

Langou, langueur. 

Langui, languir. 

Lans, jet {action de jeter), 

Lan sa de, coup d'instrument 

pointu. 
Lapasse, bardane. 
Lard, lard. 
Larè, foyer. 

Larmade, blanc d'œufs battus. 
Larme, blanc d'œuf 
Larye, large. 
Laryou, largeur, 
Las, lassoû, lien., lacs, lacet. 
Lassus, là haut. 
Lat, étendu, large. 
Lauda, louer. 
Laudete, alouette. 
Laudou, louange. 
Lauquete, loche. 
Lauquetè, pêcheur de loches. 
Laura, labourer. 
Lauradé, qui doit ou peut être 

labouré. 
Lauradou, labouradou, labou- 

redou, laboureur. 



(1) Dans une assez grande partie du Béarn, presque tous ces mots se 
prononcent rjuu, yustice, yuste, etc ; voy. p. 68-69 et, ci-dessous, Y, 



472 — 



Laurè, laurier. 

Lauret, nom de bœuf; {doré, 
bai-clair). 

Laus, abandonné, vacant ; se 
dit des maisons et des terres. 

Laussetat, état d'abandon d'une 
maison, d'un domaine. 

Lauzenquè, médisant ; — flat- 
teur ; — musard. 

Layra, aboyer. 

Layret, aboiement. 

Layrou, larron. 

Layrounici, larcin. 

Lays, liés ; se dit à Oloron des 
amis étroitement unis. 

Laze (sent), saint Lazare. 

Leberau (caa), chien lévrier. 

Lebraut, lebrautou, levraut. 

Lebrè, lévrier. 

Lèd, lèe, laid. 

Leca, lécher. 

Lecadure, ce qui reste à lécher; 
trace de ce qui a été léché. 

Lègue, lieue. 

L'endedie, l'endoumaa, le len- 
demain. 

V endematii , le lendemain matin . 

Lendie, lentille , tache de rous- 
seur sur la peau. 

Lendious, qui a des taches de 
rousseur. 

Lengassut, lengoassut, bavard. 

Lengoe, lengue, langue. 

Lengue-de-baque, (plante), sco- 
lopendre. 

Lenhe, bûche. 

Lenhè, quatre charretées de 
bois. 



Lenhère, bûcher, lieu où Von 
serre le bois à brûler, 

Lèni, lente. 

Lèp, lèbe, lièvre, mâle et fe- 
melle. 

Lis, uni, lisse. 

Lésé, loisir. 

Lèsi, lisi, alêne. 

Let, [aphér. de halet^ haleine. 

Letre, lettre. 

Lèu, vite. 

Leuyè, léger. 

Lexa, dexa, laisser. 

Lexiu, eau de lessive. 

Ley, loi, amende ; — qualité. 

Leyau, légal, loyal. 

Leye, lire. 

Lèyt, lait. 

Leytou, petit-lait. 

Leytugue, laitue. 

Lez, laize. 

Lheba, lever. 

Lhebadé, qui doit être levé, 
{argent à recouvrer). 

Lhebadure, levain. 

Lhèu, peut-être. 

Lheyt, lit. 

Lheyte, choix. 

Liam, lien. 

Libe, livre. 

Liberot, petit livre. 

Libèu, acte d'accusation ; ré- 
quisitoire. 

Lichèr, purin. 

Liete, liseron des haies. 

Liga, lier. 

Ligadere, toute chose qui sert 
à lier. 



— 473 - 



Ligadure, V action de lier, façon 

de lier. 
Ligami, liaison, union très- 

intime. 
Liguete, tissu de fil ou de coton, 

mince, avec lequel on lie. 
Lii, lin. 

Limac, limaçon, 
Limaquère, lieu où sont des 

limaçons en grand nombre. 
Limasourd, sournois. (1) 
Limpre, poli, luisant; — élancé, • 

svelte, 
Linhatye, lignée, 
Linsoû, linceul; — drap de lit. 
Liquet, petit garçon de ferme ; 

[krthez). 
Liri, lis. 
Liura, livrer. 
Liure, livre [une). 
Liuse, graine de lin. 
Loc, lieu. 
Loenh, loin. 
Lot, mesure de capacité ; dus 

lotz de bii, deux pots de vin. 

— B. C. Lotum. 
Loubat, louveteau. 
Loubatè, louvetier. 
Loubet, charbon, tumeur gan- 
greneuse. 



Louga, louer. 

Lougatye, louguè, loyer. 

Loung, long. 

Loungarèc, qui se plaît au re- 
tardement. 

I.oungaynè, qui est long à faire 
une chose. 

Loungayneya, traîner en lon- 
gueur. 

Loungèyre, nappe, linge de 
table. 

Loungou, longueur. 

Loup, loup. 

Louyre, loutre. 

Louzère, ardoisière. 

Loze, ardoise. 

Lue, lune. 

Luèc, lunatique. 

Lugraa, l'étoile de Vénus ; au 
plur., les étoiles. 

Luminari, luminaire. 

Luquet, allumette. 

Lurdous, luisant de graisse, 
malpropre. 

Lusi, luire. 

Lustre, louche, bigle. 

Lustrou, clarté, éclat. 

Lûtes, lutte. 

Lutz, lumière. 

Luzèrp, lézard. 



IMC 



Maa, main. 
Mabe, mouvoir. 
Maca, meurtrir. 
Macadure, meurtrissure. 



Macip, garçon ; — serviteur. 
Macipe, fille; — servante. 
Macou, grossier; un butor. 
Madu, miir. 



{{) Voir Proverbes du Pays de Béarn, p. 47. 



30 6. 



— 474 



Madura, mûrir, 

Maèste, mèste, maUre. 

Maèste de fuste, maître char- 
pentier. 

Maèste de pèyre, maître maçon. 

Magarihe, discorde, querelle. 

Magre, maigre. 

Maladise, maudire. 

Malandrè, état de malaise gé- 
néral. 

Malau, malade. 

Malaudeya, être dans un état 
prolongé de maladie. 

Malaudie, maladie. 

Malaudis, malaudous, languis- 
sant.^ maladif, 

Malefici, maléfice. 

M a 1 è s , irritation, courroux, 
malice ; — temps d^orage. 

Malesse, iniquité. 

Malh, flanc., hanche. 

Malheba, emprunter. 

Malhoque, malhuque, espèce 
de maillet à long manche. 

Malhur, malheur. 

Malhurau, moment de malheur., 
ou qui présage le malheur. 

Malici, malice., méchanceté. 

Malicious, malicieux., méchant. 

Maliciousamentz, violemment. 

Manca, manquer. 

Mane, stérile {femelle). 

Manerie, manière. 

Manescaiit, marescaut , maré- 
chal. 

Manestiau, artisan. 

Manestrè, ménétrier. 

Mante, inantèt, mantou, man- 
teau. 



Manye, manchou, manche. 

Marcadè, qui suit les marchés 
pour vendre. 

Marcadèt, dans certaines villes., 
nom de la place où se tient 
le marché. 

Marcadeya, marchander. 

Marcadeyayre, celui qui a l'ha- 
bitude de marchander. 

Marcat, marché. 

Marfandi, morfondre, 

Margalide, marguerite. 

Maridadé, nubile. 

Maridatye, mariage. 

Mariechourre, roitelet. 

Marière, mayroulère , accou- 
cheuse. 

Marine, jeune brebis engraissée 
pour la boucherie; (Oloron). 

Marie, marne. 

Marière, marnière. 

Marme (pèyre), marbre. 

Marrassaa, couperet. 

Marre, marrou, bélier, 

Marterou, La Toussaint, 

Martèt, marteau. 

Martsesc, de mars ; lue mart- 
sesque, lune de mars. 

Martz, mars. 

Mas, mes, mey, mais. 

Mascadure, ce que l'on a à 
manger avec le pain ; paa 
sens mascadure, pain sec, 
Mascarous, malpropre. 

Mascle, mâle. 

Maseda, dompter., habituer à 
être manié. 

Maserè, boucher. 

Maset, dompté, maniable. 



— 475 — 



Masoau, l'enclos autour de la 
maison ; syn. de casalaa. 

Massacanac, cloison ; à Bedous, 
vallée d'Aspe, on la fait avec 
des montants de chêne et des 
pierres espunhes ; voij. ce 
mot ; ailleurs on se sert de 
briques. 

Massoayre, massoè, maçon. 

Mate, touffe de rejetons au bas 
du tronc d'un arbre. 

Mate-hami, {mate- faim), mets 
qui remplit, rassasie vite. 

Mate-seube, liane. 

Matiade, matiau, matinée. 

Matiè, matinal. 

Matii, matin. 

Matole, assemblage arrondi de 
menues branches des haies, 
où l'on met un piège pour 
prendre les oiseaux. 

Matole, gros bout recourbé d'un 
bâton dont les enfants se 
servent au jeu appelé Tas- 
tourres. — Matoles, au fig., 
épais favoris, 

Matrimoni, mariage. 

Matrounière, camomille .• ma- 
tricaria chamomilla, L. 

Mau, subst., mal. 

Mau, adj,, méchant, irrité. 

Maubestat, méchanceté, iniquité. 

Mauhasèc, malfaisant. 

Mauhèyt, méfait. 

Mauta, remuer, bouger, sauter. 

Maxeraa, V ensemble maxillaire. 

Maxerade, soufflet. 

Maxère, mâchoire ; joue. 



May, mai. 

May, mère. 

May de poupe {mère de mamelle), 
nourrice. 

May deu sou, {mère du sol), 
accoucheuse. 

Maye, plus grand. 

Mayesc, de mai. 

Maynada, enfanter. 

Maynade, maison, famille. 

Maynade, {une) enfant; — 
jeune fille. 

Maynat, maynatye, (rm) enfant ; 
— petit garçon ; 

Mayouramentz, mavementz, prin- 
cipalement. 

Mayourane, marjolaine. 

Mayourau, conducteur de trou- 
peaux. 

Mayouraus, les anciens, les 
principaux. 

Mayram, bétail. 

Mayrane, grand mère. 

Mayrastre, marâtre, 

Msi'^ne, marraine. 

May sou, maison. 

Mèc, bègue. 

Medalhe, monnaie ; valeur .in- 
férieure à celle du dénier ; 
on comptait par a soh, diners. 
e medalhes » ; — en français 
« maille » ; mais il y avait 
aussi une « medalhe » qui 
était d'or ; voyez Fors de 
Béarn, p. 218. 

Medeci, mètge, médecin. 

Medix, même. 

Medout, mie. 



476 



Mees, mois. 

Melic {aphérèse de oumelic), 
nombril. 

Meloau, se dit de la citrouille 
qui a le goût du melon. 

Memori, mémoire. 

Menatye, ménage. 

Mendras, menthe sauvage., 

Mendre, moindre. 

Mendrot, mendroutin, tr es- 
che tif. 

Menourete, nonne (ordre des 
Mineurs). 

Mentabe, mentionner. 

Menut, menu. 

Mequeya, bégayer. 

Merbelha-s, s'étonner. 

Merca, marquer. 

Merlat, petit du merle. 

Merlou, merle. 

Mes, mey, plus. 

Mèsche, [aphér. de dometge) ; 
arbres mèsches, arbres frui- 
tiers ; — se dit aussi des 
animaux domestiques^ et des 
personnes que Von a rendues 
dociles. 

Mesclanhe, mélange confus, 
pêle-mêle. 

Meset, ladre. 

Mesple, nèfle. 

Mesplè, néflier. 

Mespresa, mépriser. 

Mespresibamentz, avec mépris. 

Mestiè, métier ; — besoin. 

Mestierau, qui exerce un métier. 

Mesture, espèce de pain de fa- 
rine de maïs que Von fait 
cuire dans des terrines. 



Mesturèt, p>etite ^néture. 

Met, crainte. 

Metau, métal ; — pot de fer, 
marmite. 

Mete, mettre. 

Mete, niede, pile, tas. 

Metoulic, craintif. 

Mèu, miel. 

Mèusse, rate. 

Mèytj pétrin. 

Mia, mener. 

Miassa, menacer. 

Mielhe, mieux. 

Mielhou, meilleur. 

Mielhurament, amélioration. 

Miey, demi. 

Miey (au), au milieu. 

Mieyan, moyen. 

Mieyes (a), à moitié. 

Mieyou, mieyine, jumeau j ju- 
melle. 

Miey-per-miey, par moitié. 

Mieytadé, à partager par moitié 

Miey tan, mitan (au), au milieu. 

Mieytat, mitât, moitié. 

Milh, millet. 

Milhassaa, champ de millet^ 
récolte du millet. 

Milhoc, maïs. 

Milhoque , provision de mais 
égrené. 

Milhoucaa, champ de 7naïs. 

Minin, menin, très-petit. 

Minya, manger. 

Minyadere, riiangeoire, crèche, 
auge. 

Minyadou, mangeur. 

Minyance, vermine ; — tout ce 
qui dévaste pour se nourrir. 



— 477 — 



Mique, houle de farine dé- 
trempée^ cuite à Veau ; elle 
est de la grosseur, d'une 
pomme ordinaire. 

Miralh, miroir. 

Miralha-s, se mirer. 

Miscap, malheur. 

Misse, messe; misse de haut 
die, grand messe ; (littér. : 
messe de haut jour. 

Miugrane, grenade. 

Miussat, lait oie Von a émietté 
de la mâture. 

Moue, lumignon qu'on enlève 
en mouchant une chandelle. 

Moue, morve; — dans le deuil, 
lor.iquon est en pleurs (des 
yeux... et du nez) on dit en 
béarnais tout larmes y moue. 

Moucadou, mouchoir. 

Moucasseya-s, ne faire que se 
moucher. 

Moudacous, humide, boueux. 

Moudè, température humide. 

Moudesse, croûtes au cuir che- 
velu. 

Moufle, mou. 

Moule, moudre. 

Moulhè, femme ynariée. 

Moulherat, qui a pris femme. 

Mouliè, meunier. 

Moulière (pèyre), pierre meu- 
lière ; — jjierre du foyer. 

Moulii, moulin. 

Moulle, moule; letres de moulle, 
lettres impritnées. 

Moulue, morue. 

Moumbra-s, se rappeler^ 



Moument, moment. 

Mounaque, poupée. 

Mounard, grand singe. 

Moune, guenon. 

Mouniment, monument. 

Mounye, moine. 

Mounyerie, état de moine. 

Mounyete, haricot. 

Mounyou, petit haricot rond. 

Mounyoye, {mont-joie), tas de 
pierres, bornes des chemins. 

Mouquire, morre. 

Mouquirou», morveux. 

Mourdent, [mordant), se dit à 
Orthez de Vouvrier ardent 
au travail, d'un outil d'ex- 
cellente qualité. 

Mourè, mûrier {oiseau). 

Mourè-cap-negre, bec-fin à tête 
noire . 

Mouret, fém. mourete, s'appli- 
quent aux personnes un peu 
trop brunes. 

Mouret, nom de cheval, de bœuf 
de pelage roux tirant sur 
le noir. 

Mourete, petite cerise presque 
noire. 

Mouri, mourir. 

Mourou, Maure ; — mulâtre. 

Mourt, mort. 

Mourtalère, mortalité, en temps 

d'épidémie, d'épizootie. 

Mourtalhe, carnage. 

Mourtau, mortel. 

Mouscalh, chasse-mouches. 

Mouscalhe, grande quantité de 
couches ^ 



- 478 



Mouscalhou, mousquilh, mous- 
quit, moucheron. 

Mousque, mouche. 

Mousqueya, chasser les mou- 
ches ; au flg., fustiger. 

Mousquilhous, qui prend la 
m,ouche, qui se pique vite. 

Mousquitère, volée de mouche- 
rons. 

Mousseca, mordre. 

Moussen, monseigneur. 

Moustii, mâtin. 

Moustous, mousseux, visqueux. 

Moutou, mouton. 

Moy, muid. 

Mud, muet. 

Muda, changer, remuer. 

Mulatè, muletè, muletier. 



Mulha, mouiller. 

Murtè, meurtrier. 

Mus, museau ; — mine. 

Mus de lèbe (poume de), espèce 
de pomme de forme longue, 
[museau de lièvre). 

Mus-prim, lèvre pincée ; qui 
fait la petite-bouche. 

Mus-sec, mine sèche ; un indi- 
vidu peu affable. 

Muscle, épaule. 

Musquet, musc. 

Musquete, espèce de rose très- 
petite. 

Mustra, muxa, montrer. 

Mutatiu, enclin au changement . 

Muyoû, moyeu ; — le jaune de 
Vœuf. 



N 



Nabal, neuvième. 

Nabante, {nonanfe) quatre- 
vingt-dix . 

Nabanteya, avoir plus de quatre- 
vingt-dix ans. 

Nabe^ subst., nouvelle. 

Nabe, couteau. 

Nabene, neuvaine. 

Naberaa, terre nouvellement 
défrichée. 

Naberamentz, nouvellement. 

Nabèt, nouveau. 

Nabiu, navire. 

Nada, nager. 

Nadau, No'él. 

Naditz, naritz, narine. 

Nafra, blesser. 



Nan, nain. 

Nani, se dit respectueusement 
au lieu de noM.) non. 

Nat, né ; dans une proposition 
négative : aucun. Yoy.p. 264. 

Natiu, nadiu, na/ï/". 

Natre, comme nature ; se dit 
d'une ressemblance, d'un 
portrait. 

Naturau, naturel. 

Nau, nabe, neuf, neuve. 

Nau,adj. num., neuf. 

Nau, bac. 

Naulade, cAar^<? du bac. 

Naulatye, péage pour le pas- 
sage sur le bac. 

Naulè, batelier. 



— 479 — 



Naxe, naître. 

Naxence, nexence, naissance. 

Nays de hee, foin tombé le long 

de la ligne qu'a suivie le 

faucheur. 
Naz, nez. 
Nazade, coup sur le nez ; — 

déception. 
Nazeda, naya, passer un fil de 

fer au bout du grouin 'pour 

empêcher le porc de fouiller 

la terre. 
Nazede, naye, le fil de fer passé 

au bout du grouin. 
Nazin, nsizou, joli petit nez. 
Neba, neiger. 
Nebade, couche de neige. 
Nebalha, neiger peu et par 

moments. 
Nebalhe, neige gui tombe en 

petite quantité et avec inter- 

tnittence. 
Neboudalhe, neveux et nièces 

dont on na pas à se louer. 
Nebout, neveu. 
Necessari, nécessaire. 
Nega, noyer. 
Nega, nier. 

Negadou, celui qui nie. 
Negament, dénégation. 
Negatiou, reniement. 
Negliyent, négligent. 
Negliyence, négligence. 
Negoci, affaire. 
Nègre, ner, noir. 
Negreya, tirer sur le noir ; — 

s'obscurcir. 



Negrilhous, qui commence à 

s'obscurcir. 
Negrous, qui s'est obscurci. 
Negu, aucun. 
Negue-hoù, (noie-fou\ barque 

légère. 
Nenè, joli petit enfant à la 

mamelle ; et^par dérision, 

un individu qui n'est pas 

beau. 
Nèsci, niais, insensé. 
Nete, propre, net. 
Neteya, nettoyer. 
Nèu, neige. 
Neuri (d), nourrir. 
Neuridou, éleveur de bétail. 
Neurigat, nourrisson. 
Neurissalhe, nourrissage. 
Neurisse, nourrice. 
Neuritut, nourriture, 
Nida, nicher. 
Nidade, nichée. 
Nidau, place où la poule va 

pondre d'habitude ; — œuf 

qu'on y laisse pour l'y attirer; 

— le plus petit oiseau d'une 

nichée. 
Niiie , pupille de l'œil ; — le 

bout d'une plante. 
Ninole, poupée. 
Nobi, nobie, celui, celle qui se 

marie. 
Nobis, les nouveaux mariés. 
Noeyt, nuit. 
Noeytiu, de la nuit. 
Nogue, noix dans son écale ; 

brou, écale verte de la noix. 



(1) On dit aussi nauri, noûri ; les dérivés de ce mot ont pareillement 
au, où, au lieu de eu. 



— 480 



Nogue (aygue de), hrou de noix, 
liqueur. 

None (hore), neuvième heure. 

Nore, bru. 

Notori, notoire. 

Notz, noix. 

Noubéles, noèles, nouvelles. 

Noubembre, noj^embre. 

Noubèu (lou), le N£>uveau Tes- 
tament. 

Noubiau, nùptiau, nuptial. 

Nouce, nupties, noce. 

Noud, nœud. 

Nouguè, noyer. 



Noum, noumi, nom. 

Noumbra, compter. 

Noumbre, nombre. 

Noumenta, nommer^ désigner. 

Noumiadou, nouminadou, qui 
doit être nommé ; — sous- 
signé. 

Nouste (a), chez nous. 

Noutable, notable. 

Noutari, notaire. 

Nubie, nuée. 

Nud, nu. 

Nuise, nose, nuire, 

Nustemps, en aucun temps. 



0, oui. 

Oaratz, oeratz (1), voyez. 

Obee, obio, oui bien, oui bien 
oui. 

Obre, œuvre, ouvrage ; — fa- 
brique, conseil qui adtninistre 
le revenu d'une église. 

Obre mane, manœuvre, corvée. 

Oelh, uelh, œil. 

Oelhade, coup d'œil, regard. 

Oeu, œuf. 

Oeoerère, ovaire. 

Oeoerère, poule bonne pon- 
deuse. 

Oeyt, huit. 

Oeytal, oeytau, huitième. 

Oeytene, huitaine. 

Oli, huile, 

Oli de cherment, (huile de sar- 
ment), vin. 



plaa, oui parfaitement. 

Ops, obs, besoin. 

Oratori, oratoire. 

Orb, aveugle. 

Orb, charbon, maladie du fro- 
ment. 

Ordenadementz, en ordre, avec 
ordre. 

Orphalii, orphe, orphelin. 

Os, os ; — noyau de fruit. 

Os-Bertran, le coccyx. 

Osque, taille; — provision. 

Oublida, oublier. 

Oubliga, obliger. 

Oubligance, obligation. 

Oublit, oubli. 

Oubra, travailler. 

Oubradé, atelier. 

Oubratye, ouvrage, travail. 

Oubrè, ouvrier. 



(1) Pluriel de oère ; p. 438. 



— 481 ^ 



Oubrè(die), jour ouvrable. 

Oubrerie, travail. 

Ouïe, pot, marmite. 

Oûlhe (aulhe), brebis. 

Ouliat, soupe à l'ail. 

Ouliat, imbibé d'huile. 

Ouliat briagau, soupe à l'ivrogne. 

Oulibe, olive. 

Ouliè, fabricant , vendeur 

d'huile. 
Oum, on. 
Oum, ormeau. 
Oumbre, ombre. 
Oumpreya-s, se tenir à Vombre, 

au frais sous l'ombre. 
Oumprères, lieux ombragés. 
Oumpriu, qui ne reçoit pas le 

soleil ; — qui sent l'ombre (le 

renfermé). 
Oun, aoun, où. 
Ouncle, ouncou, oncle. 
Ounzai, ounzau, onzième. 
Ouptat, chose désirée. 
Ourdi, ordre. 



Ourdi, ourdir. 

Ourdia, commencer. 

Ourdidé, machine où Von dis- 
pose les fils pour ourdir. 

Ourdimi, la chaîne. 

Ourdinari, ordinaire. 

Ourdinareraeiitz, ordinairement. 

Ourgulh, orguail; — violence, 
force dont, on use contre le 
droit commun, contre les 
lois. 

Ourgulh (fèyt d'), fait d'orgueil^ 
acte de violence ; sang versé; 
voy. Fors de Béarn, p. i89. 

Ourgulhous, orgueilleux. 

Ours, ous, ours. 

Ourse, grossier, rude. 

Ourla, avorter. 

Ourtiga-s, se piquer aux orties. 

Ourtigue, ortie. 

Ourtou, avorton. 

Oussatè, chasseur d'ours. 

Ousta, ôter. 

Ouya, sinon ; — bien que. 



Paa, pain. 

Paacoque, boulanger ; JRayn. 

« Pancogola, cuiseur de 

pain ». 
Paa, par, ipârelh, paire, couple. 
Pabès, bouclier. 
Padère, poêle pour frire. 
Paga, payer. 
Pagaa, païen. 
Pagadé, payable. 
Pagadou, payeur. 



Pages, paysan. 

Palat, palais {de la bouche) ; 

dans la trad. des Psaumes : 

palat dentée. 
Palatori, prétoire. 
Pale, pelle. 
Pale-coupe, pelle creuse pour 

vanner le grain. 
Pale-hèr, bêche. 
Palhat, tas de paille, litière. 
Palhe, paille. 

31 



482 



Palhè, meule de paille. 
Palhole, meriue paille sauvage. 
Pàloume, palombe. 
Paloumère, pandèles,j!)<2nfière.ç. 
Pana, voler^ dérober. 
Panât (au), à la dérobée. 
Panatori, vol, larcin. 
Panet, petit linge, lange. 
Pantacha, pantoiser, panteler. 
Pàpaut, papiste, 
Pape, papier. 
Paperole, grande feuille de 

papier à images. 
Paperot, paperou, petit papier. 
Papou, grand-père. 
Paquese, belette. 
Parau, /'^m., ustensile de bois 
en forme de pétrin de petite 
dimension ; on y met du 
linge que l'onjjorte au lavoir; 
[Barétons). 
Paraule, palaure, parole. 
Pare, paraître. 
Parentest, parenté. 
Paret, mur de torchis. 
Parexe, paraître. 
Pargarn, pargami, pergami, par- 
chemin. 
Parguie, basse-cour. 
Pari, enfanter. 
Paria-s, s'associer. 
Pariadge, convention, accord, 

association. 
Parié, pareil. 

Pariou, l'un ou Vautre des deux 
qui font le couple, la paire. 
Parlouteya, bavarder. 
Parloutis, bavardage. 



Parpalhole, parpalhoii, papillon. 
Parrat, moineau, dans quel- 
ques localités ; ai II., mâle de 
la mésange. 
Parre, mésange. 
Parret, parrete, fauvette [Ossau). 
Parropi, paroisse. 
Parroquiau, paroissien. 
Parsaa, quartier; district. 
Partatye, partage. 
Parti, partager. 
Parti, partir. 

Partilhes, les parts qui revien- 
nent à chacun. 
Partiment, départ. 
Pas, pas, passage. 
Pascoe, pasques, pâques. 
Pascoau, pascal. 
Pasquetes, dim. de Quasimodo. 
Passa, passer ; — souffrir, 

pâtir. 
Passade, rupture d'une haie 
par où Von passe d'habitude. 
Passe-carrère, danse et chant 
à travers les rues ; (jeu de la 
vall. d' Ossau). 
Passe-cot, déglutition. 
Passelis, déversoir de moulin. 
Passerie, muguet^ aphthe des 

enfants. 
Passerou , passère , moineau, 

mâle et femelle. 
Passete, avant-clou. 
Passe-sègue, {passe-haie), es- 
pèce de fauvette. 
Passeya, promener. 
Pastenc, pacage. 
Pastenga, pacager. 



— 483 



Pastèt, pastètch, espèce de ga- 
lette de farine de mais que 
Von fait cuire sur les char- 
bons ; {Aspe). 

Pasterès, mangeurs de pastèt ; 
sobriquet des hahitanti 
d'Escot ; (cant. d'Accous). 

Pastis, pâté. 

Pastisseya, gâcher un travail ; 
— manier d'une façon mal- 
propre. 

Pastou, pasteur. 

Pastoureya, soigner le bétail, 

Pastouris, tout ce qui compose 
le troupeau ; le soin qu'on 
en a. 

Pastouris (mestiè de), métier 
de celui qui fait paître, qui 
soigne les troupeaux. 

Pasturatye, pâturage. 

Pasture, pâture. 

Patac, coup. 

Patacassè, patacayre, prompt à 
frapper, querelleur. 

Paternes (cade de), tomber sur 
la partie inférieure et posté- 
rieure du corps. 

Pati, basse-cour . 

Pati, pâtir. 

Pâtiras, bonnasse, souffre-dou- 
leur . 

Patz, paix ; ha las patz, faire 
la paix. 

Pau, pieu, épieu ; — palissade; 
origine du nom de la ville 
de Pau. 

Paubre, praube, pauvre. 

Paubresse, praubetat, pauvreté. 



Pauc, pauque, en petite quan- 
tité, de peu d'étendue. 

Paum, pam, empan. 

Paus, moment de repos, cesse. 

Pausa, poser ; — prendre gite. 

Pausa-s, se reposer. 

Pause, pause, moment. 

Pause-l'y-tout-dous, hypocrite. 

PauRote, tout petit moment. 

Paxère, barrage, digue. 

Paxeraa, échalassière. 

Paxèt, paisseau, échalas. 

Pay, père. 

Pay-bou, grand-père. 

Payera, mesurer. 

Payère, mesure. — Du Cange : 
pagella. 

Payra-s, se priver. 

Payrii, parrain. 

Payrous, parents {le père et la 
mérej. 

Pays, pèys, pays. 

Paysaa, paysan. 

Paysanas, gros paysan, grossier. 

Paysaneya, faire le paysan. 

Paysanot, petit paysan. 

Pebe, poivre. 

Peberines, piments rouges. 

Pèc, sot. 

Peca, pécher. 

Pecadou, pécheur. 

Peca-s, se tromper. 

Pecat, péché. 

Pecque, faute. 

Pedas, morceau d'étoffe pour 
rapiécer. 

Pedassa, rapiécer. 

Pedoulh, poM, 



Pèe, pied. 

Pèe-descaus, nu-pieds. 

Pèe-descausse (la), le lièvre. 

Pèe-lhèbe, piège, traquenard. 

Pees, pois. 

Pega, cruche. 

Pegas, {augm. de pèc), grand 

niais. 
Pegue, pegunte, poix. 
Peguesse, niaiserie, sottise. 
Peguet, emplâtre de poix. 
Pegueya, manquer de sérieux, 

s'occuper de riens, plaisanter. 
Peix, poisson. 
Peixou, petit poisson. 
Peixounè, peixoè, marchand de 

poisson. 
Pelam , chaux-vive avec la- 
quelle les tanneurs enlèvent 

le poil des cuirs. 
Pelât, pelade, action de tirer 

les cheveux. 
Pelatz (ha aus), se prendre aux 

cheveux. 
Pelegrii, pèlerin. 
Pele-higue, bec-figue. 
Peley, peleye dispute. 
Pelh, pelhe, vêtement. 
Pelhe-cadut, qui est mal vêtu ; 

un mise'rable. 
Pelhe de Iheyt, effet de literie. 
Pelhot, peftf, léger vêtement. 
Pelhoustre, pleutre. 
Peluse, poussière duveteuse qui 

se détache des fils maniés, 

travaillés. 
Peluset, tisserand ; qui est 

couvert de peluse. 



Pelut, velu. 

Penderilhes, tout ce qui pend. 

Pendi-s, peyti-s, faire péni- 
tence, se repentir. 

Pendouleya, pendiller. 

Pêne, pendre. 

Pêne, rocher. 

P e n h e r a , saisir, faire une 
saisie. 

Pensât, aphér. de empensat, 
pensif. 

Pèpi, sot, radoteur. 

Perbouca, crépir. 

Percha, arpenter, mesurer. 

Perde, perdre. 

l'erdigalh, perdreau. 

Perdigalhères, lieux où se reti- 
rent les perdreaux. 

Perdiguè, chasseur de perdrix. 

Perditz, perdrix. 

Père, poire. 

Perè, poirier. 

Peressous, paresseux. 

Perfii (a la), enfin. 

Perge, perche, perche, mesure 
agraire. 

Perhoc, peine, difficulté, obs- 
tacle. 

Perigla, tonner. 

Perigle, tonnerre ; — altér. 
périnne, periste. 

Periglère , orage, — coups de 
tonnerre. 

Per-ma ! sorte de juron, au 
lieu de per ma fee ! par ma 
foi ! ; ce que Von défigure 
encore davantage en disant : 
permaylet ! 



— 485 — 



Pèrne, partie égale à une autre 
ou à d'autres dans une 
plante^ dans un fruits dans 
un corps, dans un objet 
quelconque : 

Pèrne d'alh, gousse d'ail; 

Pèrne d'esquilhot, quartier de 
noix ; 

Pèrne de lard, flèche de lard. 

Pèrne de linsou, laize d'un 
drap de lit. 

Pèrnes (las), les épaules ; Fon- 
deville, Egl. 

Peroque, envelopipe de l'épi de 
maïs. 

Pérou, trognon de poire, de 
pomme. 

Perpere, perpet, paupière. 

Perpitz, agaceries. 

Perrec, chiffon. 

Perrema, prendre posture, un 
pied ferme en arrière, de 
façon à être solidement 
campé. 

Persute, poursuite. 

Peruca, picoter, becqueter; 
l'oiseau picote les fruits ; — 
la personne qui peruque 
prend miette par miette, 
grain par grain. 

Perulhe, petite poire saur.age. 

Pesca, pêcher. 

Pescadou, pescayre, pêcheur. 

Pesque, pêche. 

Pesquè, vitier. 

Pesquit, petit pai^son. 

VesseQue, pêche {fruit). 

Pèt, peau. 

Petanhe, petranhe, engeance. 



Petarroc, tertre pierreux. 

Petou, mèche de fouet. 

Petouyè, traquet, petit oiseau 
de la famille des becs-fins. 

Peu, cheveu. 

Peu (bèt cap de), littér. : belle 
tête de chevelure ; belle che- 
velure. 

Pèxe, paître, faire paître. 

Pexense, paissance. 

Pexie, action de pincer. 

Pexica, pincer la peau. 

Peyrassilh, persil. 

Peyrades, coups de grêles, 

Pèyre, pierre ; — grêle. 

Peyrè m.açon ; — tailleur de 
pierres. 

Peyrebate, grêler. 

Pèyre-mourte (pierre-morte) , 
m,olasse composée de grains 
de quartz et d'une petite 
proportion de calcaire, d'ar- 
gile et de mica. 

Peyrère, carrière ; lieu d'où 
l'on tire la pierre. 

Pezadure, peade, empreinte de 
pied. 

Piala, pilier. 

Pic, instrument de fer pointu. 

Pic, piqûre, entaille. 

Pic (betèt tau), veau j^our la 
boucherie. 

Pica, piquer, tailler. 

Picaranh, pivert. 

Picat, taillis où Von fait une 
coupe ; (Orthez). 

Pichè, vase p)our le vin ; deuo: 
litres. 

Plèle, tas. 



Vienii, peigne. 

Pietadous, miséricordieux . 

Pigalhat, tacheté. 

Pigote, picote, variole; — dans 
les Egl. de Fondeville : cla- 
velëe. 

Pigoutous, marqué de la petite 
vérole. 

Pigue, pie {oiseau) . 

Pii, pin. 

Pimbou, thym ; {à Orthez : 
branete , dimin. de brane , 
brande. 

Pimpanèle, pimprenelle. 

Pimpim, une 2^'f'^cieuse, une 
mijaurée. 

Pim-pim {onomatopée pour 
pam-pam) , petites claques 
qu'on donne aux enfants 
autre part que sur le visage. 

Pimpin-charabay, mots pronon- 
cés en jouant à « pigeon 
vole ». 

Pinchou, piquant du houx et 
d'autres plantes ; tout ce qui 
pique. 

Pingot, cruchon pour le vin. 

Pingourlat, bariolé. 

Pinhe, fruit du pin. 

Pinna, sauter, gambader. 

Piimet, saut, gambade. 

Pinneieydi, fréquentatif de pinna. 

Pinsaa, pinson. 

Pinsanèu, qui a le chant du 
pinson ; se dit des oiseaux 
qui n'ont plus les notes pro- 
pres à leur chant ; Us en ont 
appris qui valent moins. 



Pinta, boire avec excès; vider 
des pintes. 

Pintou, demi-litre. 

Pintra, pinta, p)eindre. 

Piole [sync. de picole), hache. 

Pipaut, sale. 

Pipauteya, salir. 

Pipautè, pipautis, saleté. 

Pipèr, piment. 

Pique-plèix, serpe ; voy. Be- 
doulh, Haussilhe, Haussot. 

Piquepout, espèce de raisin ; 
vin fait de ce raisin ; il est 
de qualité très-inférieure. 
Pitart ; voy. Hart. — Bans 
Vidiome du Rouergue, péte 
signifie rassasié, gorgé. — 
En basque, pitharra, cidre. 

Piterau, piturau, grosse poutre. 

Piula, piauler. 

Plaa, plane, plain, plaine. 

Plaa, terrain élevé qui s'étend 
en plaine ; un plateau. 

Plaa, adv., bien, parfaitement. 

Plabe, pleuvoir. 

Plabusqueya, bruiner. 

Plaga, frapper, blesser. 

Plague, plaie. 

Plané, plat. uni. 

Planeramentz, entièrement, 
parfaitement. 

Plap, tache. 

Plapa, tacher. 

Plase, plaire. 

Plasé, plaisir. 

Plaudi, applaudir. 

Playnotes, assez bien. 

Plec, pli. 



^ m — 



Plee, pley, ^Zem. 

Plega, plier. 

Plèix, haie. 

Pleyt, pleytesie, procès. 

Pleyteya, plaider. 

Pleyteyadou, pleyteyayre, plai- 
deur. 

V\o\x, pleur. 

Ploumb (de), d'aplomb. 

Plourassè, pleurnicheur, pleu- 
rard. 

Ploure-miques , pleure-pain ; 
voy. mique. 

Plouye, pluie. 

Poble, poble, peuple. 

Porc (ha pelé-), peler [tuer) le 
porc ; être du repas que Von 
fait à cette occasion. 

Porge, ^OYch^, porche, portique. 

Pot, lèvre. 

Pot, baiser. 

Poil, pe.ur. 

Poub, balle des céréales. 

Pouble, construction [maison, 
grange). 

Pouda, couper. 

Poude, verb., pouvoir. 

Poudé, subst., pouvoir. 

Poude-brout, (coupe-bourgeon), 
bouvreuil. 

Poude -pèe, casce-pied ; voy. 
Escripèt. 

Pouderous, puissant. 

Pougaa, pouce. 

Pouloy, dindon. 

Poumade, cidi-e. 

Poumarede, poumataa, lieu 
planté de pommiers. 

Poume, pomme. 



Poumè, pommier. 

Poumerat, pommelé, tacheté. 

Pount, pont. 

Pount-lhebadis, pont-levis. 

Poupa, téter. 

Poupe, mamelle. 

Pouralhe, volaille. 

Pouralhè, poulailler. 

Pouralhe, vendeur de volailles. 

Pourcatè, marchand de cochons; 
vendeur de viande de porc. 

Pourè, perchoir. 

Pourga, vanner, sarcler. 

Pourgadé, le champ à sarcler. 

Pouria, se dit de la jument qui 
met bas. 

Pouric, poussin. 

Pourii, poulain. 

Pouriot, petit poulain. 

Pourquè, porcher. 

Pourta, porter. 

Pourtaderes, civière à fumier, 

Pourtadou, pourtayre, porteur. 

Pourtalè, seuil de la porte. 

Pourtalet, nom, d'un fort cons- 
truit sur une montagne [fron- 
tière d'Espagne). 

Pourtau, portail. 

Poûruc, pauruc, peureux. 

Pourrute, tourterelle. 

Pous, poussée. 

Pousoè, pousoère, sorcier, sor- 
cière. 

Pousteme, pus. 

Poutingue, médicament. 

Poutou, baiser. 

Poutye, poudge, hauteur, côte; 
camii de la poudge, chemin 
sur une hauteur. 



Pouyri, poeyri, pourrir. 

Praba, être en bon état, pro- 
fitery croître. 

Prade, prairie, 

Praderie, étendue de prairie. 

Prat, pré. 

Predic, sermon. 

Predica, prêcher. 

Predicadere, chaire. 

Predicadou, predicayare, prédi- 
cateur. 

Predicole, mauvais prêche ; 
ennuyeuses remontrances. 

Prega, prier. 

Pregari, pregarie, prière. 

Pregoun, profond. 

Preme, presser. 

Premude, action de presser, de 
serrer. 

Premut (u), un courtaud. 

Premse, oppression. 

Prene, prendre. 

Prenhe, femme grosse ; bête 
pleine. 

Presa, estimer. 

Presa-s, s'appliquer, 

Presiu. de grand prix. 

Presque, pêche {fruit). 

T?resiij pétrir. 

Prètz, prix. 

Prexec, pâme (pêche). 

Prim, mince. 

Prim, héritier. 

Prime, primebère, printemps. 

Primasse, droit d'aînesse. 

Probe, prabe, preuve. 

Propi, propre. 

Prostat, prostrat, étendu, pros- 
terne. 



Prouba, prouver, 

Proubanha, provigner. 

Proubanhe, provin. 

Pvouhe, poudre, poussière. 

Prous, facile, complaisant. 

Prouseya-s, ss complaire à des 
aises. 

Prouseys, aises où l'on se com- 
plaît ; — douces prévenances . 

Prude, prudi, démanger. 

Prudanhe , prudère , déman- 
geaison. 

Prue, prune. 

Pude, ipudi, puer. 

Pudentè, pudentis, ce qui a 
mauvaise odeur. 

Pudou, infection. 

Pue, dent de râteau, d'un 
peigne. 

Punh, poing. 

lunhatz (a), à poignées. 

Punhera, prendre la mouture. 

Punhère, (poignée de grain), 
mouture, salaire du meunier. 

Punte, pointe. 

Puntetes (lia), se dresser sur la 
pointe des pieds ; « faire la 
courte échelle » à quelqu'un. 

Purne, étincelle. 

Pus, saucisson. 

Putz, puits, 

Puxant, puissant. 

Puya, monter. 

Puyoo, puyou, amas de terre ; 
on lui donne aussi le nom, de 
raondulh [lat. monticulus); 
les puyoos, dans la lande, 
aux environs de Pau, sont 
des tumuli. 



Qualitat, qualité. 

Quant-e-quant, aussitôt. 

Quantitat, quantité. 

Quau, quoau, quel. 

Quauque, quoauque, quelque. 

Quèbe, creux de rocher. 

Quèbe de Barelhole, nom d'un 
« dolmen » dans la c»e d'A- 
rudy, arr. d'Oloron. 

Quèxe, pièce du métier à tisser 
avec laquelle, la navette 
passée, on presse la trame. 

Quera-s, être entamé par le ver. 

Querat, vermoulu. 

Quère, poussière du bois ver- 
moulu. 

Querelha-s, se plaindre, ré- 
clamer. 

Querèlhe, plainte, réclamation. 

Querre, chercher. 

Queste, recherche des serfs ; 
redevance à titre de serf; — 
quête ; en ce sens, on dit 
aussi quiste. 

Questalitat, état de serf ser- 
vage. 

Questau, questabe, serf serve. 

Questayre, quistayre, quêteur; 
monge quistayre, moine quê- 
teur ; Fond. Egl. V. 

Quiet, tranquille. 

Quietementz, tranquillement. 

Quilha, dresser, mettre debout. 

Quilhe, quille. 

Quilhè, quillier. 

Quilhou, chemllon debout. 



Quilhou de paa, quignon de 
pain. 

Quin, quinh, quenh, quel. 

Quin, quinh, quinhement, com- 
ment. 

Quint, quinte, cinquième. 

Quintau, quintal. 

Quinte, coin de montagne. 

Quinzal, quinzau, quinzième. 

Quiraule, couleuvre. 

Quiraule (lengue de), dard de 
couleuvre, plante sauvage le 
long des haies. 

Quita, quitter ; tenir quitte. 

Quitament, décharge, libéra- 
tion. 

Quitatiou, acquit, quittance. 

Quite, quitis, quitte. 

Quoand, quand. 

Quoand en quoand (de), de 
temps en temps. 

Quoant, quoantes, combien, en 
quel nombre, en quelle quan- 
tité. 

Quoart, quoarte, quatrième. 

Quoartaa, anc. mesure de ca- 
pacité pour les grains : un 
peu plus de iO litres. 

Quoartau, mesure de capacité, 
50 litres. 

Quoartè, quartier. 

Quoartère, mesure de capacité^ 
25 litres. 

Quoarterou, quart d'une livre. 

Quoayre, côté. 

Quoayrie, pierre de taille. 
31 &. 



— 490 — 



R. 



Rabiscoula, remettre en force, 
ravigoter. 

Ramadge, branchage. 

Rampèu, terme de jeu : coup 
du second joueur égal à 
celui du pretnier ; de là, 
l'expression ha ra.mi)è\i (faire 
rampeau) signifie : tenir tête, 
résister, braver. 

Rams, le dimanche des Ra- 
meaux. 

Rancale , imposition prélevée 
jusqu'en 1780 sur les Cagots 
de M ornas, cant. de Lescar, 
arr. de Pau ; le collecteur, 
accoynpagyté d^un chien, avait 
le droit d'exiger pour ce 
compagnon un 'morceau de 
pain ou de méture ; Fr. Mi- 
chel, Hist. des races maudi- 
tes, i, p. 99. 

Rancou, rancune. 

Rande, raie ; trait tiré avec 
un crayon, une plume, etc. 

Rangoulh, râle. 

Rapatout, flet pour la pêche, 
épervier . 

Rasete, étoffe de laine com- 
mune que l'on fabrique en 
Béarn. 

Rasou, raison. 

Rastoure, chaume. 

Raube, robe. 



Raubete, petite robe. 

Raubiole, robe de juge, 
d'avocat, de prédicant ; sens 
péjoratif. 

Rauye, rage. 

Rauyous, enragé ; voy. Arrau- 
yous (1). 

Ray, frère. 

Ray, rayon. 

Ray , s'emploie au sens de : 
chose facile ; qu'importe; aco 
ray ! cela (est) facile! et, ray ! 
lui, qu'importe ! 

Re, res, chose. 

Reau, reaume, rey^me, royaume. 

Rebat, rabat. 

Rebat, abri, réverbération. 

Rebendi-s, se rebiffer, se ré- 
volter. 

Rebirèri, action de se retourner 
dans une a/faire ; porte de 
derrière, échappatoire. 

Rebou, regou, grateron, gaillet 
accrochant. 

Rebouhièc, revêche. 

Rebouix (au) ; voy. Arrebouhi (a 1'). 

Recapta, recatta, recueillir, 
m,ettre en lieu sur. 

Recatta-s, se caser. 

Recebe, recevoir. 

Recounfort, secours, consola- 
tion. 

Recourda-s, se souvenir. 



(1) On sait que la phipart des mois commençant par r sont précédés du 
préfixe ar ; il y en a à la lettre A un grand nombre qui pourraient être mis 
à l:i lettre R :— arraditz, raditz, racine, arrepoè, repoè, proverbe, arride, 
ride, rire, arrode, rode, roue, etc. 



4&1 



Recouti, revenir au lieu habi- 
tuel. 

Reculhi, {recueillir)., faire ac- 
cueil. 

Reculhide, réunion. 

Red, froid. 

Redeme, racheter. 

Redoulic, frileux. 

Rée, reye, rie, dos. 

Refri, refrain. 

Rega, frôler, frayer. 

Regade, regue, action de frôler^ 
de toucher légèrement en 
passant. 

Regalet, croûte de pain frottée 
d'ail et de lard. 

Regardèu, regard extatique. 

Regaus, pommes rouges d'au- 
tomne. 

Régine, rèyne, reine. 

Regracia, remercier. 

Reguinna, regimber, ruer. 

Relambre, éclair. 

Relhèu, reliefs reste. 

Reliquari, reliquaire. 

Reliyou, religion. 

Rem, ferme en arrière. 

Rembès, envers ^ côté opposé à 
l'endroit. 

Remèdi, remède^ moyen, déli- 
vrance, salut. 

Remeya-s, se camper ferme sur 
les pieds y l'un en arrière. 

Remoulayre, émouleur. 

Remoumbrance, ressouvenir. 

Rencure, rancune ; plainte. 



Rencura-s, se plaindre. 

Rende, rendre. 

Repèix, nourriture. 

Repipiatye, pipiatye, radotage. 

Repropi, rétif. 

Rese, recoupe^ farine tirée du 

son (1). 
Resilhou, seconde recoupe; 

farine tirée de la rese. 
Respieyt, répit. 
Resposte, réponse. 
Respoune, répondre. 
Resserc, recherche. 
Retiranse, retraite, lieu où l'on 

se retire. 
Rcu, accusé. 
Rèxou, frêne. 
Rey, roi. 
Reyau, royal. 
Rey-petit, roitelet {oiseau). 
Reyt, dépourvu, 
Rèyte, m,anque. 
Reyterous, qui manque de, qui 

est dans le besoin. 
Reyture, dénûment, détresse. 
Riale, rare. 
Ribanes, minces tranches de 

pain, de méture ; — ce que 

la varlope détache du bois, 

à forme de rubans. 
Ribère, {rivière), plaine. 
Riboun-ribèyne, à la queue 

leu leu. 
Rie, riche, riche. 
Rincou, recoin. 
Riote, dispute. 



{{) 11 y a erreur sur la signification de ce mot dans le Glossaire qui suit 
le texte : Un Baron béarnais au quinzième siècle. 



— 492 — 



Ristou, engraissement des 

bœufs ; [Orthez). 
Riu, ruisseau. 
Roam, rouan, bai, blanc et 

gris. 
Rode, roue. 
Rolle, rôle. 
Ropi, 7^ien. 
Rosalie deu hau, (Rosalie du 

hêtre), espèce de cigale, que 

Von trouve sous Vécorce des 

vieux hêtres. 
Roste, tranche de pain rôti que 

l'on mange trempée dans du 

vin. 
Roste (pourta la), porter la 

rôtie, servir aux mariés, la 

première nuit des noces, ce 

mets fortement épicé. 
Roumajot, plante, vesce des 

haies . 
Roumatye, fromage. 
Roumatyot, petit pot de caillé. 



Roument, froment. 

Roumentaa, roumendaa, champ 
de froment. 

Roumiu, pèlerin ; camii roumiu, 
chemin que suivaient les 
pèlerins se rendant à Saint- 
Jacques-de-Compostelle, 

Roumpe, rompre, violer. 

Roumpedou, violateur de la 
loi, des conventions. 

Roungou, furoncle; (Baretous). 

Rounhe, rouille, rogne. 

Rouquet, biset. 

Rousquilhe , gâteau sec, de 
forme ovale, assez grand, 
largement maillé ; c'est par 
excellence le gâteau d'Oloron. 
— En espagnol, rosca signifie 
un biscuit rond et vide dans 
le milieu. 

Roussane, espèce dépêche {fruit). 

Rout, cassé, rompu, brisé. 

Rugle, tonnerre. 



Saa, soin. 

Sabatat, boursouflé ; se dit 

dhin mur d'où se détache le 

crépi, d'un arbre dont Vécorce 

se soulève. 
Sabate, châtaigne bouillie dans 

sa peau. 
Sabarcou, savate. 
Sabe, savoir. 
Sabense, connaissance. 
Sabi, savant, sage. 
Sabiamentz, avec connaissance 

de cause. 



Sabie, sauge. 

Sabiu, branche d'osier ; toute 
branche flexible. 

Sîiblou, savon. 

Saboura, savourer. 

Sabourous, sabrons, saiibrous, qui 
a bonne saveur. 

Saburatye, sabure, herbes pota- 
gères, légumes. 

Sac, sac ; mesure de capacité-) 
V hectolitre ; — engin pour 
la chasse aux pei'drix ( 1387). 

Saca, chaca, piquer. 



493 — 



Sadoura, rassasier. 
Sadout, 7^epu. 
Sagera, sceller. 
Saget, sayet, sayget, sceau. 
Sagrat, sacré. 
Sahuc, sureau ; (Oloron) 
Salari. salaire. 
Salé, salie; salière. 
Salhi, sortir, s'élancer, jaillir. 
Salhide, sortie, issue. 
Saligaa, saligue, oseraie. 
Saluda, saluer. 
Salutari, salutaire. 
Salurgue, salurmi, écume que 
Von retire de la graisse 
bouillante où Von a mis 
les salaisons ; Fondeville a 
employé salurgues au sens 
de poissons salés. 
Sana, guérir. 
Sang, sang. 
Sang (fèyt de) ; voy. Ourgulh 

(fèyt d). 
Sancé, entier, intact, pur. 
Sanctuari, sanctuaire. 
Sangla, sanglier. 
Sanrèr, saenrèr (sa en arrè), 

ci-devant, feu, défunt. 
Sant, sent, saint. 
Santetat, sentetat, sainteté. 
Sap, sape, sève. 
Sapa, verb., se dit de V arbre 

quand monte la sève. 
Sape, sabe, avoir saveur ; aco 

sab bou, cela a bon goût. 
Sapou, crapaud. 
Saptat, qui a une saveur désa- 
gréable. 



Sapte, saveur désagréable. 
Sarpoulet, serpoulet, serpolet. 
Sarra, serrer, fermer ; portes 

sarrades, portes fermées. 
Sarralh, enclos. 
Sarralhe, serrure. 
Sarrampic, rougeole. 
Sarre-l'ardit, [serre le liard), 

avare. 
Sarri, isard. 
Sarriè, charrier, morceau de 

grosse toile. 
Sarrière (pêne), montanhe des 

isards ; [Eaux-Bonnes). 
Sarrot^ grand nombre de choses 

de la même espèce. 
Sartou, sastre, tailleur. 
Sasi, même signification que 

sadout. 
Sasou, sesou, saison. 
Sau, sel. 
Saub, sauf. 

Sauba, sauver ; garder , ré- 
server. 
Saubadjumi, tout ce qui e%t 

sauvage. 
Saubadou, sauveur. 
Saubant, sauf, hormis. 
Saubetat, (sauveté), protection 
accordée par une autorité 

supérieure. 
Saubrou, saveur. 
Saum, soum, sommeil.' 
Saumade, charge d'une bête de 

somme. 
Saumatè, celui qui conduit une 

bête de somme, 
Saume, ânesse. 



494 — 



Saumè, hête de somme. 

Saumet, saumete, ânon, petite 
ànesse. 

Sauneya, songer. 

Saurie, cousine. 

Sauta, sauter. 

Saule-la brouste, saute-branche; 
un homme sans consistance. 

Say ou sahi de porc, saindoux. 

Saye, sage. 

Secous, secours. 

Sedades, lacets faits avec des 
crins de cheval. 

Sedas, tamis. 

Sede, soie. 

Sede, siège, trône; siège épis- 
copal. 

Sède-s, assède-s, s'asseoir. 

See, sein. 

Sega, moissonner. 

Segadé, qui peut ou doit être 
moissonné . 

Segadous, moissonneurs. 

Segassaa, ronceraie. 

Segassade, égratignure^ déchi- 
rure par une ronce. 

Sègle, siècle ; — monde. 

Segounè, secoè, crible. 

Segouti, secouer. 

Segrament, serment. 

Segrari, salle au-dessus de la 
sacristie de V église de Bielle., 
où étaient conservées les ar- 
chives de la vallée d'Ossau. 

Segrastanie, sacristie. 

Segrat, sacré. 

Segrestaa, sacristain, 

Regret, secret. 



Segretes, latrines. 

Segu, sûr. 

Segu (de), certainement. 

Sègue, ronce ; haie. 

Sègue noubiau, voy.p. 215. 

Segui, suivre, poursuivre. 

Seguici, le petit qui suit la 
mère ; — suite importune : 
— escorte [en mauvaise part), 

Semense, semence ; — oie, ca- 
nard, que Von garde pour 
la reproduction. 

Semia, samia, semer. 

Semau, cuve. 

Semmane, semaine. 

Sendè, sentier. 

Sengles, un à un. 

Senglumi, arbrisseau des haies, 
espèce de fusain. 

Senha-s, faire le signe de la 
croix. 

Senhau, signe, signal. 

Senhou, seigneur. 

Senhoureya, dominer ; — faire 
le seigneur, le fier. 

Senhoureyadou, maître/ domi- 
nateur. 

Senis, cloches. 

Sens, chens, sees, chetz, sans. 

Sentourè, pèlerin ; celui qui va 
vénérer un saint. 

Sentouratye, pèlerinage ; anave 
en sentor, allait en pèleri- 
nage ; Fors de Béarn, p. 179- 

Septeme, seteme, septembre. 

Sepeli, sopeli, ensevelir. 

Sépulture, sopulture, sépulture^ 

Sequère, sécheresse. 



Sercladé, sarcladé, champ où 

Von sarcle. 
Ser, soir. — L'aube deu ser, le 

crépustule, clarté qui suit 

le coucher du soleil. 
Serbiciau, serviable. 
Sère, selle. 

Sère-birat, un détraqué. 
Serment, cherment, sarment. 
Serou, sœur ; le Pic de Midi 
[OssauJ se termine par trois 

pointes qu'on appelle las très 

serous, les trois sœurs. 
Serp, serpeyit. 
Serre, colline. 
Sescaa, touffe de glaïeuls . 
Sesque, glaïeul des marais. 
Set, soif. 
Seti, siège ; — assiette [sol sur 

lequel est sise une maison). 
S eu, suif. 
Seube, forêt. 
Siaa, tante. 
Silenci, silence. 
Simplesse^ simplicité. 
Simpleya, fléchir. • 

Sinestre, senestre, gauche. 
Singraulhete, petit lézard gris ; 

on l'appelle aussi chichangle. 
Sinne, signe. 
Siïinet, signature. 
Siula, chiula, siffler. 
Siulet, chiulet, action de siffler. 
Siulot, chiuloi, petit instrument 

pour siffler. 
So, ce. 
Sobe, payer, retirer un objet 

mis en gage. 



Soenh, soin. 

Soèr, soère, beau-pére, belle- 
mère. 

Soo, sou ; soos y patracous, 
sous et gros sous ; (Oloron). 

Sor, sœur. 

Sou, sourelh, soleil. 

Sou, sol. 

Soubac (au), à l'abri. 

Soubendet, dim. de soubent, 
souvent ; employé dans une 
chanson d'Ossau ; voy. Dic- 
tons du Pays de Béarn, p. i94; 
— soendet, c?anj la Ch. Crois. 
Albigeois. 

Soubiraa, souverain ; — supé- 
rieur ; vers le sud. 

Soubra, rester. 

Soubralhes, soubres, restes. 

Souc^ sillon. 

Sou-couc, le couchant. 

Soûl, soulet, seul. 

Soûlas, consolation ; joie. 

Soûle, avoir coutume. 

Soulè, plancher, étage. 

Soura, sommet, bout. 

Soume, somme. 

Soumère, haut du toit. 

Souna, soa, sonner. — soa 
Taubete, sonner l'angelus ; 
aubete, dimin. de aube, aube. 

Sounadou, soadou, sonneur. 

Sounque, sinon. 

Soupa, souper ; — manger la 
soupe, au repas du matin 
comme à celui du soir ; 
{Orthez). 

Soupte, supte, subit. 



— 496 ~ 



Souque, souche, tronc avec ses 
racines. 

Souquete, petite souche, pied 
de vigne. 

Sourd, chourd, sourd. 

Sourdat, soldat. 

Sourdeix, pire. 

Sourine, petite sœur (terme 
affectueux). 

Sourroulha, garnir de cailloux 
brisés, de morceaux de bri- 
ques, l'intérieur d'un mur. 

Sourroulhe, cailloux brisés, 
morceaux de briques pour 
m.açonner. 

Sousmac, dissimulation. 

Sousmac (a), à la dérobée. 

Sousmaquè, sournois. 

Sousmes (lous), les soumis. 

Souspieytous, soupçonneux. 

Sousterra, enterrer. 

Soustra, répandre de la fou- 
gère et autres herbages dans 
les étables (faire la litière). 

Soustratye, tout ce qui sert à 
faire la litière. 



Soustre, fougère. 

Soutade, gages d'un domes- 
tique. 

Sout , loge à cochons ; voy. 
p. 209 : serènes de sout. 

Soutz, libéré. 

Souye, suie. 

Spirituau, espirituau, spirituel; 
opp. à tempourau, temporel. 

Suau, soau, choau, doux, tran- 
quille ; s'empl. adv., douce- 
ment, tranquillement. 

Subercèu, la partie supérieure 
du lit. 

Subercoulande (honni), fontaine 
surabondante. 

Suberhos, fosse. 

Subermentou, double menton. 

Subtilesse, subtilité. 

Subyèct, sutyèt, sujet. 

Successou, successeur. 

Sus, suus, sur. 

Susmabe, soulever. 

Susmaute^ soulèvement, que- 
relle. 

Sttsoo, susaa, supérieur. 



T 



Tabaa, tauque, taon. 

Tabalhe, serviette. 

Tabard, tambour. 

Tacat, atteint d'un mal. 

Tala, dévaster. 

Taie, dégât. 

Talh, tranchant d'un instru- 
ment. 

Talh, droit de coupe dans un 
bois communal. 



Talha, trancher, couper. 

Talhuc, morceau. 

Talhuca, couper en tnorceaux. 

Talhuquet, petit morc'eau. 

Talhuquet, indemnité accordée 
aux députés des trois Ordres 
siégeant aux Etats deBéarn. 

Talent, volonté, disposition, 
appétit. 

Talos, lombric. 



— 497 — 



Taloussès, sobriquet des habi' 
tants d'Aren, canton-ouest 
d'Oloron ; ils ne vont pas au 
marché, de peur de la pluie, 
quand ils voient des talos, 
lombrics, ramper sur le sol. 

Tanalè, se dit du cuir propre 
à être tanné ; on trouve dans 
un texte de i5i9 : coers 
bons et tanalers. 

Tangue, racine qui p)longe dans 
Veau. 

Tanhe, toucher, concerner, être 
parent. 

Tanoque, écale verte de la noix; 
— roupie. 

Tantarilhe, cantharide; au fig., 
vif désir. 

Tantican, aussitôt. 

Tanti-tantè (esta a), se dit lors- 
que deux joueurs ont le 
même nombre de points^ 
q uand deux personnes s'en- 
tendent parfaitement bien. 

Tant per tant, à peine, bien peu, 
tant soit peu. 

Tapie, petite construction de 
torchis, 

Tarabère, tarière. 

Taralaque, toile d'araignée. 

Tarda, tarder. 

Tardiu, tardif. 

Tarés, pousses d'un arbre 
écimé. 

Taret, taraut, grosse tarière. 

Targue, bouclier. 

Tarras, cruche. 

Tarrassè, évier. 



Tarrisse, te7^rine. 

Tarroc, motte de terre, glèbe. 

Tarroc de sucre, morceau de 

sucre. 
Tartalh, ori affectueux, mêlé 

de sourire, d'un enfant au 

berceau. 
Tarye, un sou ; dans la partie 

du Béarn confinant au pays 

de Bigorre. 
Tasca, garnir de terre gazonnée. 
Tasque, tusque, motte de terre 

gazonnée. 
Tastourres, — jeu, espèce de 

mail ; on chasse et repousse 

une boule à coups de ma- 

toles ; voy. ce mot. — Dans 

certaines localités, on appelle 

ce jeu la boure, la boule, 
Tatay, bohémien ; [Oloron). 
Tau, taure, taurean. 
Taulade, tablée ; ensemble de 

convives autour d'une table. 
Taule, table, 
Taulè, établi d'ouvrier ou de 

marchand, 
Tauleya, rester longtemps à 

table. 
Taupat, taupe, 
Tausii, taussin. 
Taxoère, terrier dit blaireau ; 

lieu où il y a des blaireaux. 
Taxou, blaireau. 
Teberne, taberne, cabaret. 
Teca, verb., se dit des plantes 

où se forme, se développe la 

gousse^ la cosse. - 

Tele, toile. 

32 



— 498 — 



Telè, métier à tisser. 

Temble, lisière de la toile ou 
du drap. 

Tembou, crible. 

Terne, craindre. 

Tempourade, espace de temps. 

Tempourau. temporel. 

Tempoures, trempes, les Quatre- 
Temps. 

Temps, temps. 

Tempsot, un bout de temps. 

Tendre, adj., tendre. 

Tene, verb., tendre. 

Tenedé, lieu où l'on tend le 
linge, séchoir. 

Tentament, tentation; dans un 
texte de 1484 : tentament 
deu maligne sprit, tentation 
du diable. 

Teque, cosse. 

Ter, le ver qui troue les cuirs ; 
trou que fait ce ver. 

Termia, borner. 

Termi, borne ; délai, terme. 

Termière, tremière. borne, li- 
mite, frontière. 

Ternitz, vers provenant des 
œufs de mouche déposés sur 
la viande. 

Ternitère, mouche à vers. 

Terradou, terrain., terroir. 

Terratori, territori. territoire. 

Terre-trem, terre-tremble, trem- 
blement de terre. 

Ters, terce, troisième. 

Tersut, mangé de vers; coès 
tersutz, cuirs troués de vers. 

Tesic, ennui, peine. 



Teste, tête. 

Teule, tuile. 

Teulè, tuilier. 

Teulère, tuilerie; las teulères de 
Pau, les tuileries de Pau. 

Texe, tisser. 

Teyt, tet, toit. 

Thalamè, garçon de noce. 

Thesau, trésor. 

Tie, tiene, tenir. 

Tiflat, coup, gifle. 

Tilh, tilleul. 

Tilhabô, lieu planté de tilleuls ; 
{Aspe). 

Tiihous, flexible, ne pouvant 
être rompu. 

Tine, idée fixe. 

Tingla, tinter. 

Tingiat, soufflet, gifle. 

Tinous, qui a une idée fixe ; 
(Oloron). 

Tint, teint (le). 

Tinta, teindre. 

Tinte, teinture; — encre. 

Tinturô, teinturier. 

Tira, tirer, aller, se diriger 

Tîrete, tiroir ; — taule carrade, 
ab sa tirete , clau e sarralhe 
{texte de ib92), table carrée 
avec son tiroir, la clef et la 
serrure. 

Tise. charbon de menue bran- 
che, rebut de charbon ; 
[Oloron). 

Tisnè, tixnè, tisserand. 

Tiste, tistère, corbeille. 

Tisterade, quantité contenue 
dans une corbeille. 



Tisterè, vannier ; on dit aussi 
tisterayre ; les vanniers de 
Narcastèt, cant. de Pau- 
ouest, lous tisterès de Nar- 
castèt. 

Tistèt, ^anîVr. 

Tita, avancer et retirer la tête 
pour voir sans être vu. 

Titètz, tetès, les mouvements 
que l'on fait pour tita ; Na- 
varrot s'est servi de l'expres- 
sion ha (faire) tatès. 

Toc, subst., toucher ; au toc, 
au toucher. 

Toc, coup du battant de la 
cloche. A hore de vespres , 
los senys de Sent-P. d'Ortes 
toquin un toc ben lonc, à 
l'heure de vêpres, que les 
cloches de Saint-Pierre 
d'Orthez sonnent bien lente- 
ment ; Honneurs d'Archam- 
baud, 1414. 

Toc-a-toc, côté à côté. 

Toc de, tout près, joignant-, toc 
deu cdistèt, joignant le château. 

Toque (la), les bestiaux que 
l'on conduit à la montagne . 

Tore, enlever. 

Torse, tordre. 

Tort, boiteux. 

Tort (de), de travers. 

Touca, toucher, 

Toucadou^ celui qui conduit les 
bestiaux. 

Toucasseya, ne faire que tou- 
cher, toucher trop. 

Toumbarou, tombereau. 



Toumbaroulè, conducteur d'un 
tombereau, 

Toupi,^o< de terre. 

Toupie, grand pot où Von con- 
serve la graisse. 

Tourd, grive. 

Toure, milan, buse; dans cer- 
taines localités, on dit toude. 

Tourna, retourner, rendre, 
restituer. 

Tourné, bout de sillon, endroit 
où le laboureur fait tourner 
les bœufs ; — un carré de 
terre : en la pesse de terre ne 
ha dus tornees (1533), dans 
la pièce de terre il y a deux 
carrés. 

Tourne -cors ; dans la vallée 
d'Ossau, après un enterre^ 
ment, on revient à la maison 
du mort pour réciter une 
prière ; c'est le tourne- cors. 

Tourne-dot , retour de dot ; 
droit de retrait d'une dot ; 
retour de la dot aux héritiers 
de l'époux mort sans posté- 
rité. 

Tournes, ce que l'on donne en 
retour. 

Tourneya, tourner et retourner; 
— rôder. 

Tourneyament , tournoi, — 
Mossen lo vescompte deu far 
torneyament a Casteg-Geloos, 
Mgr le vicomte doit faire 
tournoi à Castet-Gelos ; [anc. 
résidence des vicomtes d'Os- 
sau) ; Fors de Béarn. 



— 500 — 



Tourounat, [terme d'architec- 
ture)^ moulure bom,bée. 

Tourra, geler. 

Tourrade, gelée. 

Tourroum-bourroum [onoma.)^ 
bruitj désordre, troubles. 

Tourièij tourteau, gâteau. 

Tourteya, boiter. 

Tousta, rôtir. 

Touyaa, <^rram couvert d'ajoncs. 

Touyaguè, qui est au milieu des 
touyaas ; sobriquet des habi- 
tants de Balansun ; (cant. 
d'Or thés). 

Touye, ajonc. 

Traba, entraver. 

Trabatès^ combles. 

Trachamand, iracassier, celui 
qui fait des commérages. 

Tractis, conventions, traité. 

Tiadi, trahir. 

Trafiqués, marchands de laine; 
(^Ossau). 

Tralh, trace, traînée. 

Tranguet,' trangou, espèce de 
danse que l'on apj^elle aussi 
branle ; (Ossau). 

Trau, poutre. 

Trauc. trou. 

Trauca, percer. 

Trauguen, goujon. 

Traydorici, traytiou, trahison. 

Traydou, traydoure, traître, 
traîtresse. 

Trebuc, trébuchet; — morceau 
de viande salée avec lequel 
on a fait la garbure ; voy. 
ce mot. 



Trebuca, trébucher. 
Trebucade, trébuchement. 
Trechagues, traverses, adversité. 
Ti"ege, treye, tirer, extraire, 

arracher ; — défricher. 
Tremete, envoyer. 
Tremouge, trémie. 
ïremoula, trembler. 
Tremoulère, tremblement. 
Trenca, trancher , abattre, 

rompre, déchirer. 
Trene, tresse. 
Trengue, trenque, serpe à 

Vusage des tonneliers . 
Treiis, trentz, parcelle {de terré). 
Trepa, trépigner. 
Tressuda, suer. 
Trèyt, trait. 
Treyture, défrichement. 
Tri, train. 

Tribalh, travail ; souffrance, 
Tribalha, travailler ; souffrir. 
Tribulossi, tracas, ce qui donne 

de l'inquiétude. 
Tride, espèce de grive, draine, 
Triga, tarder. 
Tringlet, quadrille. 
Tripe, tripet, tripou, boudin, 

petit boudin, 
Troeyte, truite. 
Troos, foudre. 
Tros, morceau. 
Tros d'arré, morceau de rien ; 

express, du mépris le plus 

insuit aut. 
Trounhoc, qui est court et 
trapu, fait comme un trognon, 
Trouix, trognon de chou. 



— 501 



Troulha, presser la vendange. 

Troulh pressoir. 

Troupèt, troupeau. 

Trouye, truie. 

Trubès (de), de travers. 

Truc, coup. 

Truca, battre, frapper. 

Truche, femme tracassière. 

Trufandè, trufèc, moqueur. 

Trufa-s, se moquer. 

Trufes, moqueries. 

Truque-taulè, désœuvré^ tapa- 
geur. 

Truque-youlhs, cagneux. 

Tucoû, tertre. 

Tuma, frapper de la corne. 

Tumarrou, qui a un caractère 
hrusque^revêche ; un bourru. 

Tumassè, tumayre, qui veut 
frapper de la corne. 

Tunie, coup de corne. 



Turmenta, turmenda, tour- 
menter. 

Turment, tourment. 

Turou, monticule dans une 
plaine ; redoute ; — Turou 
deus Mourous, Turon des 
Maures ; à Arthez^ à Lay- 
Lamidou, dans l'arrondis. 
d'Orthez. 

Tusta, frapper légèrement, 

Tuta, sonner de la corne ^ 
sonner du cor. 

Tutaa, crapaud. 

Tute, caverne. 

Tutereya, se dit de V oiseleur 
qui par des tutu répétés 
cherche à faire venir les oi- 
seaux vers le piège. 

Tutou, goulot en saillie à la 
partie supérieure de la panse 
d'une cruche. 



rj 



U, ue, wn, une^ 

Uhert, ouvert. 

TJca, appeler. 

Uche, huche. 

Uchè, huissier. 

Uchet, porte. 

Ugla, crier ; aboyer. 

Uglet, cri ; aboiement. 

Ulhet, oeillet (fleur). 

Ungle, ongle. 

Unglous, crochu ; — fortement 
attaché. 

Unhetz, unhous, les articula- 
tions des doigts. 



Unibersau, universel. 

Universitat. communauté [en- 
semble des habitants d'un 
lieu) ; universitat deu loc de 
Gant (1467), la communauté 
de G an ; cant. de Pau-ouest. 

Unta, oindre. 

Untami, graisse dont on se 
sert pour oindre ; — l'on- 
guent des sorciers. 

Uraa, folle avoine. 

Urdelhes, ustensiles. 

Urpa, griffer. 

Urpes, griffes f serres. 



502 — 



Urpat, urpade, coup de griffe. 
Urzoû, orgelet. 
Usa, user, 
Usatye, usage. 

Uscla, passer par la flamme, 
brûler les poils^ le duvet. 



Usclat (senti l'), sentir le brûlé. 

Utile, utile. 

Utilitat, utilité. 

Utis, outil ; — quin utis ! quel 
outil ! s'emploie au fig. com- 
me expression de mépris. 



Ya, à la vérité, 

Yan, Jean ; bèrmi de la Sent- 
Yan, (ver de la Saint-Jean), 
ver luisant; — voy. p. 210. 

Yaques, Jacques ; lou camii de 
Sent Yaques, le chemin de 
Saint-Jacques : voy, Roumiu 
(camii) ; on appelait Sent- 
Yaqués, les pèlerins de 
Saint-Jacques de Compos- 
telle. 

Yas, yasse, gîte, couche. 

Yaune, jaune. 

Yela, geler. 

Yelous, yalous, jaloux. 

Yendre, gendre. 

Yens, yense, beau, belle. 



Yent, gent ; las yentz, les gens. 

Yeta, jeter. 

Yexe, sortir. 

Yote, jeune vache qui n'a pas 
encore porté. 

Y^uete, petit joug. 

Yumèus, jumeaux. 

Yumpa, bercer, balancer. 

Yumpadere, balançoire ; escar- 
polette. 

Yuransou (bii de), vin de Ju- 
rançon ; le plus renommé des 
crus du Béarn ; cant. de 
Pau -ouest. 

Yutya, juger. 

Yutyament, jugement. 

Yutye (1), juge. 



(1) Dans ced mots y est souvent remplacé par ; devant a, u, par g 
devant e : — ja, jumpa, gcnt. La prononciation par y est particulière au 
béarnais de plusieurs cantons; nous citons notamment ceux d'Oloron, des 
vallées et une partie de celui de Lescar tout près de Pau . 



ADDITIONS ET CORRECTIONS 



Bien que dans cette Grammaire ne se trouvent écrits nulle part 
les mots oxyton, paroxyton, etc, on n'a point méconnu les effets 
de V accent sur la formation des mots. 

« L'accent tonique en béarnais affecte la dernière syllabe, lors- 
qu'elle est pleinement prononcée, et la pénultième, quand la der- 
nière a un son faible. 

« La règle de l'accent tonique béarnais s'explique facilement par 
l'origine latine de la presque totalité des mots qui composent notre 
idiome. Chez les Latins, l'accent tanique affectait une des trois 
dernières syllabes du mot. Ainsi dans les mots béarnais canta, 
chanter, termi, terme, limite, la syllabe accentuée est celle-là même 
qui l'était dans les mots latins cantare, terminus. Par la suppres- 
sion des syllabes re, nus, l'accent béarnais porte sur la dernière 
syllabe dans canta^ et sur la pénultième dans termi, au lieu de se 
trouver, comme en latin, sur la pénultième dans cantare, et sur 
l'antépénultième dans terminus. 

« Dans les langues qui ont en quantité des mots latins altérés, la 
syllabe latine accentuée est celle qui a résisté le plus. Celles qui 
l'accompagnent sont disparues, ou se sont aflaiblies. C'est ce qui 
explique pourquoi l'on trouve dans les langues dérivées du latin, 
tant de voyelles d'un son peu sensible à la fin des mots ». — Gram. 
béarnaise, l^e édit., p. xvi. 

P. 16, 1. 24. — dehor-o, lisez: dehar-o. 

P. 22, 1. 23. — Le gascon d'Agen. — a Ce n'est point du gascon 
pur ; il est fortement mélangé de languedocien » ; Lu chaire, Etud. 
sur les idiomes pyr., p. 255. — « L'agenais est une variété du 
dialecte languedocien » ; Biadé, Prov. et Devin, populaires, p. xii. 

P. 24, 1. 2. — de radicaux latins ou Vo figure, le béarnais a fait 
des mots qui prennent au. — Cela a lieu encore aujourd'hui dans la 
prononciation catalane : « el pueblo tiende a cambiar en au alguna o 
inicial : aufici de oflci » ; Milà y Fontanals , Estudios de lengua 
catalana, p. 4 ; Barcelone, G. Verdaguer, 1875. 



— 504 — 

P. 32, 1. 16. — Indication inexacte ; donatiu ne provient {as du 
substantif donatîonem, mais de l'adj. donativum ; « aquest donatiu » 
se trouve plus d'une fois dans les premiers art. du For d'Oloron. 

P. 74, 1. 17. — tenere, lisez : tendere. 

P. 85, 1. 18. — Après le mot dinee^ lisez : paa. 

P. 86, 1. 16. — riale de rarus. — C'est par suite d'une erreur 
que ces mots se trouvent dans ce paragraphe. 

P. 87, 1. 6, — Les mots : de r à /, doivent être suivis de ceux-ci : 
et de / à r. 

P. 91, 1. 21. — à part trois ou quatre exceptions, les seules que 

nous ayons rencontrées — On trouve ç dans la « charte 

landaise de 1268 ou 1269 », publiée dans Romania, m ; — « c spirant, 
dit M. Paul Meyer, bien distingué du z, est régulièrement pourvu 
d'une cédille dans l'original même : flaçadas.... capçer, ço, aiço, 
linçols T). 

P. 94, 1. 1. — le limousin n'emploie ni tz, ni s. — Voy. la 
publication de M. E, KxxhQn : De quelques imitations patoises des 
Fables de La Fontaine, p. 65-8 ; Limoges, Ghapoulaud frères, 1861. 
C'est là, et non dans les fables de Foucaud dont l'orthographe est 
très-défectueuse, que j'ai pris l'exemple : « pensâ-v'entau ? » 

P. 127. — Voici les deux sonnets dont il est question dans les 
lignes qui précèdent le Sonnet béarnais ; ils sont transcrits tels que 
M. Léonce Couture les avait cités dans la Revue d' Aquitaine : 

Comme un chevreuil, quand le printemps détruit 
Du froid hiver la poignante gelée. 
Pour mieux goûter la feuille emmiellée, * 
Hors de son bois avec l'aube s'enfuit ; 

Et seul, et sûr, loin des chiens, loin du bruit, 
Or' sur un mont, or' dans une vallée, 
Or' près d'une onde à l'écart recelée, 
Libre, folâtre où son pied le conduit ; 

De rets ne d'arc sa liberté n'a crainte. 

Sinon alors que sa vie est atteinte 

D'un trait meurtrier empourpré de son sang; 



— 505 — 

Ainsi j'allois sans soupçon de dommage 
Le jour qu'un œil, sur l'avril de mon âge, 
Tira d'un coup mille traits dans mon flanc. 

Ronsard. 

Si come suol, poi che'l verno aspro e rio 
Parte, e dà loco aile stagion migliori, 
Uscir col giorno la cervetta fuori 
Del suo dolce boschetto, almo natio ; 

E hor sopra un colle, [ed] hor iungo d'un rio 
Lontana dalle case e da' pastori, 
Gir secura, pascendo herbette e liori, 
Ovunque più la porta il suo desio ; 

Ne terne di saetta, o d'altro inganno. 
Se non quando è colta in mezzo il fianco 
Da buon arcier che di nascosto scocchi ; 

Gosi senza temer futuro affanno, 
Moss'io, Donna, quel di che bei vostr'occhi 
M'impiagar lasso, tutto'l lato manco. 
P. Bembo. 

Gomme a coutume — après que l'hiver âpre et cruel 
Part et donne place aux saisons meilleures — 
De sortir avec le jour la biche, hors 
De son doux bosquet, cher (lieu) natal ; 



Eloignée des maisons et des bergers. 

D'aller tranquille, en paissant herbettes et fleurs. 

Partout où plus la porte son désir ; 

Et elle ne craint flèche, ou autre embûche. 
Sinon quand elle est frappée au milieu du flanc 
Par un bon archer qui, d' (un lieu) couvert, décoche ; 

Ainsi, sans craindre malheur à venir, 
Allais-je, Dame, en ce jour que vos beaux yeux 
Me blessèrent, hélas ! tout le côté gauche. 

P. 134, 1. 26. tant ; lisez : taa. — Voy. autant, autaa, p. 233. 



— 506 — 

P. 137, 1. 28. — arrousec; lisez: arroussec. 

P. 160, 1. 8. — e doit être substitué à et. 

P. 163, 1. 25. — Il semblera peut-être, etc. — Dans la publica- 
tion des Proverbes du Pays de Béarn^ 1876, nous aurions dû 
orthographier ces pronoms conformément à ce qui est aujourd'hui 
indiqué dans la Grammaire. 

P. 164, 1. 13. — pur, lisez : par. — 1. 16. — at doit être rem- 
placé par ar. 

P. 171, 1. 29. — On sait qu'en béarnais il n'y a pas à faire la 
distinction des cas: — Avant que d'autres l'eussent dit, cela avait 
été constaté dans la Gram. béarnaise, l»"® édit., p. xv. 

P. 172, 1. 16. -- Le mot chanter est à supprimer. — 1. 17. — la 
terminaison ayre.... — Dans le Rouergue, Bict. pat.-fr. du dép. de 
VAveyron par l'abbé Vayssier, on dit : 

Pescayre, cossayre, joug ayre 

Escourgayre, plojayre, 
Et toutes les niestiès en ayre, 
Noun balou gayre. 

P. 176, 1. 6. — sons\ lisez : sans. 

P. 178, 1. 10. — pour doit être substitué à ^oit^ ; et, 1. 12, termi- 
naisons, à terminaison. 

P. 180, 1. 13. — Au lieu de : que jamey, il faut : qu'a jamey. 

P. 202. 1. 10. — Bielh Roudigou. — Mênae dénomination dans 
Lou Siège de Cadourassa de l'abb. Favre; voy. l'édition publiée par 
J. Roumanille, p. 56 ; Avignon, 1877. 

P. 210, 1. 1. — Trachamand. — D'après M. Génac-Moncaut, 
trachament aurait été employé par d'Astros au sens de truchement, 
intermédiaire, aide. 

P. 224, 1. 24. — Sent-Laurentz, Saint-Laurent. — Cette forme 
de l'adjectif sant a été relevée par M. Paul Meyer dans la Ch. Crois. 
Alb.\ « elle se rencontre, dit-il, au sud du Languedoc ». — Nous 
avions indiqué dans la 1 «•« édition de notre Grammaire (1858), p. 161 , 
que sent pour sant était généralement employé en Béarn. Le catalan 
dit aussi a Sent-Steve, Sent-Laurens » ; voy. Rev. des lang. rom. 
oçt. 1875 ; textes publiés par M. Alart. 



— 507 — 

P. 238, 1. 1. — Les superlatifs formés avec très étaient usités 
anciennement ; en voici un exemple tiré d'une pièce de Marcabrus : 
« Vest e camisa treslissa », robe et chemise bien repassée. 

P. 288, 1. 24. — Notre explication semblera peut-être moins 
compliquée, etc. — C'est ce qui se voit particulièrement dans 
l'exemple suivant tiré de VEgl. m de Fondeville, v 729-32 ; il est 
dit que « cade caperaa » 

Debè ha coum hasèn toutz tous sages pastous, 
Qui la sau deu salé daben a lours moutons, 
Chic a chic, sus las maas qui tout mouton lecabe, 
E qui dabant james nou las y barrejabe ; 
chaque prêtre — devait faire comme faisaient les bons pasteurs, — 
qui le sel de leur salière donnaient à leurs moutois, — peu à peu, 
dans les mains que tout mouton léchait, — et qui jamais devant ne 
le leur répandait. 

Sau^ sel, est du féminin en béarnais ; las j/, comme Fondeville a 
écrit, représente donc le pronom la tenant lieu de sau, sel ; la con- 
sonne s ne peut faire partie de ce mot ; c'est la consonne détachée 
de si (pour is), à eux, comme nous l'avons expliqué ; {las y mal 
écrit au lieu de la sy). Gela est bien plus simple et surtout plus exact, 
nous le croyons, que las qui, dans ce cas, selon l'explication de M. 
Chabaneau, résulterait — est-ce possible ? — de la los contractés. 

P. 311, l. 15. — était vide ; lisez : est vide. 

P. 320, 1. 23. — Le proverbe que nous avons cité est tiré du 
Recueil de MM. Hatoulet et Picot : 

Case, casete. Chez moi, mon petit chez moi, 
Que-m cahi la camete ; Je me chauffe la jambe ; 

Aus autz larès, Aux autres foyers, 

Nou-m pouix cauha lous pèes. Je ne puis me chauffer les pieds. 

Pour signifier que chez soi on se trouve à l'aise plus qu'ailleurs, 
on s'exprime encore ainsi : 

Esten-te, camete. Etends-toi, petite jambe. 

En ta casete. Dans ton petit chez toi. 

Il existe ailleurs des variantes de ces proverbes. On dit dans le 
Rouergue, Dict. pat.-fr. du dép. de l'Aveyron : 



— 508 — 

01 sieu houstal, 
L'ouon met un pè sus cado cominal; 
l'oustal d'un altre, 
Un ginoul touoco l'altre. 

— A sa maison, — On met un pied sur chaque chenet ; — A la 
maison d'un autre, — Un genou touche l'autre. 

Le proverbe suivant a été communiqué à ^\ . Bladé par M. Laver- 
gne, de Castillon-Debats, {Prov. et Devinettes populaires recueillis 
dans l'xVrmagnac et l'Agenais, p, 235) : 

Gaseto mio, 

Per ta petito que sios, 

En loc nou se hè ta boun cauha 

Coum'a la souo là, 

— Ma maisonnette, — Si petite que tu sois, — Nulle part il ne fait 
bon se chauffer, — comme à la sienne là. 

Au xive siècle, un moine, Raymond de Cornet, disait, {Recherches 
sur l'état des Lettres romanes par le D*" J.-B. Noulet, Paris, 
Techener, 1860). 

En ton ostal podes far coma reys, 
Mas en l'autrui seras en grans sopleys. 

Dans la variante citée par M. Bladé, il me semble qu'il y a une 
erreur ; au lieu de coum'a la souo là, comme à la sienne là, 
j'écrirais : coum'a la touo la, comme à ton foyer. — « Foyer » 
se disait anciennement lar (prononc. la) qui était du genre 
féminin. — On trouve fréquemment dans le Dénombr. des maisons 
de la vie. de Béarn, 1385 : « ostau en que avec lar, brasemolhade»; 

— « lar, brase caute » ; — « ostau en que ave la lar caute » ; et, 
dans le même texte, est écrit, conformément à la prononciation, laa 
au lieu de lar : « un ostau en que ha laa caute ». 

D'ailleurs, dans le proverbe communiqué à M. Bladé, les mots 
coum'a la touo la, comme à ton foyer, sont parfaitement amenés 
par ce qui précède : — Ma maisonnette, — Si petite que tu sois, — 
Nulle part il ne fait bon se chauffer, — Comme à ton foyer. 

P. 331. 1. 14. — Il faut lire cautèt et non coutét. 

P. 332, l. 7. — que explétif dans plusieurs textes. . . — M. Paul 
Meyer en a relevé deux exemples d^nsla Ch^ Crois. Alb, 



— 509 — 

P. 336, 1. 43. — Que sii. Cette première personne du prés, du 
subj. est aussi : que siey; — Arn. de Salettes, dans les Psaumes^ 
écrit : que siay. 

P. 339, 1. 10. — hony^ je fus. — On trouve hu employé par le 
trad. des Psaumes. 

P. 340, 1. 11. — Esta, lorsqu'il ne sert pas d'auxiliaire, signifie 
rester, etc. — A la première pers. du prés, de i'ind. : estau, je 
reste ; trois, pers. du pluriel : estan, Ils i-estent. 

P. 347, 1. 26. — ey est aussi e (fermé). — Cette prononciation 
varie ; dans certaines localités, e pour ey, à la première pers. du 
sing'. du passé défini, se prononce comme un e ouvert. 

Aux formes de ce temps, qui sont indiquées, 1. 16, il faut ajouter 
celles en eri, etc. (pénultième accentuée), dont on trouve des exem- 
ples dans les Psaumes : — « io plor^ri », je pleurai, Ps. LXIX ; « de 
servitut, solet, Vestremeri », seul, je te tirai de servitude, Ps. lxxxi. 

Dans les Récits d'Histoire Sainte, t. i, p. 70, se trouve un passé 
défini en t : « pecqui » , peccavi. 

P. 348, 1. 27. erey, eri, au lieu de arey, art. — La voyelle e pour 
a précédant les désinences rey, ri du futur et du conditionnel date 
de loin; on trouve dans la « charte landaise de 1259 ou 1260 » (Paul 
Meyer, Romania, m, p. 440, 1. 38-9) : « ed ag emendere; — ed 
dera » ; il y a des exemples analogues dans les Récits d'Histoire 
Sainte et dans V Enquête sur les serfs du Béarn; nous n'en avons 
cité que deux tirés du texte catalan Genesi de Scriptura ; il y en 
aurait d'autres à' relever. 

Ce qui est dit, p. 349, de l'influence du français doit s'entendre 
seulement, en ce sens, qu'elle rendit, au xvii^ siècle, l'emploi de 
erey, eri plus fréquent que celui de arey, ari. 

Sur les données qui précèdent. M. Chabaneau modifiera proba- 
blement l'opinion qu'il a émise au sujet de erey pour arey dans ses 
Notes critiques sur Blandin de Cornouailles. 

P. 360, 1. 20. — ce ba prener lo crimalh, e ha-u meter a Bone en 
la maa », prit la crémaillère et la mit dans la main de Bonne. — 
D'après un usage très-ancien en Béarn, mettre la crémaillère 
dans la main de quelqu'un, c'était le mettre en possession de 
la maison ; on dit encore proverbialement : Et crimalh quey et 



— 510 - 

mèsU dera maysou; le subst. crimalh étant du masculin en 
béarnais, 11 faut, pour la rigoureuse exactitude, traduire : Vustensile 
crémaillère est le maître de la maison. 

P. 362, 1. 8. — Bouy, dous, dou^ etc. — Ces formes d'un passé 
défini attribué au verbe da, donner, semblent être des formes 
contractes d'un passé défini du verbe donna, donner : dounèy, 
donnes, donné, dounèm, etc,; par contraction : douy, dons, doUy 
doum, etc. 

P. 372, 1. 25. — Bourreiz est encore aujourd'hui usité en gascon, 
etc. — Ce qui suit cette ligne peut faire croire que nous attribuons 
aux Macarienes une origine récente ; nous aurions dû dire que la 
forme hourretz qui est encore usitée aujourd'hui, se trouve dans 
les Macarienes (et non Macariennes), 4763. Ce poèm-e en vers 
gascons a été réimprimé en 1862. 

P. 381, 1. 14. — Ce verbe est usité aujourd'hui, etc. — Aux 
formes du verbe i qui ont été indiquées, il faut faut ajouter celles 
de l'imparfait de l'indicatif tèt, j'allais, ibes, tu allais, etc. 

Près de bous que m'en ibi tout dret. 

Peyret. 

Vers vous je m'en allais tout droit. 

P. 385, 1. 20. — ost. . . dixost. — On peut croire que ce sont des 
erreurs de transcription ; ust. . . . dixust étaient les formes généra- 
lement employées. 

P. 405, 1. 23. — D'où a pu venir l'usage, etc.? — « Saber deves 
que tuit li adverbe que fenissen in en, poden fenir in enz, si beso- 
gna, qu'eu pose dir malamen o malamenz ; voy. Donatz proensals, 
2" édit,, p. 36. M. Littré dit à ce sujet, Jonrnal des Savants, oct. 
1860 : « Il faut, je crois, voir en la finale ens une corruption de la 
prononciation, due à quelque mauvais usage. » 

P. 407, 1. 49. — Tantican, aussitôt. — Qnant-et-quant se trouve 
dans la trad. du Psanme li : 

Tu ouvriras, o Segnoô pietadous, 
Toutz dus mons potz per ta graci infinida, 
Et qnant-et-quant de ma bouque instrusida 

Predicarey tas divinas laudoos. 



— 511 — 

Ce quant-et-quant est quantiquan à la p. 101 du Catéch. béarn,^ 
1788; de là, tantican. 

P. 414, 1. 7. — nat peu^ aucun poil. — « En haut Limousin on 
emploie l'expression composée penpiau (pouen un piau zz point 
un cheveu); G. Chabaneau, Gram. limousine. 

P. 416, 1. 18. — Le verbe hetz doit être surmonté d'un accent 
grave : hètz. 

P. 418, 1. 3. — Ah, avec. — Am se trouve dans quelques textes 
béarnais, notamment dans les Rôles de Varmée de Gaston-Phœbus, 
1376, d'où est tirée la lettre reproduite ci-dessus, p. 114. 

P. 427, 1.9. — e pour et. — La conjontion e se contractait avec 
l'article : — a an arcordat enter lo senhor e-us Ossalees », il y a 
eu accord entre le seigneur et les Ossalois; For d'Ossau. 

P. 429. 1. 28. — No 704; lises : 706. 

P. 432, 1. 21. — Ça! doit être écrit Sa! 

P. 438, 1. 13. — Oère. — Seule forme usitée, avons-nous dit; 
mais, dans le Vocabulaire, nous avons indiqué que l'on emploie 
aussi la deuxième personne du pluriel : oaratz, oeratz. 

P. 438, 1. 22. — Tant de bou ! Littéralement : Tant de bon ! 
— Cette locution exclamative est usitée aussi en Catalogne : — 
« Tan{t) de bo ! équivale a ojalà » ; Milà y Fontanals, Estudios de 
lengua catalana, p. 16. 

P. 490, 1. 11. — Raij s'emploie au sens de chose facile^ etc. — 
On lit dans les Etudes sur la langue catalane que nous venons 
de citer : 

« Ray. Particula intraducible de grande aplicacion y muy 
expressiva, SenAala grado muy inferior de maies, inconvenientes, 
dificultades, etc., que el antécédente de la particula tiene con 
cuanto pudiera compararsele : aixà ray (esta falta no es nada en 
comparacion de otras), tu ray (tu situacion, tu salud, etc., no es 
digna de lastima como la de otros) ; venifrj ray (otras dificultades 
hay muy superiores à la de tu venida). » M. Milà y Fontanals a mis 
en note : — « Esta particula que se creo, exclusivamente catalana se 
ha notado en las monta«/ias de Sobrarbe y la hemos oido en boca de 
un hombre del pueblo de Tolosa (tu ray : nos la explico diciendo : 



— 512 — 

tu es heureux):^ de una sewAorita de Carcasona que hablando francés 
dijo : le matin ray ». 

Ce mot. est aussi d'un emploi très-fréquent dans leRouergue : — 
« Uay^ bon, c'est facile, suffit. Ray per oquél, bon pour celui-là. 
Per ocouo d'oquVtal ray, pour cela, c'est facile ; » Dict. pat. — fr. 
du dép. de VAveyron. 

P. 498, 1. 4. — Las teulères de Pau, les tuileries de Pau. — En 
1375, Gaston-Phœbus faisait exécuter des travaux au château de 
Pau ; des tuiliers s'étaient engagés par contrat, « en pêne de 
traition e de perder cors e beys », à lui fournir pendant deux ans 
la tuile nécessaire : « los diitz teulers prometon e autreyan au diit 
Moss. lo comte far a lors propris costadges, en las teulères de Pau, 
tote la teule que sera mestier per far las diites obres \). — Arch. des 
Bass.-Pijr., E., 302, /!> i22. 



INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 



Andichon (H. d'). — Noëls choisis, corrigés, augmentés et nou- 
vellement composés sur les airs les plus agréables et les plus en 
vogue dans la province du Béarn. — Notre exemplaire ne porte plus 
l'indication du lieu et de la date de l'impression (xviiie siècle). 

Bataille f Vincent de). — La Capère de Betharram ; poème 
couronné en 1839 pai' la Société archéologique de Béziers ; M. Azaïs, 
membre de cette Société, l'a traduit en vers français ; Poésies béar- 
naises, Pau, E. Vignancour, 1860. — A la glori de Pierre-Paul 
Riquet ; — La Capère de Lourdes ; ces compositions se trouvent 
dans les Cansous béarnaises, 3^ édit., Pau, E. Vignancour, 1866. — 
Nouste-Dame de Buglose^ Pau, E. Vignancour, 1866. 

Il est fort regrettable qu'il n'ait pas encore été publié un recueil 
des œuvres de M. V. de Bataille. 

Bataille fGuillaumc de). — Las Haunous de Gastou-Phebus, 
chant qui obtint en 1870 une médaille d'honneur au concours de la 
Société archéologique de Béziers ; Pau, E. Vignancour, 1871. 

Bladé (J.-F.) — Contes et Proverbes populaires recueillis en 
Armagnac ; Paris, A. Frank, 1867. — Proverbes et Devinettes 
populaires recueillis dans l'Armagnac et l'Agenais ; Paris, Cham- 
pion, 1880, 

Catéchisme béarnais (1743), réimprimé par ordre de Mgr J.-B, 
Auguste dé Villoutreix de Paye, évêque d'Oloron, 1788. 

GoRDiER (Eugène). — Etudes sur le dialecte du Lavedan ; 
Bagnères, J. Gazenave, 1878. 

Fables causides de La Fontaine en bers gascouns ; Bayonne, 
Paul Fauvet-Duhard, 1776. 

FoNDEViLLE, avocat au parlement de Navarre (deinières années 
du xvn® siècle). — La Pastourale deu Paysaa, en quoate actes ; 
Pau, J.-P. Vignancour, 1767. — Dialogues sur le Calvinisme (six 
Eglogues) ; manuscrit de la Bibliothèque de la ville de Pau ; voy. 
ci-dessus, p. 123, 317, 344. 

33 



— 514 — 

Fors de Béarn, — traduits et publiés par Mazure et Hatoulet ; 
Pau, E. Vignancour, 1840. 

Hatoulet et Picot. — Proverbes béarnais; (publication de 
M. G. Brunet) ; Paris, A. Franck, 1862. 

HouRCASTREMÉ. — Les Aventures de messire Anselme ; Paris, 
Lemierre, 1796. Dans cet ouvrage se trouvent « trois fables béar- 
naises imitées de La Fontaine et du Recueil (1776) écrit dans le 
dialecte des environs de Bayonne >->. Voy. Revue des Bibliophiles, 
Sauveterre-de-Guyenne,, Jean GhoUet, 1879 ; articles : Julien 
Vinson et V. Lespy. 

Laborde (Fabien de). — Poésies béarnaises ; Pau, E. Vignan- 
cour, 1851. 

Lamaysouette (L'abbé P.) — V Lmitatiou de Jesu-Chrit tra- 
duside en béâmes; 2^ édit., Pau, E. Vignancour, 1872. 

Las Nonparelhas Receptas, etc, publiées avec une introduction, 
des notes et un glossaire par le D^ J.-B. Noulet; Toulouse, 
Ed. Privât, Paris, Maisonneuve et G'e, 1880. 

Le droit du seigneur en Béarn (deux textes avec trad.) ; Pau, 
L. Ribaut, libr. édit., 1880. 

Lespy. — Les Illustrations du Béarn, Pau, Veronese, 1856. — 
Les Honneurs d' Archambaud (^document béarnais du xv^ siècle) ; 
Revue d'Aquitaine, 1860. — Un avocat béarnais ; Pau, Veronese, 
1868. — Dictons du Pays de Béarn ; Pau, L. Ribaut, édit. 1875. 
— Les Sorcières clans le Béarn, Pau, L. Ribaut, 1875. — Les 
Proverbes du Pays de Béarn (publication de la Société pour l'étude 
des Langues romanes) ; Paris, Maisonneuve et G'e, édit., 1876. 

Lespy et Raymond. — Récits d'Histoire Sainte, d'après un 
manuscrit du xve siècle (publication de la Société des Bibliophiles 
du Béarn) ; Pau, L Ribaut, 2 vol. 1876-77. Voir Revue des Langues 
romanes, févr. -avril 1877, art. de M. G. Ghabaneau, et Revue de 
Gascogne, déc. 1877, art. de M. Léonce Gouture. — Un Baron 
béarnais- au quinzième siècle (publication de la Société des Biblio- 
philes du Béarn) ; Pau, L. Pubaut, 1878. 

LUCHAIRE (Achille). — Etymologie du nom d'Ossau ; Pau, 
Veronese, impr., 1874. — Les origines linguistiques de l'Aquitaine ; 



- 515 — 

Pau, Veronese, 1877. — Etudes sur les idiomes Pyrénéens ; Paris, 
Maisonneuve et G'e, édit., 1879. 

Massouquets de Seni-Biach par Victor Gazes ; Saint-Gaudcns, 
imprimerie et libr. de J.-P.-S. Abadie, 1851. 

Mayniel (D''). — La Nayade de la fontaine de Bordeu aux 
Eaux-Bonnes ; Pau, Tonnet, 1811. 

Mazure. — Histoire du Bcarn : Pau, E. Vignancour, 1839. 

MiRASSON (Le P.) Barnabite. — Histoire des troubles du Béarn 
Paris, Humaire, 1768. 

Navarrot {Chansons de)^ publiées par V. Lespy ; — Pau, 
Veronese, 1868. 

Noubcle j^astourale hearnese ; Pau, P. Daumon, impr. deu 
Rey, 1788. 

Peyret (Alexis). — Countes bearnes ; Goncepcion del Uruguay, 
1870. Etabli depuis près de trente ans en Amérique, notre com- 
patriote et ami, M. Peyret, nous a envoyé de là un channant recueij 
de ses souvenirs du pays natal. 

Picot. — Abentures de Bertoumiu ; voy. les publications de 
M. Vignancour. 

Poésies béa7^naises. (Chansons, contes, sonnets, fables, idylles, etc); 
Pau, E. Vignancour, édit., 1827. — Les diverses pièces contenues 
dans ce recu**il sont signées des noms suivants ; Bitaubé, Bonnecaze, 
Bordeu^ Cazaux^ Despourrins, Gassion, Gaston-Phœbus, Hatoulet 
(Ps. Sophie), Julien, Lamolère, Mesplès {de), Picot, Superbie- 
Cazalet. 

PoEYDAVANT. — Histoire des troubles en Béarn ; Pau, Tonnet, 1819. 

PUYOO (L'abbé de). — Lous Geniius de Béarn [Rèbe de l'abè 
Puyoo) ; satire sur les nobles du Béarn ; Pau, L. Ribaut, libr.- 
édit., 1879. 

Raymond. — Dictionnaire topographique des Basses-Pyrénées ; 
Paris, impi". imp. 1863. — Rôles de Varméede Gaston-Phœbus ; 
Bordeaux, Gounouilhou, 1872. — Mœurs béarnaises: Pau, 
Ribaut, 1873. — Cartulaire deVabbaye de Saint-Jean de Sorde ; 
Paris, Dumoulin, Pau, L. Ribaut, 1873. — Dénombrement des 
maisons de la vicomte de Béarn (Béarn sous Gaston-Phœbus) ; 



— 516 — 

Pau, L. Ribaut, 1873. — L(^s Artistes en Béarn ; Pau, Léon 
Ribaut, 1874. — Enquête sur les serfs du Béarn; Pau, Ribaut, 1878. 

Riv ARES (Frédéric). — Chansons et airs populaires du B(^arn^ 
"ifi édit. ; Pau, Veronese, 1868. 

Salettes (Arnaud de). — Los Psalmes de David en rima 
bernesa ; Ortes (Orthez), Louis Rabier, 1583. Voy. ci-dessus, 
p. 123, 281. 

Les cinquante premiers psaumes de cette traduction ont été 
réimprimés à Pau sous ce titre : Ung Flouquetot coelhut dens los 
Psalmes de David ; Pau, L. Ribaut, 1878. M. Léonce Couture, dans 
la Revue de Gascogne, t. xxi, p. 75, ajustement signalé en termes 
élogieux cette publication annotée, extraite d'un livre aujoui'd'hui 
presque introuvable. Nous savons que le livre tout entier sera 
prochainement réimprimé ; il y aura donc de nouveaux éloges à 
adresser à l'homme de mérite, M. l'abbé Ridache, qui nous a déjà 
donné le Flouquetot. 

Sermon du curé de Bideren, publié pour la pi'emière fois ; Pau, 
L. Ribaut, 1873. 

Société béarnaise au dix-huitième siècle (publication de la 
Société des Ribliopbiles du Béarn) ; Pau, L. Ribaut, 1876. 

ViGNANCOUK. — Chansons. — L'enfance d'Henri IV (poème) ; 
Pau, Vignancour, 1827. 



TABLE 



Avertissement i 

voyeixes 1 

Voyelles composées et diphthongues 35 

Consonnes 53 

Labiales 53 

Le 5 et le V dans les idiomes néo-latins 54 

Palatales 63 

Dentales 72 

Linguales 81 

Sifflantes. — Chuintantes 89 

Laryngienne 99 

Recueil de textes 105 

For d'Oloron 105 

For de Morlaas 107 

Préambule des Fors de Béarn 108 

La boucherie à Orthez 109 

Engagement de ne plus jouer 111 

Récits d'Histoire Sainte 112 

Lettres de Gaston-Phœbus 114 

Les Honneurs d'Àrchambaud 115 

Défenses faites aux Gagots 117 

Remède pour le mal de dents 118 

Lettre de la princesse de Yiane 119 

Un Baron béarnais 120 

Lettre du roi et de la reine de Navarre 121 

Psaume xxix 123 

Lettres d'Henri iv 124 

Sonnet 127 

Le Jeune soldat 128 

La Brebis perdue 131 

La Bergère en pleurs 131 

Les Aspois en 1794 ^ 132 



— 518 — 

Marguerite ,. 134 

Le Paysan d'Ossau - 135 

Henri IV au château de Coarraze 137 

La Chapelle de Bétharram 139 

Le Pasteur malheureux 445 

La Bistanfïute 147 

Les Souvenirs 151 

Le Seigneur et le Curé 153 

Le Renard et le Batelier 154 

L'article 157 

Article simple 157 

Articles composés 158 

Article archaïque 162 

Proverhes de la montaiîne 163 

Le nom 167 

Genres 167 

Noms à double terminaison 169 

Nombres 173 

Les lettres z, x, xs^ caractéristiques du pluriel 175 

Observations sur quelques terminaisons de noms 178 

Noms de personnes 181 

Particule de devant les noms propres 182 

Noms propres béarnais et français de formation analogue 183 

Quelques noms de lieux du Béarn 184 

Noms juxtaposés 194 

Dénominations 201 

L'adjectif 211 

Adjectifs qualificatifs 211 

Remarques sur quelques adjectifs 220 

Adjectifs verbaux 227 

Adjectifs pris substantivement 229 

Adjectifs pris adverbialement 230 

Degrés de qualification 231 

Augmentatifs, diminutifs 239 

D'où viennent quelques diminutifs français 250 

Adjectifs démonstratifs 252 

Adjectifs possessifs 253 

Adjectifs numéraux 257 



— 519 — 

Adjectifs indéfinis 262 

Le prono^i 266 

Pronoms de la première personne 266 

Pronoms de la deuxième personne 274 

Pronoms de la troisième personne 284 

Observations sur la place des pronoms personnels 301 

Pronom français, complément, devant deux verbes 302 

Deux pronoms personnels ensemble 305 

Pronoms démonstratifs 307 

Pronoms possessifs 319 

Pronoms relatifs ou conjonctifs 321 

Pronoms interrogatifs 325 

Pronoms indéfinis 326 

Le verbe 329 

Particularité de la conjugaison béarnaise 330 

Règles applicables à toutes les conjugaisons 334 

Verbes auxiliaires 335 

Remarques sur le verbe substantif 338 

Remarques sur le verbe Habe, Avoir 342 

Première conjugaison 345 

Remarques sur les verbes de la première conjugaison 347 

Verbes irréguliers de la première conjugaison 359 

Deuxième conjugaison 366 

Remarques sur les verbes de la deuxième conjugaison 368 

Verbes irréguliers de la deuxième conjugaison 371 

Troisième conjugaison 376 

Remarques sur les verbes de la troisième conjugaison 378 

Verbes inéguliers de la troisième conjugaison 380 

Formation des temps 384 

Anciennes formes verbales 385 

Emploi des auxiliaires 387 

Complément des verbes transitifs 388 

Henri IV écrivain 389 

Conjugaison passive 391 

Verbes réfléchis 391 

Verbes unipersonnels 393 

Verbes formés de substantifs 396 

Verbes fréquentatifs, augmentatifs 397 



— 520 — 

Le participe 398 

Participe présent 398 

Participe passé 400 

Propositions participes 401 

Henri IV et les avocats 401 

L'adverbe 402 

Advei'bes de manière 402 

Adverbes de temps 407 

Adverbes de quantité 407 

Adverbes de lieu 409 

Adverbes indiquant les points cardinaux 410 

Adverbes qui marquent l'ordre 411 

Adverbes d'affirmation, de négation, de doute 411 

Locutions adverbiales 41 4 

La préposition 417 

Locutions prépositives 423 

La CONJONCTION 425 

La conjonction coum suivie de la préposition a 425 

Locutions conjonctives 429 

L'interjection 431 

Locutions exclamatives 434 

Jean ii, comte d'Armagnac, et le prince de Galles 436 

Vocabulaire béarnais-français 441 

Additions et corrections 503 

Index bibliographique 513 

Table 517 



O . ^ g gy ^' 0o 




Wmt 



PC 
3427 

IBSO 



Lespy, Jean Dê^giré 
Grammaire béarnaise 



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